Le dernier des justes de André Schwarz-Bart

Le dernier des justes de André Schwarz-Bart

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Falgo, le 7 janvier 2011 (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 82 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 142ème position).
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Le long cri d'une souffrance millénaire

Prix Goncourt en 1959, "Le dernier des Justes" est l'un des premiers ouvrages consacrés à la Shoah, sujet alors peu présent dans l'opinion. L'optique de l'auteur est claire: 1000 ans d'antisémitisme occidental ont préparé le terrain pour l'extermination nazie.
L'ouvrage est bâti d'une manière très efficace. La première partie est constituée par l'histoire - imaginée à partir de la légende talmudique des trente-six Justes qui, à chaque génération, portent la souffrance humaine - d'une famille de Justes qui se transmettent le flambeau de père en fils. Ainsi de l'ancêtre Yom Tov Levy - immolé à York en Angleterre en 1185 - découle une lignée dont le destin de chaque membre est décrit à travers l'errance de la famille (Angleterre, Portugal, France, Allemagne, Bohême, Russie, etc.).
Puis elle se fixe à Zémyock en Pologne. A ce point le récit devient roman et conte l'histoire de Mardochée Levy, de son fils Benjamin et de son petit-fils Ernie, le Dernier. Leur vie, paisible dans un premier temps, va basculer lentement vers l'horreur. Un premier pogrom cosaque les fait fuir vers l'Allemagne (Stillenstadt, la ville tranquille) où leur tentative d'assimilation se noie dans la montée du nazisme, excellemment décrite dans son horreur quotidienne. Nouvelle fuite en France où un épisode heureux se termine au camp de Gurs et, pour Ernie, à Drancy en direction d'Auschwitz.
Cette destinée individuelle d'Ernie Levy "mort six millions de fois" (p.378) traduit la souffrance de ce peuple juif défini par son identité, rétive à toute tentative d'assimilation.
On ne sort pas indemne de cette lecture, même aujourd'hui alors que d'autres récits ont retracé, différemment, cette effroyable histoire, loin d'être terminée.
Sortant de mes compétences, je signale que le livre a fait, à l'époque et malgré un succès international, l'objet de vives polémiques. Le coeur en est l'accent mis dans le livre sur la souffrance dans le destin juif. p.177: "Tu l'as dit, amour, voilà exactement ce que fait le Juste. Il devine tout le mal qui se tient sur terre, il le prend dans son coeur." Plusieurs intellectuels ont récusé cet axe de la souffrance, prônant que ce qui caractérise le Peuple Juif est son identité et non sa souffrance, dont il n'est pas responsable. Vaste débat encore actuel dans lequel mon incompétence ne me permet pas d'entrer.
Un livre majeur tragiquement oublié.

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Les éditions

  • Le dernier des justes [Texte imprimé] André Schwarz-Bart
    de Schwarz-Bart, André
    Points / Points (Paris).
    ISBN : 9782020283144 ; EUR 8,00 ; 09/02/1996 ; 448 p. ; Poche
  • Le Dernier des justes [Texte imprimé], roman André Schwarz-Bart
    de Schwarz-Bart, André
    Seuil / Points. Roman
    ISBN : 9782020054119 ; EUR 7,00 ; 01/02/1980 ; 378 p. ; Poche
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Tsadik

10 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 62 ans) - 28 juillet 2022

LE DERNIER DES JUSTES de André Schwarz-Bart "Seuil 1959 - Goncourt 1959" 352,- pages

Il existe une légende du Talmud qui définit les 36 justes qui parviennent à garder l'équilibre du monde. Ils ne se connaissent pas, ignorent parfois qu'ils le sont et surtout ne le disent jamais.
Toutefois les vieux israélites, ceux qui gardent les livres, savent parfaitement qui est qui.
Le juste en yiddish se dit tsadik, et Lamed Vav signifie "des trente six".
Le Talmud est une longue histoire qui se perd dans ses détails. Il sert de lien social, de discussions longues de la loi orale.
Le roman de André Schwarz-Bart commence par un pogrom qui eut lieu à York (nord de l'Angleterre) en 1190. Comme à Massada, les sémites se retranchèrent et se donnèrent la mort pour ne pas renoncer à leur croyance. Il y eut sans doute un rescapé.
Et puis de pogrom en pogrom, de Russie en Ukraine, de Pologne en Allemagne, la hargne antisémite se perpétuera jusqu'à la grande purge décidée par Hitler?
Là il ne s'agira d'autre chose que d'un génocide pervers et cruel.

Mais qui est donc Ernie Levy ?
Le conducteur involontaire du précipice de ce roman certes
L’aïeul de la famille LEVY disait de son petit-fils – je veux dire : le fils de son fils – comme s’il était assuré que ce dernier fût appelé à devenir un Juste. Pas un Juste Lévy, disait-il, un vrai Juste inconnu, un Inconsolable, un de ceux que Dieu n’ose même pas caresser du petit doigt.
Ernie Levy est un enfant maladroit qui va devoir passer de l'insouciance à l'effroi en vivant la violence que sa race inspire. Mais il domine sa peur et la souffrance à tel point qu'il la sublime.
Personnage hypersensible il comble son ressenti par une apparence froide. Sa peur des femmes est viscérale et la part de son esprit qui ne pense pas à elles se nourrit des histoires de l’aïeul.
Il quittera l'Allemagne nazie juste au bon moment pour échapper à la rafle de toute la famille et ira se réfugier en France où l'avenir semble meilleur. Mauvais choix me direz-vous car il n'y plus d'endroit meilleur.

Ernie dira que d’aussi près qu'il aie pu regarder, il n’a rien vu que du sang, encore du sang et toujours du sang. Mais de signification : aucune. Quelle est donc la place du sang juif dans l’univers ?

Voici donc un excellent prix Goncourt. Un livre qui m'a énormément plu vu que tout ce qui touche le sujet de la judaïté me passionne au plus haut point mais je peux comprendre que certains lecteurs se lassent de ses curieuses histoires.
Accueil très favorable aussi de la critique lors de sa publication, l'affaire (comme souvent quand il est question de la "juiverie") prend des ampleurs de polémique. La presse de droite reprocha des erreurs, des mensonges et s'ensuivit même une procédure judiciaire de plagiat partiel !
André Schwarz-Bart, écœuré, serait parti dans une île, loin des rumeurs !

« Parfois, il est vrai, le cœur veut crever de chagrin. Mais souvent aussi, le soir de préférence, je ne puis m’empêcher de penser qu’Ernie Lévy, mort six millions de fois, est encore vivant, quelque part, je ne sais où… Hier, comme je tremblais de désespoir au milieu de la rue, cloué au sol, une goutte de pitié tomba d’en haut sur mon visage ; mais il n’y avait nul souffle dans l’air, aucun nuage dans le ciel… il n’y avait qu’une présence." sic

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