Les Maîtres de Georges Duhamel

Les Maîtres de Georges Duhamel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CC.RIDER, le 15 juillet 2012 (Inscrit le 31 octobre 2005, 66 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 143ème position).
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Grands esprits et petites mesquineries

En septembre 1908, Joseph use du subterfuge d'une fausse ruine pour soutirer de l'argent à sa propre famille alors qu'il est riche à millions. Laurent est tiraillé entre ses deux maîtres, Chalgrin avec qui il prépare son doctorat ès sciences au Collège de France et Rohner de l'Institut Pasteur pour son doctorat de médecine. Justin est devenu simple ouvrier dans une filature à Roubaix. Sénac, après avoir travaillé pour Chalgrin puis pour Joseph, se laisse de plus en plus aller à son mal de vivre. Il se dégoûte lui-même suite à une malversation qu'il a commise.
Commencé de manière plus sombre et plus dramatique que le précédent tome de la « Chronique des Pasquier », celui-ci avance par paliers sur le chemin des désillusions. Les deux maîtres vénérés de Laurent se livrent une guerre sans merci, Rohner se montrant particulièrement odieux avec Chalgrin lequel finira mal après avoir tenté une ultime réconciliation. Il en sera de même pour Sénac, cet être malveillant et torturé qui fut pour une grande part dans l'échec du phalanstère d'artistes et qui finalement retournera ce mal de vivre contre lui-même dans une sorte de conclusion logique. Toujours magnifiquement écrite et pleine d'observations judicieuses sur la réalité humaine, cette saga familiale se poursuit sous forme de lettres envoyées à Justin par Laurent. Le lecteur, qui doit deviner les réponses, suit pas à pas le héros découvrant que, chez de grands hommes admirables et respectables, le génie scientifique peut s'allier aux pires bassesses et aux plus petites mesquineries.

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Les éditions

  • Chronique des Pasquier [Texte imprimé] Georges Duhamel,..
    de Duhamel, Georges
    Gallimard / Collection Folio.
    ISBN : 9782070365258 ; 5,00 € ; 25/01/1974 ; 246 p. p. ; Poche
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Les années studieuses.

10 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 88 ans) - 1 décembre 2023

Surprise ! bonne surprise ! dans ce sixième tome, Georges Duhamel nous fait découvrir un nouvel aspect de son vaste talent d’écrivain : le style épistolaire. Laurent, le fils Pasquier qui incarne l’auteur, écrit sa vie à son ami d’enfance qui a émigré dans le nord de la France, à Roubaix. L’écriture de ces lettres est magnifique. Le style épistolaire de Georges Duhamel est un vrai modèle. On en arrive à regretter que, de nos jours, on ne s’écrive plus ; autrefois, dans les échanges de lettres entre amis, on se confiait, parfois on vidait son âme, on écrivait des choses qu’on ne peut pas dire de vive voix, et on était très attentif parce qu’on savait que ces lettres resteraient bien rangées dans un tiroir pour les générations futures… Mais revenons à nos chers Pasquier et continuons à nous envoyer des e-mails, on n'arrête pas le progrès !

Le jeune Laurent raconte son apprentissage dans les laboratoires de ses deux Maîtres en médecine et en science biologique. Ces deux savants ont conçu des théories différentes sur l’apparition de la vie, et ils se brocardent à coup de pamphlets dans les journaux, sous prétexte d’exposer leurs découvertes.

C’est vraiment intéressant parce qu’on voit où en était la science de la vie et de la médecine au début du XXème siècle. C’est aussi assez troublant parce qu’on constate que les plus éminents médecins tentaient des expériences sur les malades « pour faire progresser la science » et en fait, ils les expédiaient de vie à trépas. Ce qui est aussi passionnant c’est qu’on découvre comment la vanité et la jalousie, chez les plus grands savants, peuvent engendrer les pires mesquineries : on recherche les honneurs, les grands titres des journaux, les décorations, les premières places dans les assemblées… et on refuse de se donner la main entre chers Maîtres parce qu’on n’a pas développé les mêmes théories !

En tenant la plume du fils Laurent, Georges Duhamel déplore tout ça dans ses lettres à son ami. Mais j’ai vu – merci Wikipédia – que, au cours de sa vie, il s’était couvert de gloire et d’honneur, de décorations et de titres ronflants… Alors que dans ses lettres, il dit que ses maîtres sont des vaniteux. Comme on dit à la petite école : c’est toujours celui qui l’dit qui l’est.
Mais laissons ce cher Duhamel reposer en paix et saluons ses grands talents d’écrivain... Avant de nous précipiter à la découverte des tomes suivants de la chronique des Pasquier.

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