Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 18 janvier 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 69 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (153ème position).
Discussion(s) : 4 (Voir »)
Visites : 33 946  (depuis Novembre 2007)

Quel livre ! Unique !

Je préfère pas m’imaginer la tête des " biens pensants " qui sont tombés sur ce livre en 1932 !. Raides !. Tétanisés !…La langue pendante et les yeux hors des orbites !…
" Le Voyage ", c'est tout !… Sublime !. C’est Louis Ferdinand !…
Que des murs, dans un monde d’horreurs, de méchancetés, fourberies, menteries, lâchetés, vomissures, raclures et des pires encore !… Et notre Ferdinand qui navigue, tant bien que mal, plutôt mal que bien ! Pour la première et dernière fois (à ma connaissance) Louis Ferdinand se fait appeler Bardamu. C'est lui le héros de toute cette aventure !… Lui, Ferdinand Bardamu, pauvre cloche, chair à canon de quatrième classe, perdant à la loterie de la vie déjà avant que d'être né !.
À la guerre, " la grande " comme on dit, qu'était encore plus horrible que la suivante pour le couillon troupier, Ferdinand ne donne pas " l’ombre de la queue d’un " quant à ses chances de garder sa peau. Autour de lui ce sont que des chairs qui volent et des hurlements qui atteignent les mamans depuis la Somme jusqu’à Marseille !… S'ils en pleurent pas, les hommes, c’est que le temps manque et s'ils cavalent pas, fusil aux orties, c'est que les galonnés sont là, prêts à fusiller…. Ils en manquent de la chair à canon, n'en ont jamais assez !.
" On ne pouvait pas éviter tout. Depuis ce temps-là, je sais ce que doivent éprouver les lapins en garenne. ‚a vient drôlement la pitié ", qu’il nous dit Ferdinand ! Il pense qu’à tenter de se débiner, mais très risqué, ou de se faire faire prisonnier, moins risqué. Il y pensait juste, qu’il tombe, dans un village paumé, sur son mauvais ange, Léon Robinson. La même idée qu’il avait celui-là, mais l’occasion est manquée. Et l'horreur continue, même qu'il est nommé caporal, notre Ferdinand. Son moral est tellement haut qu’il nous dit, tout sec : " Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots. ". Voyez comme il a le moral, notre Ferdinand. La Patrie et haut les cœurs, baïonnette au canon, une pensée pour les cons qu’il se dit !…
Enfin, le voilà blessé et retour à Paris !. Là il rencontre une jeune Américaine, engagée volontaire dans la Croix-Rouge avec qui il pourra longtemps et bien, très bien, " jouer au derrière " comme il appelle ça. Mais ça peut pas durer… Un soir, dans un restaurant avec elle, Ferdinand est pris d'hallucinations… Il voit plus que des ennemis aux tables d'en face, et lui de se lever et de faire mine de tirer sur tout le monde, avec le bruit des rafales et tout !… Au fou ! Qu'ils crient tous. Mais rien n’arrête Ferdinand !. Infirmiers et hôpital, direct chez les fous ! Là, s’agit pas de se faire prendre comme simulateur, sinon peloton vite fait ou retour boucherie, premières lignes, trépas garantis !… Ah ! Comme il va nous le raconter son hôpital, avec beau docteur, belles infirmières, discours patriotiques et tout et tout.
Ce ne sont pas les visites de sa mère qui lui relèveront le moral, ni ses discours. Pour elle, les pauvres (elle et lui, entre autres), " Ils avaient dû faire des sottises, sans s'en rendre compte, bien sûr, mais tout de même ils étaient coupables et c’était déjà bien gentil qu’on leur donne ainsi, en souffrant, l'occasion d’expier leurs indignités… C'était une " intouchable " ma mère. "
Ferdinand sort de l'hôpital et nous le retrouvons naviguant sur un vieux rafiot vers l’Afrique, pour laquelle il s’était engagé. On n'y meurt pas aussi sûrement, aussi vite, mais c’est pas beaucoup mieux quand même !…D’ailleurs, qu'attendre de l'homme ?. Cette bête méchante et stupide ?. " Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls. " Au fin bout du fond de la " civilisation " Ferdinand retrouvera Léon Robinson, mais qui l'abandonnera aussi sec. Lui aussi mettra les bouts et prendra un bateau espagnol pour fuir.
Un matin, face à lui, New York !… Pas couchée, ouverte, comme nos villes à nous, non : " . celle-là, l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. ". Il y entrera et connaîtra les rues grouillantes de gens courant partout et nulle part, mais pressés. Il y crève de faim, verra les w.c. publics (à se tordre de rire), les hôtels minables, vue et son sur métro aérien. Il retrouvera son infirmière de la Croix-Rouge qui lui donnera quelques dollars et, surtout, toutes ces belles Américaines qui font qu’il peut pas ne pas penser " au derrière ", Ferdinand.
Une tentative comme ouvrier chez Ford puis il rencontre Molly. Une brave putain qui l'aimera et lui donnera du bel argent de son dur labeur pour qu'il puisse mieux vivre. A peine s’il se retrouvait pas mac, notre Ferdinand ! Une fois de plus il tombera sur Léon Robinson… Un grand passage du livre, l’Amérique !.
Retour Paris et il fait ses études de médecine. Celles-là finies, il s’installe toubib dans la gaie banlieue parisienne, Rancy…Il y crèvera la dalle, car trop de toubibs, il est pas assez cher, on le croit mauvais, on ne le paie pas… Juste bon pour les avortements clandestins, des belles qui font ça tous les deux ans, et toutes les autres petites cachotteries humaines, pas mieux les unes que les autres. Un détour par Toulouse (la scène de la pâtisserie et la constipation, drôle !) et le voilà de retour à Paris, plus jamais Rancy, mais cinéma Tarapout et figurations sur scène pour survivre. Ha !.Et l’abbé Protiste qui partagera avec Ferdinand les trois mille francs, prix de leur silence pour un meurtre connu d’eux !…Pas triste non plus, celle-là !… Un peu " de derrière " avec une belle polonaise et il est engagé dans un asile de fous. Robinson viendra une fois de plus l'y retrouver, mais ce sera la dernière fois car il se fera assassiner par sa belle, dans les bras de Ferdinand.
Dans " Le Voyage " Louis Ferdinand hurle la souffrance de la guerre, la méchanceté des hommes, l’hypocrisie bourgeoise et le sort ignoble des pauvres. Il dit " En tue-t-on assez des pauvres ? C'est pas sûr.C'est une question ? Peut-être faudrait-il égorger tous ceux qui ne comprennent pas ? Et qu'il en naisse d’autres, des nouveaux pauvres et toujours ainsi jusqu'à ce qu'il en vienne qui saisissent bien la plaisanterie, toute la plaisanterie. Comme on fauche les pelouses, jusqu’au moment où l'herbe est vraiment la bonne, la tendre. "
Dans ce premier livre, Louis Ferdinand ne joue pas encore avec les points d’exclamations trois points, comme il le fera par la suite. Il se limite à tordre un rien la syntaxe pour donner un rythme à sa phrase qui lui plaît davantage, à inventer des mots qui pour lui sonnent mieux, comme " rouspignolles ", " un agonique " et bien d'autres…
A peine son bouquin sorti, que Céline déclenche, bien involontairement, son premier scandale. Toute la presse et les milieux " autorisés " sont fermement convaincus que le Goncourt 1932 c’est lui. Et bien non !. Ce sera un illustre inconnu et lui, il devra se contenter du Renaudot. Il n’empêche : aujourd’hui plus personne ne sait quel est le nom du gagnant de cette année-là, mais tout le monde sait que Louis Ferdinand, avec Proust, est considéré comme le plus grand auteur français du XXe siècle !…
J’ai été long, je sais ! J'ai tenté plus court, mais avec Louis Ferdinand, je peux pas !. Je m'emballe !. Je m'emballe !. Déjà que c'est comme si j’avais rien dit !.

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Inoubliable

10 étoiles

Critique de Kabuto (Craponne, Inscrit le 10 août 2010, 63 ans) - 3 avril 2022

Voila ! Je viens de refermer Voyage au bout de la nuit et je peux déjà dire que ce roman restera un bon moment dans ma mémoire. J’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cette histoire. Bardamu n’est pas un personnage sympathique et sa vision du monde est assez démoralisante. Pourtant, bien aidé par le style inimitable de l’auteur, on suit les aventures de Ferdinand qui traverse le monde, la guerre et la misère avec son regard brut, pessimiste et parfois cynique mais aussi d’une très grande lucidité sur la nature humaine. Un très grand roman tout simplement.

Le théâtre de la vie !

8 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 58 ans) - 22 février 2022

Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline (1894 -1961) est un écrivain et médecin français. Il est notamment célèbre pour Voyage au bout de la nuit, publié en 1932 et récompensé par le prix Renaudot la même année.

Des années que je repoussais le moment de me lancer dans l'oeuvre du philosophe maudit.
Vilipendé par les uns, encensé par les autres, il semble que Céline soit - toutefois- reconnu comme un très Grand écrivain .
Que Fabrice Luchini lui ait consacré des spectacles entiers, récitant à l'envie des chapitres entiers de romans, ne pouvait me laisser indifférent.

L'histoire de Ferdinand Bardamu, jeune étudiant en médecine, qui s'engage dans l'armée française à l'orée de la Grande Guerre.Un "voyage" qui le mène en Afrique (les Colonies) , en Amérique (les villes verticales) et retour en France pour exercer la médecine.
Au delà du voyage géographique, Céline entraine le lecteur dans un "Voyage initiatique au coeur de la réalité du Monde" .
Un voyage, une descente aux enfers pendant laquelle toutes les médiocrités de la nature humaine sont recensées. L'ignorance, la lâcheté, l'avarice, le mensonge, l'hypocrisie, la haine et enfin... le meurtre.
Même l'Amour ne mérite pas son respect ; "L'Amour est l'infini mis à la portée des caniches"...
La seule vérité est la Mort !

Une oeuvre dense qu'il faut lire en prenant son temps car l'oeil misanthrope de Céline est partout.
Comme le dit justement Luchini : " Voyage au bout de la nuit, c'est de la poésie en prose".
J'arrive à comprendre que ce roman ait fait sensation et déstabilisé l'ordre établi.
Voilà à quoi sert la littérature !
Une oeuvre qu'il faut assurément avoir lu .

Un long voyage.

8 étoiles

Critique de Maranatha (, Inscrit le 17 janvier 2019, 52 ans) - 20 octobre 2019

Je me suis essayé à Proust sans succès, je me suis dit Céline il faut que je le lise quand même !

Le Voyage... semble être celui par lequel il faut commencer semble-t-il.

Allons-y gaiement.

Si l'on replace le livre dans son contexte et son époque effectivement il a dû faire l'effet d'une bombe.

Le style, les idées, la franchise des propos ont sans doute déstabiliser les lecteurs et les critiques.

Aujourd'hui qu'en reste-t-il ? Un point de mire, un repère dans la littérature française et surtout un personnage Céline qui a défrayé la chronique par d'autres écrits.

Pour autant faut-il lire Le Voyage... je dis oui, c'est un passage obligé , un livre qui a dû changer la donne même si pour nous actuellement il est difficile de se rendre compte de son impact et de ses répercussions.

Je vais être provocateur mais ce livre est un véritable moulin à tourner les pages, le style est fluide, parsemé de phrases qui font réfléchir, imposent une relecture qui fait dire Ah! ouais, pas mal.

Ce n'est pas nécessaire que je m'étale davantage, tout a été dit sur ce livre et Céline, je ne peux que donner mon humble sentiment qui est que ce livre de 550 pages se lit d'une traite et permet de faire connaissance avec le Monstre Céline.

Une fin grandiose

9 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 68 ans) - 21 septembre 2017

Céline raconte sa jeunesse à travers le personnage de Bardamu, un jeune parisien désargenté cherchant un moyen de gagner sa vie. Il rejoindra l’armée pour ensuite se voir affecté à un poste dans la jungle pour ensuite s’exiler à New York et revenir à Paris afin de terminer ses études de médecine et exercer dans la localité de Rancy. Au début, je me suis dit que je tenais entre les mains un formidable livre d’aventures rocambolesques mais hélas, Céline revient à Paris et là, on fait du surplace et on n’en sort pas de cette histoire avec les Henrouille et Robinson, un ancien compagnon d’armée retrouvé. Enfin, il faut s’accrocher car la fin est grandiose et m’a bouleversée.

Le style de Céline était révolutionnaire à l’époque mais ma foi, depuis le temps, les styles originaux se sont multipliés et nous en avons lu bien d’autres. Il reste que c’est une écriture parfois irritante en raison des tournures de phrases incongrues mais aussi bien sympathique car elle donne un souffle romanesque fort vivant et attachant au roman. Certaines réflexions sur la vie et la mort sont remarquables de justesse et vont droit au cœur.

Une œuvre exceptionnelle qui change de toutes les insipidités tellement décevantes qu’on nous propose aujourd’hui à coup d’encensoir et de critiques dithyrambiques comme si on ne pouvait pas se rendre compte de la nullité de leur contenu.

Un bon début.

6 étoiles

Critique de Obriansp2 (, Inscrit le 28 mars 2010, 53 ans) - 22 novembre 2015

Qui n'a pas lu ce monstre de la littérature française. Certes les cinquante premières pages sont intéressantes, bien écrites, un style particulier. Le génie, la rapidité dans l'écriture. C'est probablement ce début qui a invité la maison d'édition à signer, peut-être sans se préoccuper de la suite.

Il l'a écrit autour de 1920, mais dans l'histoire, il explique son hospitalisation dans les faubourgs de Paris, ses amours au bord de la Seine, mais ne voit pas les blessés et les morts de la grande guerre, sachant qu'en été 1814, 25000 français mouraient par mois.

Pis il part en Afrique, il fuit la guerre, là-bas il ne voit pas les locaux, il les décrit comme des êtres à part qui ont peur d'utiliser la route et qui ont peur des blancs. Il passe son temps à l'apéro avec d'autres blancs.

Il part pour l’Amérique, là il explique la différence de technologie, l'automate à billets dans les bus. Pis les vendeurs de hot-dogs, qu'il compare avec des femmes qui sortent et rentrent dans les grands hôtels, oui bien sûr que c'est mieux de sortir avec des jolie femmes que de manger des hot-dogs dans la rue Monsieur Céline.

La moitié du livre, il la consacre à son retour dans les faubourgs de Paris, quand la guerre est terminée. Il se moque des personnages qu'il crée lui-même. Ce couple qui achète un cabanon de banlieue alors qui lui-même fera pareil vingt ans plus tard. Il se moque aussi des personnages qui racontent des histoires, 'Moi aussi j'ai des choses à raconter', l'histoire de soldats français durant la retraite de Russie qui profitent de passer par Varsovie pour aller tirer leurs coups; certes cette histoire il l'a entendue, mais il n'élabore pas. Mais Céline a écrit d'autres livres après la seconde guerre mondiale, quant il a quitté le château en Allemagne pour fuir au Danemark, il a passé par Hambourg, il en a fait des choses là bas, il a aussi des choses à raconter, non pas une. Certes, bien sûr, les soldats après la Berezina ils avaient que cela en tête arrivés à Varsovie.

Il faut lire le début et s'arrêter à la moitié du pamphlet.

Un livre qu’on ne peut pas ne pas avoir lu !

10 étoiles

Critique de Chakili (Floreffe, Inscrit le 30 décembre 2010, 75 ans) - 1 avril 2015

Tranche de vie de Ferdinand Bardamu, évoquée à la première personne: elle débute dans la guerre 14-18, par laquelle le héros plonge en enfer, se débat dans l'horreur et l'incompréhension, et s'enfuit par la voie lâche de la désertion. Direction l'Afrique, celle des colons, des officiers, des nègres… paumés, pervertis et exploités.
L'issue est toujours dans la fuite, vers l'Amérique cette fois, avec la découverte du capitalisme: Ford, "le dieu Dollar", les miséreux. Une lueur blanche, la seule du récit: l'amour sincère de Molly qu'il rejette comme tout le reste.
Retour en France à la recherche de fantômes, reprise des études de médecine sans pour autant sortir du gouffre: c'est dans la banlieue parisienne populeuse qu'il exerce. Cynique amoral et lâche, il fuit encore pour retrouver un emploi en asile psychiatrique et sa vie végétative, sans issue.
"On ne monte pas dans la vie, on descend (..) Elle ne pouvait plus descendre jusque là où j'étais moi… y avait trop de nuit autour de moi".

Déroutant dès les premières lignes de lecture, par le ton et le style, le récit débute par une critique décapante de "La" guerre, de la société parisienne riche et planquée, mais aussi des miséreux sans espoir. L'antimilitarisme est virulent mais étouffant de véracité. L'anticolonialisme suit dans la même veine: colons et soldats sont manipulés et sacrifiés jusque dans l'absurde au gré des intérêts hiérarchiques.
Le salut ne se trouve ni à New York, ni à Détroit où le capitalisme broie les individus.
Le retour en France permet d'évoquer l'image désespérée de la misère populaire: ivrognerie, avortements, maltraitante familiale, cupidité …

Le ton direct et une syntaxe bousculée qui rejoint l'expression populaire, côtoient un style travaillé et complexe. Bardamu, principal protagoniste, affiche un cynisme omnidirectionnel, un pessimisme létal et une lâcheté assumée. Il ne connaît aucun idéal, refuse les sentiments. Son errance est nihiliste, la vie est vide, la vérité c'est la mort, la pourriture.
Chef d'oeuvre du désespoir.

Un récit vieillissant

7 étoiles

Critique de Spit (, Inscrit le 25 juillet 2014, 49 ans) - 30 juillet 2014

Dit chef-d'oeuvre par la plupart des lecteurs, Voyage au Bout de la Nuit m'a beaucoup plu par sa noirceur, le héros étant un névrosé de première. Seulement voilà, son périple s'en ressent, il est tellement con (et raciste, en plus, mais à l'époque c'était peut-être plus excusable) qu'il ne vit rien ! Un aventurier solitaire trop pathétique à mon goût, le livre se révèle finalement vide de voyage (mais pas de nuit, par contre).

Une des plus grosses claques littéraires de ma vie

10 étoiles

Critique de Monde imaginaire (Bourg La Reine, Inscrite le 6 octobre 2011, 51 ans) - 14 février 2014

Attention : ce livre n’est pas un livre, ce livre est voyage absolument saisissant, une expérience unique… On ne ressort pas indemne de cette lecture foisonnante et passionnante.
J’ai découvert Céline en 2ème année de Fac de Lettres et ce fut un tel choc que 24 ans après je me revois penchée au dessus de Voyage au bout de la nuit, scotchée par ce roman qui m’a pris aux tripes. Je l’ai terminé pantelante, mais surtout éblouie.
Chaque phrase, chaque paragraphe s’ancraient en moi comme pour ne plus jamais en sortir.
On peut s’amuser à ouvrir le livre à n’importe quelle page, à chaque fois on a droit à une citation formidable et criante de vérité, de lucidité sur la nature humaine.
Après avoir découvert ce livre, j’ai découvert l’homme, re-claque : il faut dire qu’il se tape de sacrées casseroles le Céline ! Raciste, xénophobe, homophobe il a également à son actif des écrits accablants d'antisémitisme.
Mais, je vous en conjure ne vous arrêtez pas à la réputation sulfureuse de Céline car vous passeriez vraiment à côté d’un chef d’œuvre.
Pour en revenir au livre, il m’a laissé un souvenir indélébile : un mélange de verve incroyable, de puissance, une plume incisive qui n’épargne rien, ni personne. Mais je pense que pour cela, il faut être prêt, prêt pour se lancer dans ce voyage au bout de la nuit, au bout de l’absurdité de la vie.

Plus qu'impressionnant !

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 28 janvier 2014

Ferdinand Bardamu après avoir dégusté sur le front de la guerre, en 14, après s’être rendu aux Colonies - où il a vu des choses pas très belles à voir- , après en être revenu de New York et de Detroit (dans l’usine de Monsieur Ford), revient en France, décroche son diplôme de médecine et s’installe à la Garenne-Rancy, en banlieue parisienne. Il devient, par la force des choses ou faute de mieux, médecin des pauvres ou plutôt des prolos. Un médecin « miteux » (le qualificatif est de lui), qui ne se fait pas payer ses honoraires, ou une fois sur trois, parce que, soi-disant, ses malades n’ont pas le sou ou qu’il n’ose pas le leur réclamer (le misérable sou).
Mais au fond : on ne sait pas grand-chose sur Bardamu…. Juste qu’il a une mère qui viendra d’ailleurs lui rendre visite quand il sera dans un sanatorium, en 14. Et puis c’est à peu près tout. Mince !

Quelques personnages et quelques nœuds de ce récit hallucinant (comme dirait Fabrice Luchini).

- Robinson : Léon pour ces dames. L’ami de Bardamu, rencontré pendant la guerre, puis à Détroit (Usa). Il est en mauvaise santé (estomac, poumons) rapport aux acides de l’usine où il « trime » (le mot est de lui).
- Lola : infirmière américaine qui aime la patrie, l’honneur et le devoir. Se disputera avec Bardamu à New York.
- Muzyne : jolie jeune fille et tout et tout, mais décidément trop courtisée.
- Molly : prostituée de Détroit, le grand amour de Bardamu et vice-versa. Mais ils devront se quitter …
- Mr et Mme Hemrouille : toute leur vie obsédés par l’acquisition d’une maison. Vivent avec la mère de monsieur qui s’est cloîtrée (dans un premier temps) dans sa chambre et ne veut voir personne….
- Bébert : un jeune voisin de 9 ans qui a ramassé la typhoïde. Et la tante de Bébert, concierge …

Une bonne part de ce récit – hallucinant – nous conte la vie à La Garenne –Rancy parmi des personnes d’une très grande pauvreté physique et morale –
Bardamu exerce également la médecine dans un asile pour aliénés à Vigny avec Parapine et leur directeur Baryton – Quelques jours à Toulouse avec Robinson, Madelon, madame Hemrouille – dernière promenade tragique à Montmartre avec Bardamu, Robinson, Madelon et Sophie.


De courts mais nombreux extraits ici :

http://catinus.blogspot.be/2014/01/…

Voyage au coeur du vingtième siècle

9 étoiles

Critique de Vladivostok (, Inscrit le 14 mars 2013, 37 ans) - 26 mars 2013

Ouf! Je l'ai enfin fini ce livre. Quel livre! Il porte bien son nom, c'est un récit de voyage.
C'est un livre noir certes, mais qui ne manque pas d'humour.
C'est un roman qui rompt avec le style classique, notamment par l'écriture et la ponctuation, mais je crois que tout le monde le sait même s'il n'a jamais lu une ligne de Céline.
Céline nous emmène en voyage avec lui. L'on est convié à suivre son expérience de la guerre (1ère Guerre mondiale), son voyage en Amérique, en Afrique, puis retour en France où l'on suit le quotidien d'un mèdecin dans son cabinet, puis dans un asile.
Je retiens de ce roman la critique de la guerre vue comme une absurdité, la critique du colonialisme, la critique de l'industrialisme, la cruauté des gens. Il y a aussi une critique de la psychanalyse (paroles de Baryton dans l'asile).
Aussi, en toile de fond, l'histoire de Bardamu et de ses compagnons de route : Robinson, Lola, Bébert, les Henrouille, Madelon, Parapine, Baryton, Sophie et plein d'autres...
Des personnages hauts en couleur qui ne cessent de nous subjuguer. Les plus importants de ces compagnons de route sont Robinson et Madelon, qui à eux deux forment un couple explosif. Entre l'un qui ne cesse de se plaindre de son sort, véritable boulet que tire Bardamu, et l'autre, une femme qui n'a pas confiance en elle, qui aime Robinson à en mourir. Enfin bref, je ne vais point trop en dire mais c'est une histoire qui mérite les heures de lecture.

Le syndrome du mouton

2 étoiles

Critique de AE73 (, Inscrite le 25 janvier 2013, 57 ans) - 26 janvier 2013

Tout à fait d'accord avec sundernono, ce livre est une imposture, comme virgile j'ai effectivement voyagé au bout de l'ennui. Seulement, ce livre est considéré par certains critiques et bien pensants comme un chef d'oeuvre, qu'il faut avoir lu, mais l'ont-ils déjà lu jusqu'au bout ? Le scénario est plat, les personnages peu attachants, le style insupportable...
Pas sûr qu'un éditeur ne s'enthousiasme aujourd'hui sur un tel livre, on a fait tellement mieux avant et après.
Alors, pourquoi l'ai-je lu jusqu'au bout ? Pour vérifier qu'il était aussi insipide sur autant de pages, qu'il n'y avait pas une lueur d'espoir qui s'élève à un moment, un sens caché à tout cela ? Je n'ai rien trouvé.
Pour moi, ne perdez pas votre temps à suivre le troupeau...

Une imposture

4 étoiles

Critique de Sundernono (Nice, Inscrit le 21 février 2011, 40 ans) - 18 août 2012

Fini, enfin, ce long et pénible voyage au bout de la nuit.
Disons le d'entrée, je fais partie de la minorité qui n'a pas aimé ce livre.

Quand je vois certaines critiques si élogieuses : «  monumental, un sommet, un chef d’œuvre, ma bible (carrément!) »,ah bon ? C'est à se demander si nous avons lu le même livre ?
Certes l'histoire de Bardamu qui n'est autre qu'un avatar de Céline vaut la peine d'être lue, du moins culturellement parlant, mais alors le style... Et c'est sur ce point là que je bloque, vraiment c'est médiocre, je ne trouve pas d'autres mots.
Il est vrai qu'il y a des passages agréables, des réflexions intéressantes, mais son style ne me plaît pas, tout simplement.

Et pourtant Céline est mondialement reconnu, d'ailleurs cela a peut être une influence sur la pensée de masse où dire que l'on a lu le voyage au bout de la nuit et qu'on l'a adoré, trouvé magnifique, poignant, génial, sonne bien.
Après il est vrai qu'il faut le retranscrire en son époque, qu'il était novateur, qu'il évoque une certaine noirceur de la nature humaine, mais dans ce domaine je préfère un Bukowski par exemple, plus vulgaire j'en conviens, mais ô combien plus accrocheur.

Voyage époustouflant

10 étoiles

Critique de Opalescente (, Inscrite le 8 novembre 2005, 41 ans) - 20 juillet 2012

Qu'ajouter de plus après ces nombreuses critiques majoritairement élogieuses? Céline le Grand, honni par les bien-pensants, adulé par les amoureux des belles lettres, Céline au génie monstrueux, à la lucidité implacable sur le genre humain, Céline qui sait rendre l'ordinaire et le médiocre fabuleux! Un livre étourdissant de talent, de prime abord peu accessible mais à lire impérativement!

Un autre avatar de Tartuffe

1 étoiles

Critique de Radetsky (, Inscrit le 13 août 2009, 81 ans) - 27 septembre 2011

Le docteur Destouches n'avait aucunement des origines prolétaires ou misérables. Il a ramassé dans les tranchées de la Grande Guerre et sans doute parmi sa clientèle, assez de vocabulaire populaire pour l'arranger à sa manière et le faire endosser par son improbable Bardamu, caricature s'il en fut d'un quelconque homme du peuple. Notre roublard de la plume a vite compris, dans l'après-guerre, le parti qu'il pouvait tirer d'une outrance tout à fait propre à effrayer le bourgeois tout comme à le séduire par un style qui se serait voulu l'expression d'un Rabelais du XXe siècle. Hélas ! La chose a fonctionné à merveille, mais comme toutes les drogues frelatées, il en faut toujours plus pour qu'elles fassent de l'effet et procurent à ceux qui les vendent les bénéfices escomptés (tout au moins en argent, car pour ce qui est des bénéfices "moraux"...). Du coup, il en a fait des tonnes dans l'ignoble (et qu'on ne vienne pas me parler d'un "art" quelconque) et a fini par commettre des saloperies telles que "Bagatelles pour un massacre", dans le contexte qu'on sait. Essayant de jouer sur "l'esthétique" de la langue, ou d'un genre littéraire, il n'a eu de cesse par la suite de se poser en incompris, en victime, en persécuté, tandis que les vrais persécutés finissaient dans des voyages plombés pour lesquels on ne délivre que des allers simples, et vis à vis desquels il n'a jamais eu (lui, médecin...ô serment d'Hippocrate !) la moindre pitié. Une crapule besogneuse, de la plus grande lâcheté qui plus est, tout aussi haïssable que les crapules armées ou planquées dans les administrations de Vichy. Quant aux effets de manches, aux pâmoisons émerveillées, aux louanges d’esthètes conquis par la langue, ils émanent des habituelles cohortes d'imbéciles satisfaits ou ignorants, et à l'abri de tout risque qui ont coutume de faire la pluie et le beau temps dans le microcosme intellectuel ou politique. La corde ou le poteau, voilà le seul "prix" décernable à ce type.

un monument..

10 étoiles

Critique de Vincent430 (, Inscrit le 25 août 2010, 40 ans) - 9 septembre 2011

grande expérience que la lecture de ce livre
premièrement, je m'étais fait une idée de "voyage au bout de la nuit" et plus généralement de Céline une idée radicalement différente de ce que j'ai trouvé en ouvrant le livre
Bardamu, notre héros, qui nous rappelle étrangement l'auteur lui-même, nous raconte ses pérégrination à travers la guerre mondiale, ses voyages en Afrique puis aux Etats Unis, où il vagabonde enveloppé par l'ombre d'une noirceur empreinte d'un cynisme acide...
Bardamu méprise, exècre, vomit la terre entière, à commencer par lui-même
mais cette noirceur nous enveloppe, nous berce, nous emporte, au gré d'un style à la fois cru et brillant, à la façon des dialogues d'Audiard, qu'il a d'ailleurs beaucoup inspiré...

ouah!

10 étoiles

Critique de Oreip75 (, Inscrit le 23 août 2011, 44 ans) - 23 août 2011

Le problème avec le voyage, c’est qu’on se demande quoi lire de plus évident, de plus définitif, après.
Ce livre, c’est la quadrature du cercle, bien glauque "qu’il est" , le cercle – avec si possible plein d’asticots dedans- mais au milieu il y a une telle lumière qui éclaire nos petites existences !
C’est du jus d’humain concentré, et on sait pas si vaut mieux s’en servir de poison ou de vaccin.
Ca y est, lui, il se la raconte, il se prend pour Céline vous allez dire, mais désolé, c’est l’enthousiasme !

N’y a-t-il pas d’espoir ?

8 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 50 ans) - 24 juillet 2011

J’avais lu Mort à crédit il y a bien longtemps et j’avais surtout gardé le souvenir de la langue heurtée, syncopée, volontairement familière voire vulgaire de Céline.

Découvrant aujourd’hui Voyage au bout de la nuit, j’ai été moins surpris et l’impression créée par le style a été moins forte. Mon esprit en a été d’autant plus libre pour suivre ce voyage initiatique à l’envers, cette anti-odyssée, des champs de bataille de la première guerre mondiale à l’Afrique, puis l’Amérique pour finir dans une banlieue pauvre de l’Ile de France. Là, le médecin Céline/Bardamu doit affronter la maladie mais surtout la peur, la pauvreté, la lâcheté, le vice. A part la tendre et généreuse Molly, pas un personnage qui ne trouve grâce sous la plume de l’écrivain, tous sont vus sous le filtre du pessimisme le plus noir. Et c’est d’autant plus désespérant qu’on sent que la vérité n’est jamais très loin...

Une lecture terrible et inoubliable

Lecture rebelle

6 étoiles

Critique de Neovir (Lyon, Inscrit le 14 juin 2010, 46 ans) - 3 juillet 2011

D’ordinaire, je ne fais pas attention aux commémorations. J'aurais donc ignoré le cinquantenaire de la mort de Céline en temps normal. Je lis en fonction de mes envies et de mes besoins, pas en fonction d'évènements mondains ou de modes idiotes.
Mais là... en apprenant qu'on faisait une croix sur la commémoration du cinquantenaire de la mort de cet écrivain (que tant de gens considèrent comme un génie), j'avoue que j'ai eu une nette envie d'en savoir plus.
Eh oui, je suis comme ça. Je n'aime pas qu'on me dise quoi penser, quoi lire, quoi croire ou quoi dire. D'autant plus quand je méprise au plus haut point ceux qui ont le culot de vouloir m'imposer leur vision du monde.

Bref, j'ai voulu en avoir le cœur net. Je me suis payé un exemplaire de poche du Voyage au bout la nuit. Résultat ? Ce n'est pas une lecture qui me laissera un grand souvenir.

Le style qu'on dit si fabuleux ne m'a pas renversé. Je m'attendais à une grande baffe en plein visage, je n'ai eu qu'un petit soufflet très discret. Il y a en effet quelques passages d'anthologie, mais sur l'ensemble du roman, j'ai trouvé l'écriture bien en dessous de ce que j'attendais (on me parlait de génie, j'attendais du génie !).
Quant à l'histoire... là encore, tout le monde parle d'exploration sans concessions des ténèbres et de l'horreur du monde... tandis que pour moi tout cela semble bien banal.
Alors de deux choses l'une, soit je suis un grand pessimiste totalement dénué d'illusions sur la nature humaine (ce qui est fort probable), soit les amateurs de Céline sont de gentils naïfs peu conscients du monde dans lequel ils vivent (ce qui me rassurerait un peu).

Remuer la crasse

8 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 38 ans) - 8 mai 2011

Le dégoût ; la misère humaine.

Voilà ce que Céline semble exprimer avec Voyage au bout de la nuit. Sombre et tortueux, ce périple d'un narrateur exécrant nombreux penchants de la race humaine semble vouloir remuer la crasse dans laquelle se trouve l'être humain. Remuer la crasse, ne pas l'en sortir, notez bien !
Pour cela l'auteur fustige le comportement finalement volontaire et inné de tuer (à la guerre ou non). L'être humain est fait pour procréer ? Céline voit plutôt en lui une volonté inconsciente de tuer l'autre ; et la guerre est un prétexte idéal, pour les soldats comme pour les civils, de donner libre cours à ses désirs enfouis les plus sordides. La première moitié du roman est pour cela parfaite, s'acharnant à détruire tout principe, à dénaturer la vie elle-même, à en extraire le jus purulent. En Europe comme en Afrique, il n'y a rien de beau, seulement la folie, la survie et cette inexorable échappée de la mort.
Le style adopté est efficace, mélange de langage parler populaire et de considérations plus littéraires. Cela renforce le côté autobiographique de ce qui est une œuvre de fiction.
Et le lecteur de s'enfoncer dans la nuit, dans la détresse humaine...

La deuxième moitié est un peu plus ennuyeuse, entre redites sans inspirations (quand la première est une mine d'or à citations) et rythme poussif. Malgré tout elle n'est pas inintéressante, loin de là, et apporte quand même quelques thèmes propre à elle. Ainsi l'être humain ne semble pas non plus fait pour aimer ; l'amour ne sert à rien, la place des femmes pour le narrateur devient celle d'un objet sexuel, la satisfaction d'un désir primaire. Après la construction de la "fonction" meurtrière, Céline enchaîne avec la déconstruction de l'idée d'amour.
Quant au narrateur, il ne s'enfonce finalement guère plus dans la nuit, laissant ce rôle à son compagnon (son double ?) Robinson, qui, lui ira de plus en plus au-delà des limites. Dans la folie ? Pas sûr, en tout cas dans une inconscience de certains de ses actes et de leur portée.

Inégal et un petit peu plombé par une fin poussive, Voyage au bout de la nuit reste un grand roman, que l'on se doit d'avoir lu, avec à l'esprit que c'est un livre très sombre, pessimiste et cru tant dans son vocabulaire que dans ses idées. Et ce même si l'auteur joue parfois dans un registre burlesque aux confins de la mort.

...

10 étoiles

Critique de Corentin (, Inscrit le 24 janvier 2011, 28 ans) - 16 avril 2011

Que pourrais-je aulourd'hui ajouter, moi adolescent de 15 ans, sur ce monument de littérature (Céline n'aurait pas aimé cete tournure mais bon)?
Stupéfié devant un style incroyablement novateur et poétique, bouleversé devant cette affreuse vision d'un monde de brutes et fasciné par la manière dont se mélangent les deux et d'où ressort ce qui fait toute la force du livre: le mélange entre cruauté jamais gratuite, amour des autres et burlesque.
Céline déchire les règles de la société que ce soient ses valeurs (l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches) ou son langage puritain
Céline a ainsi réussi sans détours à faire voir l'horreur de la vérité et de la vie avec au bout la mort.

Quel chef-d'oeuvre !

10 étoiles

Critique de Francesca (, Inscrite le 20 juillet 2010, 70 ans) - 13 avril 2011

Je viens de relire le "Voyage" pour la 3e ou 4e fois et une nouvelle fois je suis éblouie par ce chef-d'oeuvre absolu !
Une vision de l'homme, du monde, de l'amour, de la guerre, des colonies, de l'Amérique absolument unique !

La première moitié - sublime - est constituée de trois épisodes dont chacun est un chef d'oeuvre en soi : le "héros" Bardamu participe à la guerre 14/18, découvre l'Afrique coloniale, puis l'Amérique du Nord !
La seconde partie ne démérite en rien mais je ne peux citer tous les épisodes qui vont jalonner le parcours de Bardamu, abîmé par la guerre, déçu par l'amour, médecin plein d'humanité mais tellement lucide devant la pauvreté, la maladie, le mensonge, les "entourloupes" en tous genres !

L'écriture célinienne... la poésie célinienne ! déclenche autant le rire que l'émotion. Chaque page vous assène une vérité sur l'homme, sur le monde, et de quelle manière !... on a envie de souligner, d'apprendre par coeur. L'émotion est à toutes les lignes ! Et dans un style à aucun autre pareil !

A tous ceux qui ne connaissent pas encore ce chef-d'oeuvre, je veux dire "lisez le Voyage, lisez Céline !" C'est vraiment le plus grand !

Dans mon panthéon personnel, Céline est en tête sans aucun doute, et aussi Yourcenar, et Cohen et Giono. Quand on lit ces écrivains, on se sent grandir en humanité !

une lecture difficile, mais est-ce un défaut?

7 étoiles

Critique de Killeur.extreme (Genève, Inscrit le 17 février 2003, 42 ans) - 1 mars 2011

Après la lecture, je n'arrive pas à dire si j'ai aimé ce livre. Je ne l'ai pas détesté c'est certain, mais je ne suis pas entré dedans au point d'être autant enthousiaste que les personnes qui ont mis 5 étoiles.

Disons que ma lecture a été un peu en dent de scie, j'ai trouvé certains passages grandioses et je me suis ennuyé sur d'autres, peut-être que ce livre se lit à petite dose ou que l'image que Céline donne de la société de son époque, et de la nôtre car les similitude sont trop nombreuses, est si négative, et en même temps réaliste, qu'au bout d'un moment je me suis senti saturé et en même temps je n'ai pas interrompu ma lecture, même si j'ai lu d'autre livres pour sortir un peu ce voyage.

Alors verdict: une lecture difficile où j'ai dû insister, j'ai eu la même impression avec "Madame Bovary" la lecture n'a pas été facile, mais je ne regrette pas. J'essayerai "Mort à crédit" pour voir.

Un sommet littéraire

10 étoiles

Critique de Zagreus (, Inscrit le 16 novembre 2010, 40 ans) - 8 décembre 2010

Pour moi, les mots ne sont pas assez grands pour dire l'immensité de ce chef-d'œuvre, il faut juste le lire pour comprendre toute sa nouveauté et sa puissance... C'est un des meilleurs romans de la littérature mondiale... A lire et à méditer jusqu'au bout de la vie...

P.S : maintenant tu peux nous le dire Fenitra...Tu n'as pas lu le "Voyage", pas vrai ? 5 étoiles pour ta mauvaise foi...

De la M... (terme qui revient souvent dans le livre)

1 étoiles

Critique de Fenitra (, Inscrit le 12 novembre 2010, 35 ans) - 8 décembre 2010

Je n'ai pas craqué: j'ai lu le livre du début jusqu'à la fin. Mais quelle déception: le style qu'on dit révolutionnaire est une offense à la Littérature avec un grand L. Ce n'est pas sans raison que les jurés du Goncourt ont boudé ce monument de la médiocrité. L'histoire quant à elle est de celles qui poussent l'ennui à son paroxysme.

Incontournable

10 étoiles

Critique de Nowhereboy (Rennes, Inscrit le 7 décembre 2010, 45 ans) - 7 décembre 2010

Il y a un avant et un après lecture du "Voyage". Ce n'est pas un livre, c'est une bombe! Une bombe stylistique hallucinante, lucide et bouleversante qui change notre vision du monde et de la vie. Difficile de sortir indemne d'un tel monument littéraire, terriblement noir, violent, sans compromis où le rire côtoie le désespoir... Un amoureux de l'écriture se doit d'en posséder au moins un exemplaire dans sa bibliothèque.

S'il n'en fallait qu'un...

10 étoiles

Critique de Chameau (, Inscrit le 10 novembre 2010, 44 ans) - 5 décembre 2010

Immense, monumental, essentiel, total, révolutionnaire, inoubliable, incomparable, définitif... Quand on le lit, on se dit tout de suite qu'on a enfin trouvé LE LIVRE, la référence absolue qu'on emporte sur une ile, une bible romanesque sans concessions sur la vie et les hommes, au lyrisme puissant et ravageur... Tout simplement un chef-d'œuvre...

Cherche talent, désespérément

1 étoiles

Critique de Gnome (Paris, Inscrit le 4 décembre 2010, 53 ans) - 5 décembre 2010

Pour moi ->

Style : affligeant
Histoire : pénible
Talent : inexistant
Empreinte : nulle

Voyage au bout de la nuit fait partie des impostures littéraires. J'éprouve plus de "plaisir" à lire du Marc Levy. C'est peu dire.

Un grand livre

10 étoiles

Critique de Fabulan1968 (montpellier, Inscrit le 4 août 2010, 55 ans) - 23 novembre 2010

Que dire de plus de ce qui a été dit..... S'il y a un livre qui dépeint le mieux la nature humaine c'est celui là. Il ne laisse pas indifférent. On a tous un peu de Bardamu en nous.
J'avais beaucoup d'appréhension avant d'ouvrir le "voyage", ça tenait de tout ce qui a été écrit sur Céline (son antisémitisme...).
Plongez-vous dans le livre vous ne serez pas déçu.

Un chef d'oeuvre absolu

10 étoiles

Critique de Bartleby (Piré sur seiche, Inscrit le 14 octobre 2010, 48 ans) - 14 octobre 2010

C'est LE roman français du XXe siècle. Un monument d'une puissance inégalée. D'une profondeur inouïe. Jamais un livre ne m'a fait autant rire malgré sa noirceur et son pessimisme radical. Des pages entières sont d'anthologies (les passages sur la guerre, sur New-York, sur les colonies...). Et le style ! Unique, génial, vibrant d'intensité et d'émotions... A lire (au moins une fois avant de mourir) et relire...

Pierre Angulaire

9 étoiles

Critique de Eviradnus (LYON, Inscrit le 14 février 2010, 38 ans) - 19 juillet 2010

Je ne vais pas reprendre les termes thuriféraires de mes co-critiqueurs, je vais me faire le chantre du roman Célinien : ce roman m'a marqué à vie par la radicalité des positions de l'auteur. Anti-nationaliste, anti-capitaliste, anti-colonialisme. Mépris du courage et de l'héroïsme. Quelle magnifique mise en exergue de l'absurdité de la guerre et de la vie!
Une écriture qui va aux confins du langage et bascule dans l'oralité...
Pour toutes ces raisons, "Voyage au bout de la nuit" fait partie de cette catégorie des "élus", ces livres qui auront tout changé et constitué une base sur laquelle s'appuie la littérature pour évoluer...
A lire à tout prix.

Un très long voyage

9 étoiles

Critique de Coutal (, Inscrit le 11 juin 2007, 37 ans) - 6 juin 2010

Le Voyage est sans aucun doute une oeuvre majeure de la littérature française du XX° siècle. Malgré cela, on a du mal à dévorer ce livre. L'absence d'intrigue peut pousser le lecteur à laisser tomber.
Et pourtant quand on creuse un peu, l'absence de but de Ferdinand Bardamu peut s'apparenter à l'absurdité des choses qu'il traverse, qui elles-mêmes ne semblent pas avoir de but : la guerre, l'Afrique coloniale, l'industrie américaine, sa routine de docteur en banlieue.
Ce roman est parsemé de nombreuses réflexions qui font tout l'intérêt du livre.
Je pense qu'il faut quand même une certaine maturité pour commencer ce livre (et surtout, ne pas être en dépression).

Ah! On remet le voyage en route?

8 étoiles

Critique de Adrien34 (, Inscrit le 18 janvier 2009, 34 ans) - 16 mai 2010

"Quand les grands de se monde commencent à vous aimer, c'est le signe, c'est qu'ils vont vous tourner en saucisson de bataille. Il est infaillible. C'est par l'affection que sa commence. Louis 14 lui au moins, qu'on s'en souvienne, s'en foutait à tout rompre du bon peuple. Quand à Louis 15, du même. Il s'en barbouillait le pourtour anal. On ne vivait pas bien en ces temps-là, certes, les pauvres n'ont jamais bien vécu, mais on ne mettait pas à les étriper l'entêtement et l'acharnement qu'on trouve à nos tyrans d'aujourd'hui. Il n'y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt et sadisme..."

"La religion drapeautique remplaça promptement la céleste, vieux nuage déjà dégonflé par la Réforme et condensé depuis longtemps en tirelires épiscopales. Autrefois, la mode fanatique, c'était "Vive Jésus! Au bûcher les hérétiques", mais rares et volontaires après tout les hérétiques... Tandis que désormais, ou nous voici, c'est par hordes immenses que les cris " Au poteau les salsifis sans fibres! Les citrons sans jus! Les innocents lecteurs! Par millions face à droite!" provoquent les vocations. Les hommes qui ne veulent ni découdre, ni assassiner personne, les Pacifiques puants, qu'on s'en empare et qu'on les écartèle"

Voyage miséreux dans la pauvreté de l'âme humaine à travers les bassesses quotidiennes. Qu'on emporte ce monde lourd d'ahuris heureux, au loin, très loin, et qu'on n'en parle plus...

5 étoiles pour "Voyage au bout de la nuit".

10 étoiles

Critique de Auster69 (, Inscrit le 24 avril 2010, 63 ans) - 24 avril 2010

Un grand classique à lire et à relire, qui marque encore les lecteurs d'aujourd'hui par son originalité. Largement autobiographique, hymne pacifique sur la grande guerre, le "voyage" est aussi le récit décapant et décalé de la vie de l'auteur médecin en banlieue parisienne. Très beau portrait de la France ouvrière et pauvre des années vingt. Un style incomparable mélange d'argot et de langue très classique....Un régal!

Révolutionnaire

10 étoiles

Critique de Parasite (Paris, Inscrit le 16 janvier 2010, 34 ans) - 31 janvier 2010

A l'époque où la prose de Proust était la grande référence Céline publie Voyage au Bout de la Nuit...un choc, un ouragan littéraire! Cette oeuvre géniale a traversé quelques années avant d'arriver devant mes yeux et le seul mot qui m'est venu à la fermeture du livre a été "génial"! C'est très cru, il y a de l'humour à foison, du réalisme mais aussi des passages de délire le plus total. Au final on se retrouve avec l'histoire d'un homme qui est plus que sceptique mais qui a eu une vie bien plus que passionnante et on suit ses pérégrinations avec enthousiasme et envie. Et l'envie que nous procure ce livre est d'accompagner Ferdinand dans sa recherche de vie.
A noter le passage à New-York qui est absolument fascinant de par ses critiques, son atmosphère mais aussi de par les personnages qui y évoluent.

Quel voyage.

10 étoiles

Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 53 ans) - 5 janvier 2010

Certes, c'est un truisme de dire que Céline est génial,mais quand même difficile de ne pas l'écrire. Subjugué, scotché, estomaqué que je fus par sa prose.
Comment ne pas citer un des nombreux sublimes passages qui jalonnent ce livre et donne un bel exemple du style et de l'ambiance du livre :
"Il y a les boyaux. Vous avez vu à la campagne chez nous jouer le tour au chemineau ? On bourre un vieux porte-monnaie avec les boyaux pourris d'un poulet. Eh bien, un homme, moi je vous le dis, c'est tout comme, en plus gros et mobile, et vorace, et puis dedans, un rêve. "

Ma lecture du voyage s'est passée avec une fluidité extraordinaire, le débit des mots est très maîtrisé. J'ai consulté les vidéos disponibles sur le ouèb pour m'imprégner de l'auteur. Quel délice d'entendre cette voix d'outre-tombe, cette provocation teintée d'espièglerie. Son père était correspondancier, sa mère dentelière, qualités très présentes dans l'ouvrage écrit dans un style très soigné et aussi dense et aérien qu'une dentelle. Je crois que je suis en train de devenir un grand fan de Céline.

Une grande oeuvre

10 étoiles

Critique de Leroymarko (Toronto, Inscrit le 19 septembre 2008, 50 ans) - 28 juillet 2009

Dans ce monument de la littérature, Céline jette un regard acerbe sur l’humanité. Il rend compte du périple de Bardamu qui subit les horreurs de la guerre, des colonies, de l’Amérique et du pays. Partout, la lâcheté. L’humain comme simple viande.

Il va sans dire que Céline a beaucoup fait parler en publiant cet ouvrage au début des années 30. Il va sans dire aussi que malgré son âge, ce livre reste d’actualité.

Ouvrage écrit d’un style vif, fougueux, cinglant. Céline y va souvent de superbes envolées littéraires. Il se veut un excellent conteur. On ne referme pas facilement ce livre une fois qu’on a entrepris notre propre voyage. J’ai déjà hâte de le relire!

Une grande oeuvre

9 étoiles

Critique de Lolita (Bormes les mimosas, Inscrite le 11 décembre 2001, 38 ans) - 9 juillet 2009

Beaucoup de choses ont déjà été évoquées, c'est pourquoi je me contenterais simplement de dire qu'effectivement il s'agit d'une grande oeuvre, à lire au moins une fois. J'ai ouvert ce livre avec beaucoup de naïveté car je ne connaissais ni l'auteur, ni son style et son histoire. C'est sa lecture qui m'a donné envie d'en connaître davantage. Certes c'est parfois long et ce livre demande du temps, beaucoup plus qu'un simple roman qu'on ouvre sur la plage, mais il le vaut vraiment !

Différence.

10 étoiles

Critique de Smokey (Zone 51, Lille, Inscrite le 12 août 2008, 38 ans) - 12 avril 2009

Qu'on aime ou qu'on déteste, ce qui est certain, c'est que Céline marque. Par sa vision du monde, par ses choix, par ses dénonciations aussi. Il emporte le lecteur malgré lui et par les tripes. C'est ça la lecture de Céline, une lecture à mi-chemin entre le dégoût et la joie de pouvoir lire cette forme de perception de l'humanité. On met du temps à entrer dans ce voyage, mais le livre refermé, il ne vous lâche plus et vous remarquez que l'écriture s'est en quelque sorte comme gravée en vous. Comme il l'écrit:

"Des mots, il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux. On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font trembler pourtant toute la vie qu'on possède, et toute entière, et dans son faible et dans son fort... C'est la panique alors... Une avalanche... On reste là comme un pendu, au-dessus des émotions..." (p.487).

Kaléidoscope

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 68 ans) - 2 mars 2009

Normalement, un voyage au bout de la nuit se terminerait par … l'aube, l'arrivée de lueurs, d'espoirs … Ici, la nuit n'est pas vraiment la nuit, et au bout de cette non-nuit ce n'est pas non plus l'aube. Non, on a plutôt affaire à une espèce de kaléidoscope.
Car si l'ouvrage est incontournable, magistral, chef-'oeuvresque, ce n'est pas par sa construction qu'il brille de mille feux.
Presque Céline nous ferait une simili-invention du roman à épisodes tant les premières parties pourraient être disjointes les unes des autres : Bardamu à la guerre, Bardamu à l'arrière, Bardamu en psychiatrie, Bardamu en Afrique, Bardamu à New York puis, et ça devient plus lié, Bardamu à Rancy. Non, Céline n'a pas, sur ce coup-là, maîtrisé la conception de son roman ! Ce côté « Tintin au Congo », « Tintin en Amérique », déjà évoqué par d'autres, me paraît, à moi, un peu curieux.
Cette réserve mise à part, reste l'énorme talent d'écriture de Céline. Ce souffle qu'il fait passer en permanence, une véhémence mise au service de son scepticisme quant aux qualités de l'être humain. C'est sûr que son postulat de base n'est pas que, livré à lui-même, l'homme serait naturellement bon. On est loin de Rousseau !
J'ai l'impression que Céline voudrait avoir foi en l'homme mais que, définitivement, par nature ou expériences successives, il n'a pu que constater la chiennerie (comme il dirait) de la nature humaine, et se résoudre à n'y voir que cela.

« Et quand je serai mort, est-ce l'honneur de ma famille qui me fera ressusciter ? … Tenez, je la vois d'ici, ma famille, les choses de la guerre passées … Comme tout passe … Joyeusement alors gambadante ma famille sur les gazons de l'été revenu, je la vois d'ici par les beaux dimanches … Cependant qu'à trois pieds dessous, moi papa, ruisselant d'asticots et bien plus infect qu'un kilo d'étrons de 14 juillet pourrira fantastiquement de toute sa viande déçue … Engraisser les sillons du laboureur anonyme c'est le véritable avenir du véritable soldat ! Ah ! Camarade ! Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprise à se foutre du monde ! Vous êtes jeune. Que ces minutes sagaces vous comptent pour des années ! Ecoutez-moi bien, camarade, ...
.../...
Je vous le dis, petits bonshommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens, quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c'est qu'ils vont vous tourner en saucissons de bataille … C'est le signe … Il est infaillible. »

Ce qui est fascinant chez Céline, c'est sa philosophie de la vie et son art oratoire véhément, qui bouscule tout, qui emporte tout. Cet homme était entier, c'est une évidence. Et bon choix fait, ou mauvais choix, capable d'assumer jusqu'au bout ses convictions ancrées sur le socle de ses certitudes. Certainement pas un misanthrope, plutôt un grand blessé de la vie qui ne voyait plus que la petitesse de la vie. Et c'est vrai qu'elle peut être petite. Parfois et par certains côtés.
Pourquoi n'ai-je pu m'empêcher, le lisant, de songer à « La Belle du seigneur » d'Albert Cohen ? La même évidence, sans pouvoir clairement l'expliquer, d'être face à un monument. D'en agripper des pans pour progresser, sans jamais tout saisir, sans pouvoir vraiment se l'approprier. Mais, comme au sommet d'une falaise, d'être parvenu au sommet en utilisant une voie. Une voie à côté d'infinies d'autres possibles.

Ah! Céline...

10 étoiles

Critique de Kikiliberte (, Inscrite le 10 avril 2008, 69 ans) - 1 août 2008

Ce fut LA DECOUVERTE ESSENTIELLE de mon adolescence...
Et, malgré tout ce qui a pu être dit, écrit sur l'auteur lui-même, ses idées, il reste mon auteur préféré...
J'ai découvert UN GENIE, un talent exceptionnel.. même si ses idées sont tout à fait contestables, évidemment... et même si je me fais traiter de "facho" par des ignares ne l'ayant pas lu...

Indispensable

10 étoiles

Critique de Bookivore (MENUCOURT, Inscrit le 25 juin 2006, 41 ans) - 28 mars 2008

En dehors de la réputation de néo-fasciste antisémite de Céline (qui, lors de la sortie de ce roman, n'avait pas encore cette fâcheuse et avérée réputation), il faut se rendre à l'évidence : "Voyage Au Bout De La Nuit" est un summum. Parfois dur, parfois un peu grossier, totalement anticonformiste et original (pour l'époque), ce livre a marqué des générations de lecteurs... et d'écrivains. Dire de Kerouac, Henry Miller et Selby qu'ils s'en sont inspiré serait se répéter.
Un auteur détestable pour ses idées, mais remarquable pour son style et sa force de conviction : ce livre, violemment anti-militariste, nous entraîne dans un tourbillon d'émotions. Un joyau noir de la littérature, un livre difficile à digérer, mais sensationnel.

Immense...

10 étoiles

Critique de Roi Lear (, Inscrit le 17 août 2007, 40 ans) - 18 août 2007

Ce livre concourt facilement, à mes yeux, pour la place de plus grand roman jamais écrit sur cette planète... rien de moins !

Céline crache sur l'humanité avec un cynisme, une drôlerie, une beauté inégalées. L'écriture est géniale, les sentiments d'impuissance, d'horreur, d'épouvante ressentis à la lecture sont d'une profondeur extrême.

Personne ou presque n'a dépeint avec autant de génie la misère de la condition humaine. Il faut de la colère, de la souffrance; une culture et une intelligence extrêmes pour écrire une oeuvre comme celle-ci.

Bardamu, type intelligent et singulier, va traverser, souvent impavide, les horreurs de la vie des hommes et nous la montrer avec une élégance inouie. Modestie, impuissance, gravité, tout y est... je ne trouve pas les mots. A lire absolument.

Dis-moi, Céline, les années ont passé…

8 étoiles

Critique de Jean Meurtrier (Tilff, Inscrit le 19 janvier 2005, 49 ans) - 7 mai 2007

Et c’est plutôt péniblement qu’elles ont passé, les années! La vie lui est difficilement supportable à ce pauvre Ferdinand. Il s’y accroche pourtant. Comment une seule personne peut-elle focaliser autant d’aversion à son encontre? Je soupçonne le narrateur de nous avoir caché quelques anecdotes peu glorieuses. J’ai d’ailleurs régulièrement douté de sa sincérité. Peut-on réellement imaginer qu’il soit si démuni alors qu’il reprend et termine des études de médecine? Il se complaît visiblement dans la morosité. A côté de son irréfutable infortune, Ferdinand a fui le bonheur les rares fois où il se présentait, sabotant une existence déjà laborieuse.
Heureusement, notre voyageur nocturne a le don de tourner certaines situations dramatiques en ridicule, surtout dans la première partie de l’œuvre, délicieusement chaotique, où s’enchaînent les mésaventures, à la manière de Tintin (au Congo et en Amérique bien entendu), l’héroïsme en moins. Dans cette histoire sans structure apparente, seul Léon Robinson semble être récurrent, fil rouge parallèle au destin de Ferdinand.
A son retour des Etats-Unis, Ferdinand perd de son mordant, et l’histoire de son entrain. A partir de ce moment le livre s’arrêterait au bout de n’importe quel chapitre que ça ne choquerait pas. Les petites anecdotes du docteur Bardamu ne sont plus que des dénonciations de la mesquinerie humaine. Céline a clairement puisé ses personnages dans son environnement direct (sa clientèle?) tant ils paraissent réels. Il en a ensuite appuyé les traits de caractères les plus nauséabonds afin de maintenir la médiocrité ambiante. D’abord acteur, Ferdinand devient spectateur. L’intérêt glisse progressivement de Ferdinand vers Robinson, son compagnon de route, pour qui le terminus est imminent.
Le style, proche du langage parlé, n’est pas aussi vulgaire que je le redoutais. L’écriture est même carrément remarquable, quelle que soit la misère décrite. Les dialogues volent parfois bas mais sonnent toujours juste. La répétition du sujet ou du complément en fin de phrase heurte un peu la lecture, mais a le mérite de dynamiser la narration.
L’auteur est un personnage très controversé, à raison. Toutefois je dois reconnaître, sur base de ce premier roman, que Louis-Ferdinand Céline est un conteur extraordinaire!

Sacré style

9 étoiles

Critique de Soili (, Inscrit le 28 mars 2005, 51 ans) - 20 septembre 2006

Je ne pensais pas que cette lecture eut été si complexe. Ce livre décrit les pérégrinations de Ferdinand Bardamu a travers le monde , de sa vie militaire pendant la guerre 14/18 à sa vie dans les colonies ( avec quelques passages assez répugnants sur les noirs ) puis aux états unis et enfin son retour en France . Je ne m'étalerai pas sur les détails pour garder l'intérêt au livre pour les futurs lecteurs .

Ce livre est un chef d'oeuvre effectivement mais non pas pour l'histoire somme toute relativement banale mais par le style développé par l'auteur. Ses envolées qu'il peut avoir sur certains sujets parfois assez peu ragoûtants , sont tout simplement grandioses, de la grande littérature , un style percutant , de la verve, à coté de ça on pourra regretter parfois quelques lourdeurs .

Un grand talent , un style hors norme, cela mérite le détour malgré la complexité.

Indispensable

10 étoiles

Critique de Kotetsu (, Inscrit le 26 décembre 2005, 38 ans) - 26 décembre 2005

Contrairement à Sade, à qui l'évolution des moeurs au fil des siècles a permis un juste regain d'intérêt pour l'auteur et son oeuvre, Céline restera à jamais l'écrivain maudit de la littérature Française. Peu importe et on l'oublie - car au delà de l'extravagance et l'infamie de ses 4 pamphlets - il y a également du génie chez cet écrivain, tellement que c'en est insolent. «Voyage au Bout de la Nuit», entre autres, témoigne de cette facette lumineuse et rayonnante de Céline. Au terme d'un parcours initiatique, souvent comparable à l'épopée du Candide de Voltaire, vous pourrez à votre tour reconnaître ce génie de l'auteur et découvrir à quel point cette oeuvre est incontournable. S'agit-il pour autant du meilleur livre de l'auteur ? On se contentera d'affirmer qu'il constitue certainement la meilleure porte d'entrée vers l'univers Célinien.

UN MONUMENT!

10 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 56 ans) - 4 décembre 2005

Que dire encore sur ce livre (considéré comme un des plus grands de la littérature française du XXe S.) qui n'a pas déjà été dit dans toutes les critiques qui lui ont déjà été consacrées?..

Rien sans doute... alors laissons l'auteur parler... voici donc la très fameuse arrivée en Amérique :

"Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce-pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur."

CÉLINE on aime, ou on n'aime pas, mais au moins à sa décharge, il ne laisse personne indifférent...

A lire, pour se faire sa propre idée...

Voyage au bout de la nuit

10 étoiles

Critique de Neithan (, Inscrit le 19 juin 2005, 37 ans) - 21 juin 2005

En 1932, on peut dire que Céline frappe fort, introduire ainsi la langue populaire en littérature, chose qui ne se voyait assurément pas, n'a pas manqué de heurter les biens pensants de l'époque, certains crient au génie, d'autres prennent violemment parti contre lui...

C'est donc l'histoire de Ferdinand Bardamu, qui va se retrouver projeté en pleine guerre 14-18, et qui en gardera des séquelles à vie et dans tout ce qu'il entreprendra par la suite: durant son voyage en Afrique en plein coeur des colonisations, son voyage en Amérique, sa carrière de médecin et enfin celle de directeur d 'asile psychiatrique... En cela, le livre m'a fait énormément penser à ce film, Forrest Gump, l'histoire d'un type qui a fait la guerre, qui voyage, c'est le récit de ce type un peu paumé aussi, et tout comme dans le Voyage, il fait la connaissance de personnes qu'il croisera et recroisera dans toute les étapes de son existence... Même si il contient beaucoup plus d'espoir que le livre... Enfin bref, revenons au Voyage!

Lorsqu'il écrit, Céline vit avec le langage, en fait une écriture aussi vivante que la parole, et c'est grâce à cela qu'il nous décrit si bien l'horreur de la guerre, le colonialisme, la médiocrité, la société... Le langage de Bardamu, le héros, est justement là pour exprimer ce que les misérables du monde entier ne sauraient exprimer, leurs sombres et atroces vies... Ici, Céline leur donne une voix. Ce livre est le témoignage de l'auteur, homme broyé par la guerre et l'après guerre, et qui nous balance son mal en pleine figure... C'est beau, c'est terriblement beau et poétique, notamment la fin, où Bardamu se retrouve seul au bord du canal. Un remorqueur siffle au loin comme s'il souhaitait emmener tout ce qui existe: « tout, qu'on en parle plus ».

Ce livre est marquant, troublant, on n'en sort plus... Il m'a juste fallu quelques pages pour m'habituer et bien m'imprégner du langage et du manque de virgule... Mais il reste peut-être le meilleur voyage littéraire qu'il m'ait été donné d'accomplir...

Quelques passages:

« On n'est jamais trop mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a de l'avenir. »



« Là-bas tout au loin, c’était la mer. Mais j’avais plus rien à imaginer moi sur elle la mer à présent. J’avais autre chose à faire. J’avais beau essayer de me perdre pour ne plus me retrouver devant ma vie, je la retrouvais partout simplement. Je revenais sur moi-même. Mon trimbalage à moi, il était bien fini. A d’autres !… Le monde était refermé ! Au bout qu’on était arrivés nous autres !…

Certainement le + grand livre de tous les temps

10 étoiles

Critique de Rcapdeco (Paris, Inscrit le 19 mai 2005, 46 ans) - 19 mai 2005

Lisez le, lisez le, relisez le!
Tout d'abord pour le style, révolutionnaire. C'est l'entrée fracassante du langage parlé dans la littérature française. Un livre où l'argot cotoie le sentencieux, sans jamais déparer.
Un cri de désespoir immense. Céline est résolu de cracher sur l'humanité, d'accord. Mais il crache le Niagara tout entier.
Ne vous arrêtez pas au début, on est tellement habitué à lire des phrases bien formulées. Céline bâtit des parthénons avec des excréments, et c'est bien plus compliqué qu'avec du marbre
La partie sur la guerre est extraordinaire. Ce roman vaut pourtant plus pour son style que pour ses idées, comme toute l'oeuvre de Céline.
A ne pas louper

Profession de foi empoisonnée

3 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 46 ans) - 8 mai 2005

L'auteur a du talent pour rendre compte de l'état d'esprit de la veulerie et de la lâcheté ambiantes de l'époque.
Ce serait une oeuvre véritablement géniale s'il ne s'agissait pas d'une profession de foi personnelle. Je n'ai pas pu m'en défaire, si bien que j'ai plus été attaché au fond qu'à la forme, si bien que j'ai trouvé cela horrible, presque abject.
Avec recul, je met 1,5/5, car je perçois bien le bon côté de l'oeuvre et son aspect didactique, mais, de manière très subjective, j'avoue avoir été tenté de mettre 0,5. 1,5, c'est le prix du scandale...

...

1 étoiles

Critique de NimReplica (Jumet, Inscrit le 24 février 2005, 44 ans) - 11 avril 2005

J'ai voulu lire ce livre car j'en ai lu tellement de critiques que je me suis dis que je devais me faire ma propre opinion.

J'ai trouvé ce livre extrêmement ennuyeux. Le style est vraiment trop familier (pour ne pas dire abrutissant de vulgarité). Les descriptions sont ennuyeuses et répétitives, ...

Au niveau du style, je trouve ce livre déplorable. On m'avais parlé des changement de registre propres au style de Céline, mais je trouve que passer du "pompeux" au plus bas que médiocre c'est un peu exagéré.

En ce qui concerne la fond, je dirais que je suis prêt à accepter l'idée que cela a été écrit dans ce but, mais je ne peux qu'éprouver le plus grand dégoût vis à vis des personnage et de la société dans laquelle il évolue.

Je ne peux m’empêcher de penser que Céline a péché par excès et a fait de cette histoire le livre le plus ennuyeux et le moins intéressant qu'il m'ait été donné de lire.

L'oeuvre et l'écrivain

9 étoiles

Critique de Maria-rosa (Liège, Inscrite le 18 mai 2004, 69 ans) - 28 mars 2005

Lu il y a bien longtemps et jamais oublié. Je le relirai dès que le besoin s'en fera sentir. C'est avec Céline que j'ai pris vraiment conscience qu'il fallait à tout jamais dissocier l'oeuvre de la personne qui l'a écrite . Je n'aime pas Céline, je n'ai pas envie de le comprendre, il ne m'inspire qu'antipathie. Je trouve que "Voyage au bout de la nuit" et "Mort à crédit" sont deux livres géniaux et indispensables.

Une oeuvre à part dans la littérature

10 étoiles

Critique de Le chat Bébert (Paris, Inscrit le 28 mars 2005, 48 ans) - 28 mars 2005

Difficile de porter un jugement sur une oeuvre aussi considérable. Naissance tout à la fois d'un style, d'un ton et d'un univers hallucinatoire, l'univers célinien.

Un trait trop souvent (et injustement) passé sous silence à mon goût : son ironie délicieusement cruelle, et tellement lucide. La description de la tuerie de 14-18 (le fameux "manque d'imagination" des hommes) et l'épisode de la croisière africaine sont pour moi absolument irremplaçables.

Un livre tout à fait à part, insaisissable, rétif à toute récupération idéologique et dont les ambiguïtés renforcent le mystère et l'attrait.

Excellent

10 étoiles

Critique de Manu55 (João Pessoa, Inscrit le 21 janvier 2004, 51 ans) - 25 mars 2005

De retour de mon second voyage, une sensation de vide m'envahit... L'oeuvre de Ferdinand... Une impression d'avoir fait le tour de l'Homme. Sujet clos.

"Tant qu'à s'ennuyer, le moins fatiguant, c'est encore de le faire avec des habitudes bien régulières."

"Céline, c'est un tout."

2 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 50 ans) - 12 mars 2005

En fait le succès du "Voyage au bout de la nuit" (1932) était dû, semble-t-il à une méprise : le "Voyage" a été apprécié par un "message politique ou idéologique, compris le plus souvent comme celui d'un homme de gauche, et par l'audace correspondante de son langage". On a pensé à "un ange un peu démoniaque, antimilitariste, anticolonialiste, anticapitaliste". La préface d'Ivan Anissimov pour la publication en URSS de 1936 : "Louis Céline a écrit une véritable encyclopédie du capitalisme agonisant".
Par la suite, des gens qui avaient admiré le voyage en 1932 ont vu clair en 1936 avec "Mort à crédit". Nizan par exemple dit sa déception de s'être laissé berner : "c'est assez la philosophie de Ravachol : elle ne va pas loin. Il y avait dans le Voyage une inoubliable dénonciation de la guerre, des colonies. Céline ne dénonce plus aujourd'hui que les pauvres et les vaincus [...] M Céline est comme tant d'autres : il fait seulement semblant de dire la vérité. Mais il ment".

je préfère remettre ici le post que j'avais mis dans le forum général et qu'il faudrait détruire.
j'ai lu
Emile Brami, "Céline" aux éditions Ecriture.
9009240533.

Emile Brami se présente comme un admirateur de Céline, un "amour de jeunesse", pour ainsi dire. La "promenade" de Brami va à reculons : il part du 4 juillet 1961, date de l'enterrement et remonte étape par étape le cours de sa vie et de sa production.
Cet ouvrage est bien fait avec de nombreuses références aux textes de Céline, à ses lettres, à ses ouvrages, aux témoignages de ses amis et aux considérations des critiques. A la fin du livre, une bibliographie très complète, et un index très pratique.
On parle de l'homme bien sûr, un fieffé menteur, un lâche qui renie contre toute évidence ce qu'il a pu dire ou écrire, toujours à se plaindre, hargneux, haineux, à la fois cupide et d'une grande pingrerie. Avec des qualités, aussi, plus discrètes, et qu'il revendique moins que ses défauts ! Quant à son rôle politique, disons-le brièvement : on le sait xénophobe, raciste, antisémite, et des écrits regorgeant d'injures comme "bagatelle pour un massacre" 1937 ne sont pas innocents. On y voit la politique du personnage. Céline pendant l'Occupation encourageait Allemands et Vychissois à plus de sévérité envers les Juifs, notamment dans l'hebdomadaire "le pilori" . Il appelait au meurtre . Il a effectué aussi des dénonciations nominales, et même écrit des lettres personnelles de dénonciation à Doriot.
Parlons pour l'instant de son écriture : Céline la définit comme "une langue orale qui met de l'émotion dans l'écrit". Pour Brami, la phrase célinienne est inimitable :
"l'emploi massif des points d'exclamation et de suspension vaporise les mots qui prennent dans un rythme différent, d'autres sens plus changeants ou plus subtils que ceux qui leur sont ordinairement attachés. Ils acquièrent par la modification des contextes et le nouveau tempo que l'auteur leur imprime, une forme d'abstraction chantante".
Encore faut-il voir l'évolution du style de "Voyage au bout de la nuit", à "Mort à crédit" et dans les oeuvres ultérieures, notamment les pamphlets.
Y aurait-il un bon Céline, celui du "Voyage" et celui des oeuvres ultérieures ?

Pol Vandromme in Céline, éditions universitaires de France, 1963, voit dans cette distinction un "jeu ridicule". "Tous les livres d'un grand écrivain comptent : ce sont les maillons d'une chaîne. Briser la chaîne, c'est briser le charme. Cette stupidité est d'autant plus impardonnable qu'il s'agit de Céline. Il y a deux catégories d'écrivains : ceux qui se contredisent et ceux qui se répètent. Céline est de la seconde catégorie. Il écrit toujours le même livre ; mais il ne l'écrit jamais de la même manière. Tout est dans la différence d'accent. L'accent grave, Céline l'a placé dans ses romans ; l'accent aigu sur ses pamphlets [...]
Les pamphlets "vérifient" l'oeuvre romanesque. Sur cet univers, ils posent la grille qui l'explique et qui restitue sa société secrète".

Telle semble être la position de Philippe Roussin, chargé de recherches au CNRS, et auteur de Misère de la littérature, terreur de l'histoire.essais gallimard qui voit en Céline une sorte de référent symptomatique de cette tendance à l'outrance, qui est une caractéristique de la langue pratiquée par l'extrême droite... Différents points particuliers sont abordés sur http://liensutiles.forumactif.com/forum19_CyberLiv…

ma bible

10 étoiles

Critique de Gab (bruxelles, Inscrite le 31 décembre 2004, 49 ans) - 3 février 2005

LE livre qui m'aura marqué à tout jamais...

Comment survivre à l'absurdité

10 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 56 ans) - 17 juin 2004

Aborder un tel livre mythique et surtout prétendre en faire une critique, fut-elle maladroite, cela demande une bonne dose d’humilité… et de bonne humeur, car il présente une vision un tantinet pessimiste de la nature humaine dans ce qu’elle peut avoir de noir, également une insistance sur l’absurdité de la vie. Conjuguées, vie et nature humaine peuvent vite tourner aigres et culminer dans la guerre : on veille à soigner les blessés du mieux qu’on peut, histoire de vite les renvoyer se faire encore mieux charcuter au front… « La meilleure des choses à faire, n’est-ce pas, quand on est dans ce monde, c’est d’en sortir ? Fou ou pas, peur ou pas. »

Heureusement, au milieu de ces miasmes, Ferdinand Bardamu est encore capable, au creux de ses désillusions, de faire preuve de naïveté. « Ca serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. » C’est ainsi qu’une certaine fraîcheur se dégage, envers et contre tout, notamment grâce au langage qu’il utilise, un langage direct, simple, « tout droit dehors ». Et puis Bardamu est parfois confronté au cocasse, lorsque les vilaines intentions sont punies et que les bombes n’explosent pas là où elles devraient !

L’espoir qui persiste à se lover au sein du désespoir : « C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. » Néanmoins, le désenchantement domine, ou peut-être me suis-je laissé toucher davantage par cet aspect.

Visionnaire

10 étoiles

Critique de Benoit (Rouen, Inscrit le 10 mai 2004, 43 ans) - 17 mai 2004

Un chef d'oeuvre de la littérature française à mon goût et pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il s'agit d'un livre visionnaire qui met en relief les maux de l'époque présente ou à venir : guerre, colonialisme, travers de la société américaine.... Deuxièmement, le style de l'auteur est le deuxième atout majeur : quelle originalité! Quelle puissance! Et enfin, les genres sont parfaitement mélangés : comédie, drame.... Tout pour nous faire rire et pleurer!
Une réussite totale!

J'ai lu, relu et je relirai

10 étoiles

Critique de Ocenebres (Liège, Inscrit le 12 avril 2004, 67 ans) - 12 avril 2004

Lu pour la première fois à 15 ans, relu périodiquement, je le relirai. Le tragique de Céline invite à la découverte de Schopenhauer, Nietzsche, Clément Rosset, Marcel Aymé, Antonio Lobo Antunes et la liste est loin d'être exhaustive. Ce livre magnifique de par ses innombrables innovations m'aide à comprendre Cioran lorsqu'il déclare : "Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semble ; Sans l'idée du suicide, je me serais tué depuis longtemps."

pompant à force d'avoir été pompé

5 étoiles

Critique de B1p (, Inscrit le 4 janvier 2004, 50 ans) - 15 mars 2004

"Voyage au bout de la nuit" a sans doute été ressenti comme un énorme et remarquable brûlot à l'époque de sa sortie. S'en prendre à l'armée, au colonialisme et narrer par le menu la petitesse de l'être humain a certainement dû ébranler le lecteur moyen de l'époque.
Malheureusement, j'ai lu ce monument de Louis-Ferdinand Céline après avoir déjà épuisé bon nombre de récits qui s'attachent à décrire la médiocrité de l'homme moderne, d'où mon regard blasé sur la prose de Louis-Ferdinand. Reste tout de même la beauté de la langue (bien naïvement je pensais que le langage "à la Queneau" avait été inventé par ce cher Raymond avant de me rendre compte de "Voyage ..." était sorti avant) et quelques fulgurances qui font toujours mouche septante ans plus tard ("On échappe pas au commerce américain")

l'exception qui confirme la règle

1 étoiles

Critique de Ada (, Inscrite le 9 mars 2004, 47 ans) - 9 mars 2004

J'ai l'impression d'être une des seules à ne pas aimer ce voyage. En lisant, je me suis ennuyée, je comptais les pages, mais j'ai tenu bon jusqu'au bout. Je n'ai pas aimé le style, ni l'histoire. Je pensais lire un grand auteur et j'ai été très déçue. S'il s'était agi d'un auteur contemporain, je me serais dit qu'il ne risquait pas de passer à la postérité.

Voyage au bout de nulle part

10 étoiles

Critique de Vigno (, Inscrit le 30 mai 2001, - ans) - 26 décembre 2003

Je le sais, mon titre est facile. Je viens donc de passer au travers de ce monument (je l'avais déjà entamé 2 ou 3 fois, sans jamais passer au travers). Car c'est un monument, à n'en pas douter. Et le tout est pleinement mérité! Il y a dans ce livre une écriture, très forte, qu'on copie tant bien que mal depuis sa parution.

Mais quel désespoir, tout de même! Rien ne résiste à l'oeil cynique de Céline. Les humains ne sont que monstres de perversion que les asticots attendent patiemment, les femmes sont toutes plus ou moins sottes, l'amour est un sentiment ennuyeux. Français, Américains ou Africains, tous des tordus, de la racaille, peu importe le niveau dans l'échelle sociale! Lâches, peureux, exploiteurs, égoïstes, assassins, pédérastes, batteurs de femmes, manipulateurs et manipulatrices, trompeurs, tricheurs et tricheuses, misanthropes, démissionnaires, complaisants de touts acabits, mesquins et mesquines, petitesses, bref tout y passe. Quant aux rapaces qui dirigent les armées, ce sont des fous furieux, des tortionnaires qui assouvissent leurs instincts belliqueux par le biais de pauvres idiots comme Bardamu ! Il n'y a que l'enfant Bébert qui illumine un peu ce livre de lumière, seulement "un peu", car il meurt assez vite. La nature est sinistre et les villes sont sales, puantes. Que ce monde est désolant!

A vrai dire, j'ai lu ce livre et, malgré ce que je viens d'écrire, j'ai souvent ri. La charge est tellement forte; le nihilisme, tellement total! Mais l'écriture, tellement géniale!

On a sans doute besoin d'auteurs comme Céline! Heureusement tous les auteurs ne sont pas des Céline!

Livres à lire à haute voix

10 étoiles

Critique de Popol (Uccle, Inscrit le 14 février 2001, 67 ans) - 23 novembre 2002

Il y a bien longtemps que j'ai lu le livre. Mais il me reste quelque chose de je ne sais pas quoi.Quand il me semble qu'un nouveau style apparaît, je pense toujours à "Voyage au bout de la nuit" ou à "Mort à crédit". Ce sont des livres à lire à haute voix.Christine Angot fait la lecture, je l'ai appris en lisant son dernier livre "Pourquoi le Brésil?"que j'ai eu envie de lire tout haut,même chose pour "Ingrid caven" de Jean-Jacques Schuhl. Cela m'a fait penser au spectacle de Lucchini que l'on a entendu réciter des passages du "Voyage" et de "Mort à crédit" à Louvain-la-Neuve voici quelques années.Merci à Jules pour ses critiques et en particulier pour le voyage.Je vais le relire.

Un cantique du pessimisme et de la misère humaine.

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 58 ans) - 9 juin 2002

Durant 500 pages, Bardamu, le narrateur, nous brosse un récit extrêmement sombre de ses pérégrinations. D'abord comme simple soldat, pendant la guerre, dont il nous assène l'horreur et l'absurdité en pleine figure. Il s'embarque ensuite pour une colonie africaine, où les gens vivotent sans aucun idéal ni espoir. Après un passage par les Amériques, il revient s'établir en France comme médecin, montant par la même occasion d'un cran (si c'était possible), dans sa description de la noirceur et la petitesse du caractère humain. Partout où il va, c'est la même misère, mesquinerie, méchanceté, lâcheté. Tout cela nous est asséné dans un style très percutant. L'écriture est à la limite du langage parlé, le propos souvent grossier. Parfois c'est un peu indigeste, les tirades se suivent à rythme soutenu et il est difficile de rester concentré. Mais on tombe souvent sur des passages absolument irrésistibles, certain personnages sont tout simplement glorieux dans leur misère. Ainsi le chercheur Parapine, qui ne parle plus à son patron, ...

Voyage au bout de l'ennui

5 étoiles

Critique de Virgile (Spy, Inscrit le 12 février 2001, 44 ans) - 26 mai 2002

C'est donc lui qui est "avec Proust, est considéré comme le plus grand auteur français du XXe siècle"?
Et bien alors je dois dire que personnellement je trouve cette "considération" usurpée, en tout cas si elle repose en tout ou partie sur ce roman.
J'ai commencé cette lecture en étant plutôt sceptique sur l'intérêt que j'y trouverais et puis les premières pages ont suffit à me dire qu'après tout ça n'était peut-être pas si mal, j'ai pensé à du Houellebecq (dont j'apprécie beaucoup les romans). J'ai donc poursuivi, mais comme un soufflé raté mon intérêt est vite retombé...
Comme ce livre ne raconte pas vraiment une histoire, qu'il est plutôt la rédaction d'une série d'anecdotes d'une vie, il est fort inégal. Certains passages (quand je dit passages c'est un peu faible, certains font plusieurs dizaines de pages...) sont terriblement ennuyeux, et ceux-ci sont bien plus nombreux que ceux que j'ai trouvé drôles ou vraiment "pertinents" ou "porteurs de réflexion".
Je n'ai pas trop apprécié le style de l'auteur, surtout il me semble dans les 100 premières pages où il y avait trop de phrases qui ressemblaient à des citations (dont "l'intensité dramatique" poussée en devenait un peu ridicule et construites de la même façon ou presque chaque fois, c'était lassant) servies toutes les 5 lignes.
Bref je ne recommande pas la lecture de ce livre, il m'a fallu des mois pour le lire (ça faisait un bail que ça ne m'était plus arrivé de passer autant de temps sur un livre...) pas parce que je manquais de temps pour lire mais tant j'avais du mal à surmonter l'ennui qu'a généré en moi la majeure partie de ce bouquin. Je conseillerais donc plutôt un Houellebecq (je compte attaquer plateforme bientôt).
En parlant de Houellebecq c'est amusant de voir que Jules qui se riait un peu de la tête des "bien-pensants" à la lecture de Céline fasse à mon sens la même tête en rejetant Houellebecq dans ses dernières critiques éclairs sur celui-ci.
Quand je compare les points qu'il fait valoir contre Houellebecq et ceux qu'il fait valoir pour Céline il y en a qui sont identiques, amusant non?
Il ne faut pas confondre commerce et art à mon avis, même si des oeuvres se vendent ça ne leur enlève pas leur caractère artistique, et voir des considérations mercantiles dans le chef des artistes ça ne concerne pas leur oeuvre, si on savait à coup sûr ce qui se vend toutes les oeuvres vendues seraient des best seller, on ne sortirait pas dans le commerce des choses invendables...

J'avoue !

10 étoiles

Critique de Stéphanie (Chevreuse, Inscrite le 12 juillet 2001, 53 ans) - 10 janvier 2002

Et oui, désolée, je fais aussi partie de ceux qui sont allés écouter Céline au lieu de le lire. Et Lucchini le récite tellement bien !!! Comme Jérome le souligne, si j'ouvrais maintenant Le Voyage au bout de la nuit, je crois que j'entendrais Luchinni. Au grand damn des fans de Louis-Ferdinand , je ne suis toujours pas décidée à faire le grand saut mais qui sait ??? Demain est un autre jour.

Un oubli...

10 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans) - 8 janvier 2002

J'ai été frappé, lors du spectacle de Lucchini, par le fait que si peu de gens présents avaient lu le livre. Lucchini aurait-il amené beaucoup de monde à Louis-Ferdinand ? Peut-être bien, mais à voir la salle ici à Bruxelles, j'en doutes quand même un peu. Aimer l'entendre, par Lucchini, oui ! Le lire, non !..."Trop triste, trop long, et quelle écriture, madame !... Je ne vous dis pas !..." La grande majorité était venue pour Lucchini et suite à la réputation de son spectacle, mais pas pour Louis-Ferdinand !

Ah, Lucchini !

10 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans) - 8 janvier 2002

Une vraie merveille que son spectacle et quel art à rendre la sonorité des phrases de Céline...
Mais le livre est un sommet de la littérature française ! Comme le disait le verso de l'édition originale en Poche: "Le plus grand cri de désespoir jamais poussé par un homme !"
Tout est énorme dans ce livre et j'y ai usé un crayon entier à souligner les phrases superbes, drôles, angoissées, ironiques, sadiques,cruelles, magiques, vraies, dures... Mais je peux comprendre que ce livre ne peut pas être apprécié de tout le monde et ce n'est pas une tare que de ne pas l'apprécier: une simple perte, comme moi avec Proust jusqu'à ce jour...

Et le théâtre dans tout ça ?

10 étoiles

Critique de Jerome (Valdoie, Inscrit le 8 janvier 2002, 61 ans) - 8 janvier 2002

Comme un certain nombre de fainéants, j'ai vu Fabrice Lucchini dans ses oeuvres (extraits du voyage, l'arrivée à New York), AVANT de lire le livre. Le problème c'est que quel que soit le passage que je commence, j'ai la voix de Lucchini dans les oreilles et sa façon un peu traînante et même psalmodiante de raconter. Finalement c'est assez génial. C'est le texte et le son en même temps.
Jérôme

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