Tintin (Les aventures de), tome 20 : Tintin au Tibet de Hergé

Tintin (Les aventures de), tome 20 : Tintin au Tibet de Hergé

Catégorie(s) : Bande dessinée => Aventures, policiers et thrillers

Critiqué par Shelton, le 4 juillet 2005 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 68 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (904ème position).
Visites : 8 675  (depuis Novembre 2007)

Petite rando...

Voici le moment de prolonger notre voyage commun au pays de Tintin et de ses amis. L’univers d’Hergé est magnifique, le créateur est génial, tout le monde semble en convenir, ce qui n’empêche pas les ambiguïtés ni les incompréhensions des lecteurs et des critiques… Mais, ici, l’objectif n’est pas de détruire mais de faire connaître, de partager des instants de bonheur de lecteur et de se souvenir de ces albums qui ont tant bercé de jeunesses…
Vous avez pu aussi constater que nous ne visitions pas les albums dans l’ordre chronologique. C’est un parti pris, celui d’ouvrir les albums en fonction de l’humeur du jour, à la recherche d’un instant de plaisir, d’un moment de bonheur, de picorer comme bon nous semble… Aujourd’hui, le moment est venu d’ouvrir ensemble Tintin au Tibet, un livre unique en son genre, inégalable, étonnant et atypique dans l’ensemble de la collection des tintin…
Tintin au Tibet est d’abord une histoire sans méchant. Adieu les frères Loiseau, monsieur Rastapopoulos, docteur Muller et traîtres bordures, militaires en en attente de révolution et autres méchants plus éphémères… Ici, rien de tout cela, seulement la fatalité, la nature, un animal mythique… En fait, l’auteur va se livrer beaucoup plus que dans les autres albums, il va montrer sa crainte, son angoisse de la mort… Dès le départ, on va rapidement pénétrer la quête de Tintin, celle d’Hergé, bien-sûr, c’est à dire la marche en avant de Tintin qui veut sauver son ami de la mort. Au départ, on croit que cette mort relèverait de la fatalité – l’accident d’avion – mais, en fait, Tchang a survécu à l’accident et il faut le tirer des pattes – des mains, peut-être – du Yeti, l’abominable homme des neiges… Mais, le méchant, me direz-vous, nous l’avons, c’est le Yeti… Non ! Les apparences sont contre lui, mais, en fin de compte, nous allons comprendre que l’animal ne peut pas être méchant, « Moi, je souhaite qu’on ne le trouve jamais, car on le traiterait comme une bête sauvage. Et pourtant, je t’assure, Tintin, il a agi avec moi d’une telle façon que je me suis parfois demandé si ce n’était pas un être humain… ». Mais ne brûlons pas les étapes et revenons à l’album…
Tout commence par une situation inhabituelle pour Tintin. Il est en vacances. A la montagne… Il réside à l’hôtel des sommets, il se promène – un peu trop de l’avis de Milou qui se plaint car « courir du matin au soir sur des cailloux pointus » ce n’est pas une vie de chien – et il passe de bien agréables soirées en compagnie du capitaine Haddock, dîners paisibles, parties d’échecs sans surprises et…
Oui, de temps en temps, les choses peuvent se dérégler surtout quand Tintin commence à avoir des visions ou des rêves prémonitoires… Tchang l’ami de Tintin, celui qu’il a sauvé de la noyade lors de son passage en Chine, doit venir en Europe… mais, voilà, il semble bien que l’avion ait heurté la montagne, qu’il se soit crashé du côté du Népal ou du Tibet… Tchang est-il mort, Tout semble le montrer, le prouver… Mais Hergé, euh, non, Tintin ne semble pas pouvoir accepter cette mort : « Tchang ! Mon pauvre Tchang ! Si gentil ! Nous ne le verrons plus jamais ! Plus jamais ! Et puis, non ! Tchang n’est pas mort ! ». C’est le refus de l’évidence et alors nous voyons Tintin partir dans une quête impossible pour sauver Tchang de la mort… Tintin doit aller rechercher au plus profond de lui l’énergie salvatrice pour se mettre en marche, pour convaincre Haddock de l’accompagner et, enfin, sauver l’ami. Hergé nous montre, à cette occasion, que, pour lui, l’amitié est le sentiment le plus fort. L’amitié plus forte que la mort !
Comme cet album arrive au moment où l’auteur vit des temps difficiles, où il s’interroge sur sa place sur terre, sur son existence, sur ce qu’est l’amour, l’amitié, où il suit une thérapie… on peut se dire que c’est l’album le plus profond, le plus authentique de cet homme. Il se sauve en écrivant, ou se sauve pour finir son album… L’album étant le symbole de la survie, de la vie éternelle, si Tintin vit dans une histoire, surtout s’il revient du Tibet avec son ami, alors c’est que lui, Hergé, survivra à tout, y compris à cette vie terrestre qui semble l’ennuyer… Relisez Tintin au Tibet avec ce souci de survie et vous allez comprendre des phrases que vous n’aviez pas gardées en mémoire…
Mais revenons à l’album proprement dit… Tchang, enfin son avion plus exactement, s’est écrasé dans la montagne, du côté de Katmandou… alors il est grand temps de boucler les valises et de prendre l’avion…
Comme vous pouvez le constater, le sujet est grave et pourtant du début à la fin de l’épisode, les scènes humoristiques vont être très nombreuses. Il faut dire que dans cet album, Hergé donne un rôle spécial au capitaine Haddock : chaque fois tu apparaîtras dans un dessin, une vignette, une séquence… tu devras faire rire le lecteur, c’est ta mission, va et amuse mon public fidèle !
Et il va la remplir cette mission, sans hésitation, avec beaucoup d’énergie mais aussi de tendresse… Pour cela, Hergé utilise tous les défauts et toutes les qualités du capitaine : mauvais caractère, vocabulaire imagé, cœur d’artichaut, alcoolisme, amitié pour Tintin… Mais c’est aussi l’occasion de rire avec ce qui, un peu plus loin, sera élément tragique, la nature et l’animal.
Pour aller à Katmandou, Tintin et Haddock vont faire escale à New Delhi, occasion, entre deux avions, de faire un peu de tourisme mais aussi de faire connaissance avec les vaches sacrées. Haddock est alors emporté de façon surprenante dans une course éperdue à travers la ville sur une de ces vaches. Mais l’animal n’est pas fondamentalement méchant, elle est prise dans une situation qu’elle n’a pas provoquée, elle nuit à Haddock qui est sur le point de rater sa correspondance, mais tout se finit bien… comme ce sera le cas avec Tchang et le Yeti… Ce dernier étant aussi un animal sacré… C’est un peu aussi, comme si l’élément divin était capable de ballotter l’homme, de le mettre en danger mais pas de l’éliminer complètement !
Pour la nature, c’est plus simple, plus amusant… Il s’agira de la dégustation discrète de piments rouges en train de sécher, à Katmandou. Certes, Haddock, la bouche en feu, est obligé de plonger la tête dans un puits, mais il survit sans problème… La montagne fera peur, mettra en danger mais la survie sera bien au rendez-vous ! C’est comme ça que je vois ces deux scènes initiales, un clin d’œil, une tranche de rire, mais aussi une annonciation sur la fin positive de l’histoire…
Mais Haddock, nous l’avons dit, est ici avant tout pour nous faire rire. Prenons quelques séquences illustrant cet aspect : sa chute de la passerelle d’embarquement, le chargement des bouteilles de whisky dans son sac à dos, sa cuite en marchant, la traversée d’une rivière sur un petit pont de fortune, sa barbe prise dans la fermeture éclair de son duvet, sa colère devant sa bouteille vidée par le Yeti, l’explosion de son réchaud à gaz, son sifflement aigu pour avertir Tintin de l’arrivée du Yeti… Bref tout est occasion de rire dans une ambiance pourtant lourde…
Mais, à travers ce personnage spécial, il y a toute une étude des mots. Chez Haddock les gros mots, les insultes sont remplacés par des mots du dictionnaire, des noms communs, des mots compliqués, au sens cachés, qui surprennent, qui étonnent mais donnent, parfois des éléments de compréhension de l’histoire, de la philosophie et de la conception de la vie de l’auteur… Mais, allons encore plus loin et écoutons comment est traité le Yeti par l’ensemble des personnages. Laissons-nous aller, prenons les mots comme ils viennent : « le Yeti, l’abominable homme des neiges, lui très grand, assommer yacks avec son poing, très méchant, manger yeux et mains hommes, lui très fort, espèce de Cro-Magnon, mamelouk, vampire, soûlographe, trompe-la-mort, macrocéphale, amphitryon, rocambole, ectoplasme, phylloxéra, cannibale, diplodocus, flibustier, mégalomane, boit-sans-soif, lâche, coloquinte, cyanure, anthropopithèque, satrape, ectoplasme, espèce de loup-garou à la graisse de renoncule de mille tonnerres de Brest, moule à gaufres… ». Et puis, les choses évoluent, Haddock le voit, il en perd ses mots : « Le yéto là-hi ! Le yéya là-ti ! Le téyi ho-là ! Flûte ! Le truc, enfin ! Le Yeti, quoi ! ». A partir de ce moment-là, l’animal terrifiant change de statut, progressivement, pour devenir celui qui va sauver Tchang et qui versera quelques larmes au moment où le jeune ami de Tintin regagnera la civilisation… Mais le changement n’est pas du tout instantané puisque même les moines de Khor-Biyong craignent terriblement le Migou, autre nom du Yeti. Tintin doit prendre sur lui pour aller encore plus loin, convaincre Haddock, puis enfin ouvrir ses oreilles au récit de Tchang qui révèlera la véritable nature du Yeti : « Il semble qu’il se soit rapidement attaché à moi… Pauvre homme-des-neiges, comme il a eu peur… Il a pris soin de moi. Sans lui, je serais mort de froid et de fin. ».
Mais si le lecteur peut découvrir la véritable nature, âme du Yeti, c’est parce que Tintin en ami fidèle refuse la mort de Tchang. Il aurait eu mille bonnes raisons de stopper ses recherches dans le massif de l’Himalaya, mais non, il va jusqu’au bout, au bout des ses forces, au bout de lui-même… Comme Hergé qui va au bout de sa thérapie !
« Mais, au nom du ciel ! Qu’est-il devenu ?… Adieu, Tchang !… Adieu… Bon, yeti ou pas yeti, moi, je continue… Tchang est passé par ici, il faut suivre cette piste jusqu’au bout ! ».
C’est le grand Précieux du monastère qui donne la vérité : « ce que tu as fait, peu d’hommes auraient osé l’entreprendre. Sois béni, Cœur Pur, sois béni pour la ferveur de ton amitié, pour ton audace et pour ta ténacité ! ».
Dès lors, on peut refermer l’album en se demandant si nous aurions eu le même comportement pour sauver notre meilleur ami ?
Il me reste deux ou trois interrogations sur ce Tintin au Tibet qui fait partie des Tintin que j’aime beaucoup. Pourquoi Hergé ne remet-il plus Tchang dans la vie de tintin ? On les voit quitter la haute montagne mais on aurait aimé en savoir plus, voir comment aurait réagi Tchang au contact de civilisation européenne ? Mais Hergé est peut-être d’autant plus discret que Tchang est un de ses amis et non une invention de romancier, de scénariste…
Ma deuxième question est plus fondamentale. Il y a trois ans, j’ai scénarisé une exposition sur les plantes et les animaux dans la bande dessinée, nous avions pu exposer une empreinte du Yeti, prêtée par un musée de Lausanne… Mais aucune photo ! Alors, oui, mon doute est bien réel, ma question quasi existentielle… Le Yeti existe-t-il ? Si l’un d’entre vous peut me tenir au courant de ses expériences dans ce domaine… je suis preneur !
Un album extraordinaire à lire pour ceux qui ne le connaissent pas encore, à relire pour les autres, mais surtout à ne pas oublier… pour permettre à Hergé de continuer à vivre…

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Les éditions

  • Tintin au Tibet [Texte imprimé] Hergé
    de Hergé, (Scénariste)
    Casterman / Facsimilés couleur
    ISBN : 9782203012011 ; 20,00 € ; 17/06/2004 ; 62 p. ; Album
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Un épisode très intimiste

9 étoiles

Critique de Bookivore (MENUCOURT, Inscrit le 25 juin 2006, 41 ans) - 12 mars 2012

Hergé faisait des cauchemars, il voyait tout en blanc, que du blanc... Son psychanalyste l'encourage à lever le pied, mais Hergé, alors en dépression, n'en a cure et, au contraire, se met au boulot, et signe cet album magnifique, très intimiste. Tintin, dans l'immensité neigeuse tibétaine, se lance à la recherche de Tchang, qu'il pense être encore vivant, survivant d'un crash, alors que tout le monde le croit mort. Une aventure intérieure de toute beauté. Pas de méchants, même pas le Yéti, sauf le désespoir. Des dessins sensationnels, un sens du suspense et de l'émotion parfaits, peu d'humour (on en a quand même)... Un grand, grand cru de la saga !
Je ne lui donne pas 5 étoiles, mais c'est de justesse !

Tintin au Tibet

8 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 44 ans) - 8 juin 2011

J'aime bien ce tome des aventures de Tintin car il est simple. L'histoire est simple : Tintin part à la recherche de Tchang, disparu dans un écrasement d'avion. Le dessins sont simples avec beaucoup de neige blanche. Pour le reste, tout tourne autour de Tintin et des pitreries du Capitaine Haddock. Sans faire partie des meilleurs de Tintin, ce tome fait quand même partie de la bonne moyenne.

Beau

9 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 8 décembre 2009

Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol sont en vacances et apprennent qu’une catastrophe aérienne s’est produite au Népal. Peu de temps après, Tintin fait le cauchemar que son ami Tchang (qu’on a rencontré dans Le lotus bleu) est blessé et qu’il l’appel à l’aide. Il apprendra que Tchang a pris l’avion même qui a eu un accident et qu’il fait partie des disparus. Pour en avoir le coeur net, Tintin partira à sa recherche.

Une très belle aventure forte en émotions, fluide aussi. Même si on a droit à quelques clichés dans le genre aventure alpiniste (le coup de couper la corde, le guide qui part et revient), je me suis laissée prendre. J’ai toujours apprécié la relation (amicale!) de Tintin et Tchang et je suis contente qu’il refait surface.

« Capitaine, je suis persuadé que Tchang est vivant. C’est peut-être stupide, mais c’est ainsi... Et comme je le crois vivant, je pars à sa recherche. »

L'un des plus beaux albums de la série

10 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 46 ans) - 4 novembre 2006

Cette quête de l'amitié à ses risques et périls est une belle morale, et le danger est exorcisé par l'humour qui exalte de la logorrhée d'injures insolites du Capitaine Haddock. La fin est convenue, certes, mais jolie, et n'oublions pas qu'il s'agit d'une histoire quand même d'abord destinée aux enfants, bien que pas seulement, vu qu'il y a bien plusieurs degrés de lectures.
Ici, je n'ai pas décelé d'interprétations sujettes à polémique. On a glosé sur la pseudo-homosexualité de Tintin et de sa prétendue attirance pour Tchang. Il ne faut pas abuser : on ne met de sous-entendus dans des oeuvres destinées aux enfants... Si cela était si clair, on s'en serait davantage ému. On parle donc de cela à tort, et le premier degré et la morale de cet album me conviennent fort bien.

De même, quel pataquès n'a-t-on pas fait du sourire de la Joconde... tout ça pour celui d'une femme enceinte ! De quoi entériner pour de bon les impressions de travesti, de prostituée, de mépris hautain et de lèvres en forme d'anus de singe ! Je n'apprécie pas plus cela ce tableau, il est assez beau (je l'aime assez mais il ne m'émeut pas plus que cela) et techniquement impressionnant (les dégradés, la teinte de la chair, bien qu'ils aient perdu à cause du verni), mais ce genre de débats stériles m'exaspère.

Haddock fait son numéro

10 étoiles

Critique de Ketchupy (Bourges, Inscrit le 29 avril 2006, 44 ans) - 3 novembre 2006

Pour moi, un des albums les plus drôles de cette formidable série. C’est un véritable festival de la part du capitaine Haddock qui multiplie les facéties tant verbales que gestuelles.
Pour sa défense, il est vrai que la montagne n’est pas le milieu de prédilection d’un marin au long cours tel que lui ! On rit à ses dépends mais on apprécie également son grand cœur qui le ramène toujours aux côtés de Tintin qui a bien besoin de lui dans cette aventure.
A lire, à relire et à transmettre de génération en génération…

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