La Terre de Émile Zola

La Terre de Émile Zola

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 30 novembre 2000 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 78 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (490ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 12 691  (depuis Novembre 2007)

Une extraordinaire description de milieu, un style puissant

Mon Dieu ! se diront certains. Avec qui nous arrive-t-il là !.
Il est vrai que tout auteur qui passe dans le programme scolaire devient instantanément un vieux rasoir démodé, usé, dépassé. Et bien, non ! Zola, pour moi, est tout sauf dépassé et il est tout sauf rasoir ! J’aurais aussi bien pu choisir " Germinal " ou " L'Assommoir ", ou " L'œuvre ", ou " Nana ", mais je crois que " La Terre " est un peu moins connue.
Zola est, selon moi, un auteur qui dépasse les modes. En outre, ses livres sont pleins de vie, de mouvements, de rebondissements, de bruits, de fureurs, de désespoirs. Il ne décrit pas, comme Flaubert, en long et en large les différentes parties de la cathédrale de Rouen (sans vouloir nier ici les indiscutables qualités de " Madame Bovary "). Il empoigne son lecteur pour ne le lâcher qu'à la dernière page terminée. Je ne dirais pas que ses livres sont gais. Mais l’époque l'était-elle pour la masse des gens ? L'est-elle pour la majorité aujourd'hui ?
Mais revenons à " La Terre ".
Le décor est la vaste plaine de la Beauce. Comme beaucoup d’autres fermiers, le père ne possède que quelques petits hectares de terre. Sa femme et lui, devenant trop vieux, décident de céder leurs terres à leurs enfants au nombre de trois. Il y a le fils aîné, alcoolique et paresseux, la fille mariée à un fermier, et la plus jeune, bien appétissante, toujours célibataire.
Chacun devra payer une petite somme mensuelle aux parents pour assurer leur subsistance et le père se garde un bien petit magot, fruit de l'épargne d'une vie. Bien vite la mère décède et le père reste seul. Commence alors pour lui un long et pénible calvaire qui le mènera aux dernières extrémités. Il sera envoyé de l’un à l'autre comme un paquet de linge sale. Et le petit magot ?...
Il est vrai que la vie est dure pour tous, dans la région, les lopins de terre étant par trop petits. Pour bien nous expliquer cela, Zola nous offre alors un grand moment d'écriture, je dirais presque de journalisme. Une scène digne de figurer dans nos journaux d’aujourd’hui, dans le cadre des problèmes agricoles entre l'Europe et les Etats-Unis.
Un ouvrier journalier itinérant parle un soir dans le café du village. Il raconte qu'il a entendu que des tonnes de blé arrivaient quotidiennement au port du Havre en provenance des états-Unis. Que là-bas, les fermes sont aussi vastes que tout un département, que tout se fait à la machine et qu’ils ne savent plus que faire de leurs excédents de production. Les cours vont donc s'effondrer en France et les paysans d’ici, avec leurs minuscules lopins, vont crever. Leur seul avenir sera d’aller travailler derrière une machine fumante et hurlante, dans des villes encombrées et remplies de chômeurs. Ils vivront dans des clapiers et se tueront pour des salaires de misère. Et toute l'assistance d’écouter, la peur au ventre, la bouche ouverte, cette description de l’apocalypse.
La campagne de Zola n'a vraiment pas grand-chose à voir avec celle, idéalisée, de Giono (que j’aime beaucoup par ailleurs). La nature et les animaux ne poussent pas à la rêverie, ni à la poésie. Plutôt à une lutte et à des efforts constants. Le caractère des hommes et des femmes y est aussi dur que leur travail et leur âpreté au gain aussi grande que la difficulté qu'ils ont à faire de l’argent. L’amour, celui chanté par les poètes, est ici remplacé par la nécessité de réunir des parcelles, ou d’avoir des bras pour les cultiver.
Que tout cela est dur et peu amusant, me direz-vous. C’est vrai ! Mais l’histoire est tellement bien menée, et crédible, qu'on dévore le livre. Le style est vif et efficace. Quelques lignes seulement pour entrer dans le vif du sujet. Peu de pertes de temps chez Zola !
Ecoutez vos journaux télévisés ! Nous sommes inondés par les problèmes agricoles !… La surproduction, la chute des cours, la dioxine, les farines animales, les pesticides etc. La lutte pour la survie et l’âpreté au gain n'ont peut-être jamais atteint de tels niveaux !…
Zola dépassé ?. Non !… "

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Extraordinaire !

10 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 62 ans) - 3 janvier 2022

La terre, c'est la rudesse, le sang et la sueur. Ici, on est loin de la ville. Tout se fait avec les mains et la souffrance. Le paysan n'est que peu lettré mais il a un sens du calcul particulièrement aiguisé. Les alliances, les mariages, les copinages se tricotent avec des mailles d'une logique cartésienne.
Je pense que Zola a réussi son meilleur texte. D'abord sa plume est particulièrement aérienne et la conception de son histoire est particulièrement soignée. Pas de temps mort, les événements s'enchaînent avec harmonie et donne un résultat surprenant.
J'ai été happé par cette formidable décennie autopsiée par ce grand Maître.
A lire absolument.

les personnages principaux.

FOUAN
Il a 70 ans en 59. Il est donc né en 89, et il aura 81 ans en 70, lorsqu’il mourra.
Taille moyenne, très robuste autrefois, bien membré, dur et travailleur. Mais comme diminué par l’âge.
Fils de Joseph-Casimir. Mari de Rose Maliverne. Père de Jésus-Christ, de Buteau et de Fanny Delhomme. Il a eu en partage sept arpents de terre et a épousé Rose, héritière de douze arpents, il a cultivé ces biens avec acharnement, il les a augmentés lopins à lopins, au prix de la plus sordide avarice. Telle parcelle représente des mois de pain et de fromage, des hivers sans feu, des étés de travaux brûlants, sans autre soutien que quelques gorgées d’eau. Il a aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d’humain : la terre ! Pendant des années, tous, la femme, les enfants ont tremblé sous lui, sous ce despotisme rude du chef de la famille paysanne. Il a ainsi vécu jusqu’à soixante-dix ans. Sauf ses jambes, il est gaillard encore, bien tenu ; il a de petits favoris blancs, en pattes de lièvre correctes ; le long nez de la famille aiguise sa face maigre, aux plans de cuir coupés de grands plis. Mais, jadis très robuste, il est maintenant desséché et rapetissé, son corps se courbe, comme pour retourner à cette terre, si violemment désirée et possédée. Et l’heure est, venue : comme le père Fouan ne peut plus cultiver lui-même, qu’il ne veut pas introduire chez lui des étrangers qui pilleraient, que son cœur se fend de voir la bonne terre se gâter faute de soin, que d’autre part, la donation entre vifs offre aux familles une économie sur les droits d’héritage, il se décide à céder le bien à ses fils, comme son père le lui a cédé à lui-même, enragé de sa vieillesse impuissante. La maison qu’il habite au bas de Rognes vient de sa femme Rose ; ils garderont cette maison et le jardin, jouiront de redevances en nature, et chacun des enfants leur servira deux cents francs de rente viagère. Fouan pourrait vivre satisfait, car il possède un magot, trois cents francs de rente, que nul ne connaît. Mais quinze jours après le partage, malade de n’avoir plus de terre, il fait la sottise de conclure un marché de dupe avec le père Saucisse, celui-ci cédant, après sa mort, un arpent de bien, à la condition de recevoir, sa vie durant, quinze sous chaque matin. Et c’est une dernière illusion, où le père Fouan contente vaguement sa passion de la terre.

BUTAU
Âgé de 26 ans en 59 ; donc né en 33 ; et il aura 37 ans en 70. – Le plus jeune des trois enfants de Fouan. – Resté imberbe, avec des poils rares qu’il rase. – Tient de son père au physique et au moral. Mais avec des différences sensibles. Physiquement, de taille moyenne lui aussi, fort et les os gros. La face en avant, le bas surtout qui avance un mufle, le menton gras, les deux maxillaires proéminents et exagérés, avec une mâchoire puissante de carnivore. L’œil gai, qui trompe, et les mâchoires qui disent tout. Tout le caractère de la physionomie est là. C’est mon Bécu grand. Le front fuit, les tempes sont étroites, tout le haut de la tête est resserré, avec des yeux gris de bonhomie et de ruse. Le nez fort, écrasé à la racine. Cheveux courts, châtains.
Comme caractère : le premier abord bonhomme et gai. Puis de la malice et de la sournoiserie ; et au fond, la violence du père, l’entêtement, d’où lui vient son surnom. Il ne faut donc pas de la violence, de la brutalité seulement et continuelle ; mais un caractère plus compliqué, quoique simple. Le paysan tout entier, avec ses appétits au fond, l’amour de la terre qui est la caractéristique, l’intérêt, l’avarice, la luxure et l’ivrognerie, mais tout cela pas du premier coup. D’abord bonhomme, puis rusant, puis terrible quand il se découvre. Et revenant à sa comédie du bon homme, quand il est vaincu ; et en arrière, féroce. Tout ce caractère doit le mouvementer.
Il aura tiré un bon numéro, n’aura pas servi, n’aura pas quitté la terre.
Très violent avec la femme, brutalité avec Françoise.
Mais par-dessus tout la passion de la terre, qui le grise, qui le fait délirer. Et quand il apprend que le père a une rente de 400 fr., la pente au crime pour les avoir.
L’appétit toujours tenté de se satisfaire immédiatement. Il se rue sur ce qu’il désire. Puis la peur du gendarme qui l’arrête seule, le réduite à la sournoiserie et à la ruse. À la fin, il ruse pour tuer son père. L’animal carnassier dont la société a fait un finaud, et qui donne des coups de dents quand il se croit à l’abri de la loi. Mais grandi par sa passion de la terre.
Brutal et sournois, cupide et jouisseur : calculateur, avec ses vices qui grandissent à mesure qu’il avance en âge. D’un degré plus avant dans le siècle que son père, par son séjour à la ferme ou à la ville. Travailleur, par son amour de la terre, mais braque. Entêté aux vieilles coutumes, méthodes, voulant tout de la terre en la violentant, profonds labours, du fumier, mais sans logique ni science ; et sa rage contre la terre quand elle ne donne pas tout ([?] 45, très important). Son opposition avec Delhomme. »

JESUS-CHRIST? DE SON VRAI NOM Hyacinthe Fouan. 40 ans en 59, donc né en 19. Grand gaillard, avec cheveux et barbes incultes. Une face de Christ ravagé et brigand, détrousseur de grande route. Mal vêtu. Braconnier, maraudeur, fait des journées ça et là, boit tout, se fait renvoyer de partout, terrifiant la contrée. Frère de Butau. Le travail et la terre ne l'intéresse pas.

MADAME DELHOMME, Fanny Fouan. Elle a fait un très beau mariage. C'est elle d'abard qui hébergera le père Fouan quand ce dernier cedera ses terres à ces trois enfants.

LISE et FRANCOISE MOUCHE.
Lise, Sœur aînée de Françoise. Fille de la Vierge, elle est enceinte des œuvres de son cousin Buteau. Grasse et ronde, la mine gaie, Lise est grande, elle a l’air agréable, malgré ses gros traits et la bouffissure commençante de toute sa personne. Plus âgée de dix ans que Françoise, elle apporte à la besogne un tel cœur, tapant, criant, riant, qu’elle réjouit la vue. Le petit Jules a près de trois ans, lorsque Buteau, longtemps réfractaire au mariage, est séduit par une opération de terrains qui avantage les sœurs Mouche ; il se décide à épouser Lise. Françoise reste vivre avec le couple, mais Butau la poursuit de ses ardeurs.

JEAN MACQUART
il est devenu paysan après avoir repris un instant son métier de menuisier. Il est alors un grand garçon châtain, au cheveu ras, à la figure pleine et régulière. Et il a 29 ans. Donc, le roman dure dure environ 10 ans. Et rappeler le drame ; il épouse la fille Françoise Mouche, que pourchasse son cousin Buteau. Plus tard, lorsque celui-ci a épousé Lise, la sœur de Françoise, et qu’à eux deux ils ont tué Françoise, il se rengage, leur abandonnant tout. Les paysans le surnommaient « Caporal ». Il n’est pas allé en Crimée, il devait partir quand on a pris Sébastopol. Mais il est allé en Italie : « C’est comme chez nous, de la culture avec des bois et des rivières. Partout c’est la même chose. Il s’est battu, ah oui, pour sûr. À Solferino, ça chauffait dur, et il pleuvait cependant. Mon Dieu, la guerre n’est pas si difficile qu’on le croit. On tombe au sort, n’est-ce pas ? On est bien obligé de faire son devoir. Moi, j’ai lâché le service, parce que j’aime mieux autre chose. Pourtant, ça peut encore avoir du bon, pour celui que son métier dégoûte et qui rage, quand l’ennemi vient nous emmerder en France. » Il a donc passé dix ans à Rognes, près de Châteaudun, sans dénoncer les Buteau, meurtriers de Fouan et de Françoise.

PERSONNAGES PAR ORDRE ALPHABETIQUE

Auguste
Badeuil (Charles)
Badeuil (Estelle)
Badeuil (Mme Charles)
Baillehache
Baillehache (Mlle)
Beau-François (Le)
Bécu
Bécu (Delphin)
Bécu (La)
Bécu (Michel)
Blanchette
Borgne-de-Jouy (Le)
Bouteroue (Hilarion)
Bouteroue (Mme Vincent) = Péchard (Mlle)
Bouteroue (Palmyre)
Bouteroue (Vincnet)
Breton-Le-Cul-Sec
Briquet (Les)
Budin (Les)
Buteau
Buteau (Jules)
Buteau (Laure)
César
Chédeville (De)
Clou
Cognet
Cognet (Jacqueline), dite La Cognette
Coliche (La)
Coquart (Les)
Couillot (Les)
Delhomme
Delhomme (Ernest), dit Nénesse
Delhomme (Mme)
Empereur
Finet
Fleur d'Épine
Fouan (Joseph-Casimir)
Fouan (La Mère) = Maliverne (Rose)
Fouan (Louis), dit Le Père Fouan
Fousset (Le Père)
Frimat
Frimat (La)
Gédéon
Godard (Abbé)
Grand-Dragon (Le)
Grande (La)
Grosbois
Guillaume
Hardy
Honorine
Hourdequin (Alexandre)
Hourdequin (Isidore)
Hourdequin (Léon)
Hourdequin (Mlle)
Hourdequin (Mme) = Baillehache (Mlle)
Jésus-Christ
Lambourdieu
Lengaigne
Lengaigne (Mme Flore)
Lengaigne (Suzanne)
Lengaigne (Victor)
Lequeu
Leroi, dit Canon
Loiseau
Lonjumeau
Lorillon (Les)
Macquart (Jean)
Macqueron
Macqueron (Berthe)
Macqueron (Mme Cœlina)
Madeline (Abbé)
Massacre
Mathias
Mouche (Françoise)
Mouche (Le Père)
Mouche (Lise)
Norine
Patoir
Péchard (Antoine)
Robiquet
Rochefontaine
Rognes-Bouqueval (Les)
Rosalie
Rouge d'Auneau (Le)
Rougette
Sabot
Sans-Pouce
Sapin (La)
Saucisse (Le Père)
Soulas
Sourdeau
Tron
Trouille (La)
Vaucogne (Élodie)
Vaucogne (Hector)
Victorine
Vimeux
Zéphyrin

Admirable

10 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 83 ans) - 7 juillet 2014

Je viens de relire "La Terre" après 40 ou 50 ans pour la première lecture. Avec Zola, ici, l'étonnement et l'admiration viennent de l'adaptation du style au contexte du sujet. Le roman décrit la vie paysanne en Beauce dans la deuxième moitié du XIX° siècle et le lecteur se trouve plongé dans la vie quotidienne de Rognes (village existant près d'Aix-en-Provence!), communauté engluée au milieu de ses champs et de ses pâturages. Le style est fait de phrases courtes, de dialogues percutants où les mots crus, l'argot et les injures se multiplient dans une langue lourde comme la boue des chemins par jour de pluie. Quatre objets tirent les préoccupations de chacun: le terre possédée comme "le bien" nécessaire et convoité, l'argent (et son corolaire l'héritage), le sexe et l'alcool. On peut trouver la galerie de personnages (Fouan, Jésus-Christ, Lise, Buteau, La Grande, Jean, La Trouille, etc.) trop tirée vers la crasse, la misère morale et existentielle et la violence. Je ne sais si la peinture de Zola reflète exactement l'état du monde paysan de cette époque et de ce lieu. Certains auteurs ont manifesté leurs réticences. Même si la restitution de Zola est partiale, j'en retrouve les traces dans notre monde actuel. Etant il y a quelques années dans une antichambre de notaire rural, j'ai entendu des propos (il s'agissait d'héritage) qui, avec modification du style, auraient bien eu leur place dans "La Terre".
Il n'en reste pas moins que cette description du monde rural repose, comme toujours chez Zola, sur une documentation impressionnante et une immersion réelle (Zola possédait une ferme à Médan). Le moindre détail (par exemple la fumure du sol) est appuyé sur constatations, enquêtes, documents, témoignages, et lettres de spécialistes. Comme toujours chez Zola, à part une ou deux exceptions dans la série des "Rougon-Macquart", le lecteur est frappé de la solidité et de la pertinence des faits avancés comme de l'approche psychologique des personnages. Tout ceci est admirable.

La Terre

8 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 43 ans) - 6 août 2011

La Terre raconte le côté sordide de la campagne française au 19e siècle. On y voit autre chose que les beautés bucoliques que décrivaient les bourgeois de cette époque. Ce roman c'est plutôt les conflits familiaux pour obtenir en héritage les plus beaux lopins de terre. Ce roman c'est aussi la terre vue comme une maîtresse impitoyable qui laisse tomber son propriétaire vieillissant pour un autre plus fringant. La Terre, c'est un roman très sombre sur la vie de campagne au 19e siècle.

Toujours aussi puissant

8 étoiles

Critique de Fa (La Louvière, Inscrit le 9 décembre 2004, 47 ans) - 1 août 2006

Ce quatrième tome, sur cinq, consacré aux Rougon-Macquart comprend "l'oeuvre", "la terre", "le rêve" et "la bête humaine".

"L'oeuvre" est le roman de la série consacré à la peinture, en la personne de Claude Lantier, peintre précurseur auquel il manque l'étincelle de génie pour accéder à la gloire, au point que son obsession l'amène à devoir se pendre.

On y retrouve un portrait intéressant du monde des salons artistiques du XIXème avec un jeu de piste pour savoir qui est qui. A retenir, la scène finale de l'enterrement. Je lui octroie 4 étoiles : ce n'est pas le meilleur Zola.

"La Terre" est le roman consacré au monde des paysans. C'est une pièce fondamentale dans la série, tant en volume qu'en rapport avec le sujet traité : il faut rappeler qu'au XIX, la majorité de la société reste rurale !

Ce roman dépeint un portrait particulièrement noir de la vie rurale : haines familiales, viol, meurtres, convoitise, obsession de la terre : on retrouve les thèmes que Zola préfère traiter au sommet de son art : fertilité, mort, répartition des richesses, haines familiales, violence, travail harassant. Pour moi, un des meilleurs, avec l’assommoir ! Cinq étoiles.

Vient ensuite "le Rêve", une niaiserie gnangnan relatant les états d'âme d'une jeune fille en attente de l'amour mystique en la personne d'un prince dont le père est devenu évêque suite à son veuvage. Très honnêtement, je ne vois pas où Zola veut en venir et je crois qu'il s'est fourvoyé dans le mystique. Deux étoiles, pour la broderie et parce que c'est court : qui aime bien châtie bien.

Reste enfin "La bête humaine", le roman du crime : celui-là m'a plu, de par la psychopathie des personnages, le traitement de la machine et de la modernité, les quelques développements relatifs à la justice où l'on retrouve Zola journaliste, et surtout une fin magistrale ! Cinq étoiles.

Un magnifique livre

9 étoiles

Critique de Fascagat (Toulouse, Inscrite le 27 juin 2004, 40 ans) - 9 décembre 2004

Ce livre est peu connu du public et quel dommage, il est saisissant.
En effet Zola nous décrit le monde de la paysannerie, mais surtout des êtres noirs qui n'hésitent pas à tuer pour obtenir ce qu'ils désirent.
J'aime tout les Zola car ils nous dépeignent la France sous le Second Empire avec réalisme.

"Le Maître est descendu au fond de l'immondice"

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 67 ans) - 13 septembre 2002

"Le Maître est descendu au fond de l'immondice" : une phrase parmi d'autres extraite du "Manifeste des cinq" où d'anciens disciples de Zola, semble-t-il à l'instigation de Goncourt, "descendent en flammes" - dirait-on aujourd'hui - le roman le plus contesté, le plus noir, incontestablement aussi l'un des plus forts du père du "naturalisme". "Note ordurière exacerbée", "saleté", "scatologie"... les mots les plus forts sont employés par les faux frères qui, dans "Le Figaro" du 18 août 1887, protestent "au nom d'ambitions saines et viriles" contre les dernières turpitudes de Zola. Et c'est vrai que l'auteur de "Germinal" est ici totalement débridé. Il faut lire "La terre" comme on regarde un film tragi-comique, un film comme aurait pu le tourner un cinéaste néo-réaliste italien (je pense notamment à "Affreux, sales et méchants" d'Ettore Scola - si je ne me trompe). Certaines scènes sont à couper le souffle : le montage en parallèle, par exemple, de deux naissances (celui d'un veau et celui d'un petit d'homme); les tentatives de viol de Buteau sur sa jeune belle-soeur Françoise - jusqu'au tragique, jusqu'à l'horreur; les exploits de pétomane du frère alcoolique blasphématoirement surnommé "Jésus-Christ"; le sacrifice du père; l'Apocalypse finale... Et puis l'éternel souffle vital qui parcourt les romans de Zola et qui l'emporte encore et toujours sur la mort : "Des morts, des semences, et le pain poussait de la terre".

Une bonne peinture

10 étoiles

Critique de Alertinfo (Paris, Inscrit le 11 avril 2001, 48 ans) - 11 avril 2001

Au delà des mots, ce qui est génial avec toute la série des Rougon Macquart c'est l'image que Zola donne de l'ensemble de la société en France pendant le Second Empire.
La Terre décrit me semble-t-il le monde paysan, parent de notre agriculture productiviste.
A lire absolument

0 étoiles

Critique de Mauro (Bruxelles, Inscrit le 20 février 2001, 59 ans) - 25 février 2001

Grand bouquin, petites gens!Moderne Zola? Sans doute. Mais tellement manichéen!Pas un seul personnage pour racheter la médiocrité des autres. Je crois que c'est un de ces romans les plus noirs.

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  Sujets Messages Utilisateur Dernier message
  "La Terre" de Zola et la réalité paysanne.. 4 Pieronnelle 15 novembre 2011 @ 19:37

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