La joie de vivre de Émile Zola, Jean Borie (Préface), Henri Mitterand (Edition)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Antinea, le 17 janvier 2009 (anefera@laposte.net, Inscrite le 27 août 2005, 42 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (901ème position).
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Antiphrase

Pauline, récemment orpheline, est recueillie par son oncle et sa tante de Bonneville, les Chanteau. Elle a dix ans et apporte avec elle son héritage, cinq cent milles francs en titres que sa tante met avec une ferveur exagérée en sécurité dans son secrétaire, sous les yeux d’une gamine qui n’a pas conscience de l’importance de l’argent. Tout ce qui importe désormais, c’est sa vie à Bonneville, les journées au grand air, les jeux avec son cousin Lazare, de neuf ans son aîné et avec qui elle devient vite complice, les promenades sur les plages et les falaises de cette petite bourgade Normande. Une vie simple et heureuse, sans autre préoccupation que celle de s’amuser, au sein d’une famille aimante. Mme Chanteau, malgré son rapport malsain à l’argent élève Pauline comme son enfant. Elle trouve même en elle une alliée lorsqu’il faut presser Lazare de se trouver un métier. M. Chanteau, toujours pris par la goutte, trouve en Pauline une garde-malade attentive et dévouée. Tout le monde aime Pauline excepté Véronique, la bonne, qui nourrit une aversion incompréhensible pour cette riche pupille.
Mais la famille Chanteau, engagée dans une mauvaise affaire, vit chichement et Lazare partant aux études, il devient nécessaire de se serrer la ceinture. L’exercice est d’autant plus insupportable à Mme Chanteau que cette dernière sait les titres dormir dans le tiroir. Quand Lazare, soudain pris de passion pour la chimie, décide de se lancer dans la construction d’une usine d’exploitation d’algues marines à Bonneville, Mme Chanteau persuade Pauline de mettre la main à la poche. Et avec ce début d’hémorragie, c’est l’affection de la tante pour la jeune femme, pourtant dévouée et aimante, qui commence à s’en aller…
Emile Zola nous offre là un roman d’une force psychologique impressionnante. A mesure que l’on tourne les pages, on est frappé par la connaissance si aboutie de l’âme humaine et de ces distorsions. La vie d’une jeune femme, ses joies, ses déceptions, son courage, sa perpétuelle bonté, ses sacrifices, tout est disséquée sous nos yeux, dans ses plus profonds recoins, sans pudeur. Les comportements des autres, le cousin névrosé dont elle est amoureuse, la tante orgueilleuse, l’oncle tout entier pris par ses souffrances physiques, sont passés à la loupe de l’auteur qui écrit là un pur chef-d’œuvre, un portrait d’une précision millimétrique.
« La joie de vivre » est un livre bouleversant de vérité, un livre difficile car triste et révoltant et injustement méconnu.

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PAULINE ou l'amour de l'autre !

10 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 61 ans) - 22 novembre 2021

Pauline Quenu à la mort de ses parents se retrouve recueillie par sa proche famille à savoir la famille CHANTEAU. Le père, grand goutteux devant l’éternel, la mère plus vénale qu'elle n'y parait et le fils, Lazare, un doux rêveur.
Pauline est une adolescente gaie, une âme pure. Elle évolue avec tendresse dans son nouvel univers. Il faut souligner qu'au décès de ses parents elle a hérité d'une coquette somme avoisinant les cent cinquante mille francs et convertis en titres. Ceux-ci sont gardés dans le secrétaire
Lazare lui fait une cour amicale plus par jeu tout en rêvant de projets loufoques.
Quand à la mère, Eugénie CHANTEAU, née La Vignière, cet argent qui dort devient une véritable obsession. Peu à peu on prendra quelques titres pour financer les projets fous de Lazare et puis sans vergogne pour payer les fournisseurs.
A sa majorité, Pauline n'a plus qu'un tiers de son capital. La mère CHANTEAU doit ruser pour justifier les compte au conseil de tutelle mais elle y parvient.
Quant à Lazare, il s'éprend d'une amie de la famille, Louise Thibaudier, et rompt la promesse de mariage faite à Pauline
Malgré tous ses revers la jeune fille reste gaie, serviable comme si la vie devait se vivre comme un sourire du lendemain
Le roman se termine d'ailleurs par une phrase révélatrice de Pauline où elle parle de l'amour des autres afin de travailler à la délivrance universelle



HISTORIQUE DES PERSONNAGES PRINCIPAUX

Chanteau (Eugénie) La Vignière (Eugénie de)
« 50 ans en 60, meurt au courant du livre.

Une vieille dame petite et maigre, les cheveux encore très noirs. N’a jamais été jolie, mais agréable encore, malgré son teint jaune, le visage déparé par un gros nez, signe d’ambition, les yeux noirs. – A été institutrice et en a gardé l’air de magister, le coup de férule, la dignité souple. Joue du piano, mais tremble que son fils ne se fasse musicien, elle qui a donné des leçons. Fait l’éducation de Pauline, par économie, et pour garder l’enfant.

La montrer jusqu’au jour où Pauline entre chez eux, d’une honnêteté stricte, sans chaleur. – Puis étudier le ravage que les cent cinquante mille francs font en elle. – Elle est dévorée par cet argent. – D’abord bonne pour Pauline, rêvant de la faire épouser par son fils, pour les 150 mille francs, se disant que jamais elle ne trouverait une héritière plus riche. Puis, quand l’argent a été mangé, manœuvrant presque pour qu’il ait Louise, riche de cent mille francs, et déjà presque fiancée. Elle pousse son fils à la compromettre pour l’avoir. Et sa haine contre Pauline augmente, elle meurt en l’accusant de l’empoisonner. Mort troublée par l’argent.


Quenu (Pauline)

Née en 1852, de Quenu et Lisa Macquart. Mélange fusion. Ressemblance physique et morale du père et de la mère. – À neuf ans, je la fais devenir orpheline, en 1860, et je l’amène jusqu’à vingt-cinq ans, en trichant, jusqu’en 1876. – D’abord, c’est une grosse enfant, visage empâté, brune de cheveux, les yeux noirs, blanche d’un blanc de graisse, boutique enfermée de Paris, grosses lèvres, un visage bon, les traits doux et paisibles, grave avec de rares sourires. Plus tard, à l’air de la mer, elle se désempâtera, prendra de la force, deviendra belle, la beauté sera sur sa figure, d’une beauté forte et un peu carrée : toujours équilibrée. Il ne faut pas que sa beauté soit éclatante ; simplement une figure régulière, très calme et qu’on arrive à aimer, quand on en a pénétré la santé heureuse. Pas charnelle, ardente pourtant sous le calme.

Comme nature morale, un équilibre parfait, qui vient de l’équilibre du sang et des nerfs. Pourtant anomalies avec crises de violence. La vie prise avec santé et netteté. Pas de peur de l’au-delà, pas de trouble nerveux ; plutôt sanguine. Le bien naturellement comme un produit ; aucun désir trop vif, aucun regret troublant. Allant droit devant elle et aimant le sacrifice. – Une nature de garde-malade et de consolatrice. – Mais troublée dans son abnégation par des bouffées de jalousie, terribles chez l’enfant, et qui s’affaiblissent peu à peu chez la femme, à mesure qu’elle se combat. C’est chez elle un désir d’être aimée, un besoin de recevoir ce qu’elle donne : plus tard, elle en arrivera au don complet de son être sans même espoir de retour, ce qui est le point extrême de l’abnégation et du sacrifice. C’est cette jalousie qui anime la figure, et la fait lutter, la tire du calme plat de la bonté continue.

En somme, Pauline est la bonté, la patience qui combat la douleur. La bonté doit surtout être sa caractéristique. C’est par bonté qu’elle se donne de plus en plus aux autres. »


Chanteau (Lazare)

Né à Caen. Fils des Chanteau. Filleul du banquier Thibaudier, dont il épouse la fille. Père du petit Paul. Avait quatorze ans lorsque ses parents ont quitté Caen pour se retirer à Bonneville. Est resté au lycée, qu’il quitte à dix-huit ans, avec son baccalauréat. Grand garçon, à front large, aux yeux très clairs, avec un fin duvet de barbe châtaine, qui encadre sa face longue. Lors de l’arrivée de sa cousine Pauline Quenu à Bonneville, il bat les falaises depuis huit mois, ne se décidant pas à choisir une occupation.
C’est un névrosé plein de l’ennui sceptique de toute sa génération, incapable de s’intéresser à la vie, se, laissant, au gré des suggestions extérieures, emballer tour à tour sur la musique, la médecine, la chimie, l’industrie et la littérature.

Plein d’enthousiasmes soudains, il se dégoûte devant les réalisations ; il voit trop grand mais il a, en même temps, le mépris de l’argent ; hanté d’une peur maladive de la mort, il est pourtant brave devant les agonies et se jette résolument dans un incendie pour sauver l’enfant d’une paysanne ; il a soigné avec le plus complet dévouement Pauline en danger de mort et il est incapable de rendre le moindre service a sa mère moribonde, qu’il aime tendrement. Lazare est un malade en qui se heurtent toutes les contradictions. Esprit fort, dégagé de toute croyance, il subit des superstitions ridicules ; doué d’une vive intelligence, il est inapte à toute décision, sa volonté est toujours vacillante. Après avoir accepté le mariage avec sa cousine, qu’il aime et qu’il a failli mettre à mal, il se laisse circonvenir par Louise Thibaudier, accepte passivement tous les sacrifices de Pauline, n’ayant que de courtes révoltes, puis, finalement, épouse Louise, qu’il s’est mis à désirer follement. Dix-huit mois après, encore une fois désillusionné, il est repris d’une passion charnelle pour sa cousine. Au fond, derrière ses emballements de jeunesse et la névrose dont il souffre, on retrouve, très vif, le profond égoïsme des parents.

Lazare a gaspillé l’argent de Pauline dans des tentatives industrielles, dans la construction d’une estacade qui doit sauver Bonneville des fureurs de la mer ; marié, il abandonne vite un emploi que son beau-père lui avait trouvé dans une compagnie d’assurances, et c’est alors la dot de Louise qu’il commence à éparpiller en des entreprises téméraires. Tout ayant échoué, il revient à Bonneville, plus impuissant que jamais, énervé par les récriminations de sa femme, en proie à une effroyable peur de mourir, qui lui enlève un peu plus chaque jour le goût et la force de vivre.
(La Joie de vivre)

Devenu veuf, il laisse son fils à Pauline Quenu et part en Amérique pour faire fortune.


LES PERSONNAGES (complet par ordre alphabétique)

Adèle
Bouland (Mme)
Boutigny
Cazenove (Docteur)
Chanteau
Chanteau (Eugénie) = La Vignière (Eugénie de)
Chanteau (Lazare)
Chanteau (Paul)
Chanteau (Père)
Cuche (Famille)
Davoine
Delorme
Gonin (Famille)
Herbelin
Horteur (Abbé)
Houtelard (Famille)
La Vignière (Chevalier de)
Lantier (Claude)
Léonie
Liardin
Loulou
Malivoire
Martin
Mathieu
Minouche
Naudet
Prouane (Famille)
Quenu
Quenu (Lisa) = Macquart (Lisa)
Quenu (Pauline)
Rambaud
Saccard (Aristide)
Thibaudier
Thibaudier (Louise)
Tourmal (Famille)
Véronique

Zola tel qu'en lui-même

8 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 82 ans) - 27 août 2013

Poursuivant mon parcours chez les Rougon-Macquart, j'en suis arrivé à 'La joie de vivre'. Mon sentiment est toujours identique. Je suis plus sensible à Zola dans ses approches plus sociologiques que psychologiques, chacune étant bien entendu présente dans tous ses livres. Dans ce roman, je trouve Zola plus proche de Balzac et tenté par une vision très sentimentale des personnages et des situations. En ce sens, les critiques précédentes rendent parfaitement compte des qualités du livre, un peu méconnu il est vrai. Je suis moins attiré que d'autres par cet aspect de l'écrivain que je trouve ici trop tenté par une sorte d'affectation sentimentale, y compris sa fascination pour la maladie mentale. Cela ne m'empêche pas d'admirer comme toujours une remarquable efficacité littéraire. Je le trouve beaucoup plus dans sa ligne lorsqu'il décrit les conséquences sur les comportements humains de situations sociologiques. Il y présente avec une force incroyable les retentissements sur l'humanité de puissances qui la dépassent.

Du pur Zola

8 étoiles

Critique de Warrel62 (, Inscrit le 30 mars 2013, 51 ans) - 3 avril 2013

Devant le malheur, la misère ou la malchance, on a l'habitude de dire "c'est du Zola". L'assommoir et Germinal pour la misère, et La joie de vivre (quel farceur, ce Zola d'avoir mis ce titre là) pour la malchance. Un livre "étouffant", plusieurs fois j'ai eu l'impression de manquer d'air, étouffé par le destin injuste de l'héroine que j'ai trouvé totalement oppressant. Et pourtant, un sacré beau livre, un de ceux qui reste longtemps dans la mémoire, tout comme l'atmosphère générale de l'oeuvre. Longtemps après, on sent encore le vent et les embruns.

Un livre bouleversant, un titre évocateur

10 étoiles

Critique de Marilyna (, Inscrite le 17 mai 2009, 27 ans) - 26 août 2012

Entrant en hypokhâgne, je me devais de découvrir Zola, écrivain incontournable du XIXème. Je me suis donc attelée à la lecture de la Bête Humaine, pensant que le visionnage du film avec Jean Gabin m'aiderait à rentrer dans l'histoire. Cependant, ce ne fut pas le cas, car l'intrigue prend du temps à commencer.
Alors, au hasard, j'ai choisi le roman La joie de vivre, car je me suis dit que, pour une fois, ce serait ne serait pas un roman pessimiste - car j'avais ouï que Zola marquait par la noirceur des faits racontés. L'intrigue est superbe, superbement menée au long de chapitres ni trop brefs ni trop longs. Le fait que l'histoire se déroule à quelques lieues d'Arromanches m'a beaucoup touchée, étant Basse-Normande. Cependant, la ville dans laquelle l'histoire se déroule n'existe pas en vérité... Ou alors, j'ai mal regardé sur la carte. Le personnage de Pauline m'a beaucoup émue, une personne tendre et dévouée, dont on abuse cependant. Lazare, quant à lui, peut être défini comme une personne errante, autant dans sa vie professionnelle (différents projets, tous différents les uns des autres - médecin, exploiteur d'algues, musicien...) que personnelle, étant perdu entre Pauline et Louise.
La lecture de ce roman m'a entièrement absorbée, c'est ce roman qui a provoqué une sorte de coup de foudre pour l'écriture de Zola, qui traite de sujets qui me touchent, avec, simultanément, de la finesse et de la brutalité. Deux jours après avoir lu La joie de vivre, j'ai lu l'Assommoir, qui m'a également conquise. Malheureusement, le "travail" de lecture préparatoire à l'entrée en classe d'hypokhâgne ne me permet pas d'aborder toutes les oeuvres de Zola, je dois lire un peu de tout. Mais, éprouvant beaucoup d'admiration pour ce que j'ai lu du cher Emile, je lui serai fidèle, lorsque j'aurai plus de temps.

La joie de vivre.

8 étoiles

Critique de Devil inside (, Inscrit le 18 novembre 2011, 30 ans) - 19 novembre 2011

Zola oppose Pauline, l'optimisme et le bon cœur, à la maladie, le ressentiment, et la dépression la famille Chanteau. Le fils Lazare est convaincu de la futilité de la vie et se complait dans le pessimisme et le nihilisme , qu'il exprime dans une symphonie inachevée de douleur.
Au cours des années, une série de revers financiers provoque Mme. Chanteau à «emprunter» dans l'héritage de Pauline. Investissements hasardeux de Lazare - et l'échec ultérieur de ses entreprises - continuent de réduire la fortune de Pauline.
Graduellement, à mesure de l'appauvrissement de Pauline, Mme. Chanteau entretient un ressentiment envers celle-ci, la blâmant de la malchance de la famille, l'accusant d'être avare , ingrate, et égoïste. Même sur son lit de mort, Mme. Chanteau est incapable de reprendre raison, et accuse Pauline d'empoisonnement alors qu'elle tente de la soigner.
Bien que Lazare et Pauline soient tacitement engagés, Pauline le libère de ses engagements afin qu'il puisse épouser la fille d'un riche banquier qui passe ses vacances avec les Chanteau. Leur mariage est un malheur. Lazare continue d'entretenir une obsession compulsive de la peur de la mort. Son incapacité à conserver un emploi rémunérateur et son apathie ajoutent à leur malheur.
Sa femme donne finalement naissance à un garçon mort-né, dont Pauline sauve la vie en insufflant de l'air dans les poumons. (Très symbolique.)

La mort, ici omniprésente, est un terreau pour Zola qui loue les joies inhérentes à la lutte pour la vie face à la tristesse et au malheur.

Les Embruns d'Arromanches

8 étoiles

Critique de Lisancius (Poissy, Inscrit le 5 juillet 2010, - ans) - 10 juillet 2010

Ce livre a un parfum : celui de la mer. Celui des eaux destructrices, allégorie de notre condition humaine, qui, jour après jour, dévorent les côtes d'Arromanches, décrites avec une bouleversante beauté par un Zola que je trouve décidément excellent dans le roman psychologique - c'est le deuxième qu'il écrit, après le splendide Une page d'Amour. Celui de la Normandie, avec ses villages désertés par une jeunesse instable, avec ses hobereaux pleins de bonhomie, son maire, son médecin, sa sage-femme, ces personnages secondaires tellement réussis dont Zola a le secret. Celui des rochers que les marées déplacent, sans cesse balayés par les flots inexorables.
Sur un de ces rochers, il y a la maison des Chanteau. Sur ce rocher, Zola a bâti ce qui est sans doute un de ses meilleurs romans, un coup de génie à la Maupassant, triste et beau, pessimiste dans les coins, à grands traits d'aquarelle rose et verte diluée dans un marron clair et dans un bleu azur.
La Joie de Vivre, c'est un roman délicat, comme son héroïne, comme son histoire, qui est un peu celle de l'auteur. Elle met en scène des personnages à fleur de peau, des "écorchés" : un Lazare en proie au doute quant à l'existence humaine, un Monsieur Chanteau paralysé par la maladie et devenant un monstre d'égoïsme, une servante, Véronique, dont l'action finale surprend et rouvre la plaie que l'on croyait fermée, une Louise un peu amoureuse, un peu timide, un peu gentille, un personnage que Zola a parfaitement réussi en rendant éclatant un gris terne de petite fille irrésolue et ingénue.
Au milieu de cela, il y a Pauline ; l'optimisme intelligent, mesuré, réfléchi. Cette Pauline, on a peur qu'elle se brise, elle paraît si fragile, baignée dans les embruns d'Arromanches, et pourtant elle traverse l'ouvrage avec fierté, et semble nous crier "Vivez, ce n'est pas si difficile !"
Il y a des moments d'anthologie dans La Joie de Vivre, je pense particulièrement à la terrible scène de l'accouchement de Louise, qui vous remuera au plus profond de vous même. Il y aura des larmes, notamment après la mort du chien - satané complexe de Bambi - et de l'injustice face aux éléments déchaînés.
En quelque sorte, La Joie de Vivre est un peu un Procès avant l'heure.
Seul défaut : l'oeuvre ressemble beaucoup trop à Une Vie. j'ai été gêné plusieurs fois, le goût de déjà-vu ne se noie pas dans les vapeurs marines, et le fabuleux aquarelliste ne me fait pas oublier le romancier normand.
Dommage, on était si proche du 5/5 !

Autre chef-d'oeuvre...

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 79 ans) - 31 juillet 2009

N'ayant pas lu la synopsis de cette oeuvre, je m'étais attendue, grâce à son titre, à une histoire légère, joyeuse..., alors que c'est à mon humble avis, une des plus sombre et difficile à lire de par son sujet: la mort!
Ce roman semble être le plus intimiste de Zola, en ceci que Lazare souffre comme lui de cette idée de sa mort prochaine. Zola essaie ainsi de réagir contre sa propre hantise de la mort en brossant le portrait de ce personnage trop aimé, égoïste, détestable, nerveux, jamais heureux, antinomique de celui de Pauline portée par une pulsion de vie et d'altruisme.
Toute une machinerie du corps est ainsi mise en branle dans le roman à travers les maux dont souffrent l'oncle avec sa goutte, puis la tante, et enfin Louise dont l'enfantement est terrifiant.
Zola confronte ainsi la maladie, la douleur physique, à la joie de vivre, à la patience de Pauline qui croit en la médecine et en la toute-puissance de la volonté.
C'est ainsi que Pauline, en lutte d'abord contre sa jalousie et son besoin d'être aimée, puis pour son droit d'être pleinement femme et mère, atteindra l'ultime abnégation d'elle-même.
À tel point que j'étais révoltée devant cette souffrance morale, avec une envie réelle de la secouer, et de rêver pour elle d'une autre vie possible que lui laisse entrevoir d'ailleurs le cher médecin, seul à voir clair dans son dévouement sans borne.
Encore une fois, comment ne pas être ébahie devant un tel chef-d'oeuvre de perspicacité, de sensibilité, de recherche exhaustive afin de rendre des descriptions aussi réalistes, enfin, que dire de cette déclaration autodérisoire à la toute fin: «Faut-il être bête pour se tuer!»
Une lecture difficile, mais avec Zola, toujours édifiante...!

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  La joie de vivre, ce soir à 20h35 23 Zagreus 11 octobre 2011 @ 18:35

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