Capitaine Hornblower, tome 1: Retour à bon port / L'heureux retour de Cecil Scott Forester

Capitaine Hornblower, tome 1: Retour à bon port / L'heureux retour de Cecil Scott Forester
(The happy return)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Kostog, le 16 octobre 2020 (Inscrit le 31 juillet 2018, 50 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 930ème position).
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El Supremo ne fera pas de vieux os

L'histoire se déroule en 1808-1809. Horatio Hornblower. capitaine de la frégate « Lydia », a pour mission de fournir des armes aux rebelles des colonies espagnoles d'Amérique centrale. Pour cela, il débarque dans le golfe de Fonseca, près du quartier général du chef des factieux, que les gens du cru nomment « El Supremo » et qui a établi son autorité par le sang et la terreur au grand dam d'Hornblower, marri de découvrir les méthodes sadiques de ce nouvel allié.

Le capitaine parvient à s'emparer par surprise de la « Natividad », un superbe galion ennemi de cinquante canons, qu'il cède aux rebelles. Mais coup du sort, il est bientôt informé que l'Espagne et l'Angleterre sont entre-temps devenus alliés contre l'infâme tyran corse. Ce retournement d'alliance transforme son exploit en un quasi incident diplomatique et Hornblower se voit contraint de retourner combattre un navire doublement mieux armé que le sien. Pour compliquer le tout, il doit prendre à son bord lady Barbara Wellesley, une aristocrate, soeur du tout puissant Arthur Wellesley, commandant en chef des forces britanniques au Portugal...

Paru en 1937, Retour à bon port est le premier des Horatio Hornblower et dans l'ordre chronologique, le cinquième de la série. Forester est parvenu dès ce premier roman à faire de son personnage principal un héros extrêmement populaire :
Grand et maigre, assez gauche, esprit logique et excellent marin mais qui doute de ses propres capacités, Horatio Hornblower est une sorte d'« anti-héros » qui se livre un combat continuel pour s'imposer un masque. Masque d'une froideur qui n'est pas la sienne, masque vis-à-vis de la sévérité des punitions de la Royal Navy qu'il n'approuve pas toujours, masque enfin pour avaler les contrariétés et les couleuvres que lui fait avaler une Amirauté sans pitié pour ses hommes comme pour ses capitaines. Un introverti contraint qui a su par ses capacités gagner l'estime de l'équipage. On comprend qu'une telle figure positive, mais également dont l'auteur ne cachait ni les appréhensions, ni les doutes et les faiblesses (Hornblower est même sujet par moment au mal de mer !) ait rapidement acquis la faveur de nombreux lecteurs outre-manche.

Le récit de cet épisode n'est pas parfait. « El Supremo » et ses hommes sont assez caricaturaux, la bluette avec lady Barbara semble assez naïve, mais dès que le vent souffle en rafales et que le son du canon gronde, Forester est un maître qui captive ses lecteurs et ne les lâche plus, les amateurs de romans maritimes ressentant un plaisir dédoublé à la précision des termes et des situations décrites.

Un classique à relire même si ce volume n'est peut-être pas le plus abouti de toute la série.

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Une tempête sous un crâne

8 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 66 ans) - 6 janvier 2022

Avec Alexander Kent (1924-2017) et Patrick O’Brian (1914-2000), Cecil Scott Forester (1899-1966) compte, sans nul doute, parmi les écrivains britanniques qui se sont illustrés le plus remarquablement dans les récits d’aventures maritimes. Quand, en 1937, il écrivit le premier des romans d’une ambitieuse saga ayant pour personnage central le capitaine Horatio Hornblower, il était déjà l’auteur apprécié de deux gros succès de librairie, qui furent, tous deux, adaptés au cinéma : Orgueil et Passion (The Gun, 1933) qui inspira, en 1957, un film à Stanley Kramer ; et, surtout, African Queen (1935) qui donna lieu à un film fameux de John Huston avec Humphrey Bogart et Katharine Hepburn (1951).
Et, donc, en 1937, paraît L’Heureux Retour, premier volume d’une série de 13 romans consacrée aux aventures maritimes du capitaine Horatio Hornblower. Un des coups de maître du romancier, ce fut, dès ce premier ouvrage, de proposer un type de personnage original, éloigné de tout critère de banalité. Hornblower n’est, à priori, nullement taillé pour se comporter en héros, mais on a affaire à un homme intelligent, doué pour l’analyse, y compris dans des moments de tension extrême et capable de prendre rapidement les décisions qui lui semblent s’imposer. Ce n’est nullement quelqu’un d’infaillible cependant, mais il sait ravaler son orgueil, reconnaître ses erreurs et, si possible, les réparer. Surtout, comme un excellent britannique, il peut garder son calme, même au comble de la peur, et faire preuve d’un vrai courage. Quand ont lieu les combats navals, il ne perd pas ses moyens, mais sait se montrer chevaleresque avec ses ennemis, tout comme il parvient à trouver un juste milieu entre la nécessaire discipline à conserver sur un navire et la volonté de ne pas perdre son humanité. Il veille surtout à ne jamais paraître faible aux yeux de son équipage : « Par nature, écrit le romancier, Hornblower était le plus doux des hommes ; mais pour tout ce qui concernait son bateau, la crainte de passer pour un incapable l’amenait à montrer une dureté et une témérité inattendues. »
Dans L’Heureux Retour, Hornblower se trouve confronté à bien des difficultés. Parti du côté du Nicaragua en ayant mission d’aider un rebelle à se soulever contre la domination espagnole, Hornblower se trouve obligé de composer avec un redoutable tyran : le chef de la rébellion, qui se fait surnommer El Supremo, n’est autre qu’un fou furieux se livrant aux pires cruautés en se prenant pour un être divin. Être contraint d’apporter son soutien à un homme comme celui-là, c’est un crève-cœur. Hornblower s’y oblige autant qu’il est possible avant que le vent ne tourne. Car voici qu’arrive un contre-ordre : les Espagnols viennent de se liguer avec les Anglais afin d’affronter un ennemi commun, Napoléon ! Voici que l’ennemi d’hier se change en allié, ce qui signifie, pour Hornblower, la nécessité d’aller affronter celui qu’il avait commencé de soutenir, El Supremo, dorénavant à la tête d’un redoutable navire de combat. À cela vient s’ajouter un ennui supplémentaire : Hornblower se trouve, en quelque sorte, obligé de transporter sur la Lydia, son bateau, une passagère, qui plus est une aristocrate, lady Barbara, fuyant la fièvre jaune et souhaitant gagner, dès que possible, son Angleterre natale. On imagine sans peine ce que la présence d’une femme peut apporter en fait de troubles sur un bateau.
Je n’insiste pas davantage sur tous ces ingrédients qui composent à merveille un passionnant roman d’aventures. On peut ajouter cependant que, comme dans toutes les histoires de ce genre, quand elles sont écrites avec talent, les péripéties ne sont, d’une certaine façon, que la métaphore des tourments intérieurs des personnages et, en particulier, en l’occurrence, de Hornblower. Si le roman est palpitant, s’il demeure passionnant d’un bout à l’autre, c’est bien parce que le romancier a su parfaitement rendre compte des complexités et des débats intérieurs de son héros, y compris des démons qui l’habitent.
Enfin, il est impossible de terminer cet article sans signaler la somptueuse adaptation cinématographique que réalisa Raoul Walsh en 1951, avec Gregory Peck dans le rôle d’Hornblower et Virginia Mayo dans celui de Lady Barbara, sous le titre français de Capitaine sans peur (en anglais Captain Horatio Hornblower).

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