L'an prochain à Grenade de Gérard de Cortanze

L'an prochain à Grenade de Gérard de Cortanze

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Sciences humaines et exactes => Essais , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Deashelle, le 6 janvier 2014 (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 13 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (50 260ème position).
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Seule la parole peut sauver le monde

Voici une émouvante œuvre narrative entre le conte et l’épopée qui raconte la vie extraordinaire de Gâlâh, jeune fille juive séfarade et celle de son peuple au travers de 10 siècles de persécutions. A Grenade, en 1066, Gâlâh est la fille du Premier ministre juif pratiquant et ami intime de l'émir adepte d’un Islam cultivé et modéré. Iblis, un agitateur dont le nom signifie « le diable » allume la vindicte populaire. « Il est facile de soulever le peuple, de lui dire qu’il est exploité, que le pouvoir agit contre lui, qu’on n le respecte pas, qu’on traîne dans la boue les principes de sa religion.» Il devient vite impossible à l’émir instruit de contenir des hordes barbares de musulmans extrémistes qui dévastent le quartier juif la nuit du 18 décembre 1066. Le père de la jeune fille est massacré lors de cette tuerie qui fait cinq mille victimes, un carnage sans précédent dans l’histoire de l’Espagne. Une fatwa est décrétée contre l’émir dont la foule inculte jalouse la puissance, la richesse et les bibliothèques, puisque « Les impôts ainsi extorqués procurent aux tyrans un argent impur qui est comme un feu, avec lequel ils payent les soldats sur lesquels s’appuie leur pouvoir.» A mort ! Gâlâh fuit avec son amant Halim, jeune poète musulman. Ils ont trouvé dans l’amour les chemins de la tolérance.
C’est le début d’un conte merveilleux car l'héroïne a reçu de son père un ultime talisman qui lui donne une protection surnaturelle. Il lui a passé la main, elle devra faire œuvre de mémoire. Une Khomsa, symbole de protection qui remonte aux temps bibliques de Moïse. Un symbole commun à la culture juive et à la culture musulmane. Youssef Ibn Tachfin, premier sultan et troisième émir de la dynastie berbère Almoravide, prend Marrakech pour capitale. Il conquiert l’Espagne en 1086 avec 15 000 hommes. A nouveau, en 1090, le terrible nettoyage ethnique des populations juives se reproduit. Le mot d’ordre est toujours le même : « tout ce qui s’éloigne de la rusticité, du dénuement nomade est inconvenant, contre-nature, impie ».

Dans cette épopée légendaire, Gâlâh est l’incarnation vivante et attachante du peuple séfarade pourchassé de toutes parts en Europe. A Séville, à Tolède son peuple subit les persécutions de l'Inquisition. La reine Isabelle la Catholique chasse les juifs d’Espagne en 1492. Certains choisissent le Portugal comme refuge mais le 5 décembre 1496, ils sont à nouveau expulsés qu'ils soient de longue date établis au Portugal ou nouveaux arrivants d'Espagne. On retrouve la jeune héroïne à Oran, à Constantinople. Et le scénario tragique est immuable. Séfarade veut dire voyage, errance, à Amsterdam, dans la France de l'affaire Dreyfus, dans les camps nazis, à Sarajevo. Chaque fois, malgré les persécutions, son prodigieux instinct de survie et sa capacité de résilience la sauvent de la disparition. A chaque époque elle s’emploie à sauver des flammes et de la barbarie les vestiges de plus en plus ténus de sa culture. Les autodafés successifs ont brûlé les livres sacrés, la vindicte populaire a saccagé les demeures des familles juives, sa langue est frappée d’interdiction. Les Juifs ne peuvent, selon la loi, accéder à la fonction publique, ni exercer des professions libérales, les synagogues sont détruites.

Chaque fois, se croyant à l’abri, elle se réinstalle parmi les siens et recommence à vivre au service d’une communauté renaissante, très industrieuse, rêvant de bonté et de tolérance. Mais, chaque fois, le barbarisme de la nature humaine choisit son peuple comme bouc émissaire, le sang coule et elle échappe de justesse à des génocides sans cesse renouvelés. Hélas, on assiste toujours à la victoire de la force brutale sur celle de l’esprit! On se retrouve à New York un certain 11 septembre. Avec un certain Mohamed Merah, à Paris ou à Toulouse ? Un certain 25 mars 2012!

L’héroïne pleure tout au long de son périple à travers le temps et l’espace, la dissolution progressive de sa langue véhiculaire, le judéo-espagnol, et la disparition du ladino, une langue au vocabulaire castillan et à la syntaxe hébraïque, utilisée pour traduire les textes hébreux anciens. Le trésor de la langue est la source même de sa dignité et de son identité. Quand la transmission devient impossible, on meurt, tout simplement. Autre triste constatation: la paix ou l’harmonie universelle ne peuvent se produire que dans un contexte eschatologique. Là au moins, les trois religions révélées monothéistes ne se contredisent pas.

Un livre poignant qui interpelle de la première à la dernière ligne. Désespéré mais non silencieux. Loin du pathos, entièrement sur le fil de la dignité et de la sagesse, ce livre chevauche une réalité historique qui ne cesse de nous rappeler la valeur inestimable de l’humanisme.

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2 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 54 ans) - 18 mars 2014

Ce « roman » est une longue litanie des massacres perpétrés contre les juifs depuis 1066. L’histoire commence avec Gâlâh, fille de Samuel Ibn Kaprun, nagid (chef suprême de la communauté juive) et hadjib (chef du gouvernement et de l’armée), talmudiste de renom et poète, à Grenade. Gâlâh est amoureuse - oh sacrilège - d’un musulman, Hakim. Lors d’un massacre, son père est tué juste après avoir confié à sa fille la khomsa, un bijou représentant une main bleue dont les cinq doigts sont associés aux cinq livres de la torah (et chez les musulmans aux cinq piliers de l’islam). Elle devient alors la détentrice du « livre du guide » dans lequel elle consigne toutes les persécutions que subissent les juifs au cours des siècles. Car elle est devenue immortelle et n’a pas d’âge. Hakim est lui aussi tué quelques décennies plus tard. Elle erre, comme son peuple, d’une région à l’autre, puis d’un pays à l’autre.
Et ça n’en finit pas ! L’auteur fait une liste exhaustive de tous les pogroms, exécutions, attentats, exterminations jusqu’à nos jours, dans tous les détails. C’est lassant au possible ! J’ai failli arrêter. Bien sûr, on se rend compte des drames que les juifs ont gardés en mémoire et ils sont extrêmement nombreux, beaucoup trop nombreux,mais c’est très indigeste.

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