Shelton
avatar 02/08/2023 @ 08:14:12
Mardi 1er août 2023

L’été c’est fait pour lire et quand on parle de « Cosy mystery », on pense naturellement à un roman estival car polar léger voire humoristique…Mais, en fait, ce raisonnement n’est pas totalement exact et je vais vous le montrer bien simplement en vous conseillant cette série de romans policier, Les enquêtes de Loveday et Ryder, et le dernier paru en France, Réception funeste à Oxford. Ces romans policiers sont signés Faith Martin, pseudonyme de l’autrice anglaise Jackie Walton.

Commençons par la première question : ces romans policiers appartiennent-ils à la catégorie des « cosy mysteries » ? Il est d’autant plus difficile de répondre que cette catégorie n’est pas si délimitée que cela. Disons qu’il s’agit de romans policiers dont l’enquête est menée par un ou des non professionnels du crime. On note aussi une pointe d’humour… plus ou moins importante ! D’une certaine façon, même si l’humour n’y est pas trop marqué, les enquêtes de Miss Marple (Agatha Christie) et Miss Silver (Patricia Wentworth) appartiennent à cette catégorie policière…

Ici, si on se place avec un peu de recul et sur le fait que l’enquête est menée conjointement par Trudy Loveday, jeune femme stagiaire de la police (on est au début des années soixante et donc elle ne compte pas pour une professionnelle) et Clément Ryder (ancien chirurgien devenu coroner et atteint de la maladie de Parkinson), on peut affirmer que la partie policière sans être menée par des amateurs n’est pas le fait de policiers ou enquêteurs privés aguerris.

« Et l’humour ? » me direz-vous ? Il réside indiscutablement dans les clichés véhiculés par les policiers sur la place des femmes dans la police et la société en général… Mais, finalement, ce n’est pas de l’humour, juste un rappel historique sur ces années lointaines ! Donc, en extrapolant quelque peu, on va quand même affirmer que l’on a un pied dans le « cosy mystery » tandis que l’autre est dans le polar classique !

Je suis cette série depuis le premier volume traduit en langue française – Le corbeau d’Oxford – et c’est le septième volume qui vient arriver en France : « Réception funeste à Oxford »… C’est l’un des meilleurs de la série ou, plus exactement, disons que les personnages sont maintenant mieux posés et maitrisés, que la romancière est plus concentrée sur l’intrigue, et que cette dernière est tout simplement excellente !

Je vous pose les éléments essentiels. Nous sommes le 31 décembre 1962 à Oxford. La société bourgeoise va aller fêter le réveillon chez une des stars du milieu, Mrs Vander. Les gens viendront malgré la neige et le froid car ses invités habitent à proximité de sa maison… Ce sera une grande fête !

Seul problème, le lendemain matin, un des invités sera retrouvé mort dans sa voiture accidentée… Ah, ce mauvais temps !

Comme il s’agit très probablement d’un accident de la route, un lendemain de fête arrosée au Champagne, et que par ailleurs le commissariat est peu fréquenté en ce 1er janvier, on va demander à Trudy Loveday d’aller faire les premières constations…

Bon, je ne vous en dis pas beaucoup plus si ce n’est qu’un grand nombre de ceux qui faisaient la fête chez Mrs Vander auraient eu mille raisons d’en finir avec Terrence Parker et, pourtant, il n’y eut cette nuit qu’une seule personne pour se transformer en criminel…

Un très bon roman policier dans une très bonne série, ça a du bon la lecture estivale ! Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 03/08/2023 @ 19:25:38
Mercredi 2 août 2023

L’été c’est fait pour lire et quand on commence à mettre le nez et le reste dans l’autobiographie, il arrive que les lectures ne soient pas toutes pleines de joie et de bonheur ! C’est ainsi que cette nuit, je viens de lire « Retour à Birkenau » de Ginette Kolinka…

Quand j’ai pris le livre je ne savais rien de Ginette Kolinka, encore moins qu’elle était la maman de Richard Kolinka, le batteur de Téléphone. Oui, j’ai aimé ce groupe de rock français, je suis allé les voir en concert et j’ai leurs disques à la maison… Mais je ne savais absolument pas que la maman de Richard avait été déportée à Birkenau. Il faut dire qu’elle n’en parlait jamais…

"Petite fille, j'ai toujours été très gâtée. Puis après, quand j'ai eu quatorze-quinze ans, c'est vrai, c'était la guerre. Mais quand on a cet âge, on commence à devenir une jeune fille. J'étais très heureuse. Je faisais partie d'une équipe. On partait à travers les villes, on chantait. La guerre a été une période que je ne souhaite à personne de connaître. Et puis après, j'ai eu la chance d'avoir un mari adorable, puis un fils, et une belle-fille adorables. J'ai des petits-enfants, et autour de moi, des amis merveilleux. Comment voulez-vous que je ne sois pas heureuse ?"

En fait, durant ces années après guerre, Ginette faisait le marché d’Aubervilliers, elle y vendait des articles de bonneterie, avec le sourire, tout simplement, sans jamais évoquer l’horreur du camp… Elle ne voulait pas embêter les autres avec son histoire…

Puis, une fois terminé sa carrière professionnelle, elle qui n’avait jamais fait d’études, qui n’allait pas au cinéma, ni au musée, ni dans une bibliothèque, est entrée dans une association d’anciens déportés. Elle a finit par accepter de témoigner dans les établissements scolaires de France… et elle terminera décorée, distinguée, honorée par les Palmes académiques (elle est commandeur !).

Son petit livre (par la taille seulement !) « Retour à Birkenau » est lumineux et indispensable. A la fois, il montre la cruauté du camp, l’inhumanité des nazis, la souffrance absolue subie et, paradoxalement, il permet à Ginette Kolinka de parler, avec même une certaine légèreté parfois, de ses souffrances propres c'est-à-dire la faim (elle est déportée à 19 ans), les odeurs, le manque de sommeil… Elle ne réalise même pas ce que sont les chambres à gaz, elle ne comprend pas rapidement que sont père et son jeune frère ont été exterminés dès le jour de leur arrivée dans le camp…

Ce petit ouvrage date de 2019 et il est un témoignage capital par une femme qui a réalisé sur le tard que témoigner pouvait être important pour que les jeunes générations comprennent ce qui s’était réellement passé du côté de ces camps de la mort…

Elle qui disait n’avoir aucune culture et aucun attrait pour « ces choses là », a quand même écrit deux petits ouvrages (avec l’aide de Marion Ruggieri), eu un fils batteur dans un très grand groupe de rock français et un petit fils acteur et restaurateur (Roman Kolinka)…

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, n’oubliez pas ces deux ouvrages « Retour à Birkenau » et « Une vie heureuse ». Bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 03/08/2023 @ 19:38:22
Jeudi 3 août 2023

L’été c’est fait pour lire, relire aussi, bien sûr. Alors, comme je suis entrain de communiquer abondement sur la traduction des Bijoux de la Castafiore en parler montcellien, il est grand temps de relire une fois encore ce sublime album, petite gourmandise dont je ne me lasse jamais… Je ne vais pas tout dire mais juste redonner quelques éléments pour donner envie de relire…

Sur la couverture, Tintin nous invite à le suivre en silence… Pourquoi ? Parce que la Castafiore chante devant les caméras de la télévision ? Parce que notre présence pourrait énerver le chat et Milou gentiment couchés sous le piano de Wagner ? Parce que nous sommes sur le point de pénétrer dans l’album le plus important, le plus abouti, le plus réussi d’Hergé ? Voyons tout cela de près…

N’oublions jamais que la couverture d’une bande dessinée est le premier contact avec une narration graphique et que dans le cas des Aventures de Tintin, ces couvertures, hyper-soignées, nous disent beaucoup sur l’histoire, sur le projet, sur l’intention de l’auteur…

C’est toujours facile de commencer un texte sur les Bijoux par ce que disait l’auteur Hergé : «En commençant cet album, mon ambition était de simplifier encore, de m’essayer à raconter, cette fois, une histoire où il ne se passerait rien.»
Mais cela présente l’inconvénient d’entendre des oiseaux de mauvaise augure/foi dire que puisqu’il n’y a rien dans cet album, on va s’en économiser la lecture ! Et, alors, c’est le drame ! Car ne pas lire un des meilleurs albums d’Hergé, c’est se priver d’un bonheur incroyable, c’est vivre à l’ombre quand le soleil est là à deux pas…

Lorsqu’Hergé parlait de la simplification de son récit, il voulait dire que, pour une fois, Tintin ne ferait pas ses valises et resterait au château de Moulinsart, la fameuse propriété du capitaine Haddock. Mais, pourtant, les valises seront bien présentes, tout au long de l’histoire, puisque Haddock va tenter de faire faire les siennes pour éviter la Castafiore qui s’invite chez lui, puis Nestor devra porter celles de la diva et de sa suite, sans oublier le départ du Rossignol milanais, les bagages de Tournesol quand il partira la rejoindre… car si Tintin ne bouge pas du château, il en passe du monde dans cet album où tout un chacun semble pris de bougeotte… D’ailleurs, puisque nous sommes dans les bagages et les voyages, voici qu’Hergé met en scène des gens du voyage. Mieux ! Il fait comprendre au capitaine Haddock la difficulté de vivre ainsi dans une société qui ne laisse aucune place à la différence : «Eh bien ! Mille sabords ! Vous allez vous installer autre part, c’est moi qui vous le dis ! … Il y a une belle pâture près du château, au bord d’une petite rivière : vous pouvez y venir quand vous voulez…»

Le capitaine Haddock se met, ainsi, à dos, son valet Nestor [«Inviter des Romanichels chez soi !!…»], les Dupond(t) [«Comment, c’est vrai ?… Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?… Les voilà, les coupables !… Des preuves, Nous les trouverons !… Ces gens sont tous des voleurs !…»], mais, heureusement, Tintin garde la tête froide [«Vous avez bien fait de les inviter…Mais ce n’est pas parce que ce sont des Bohémiens que vous avez le droit de les soupçonner. »]. D’ailleurs, soupçonner de quoi ? Oui, j’ai oublié de vous dire que cet album fonctionne autour des fameux bijoux de la Castafiore, on s’en doute un peu avec le titre, mais c’est mieux en le disant… La chanteuse d’opéra est arrivée au château de Moulinsart avec sa caissette de bijoux dont la fameuse émeraude offerte par le Maharadjah de Gopal… Mais comme Bianca Castafiore est un peu excessive, bien désordonnée et sans mémoire, elle passe son temps à chercher ses bijoux, quand elle ne chante pas l’air des bijoux, ce qui est plus normal pour une diva de sa classe…

Question langage et stupidité, les Dupond(t) se déchaînent aussi avec lapsus, contrepèteries incomplètes, erreurs de vocabulaire… Je dirais même plus calembours à trois sous… Ils sont en très grande forme, au sommet de leur bêtise, et l’affaire de la disparition des bijoux va permettre une mise en couleurs de cette stupidité incarnée, doublement incarnée ! Quand ils arrivent, ils pulvérisent leurs deux-chevaux sur le camion de la télévision, ils suspectent tout le monde, de Tintin à la pauvre Irma, mangent des coussins envoyés par la Castafiore, se prennent les pieds dans les fils, ont des idées préconçues sur les gens du voyage [comme tous les policiers du monde, diront certains…], se font agresser, verbalement seulement, par la Castafiore, embrassent des arbres pour éviter des branches qui tombent, égarent une émeraude dans de la belle herbe verte… Bref, les anciens agents X33 et X33 bis (cf. Les cigares du Pharaon, première version) sont toujours aussi bêtes et il ne faut pas compter sur eux pour retrouver les bijoux disparus…

Cet album est une galerie de portraits où l’on retrouve aussi le fameux Séraphin Lampion, l’assureur volubile ami de cette « vielle branche de Haddock », qui vient «serrer la pince à ce vieux pirate», qui félicite « le vieux flibustier » dès l’annonce des fiançailles avec Bianca Castafiore… et qui trouve, enfin, une personne pour lui claquer la porte au nez et le faire taire… Merci la Castafiore, personne n’avait réussi avant toi ! Cet album est bien le tien…

Je suis certain d’avoir lu, ici, le meilleur album d’Hergé, celui qui m’accompagne depuis 1963, date de sa parution, car, le relisant tous les ans, au moins une fois, je peux affirmer qu’il est un compagnon parfait des bons et mauvais jours… Ce serait, probablement, l’album de bédé que je prendrais avec moi pour partir sur une île déserte, mais je ne suis pas pressé car j’aime bien ma bibliothèque avec ses milliers d’albums qui me font rêver entre mes lectures des Bijoux…

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 05/08/2023 @ 07:13:42
Vendredi 4 août 2023

L’été c’est fait pour lire et vous connaissez pour certains mon engagement assez fort pour sauver les mots et nos expressions françaises. Attention, je ne parle pas d’un combat franchouillard ou nationaliste mais bien d’une action pour tirer de l’oubli des mots obsolètes, vieillots ou depuis jadis laissés au rebut… Plaisir aussi, indiscutable d’utiliser des locutions, des expressions, des proverbes qui s’étaient glissés de façon imperceptible dans la poussière de nos mémoires…

Mais, soyons pragmatiques. Un tel combat n’est ni sanguinaire, ni triste, ni sombre… Bien au contraire, si on veut transformer tous les jeunes français en amoureux de la langue, en pourfendeurs des idiomes étrangers et en propagateurs des plaisirs accumulés dans cette langue depuis Rabelais, Madame de Lafayette, Molière, madame de Sévigné, Balzac, George Sand, Céline, Colette, Frédéric Dard ou Annie Ernaux, sans oublier tous les autres, alors, il faudra aussi le faire avec du plaisir, du jeu, de l’humour…

Nous avons dans notre langue française une pléiade d’expressions qu’il ne faut surtout pas prendre au premier degré qui perturbent plus d’un enfant. Par exemple, quand la maitresse dit qu’il ne faut pas aider sa voisine quand elle sèche, il ne faut pas comprendre que la petite fille est sur un fil à sécher le linge… Pourtant, en ces périodes de canicule (attendez, j’ai bien compris que la canicule ne touche pas toute la France et qu’il fait bien frais dans la moitié nord de la France en ce moment, je suis bien placé pour en parler !), on pourrait facilement imaginer une petite fille fondant au soleil et restant assisse sur sa chaise d’école sans bouger…

Alain Le Saux, illustrateur pour enfant – mais à ce stade nous dirons fabricant d’images pour tous – s’est fait une spécialité d’illustrateur de toutes ces expressions pour aider les plus jeunes, mais aussi les étrangers apprenant notre langue… Né en 1936 et mort en 2015, on peut le considérer comme un de ces auteurs qui auraient mérité le titre de « défenseur de notre langue » ! Puisque le président de la République a annoncé qu’en octobre prochain il inaugurerait La cité de la langue française à Villers-Cotterêts, émettons le souhait que le nom d’Alain Le Saux soit bien d’une façon ou d’une autre présent…

Pour résumer son travail, voici un recueil qui offre les meilleurs dessins de plusieurs de ses ouvrages et permet ainsi à tous ceux qui ne le connaissaient pas de le découvrir… Sachons aussi préciser et, ce n’est pas rien, que son combat pour la langue a aussi été un combat citoyen qui a permis des éclairages fins et efficaces sur la vie dans la famille (positionnement du père en particulier !).

Ainsi, avec ce merveilleux illustrateur, nous répondrons aux attentes de la maitresse qui disait que nous devions tous arriver à posséder la langue française ce qui ne signifiait pas d’avoir une belle langue tricolore… vous vous en doutez bien !

Enfin, le jeune lecteur refermera rassuré son livre en n’ayant pas peur d’éclater de rire… et comme l’été c’est fait pour lire, je ne peux que vous souhaiter une bonne lecture en famille !!!

Shelton
avatar 05/08/2023 @ 07:14:31
Samedi 5 août 2023

L’été c’est fait pour lire et, je l’avoue aussi, puisque le temps nous est offert, c’est aussi l’occasion de se souvenir un peu… Cette année, 2023, le même mois, en avril, deux hommes nous ont quittés, deux hommes qui ont compté pour moi… Jean-Pierre Bagot et Jacques Gaillot… Puisque l’été c’est fait pour lire, prenons le temps de reprendre un livre où cette deux fortes âmes étaient impliquées, avec la présence d’un troisième larron que j’ai eu aussi la chance de croiser à cette époque lointaine maintenant…

Je l’avoue, j’ai quelques scrupules à vous proposer cet ouvrage en lecture, « Dialogue sur le parvis entre un évêque et un théologien présenté par Jean-Pierre Bagot »… Pas pour des raisons théologiques ou ecclésiales – il s’agit de deux hommes, Drewermann et Gaillot, rejetés chacun d’une façon différente par l’église officielle de Rome – mais tout simplement parce que chaque fois que l’on parle de l’un d’eux, on plonge dans un discours médiatique simplificateur sans jamais écouter ce qu’il dit. Or, ce que je souhaiterais, pour une fois, c’est que leurs paroles soient lues, entendues, avant que chacun puisse se faire une idée de la question… Quelle question ? Drewermann et Gaillot peuvent-ils nous apporter des éléments constructifs pour nos vies ? Oui, je refuse définitivement les débats autour de leur appartenance à l’église, au christianisme ou à je ne sais quelle école de pensée ou de psychanalyse. Cela ne nous concerne pas, tandis que nos vies…

L’ouvrage est composé de quatre parties toutes importantes qu’il faut savoir prendre le temps de lire. Tout commence avec une présentation générale de Jean-Pierre Bagot. Ce dernier était un prêtre qui a toujours pris ses responsabilités, qui a assumé son humanité sans se poser trop de questions et que j’ai rencontré plus d’une fois, ce qui me permet d’affirmer qu’en plus il cuisinait bien, preuve d’un humanisme certain ! Il présentait ces deux rebelles, ces deux voix qui osent parler aux hommes de leur réalité tout en donnant un Jésus accessible et profondément humain. Est-ce pour autant hérétique comme certains le clament en demandant la tête du théologien et/ou de l’évêque ?

Ce qui est pertinent, dans cette première partie, est le rappel d’une situation paradoxale que j’ai connue à l’époque puisque je suis un de ceux qui ont couvert deux des déplacements en France d’Eugen Drewermann : beaucoup de théologiens, de prêtres, de journalistes, le condamnaient, le commentaient et le conspuaient sans jamais l’avoir lu ! Etonnant, non ? A l’inverse, ceux qui avaient pris le temps de le lire, Jacques Gaillot en faisait partie, ne souhaitaient que le rencontrer pour mieux le comprendre, dans ses motivations et son fonctionnement. C’est pour cela que nous ne pouvions que voir, un jour, la rencontre des deux rebelles de l’église catholique…

Quand on rentre dans le contenu des trois rencontres entre les deux hommes, une chose saute aux yeux immédiatement : ces deux grandes âmes ne souhaitent qu’une seule chose, aller au contact des autres, soulager la misère humaine, redonner de l’espérance. Aucune volonté de convaincre, de convertir, de forcer, de condamner. Seulement, comme Jésus, leur modèle, aider l’humanité à vivre !

C’est vrai que l’on sort petit de cette lecture tant on est impressionné par la grandeur humaine de ces deux hommes. On est aussi surpris – le mot est petit – devant la bassesse des institutions qui les ont bafoués, rejetés, méprisés…

L’un est mort en retraite après avoir été titulaire de l’évêché de Partenia. Abandonné par ses frères évêques mais jamais par les fidèles désireux d’une église plus juste et humaine, plus soucieuse des pauvres et des exclus, il a montré un chemin périlleux mais certainement chrétien. Le second, théologien condamné par l’église catholique, « suspens a divinis », a quitté définitivement l’Eglise catholique et reste encore un thérapeute apprécié. Il vit sa foi jusqu’au bout dans la non-violence, dans le respect des autres et un engagement politique dans la gauche allemande…

Ce petit ouvrage, malheureusement introuvable aujourd’hui, du moins dans les librairies, permettra de mieux les comprendre et redonnera de l’espérance à ceux qui, parfois, désespèrent de cette église officielle…

Quelques phrases, glanées au fil des pages, pour vous donner le ton :

« Je crois en effet qu’on ne peut pas construire l’église du Christ sur le rejet, sur l’exclusion : elle se bâtit toujours dans le dialogue, la recherche commune, la collaboration, en se tournant vers l’avenir. » Jacques Gaillot

« … car nous ne faisions rien d’autre que ce que l’église de Jésus Christ est appelée à faire : se tourner vers les exclus. » Eugen Drewermann

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture et que Jean-Pierre et Jacques reposent en paix dans l’Amour absolu qu’ils ont rejoint !

Shelton
avatar 14/08/2023 @ 11:40:35
Dimanche 6 août 2023

L’été c’est fait pour lire mais parfois il est quand même difficile de garder un rythme de lecture assidu… Par exemple, vous décidez d’aller camper avec quatre petits enfants, genre entre 4 et 9 ans, vous choisissez d’aller dans le Morvan, et, cerise sur le gâteau, il fait un temps frais pour ne pas dire froid… Vous savez, alternance d’averse et ciel gris, tempête violente la nuit, froid glacial le matin… Bon, ben, même si vous avez pris une réserve de livres au cas où, vous devez bien constater en fin de semaine que si vous avez bien survécu, vous n’avez pas lu une malheureuse page…

Certes, il ne s’agit pas de regretter cette situation mais bien de constater que lorsque toute votre énergie est utilisée à surveiller les enfants, s’occuper d’eux car à ces âge-là leur autonomie est relative, et lutter contre le froid et l’humidité, il ne reste que peu de forces et de motivation pour lire le soir à la lumière de votre lampe d’appoint dans la tente… Vous êtes en mode survie et vous vous écroulez tout simplement… Certaines mauvaises langues diraient même que vous vous mettez à ronfler pour tout le camping, mais là c’est juste un peu exagéré !

Alors, il serait faux de vous affirmer que je n’ai eu aucune activité livresque de la semaine. Tout d’abord, parce que tout au long de ce séjour, j’ai pris soin de remplir avec soin le livre de bord de cette villégiature particulière. Certains mots d’enfants mériteront certainement de rester gravés dans notre mémoire familiale à défaut de sortir du clan… J’imagine même que je pourrais bien en faire un petit album avec texte et photographies, un ouvrage tiré pour les participants… Avec Internet, ce type de chose est facilement réalisable alors pourquoi pas ? Enfin, une version épurée des détails trop personnels pourrait se retrouver sur Facebook… Qui sait ?

Mais il y eut aussi des phases livresques liées à des visites, des lieux traversés, des activités particulières… Le Morvan est une terre riche de ce côté-là. On évoque Jules Renard et sa jeunesse dans le Morvan, Jules César et son combat contre les Gaulois (oui, Alésia n’est pas au cœur du Morvan mais si près…), sans oublier Jean Genet et son adoption par une famille du Morvan qui fit de lui un Morvandiau avant qu’il fugue et connaisse une vie très agitée… Donc, les livres étaient bien présents même sans lecture au sens traditionnel…

La vie reprend donc son cours et comme l’été c’est fait pour lire, il y aura encore de très nombreux livres à partager d’ici la fin de l’été…

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 14/08/2023 @ 16:20:12
Lundi 7 août 2023

L’été c’est fait pour lire et en rentrant du Morvan, j’ai voulu immédiatement ressortir un album jeunesse que j’avais beaucoup aimé en son temps et qui reste pour moi un album de qualité qui n’a pas vieilli !

Lors de ce périple dans le Morvan, j’ai constaté que comme dans de très nombreuses régions françaises, le patrimoine gastronomique mettait très en avant le cochon. Il ne s’agira pas ici de tresser les louanges de cet animal, encore moins de vouloir stigmatiser ceux qui n’en mangeraient pas pour des raisons religieuses, vegan ou diététiques, mais plutôt de constater que cet animal a accompagné notre pays depuis des centaines d’années. On l’accommode de toutes les façons, on le fait sécher ou fumer, on le conserve ou congèle, on le mange frais avec tout, du sucré au salé… Bref, pour un peu ce serait la protéine universelle !

Dans les livres, on le retrouve mais finalement, pas tant que cela. Certes, dans la version sauvage du sanglier, il est omni présent dans les aventures d’Astérix et c’est d’autant plus drôle que les Gaulois, a priori, ne mangeaient pas ou que très exceptionnellement du sanglier. On a eu aussi une série pour enfant, Angèle et René, où le cochon devenait avec beaucoup de réussite et d’humour, un animal de compagnie d’une petite fille. Curd Ridel a inventé là une série bédé que j’ai adorée, mes enfants aussi ! Mais l’aventure avec le cochon n’était pas terminée…

Je suis content de vous présenter ce qui pour moi aura été probablement l’un des plus beaux albums pour enfants, enfin pour enfants et parents, de l’année 2004, « Le grand livre du cochon ». Plus de vingt ans déjà ! Car, pourquoi vous le cacher, j’ai pris un malin et agréable plaisir à le lire et maintenant, le relire. Il s’agit d’un livre grand format qui va tout nous expliquer sur le cochon en jouant aussi sur l’image du cochon, sur les mots décrivant le cochon et en utilisant quelques expressions «cochonesques» comme faire la tête de cochon, dessiner comme un cochon ou un temps de cochon. Le tout est accompagné de merveilleuses silhouettes de cochons si belles qu’on se prendrait à rêver que nos enfants soient des cochons…

D’ailleurs, c’était probablement bien là l’objectif de l’auteur qui a du bien s’amuser en travaillant sur cet album ! Si vous n’avez pas d’enfant pour lui offrir ce livre, j’ai une petite idée : et si vous alliez vous l’acheter, pour vous, pour votre plaisir de lecteur, de lectrice, car je dois vous le dire bien franchement, un tel livre est fait pour tous ceux qui ont envie de le lire et je pense qu’il est si réussi que ça doit pouvoir convenir à toute la famille, du plus petit des enfants aux grands parents et même plus…

Quand on dévore cet ouvrage, un peu comme une collation apéritive sur une planche avec rosette et jambon fumé de pays (si vous voyez ce que je veux dire), on mesure comme le cochon est ancré dans notre patrimoine culturel profond, gastronomique et linguistique… Bref, c’est comme si le cochon était un peu de nous… Alors comme l’été c’est fait pour lire et aussi prendre l’apéro avec des amis, vivez bien votre été !!!


Shelton
avatar 15/08/2023 @ 08:10:17
Mardi 8 août 2023

L’été c’est fait pour lire mais il n’est pas interdit de se pencher sur la musique avec un bon livre. L’idée m’était devenue incontournable depuis que j’avais rencontré, par livre interposé, Ginette Kolinka. Il fallait bien que je parle, ne serait-ce qu’un peu, du groupe de son fils Richard…

Si je vous dis qu’on leur doit Un autre monde, Le Chat, Cendrillon, Ҫa c’est vraiment toi… Immédiatement, vous pensez au groupe Téléphone et vous avez raison, mais la question n’était pas très difficile car voilà bien un groupe français qui est connu de tous, de tous les âges…. Et, pourtant, sa durée de vie a été très courte, dix ans ! Certes, ils sont revenus sous le nom des Insus mais sans la bassiste Corine Marienneau donc ce n’est pas complètement Téléphone…

Mais revenons à Téléphone, en livre, un album illustré, Téléphone, ça c’est vraiment eux, de Pierre Terrasson et Pierre Mikaïloff. Quand je l’ai trouvé et lu, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au jour où je les ai vu sur scène car un concert Téléphone, je vous le promets, on s’en souvient longtemps… là des textes magnifiques, des photos de très grande qualité et vous plongez directement dans un passé qui pourtant commence à s’éloigner… Un groupe légendaire et mythique qui pourtant n’a vécu que l’éphémère ou presque…

Certes, dix ans à fond entre 1976 et 1986, avec seulement cinq albums en studio, un grand nombre de tournées et concerts, une séparation soudaine qui fit souffrir les fans et de très nombreuses rumeurs de reconstitutions qui n’ont jamais été concrétisées pendant des années… Téléphone est devenu un mythe et c’est ainsi que certaines chansons resteront dans le patrimoine de la chanson française…

Ces jeunes étaient passionnés des Rolling Stones, ils étaient révoltés et voulaient faire bouger le rock français quitte à chanter en français ce que certains trouvaient ringard… Ce fut aussi une certaine Corine Marienneau qui réussit à s’imposer comme la bassiste de ce qui restera le plus grand groupe de rock français. Pourtant, Jean-Louis Aubert, celui qui est considéré comme le leader charismatique du groupe, ne voulait pas de gonzesse dans cette aventure… et il a cédé à Louis Bertignac qui a imposé celle qui fut un temps sa chérie… Enfin, n’oublions pas le plus discret Richard Kolinka, le batteur explosif qui s’est souvent inspiré de celui des Who, Keith Moon…

Corine a raconté son histoire Téléphone dans un livre, Le fil du temps, qui était destiné à sa fille. Elle parle de musique mais aussi d’argent, de drogue, des tensions du groupe ; de sa vie tout simplement… A la suite de cette publication, Jean-Louis Aubert a coupé tout lien avec elle. Pour moi, elle fut une personne essentielle du groupe et je n’ai jamais cru un instant aux recompositions sans elle. Elle a tourné la page et je crois que Téléphone est mort définitivement…

Dans ce livre, j’aurais tendance à vous dire que tout est bon et chacun va retrouver des échos du Téléphone qui sonne encore en lui et donc vous ne serez pas étonnés que j’aie particulièrement apprécié l’entretien assez long des auteurs avec Corine…

Concernant cette dernière, il est bon de préciser qu’elle fera un album en solo, Corine, une sorte de testament musical, réalisé par Bertignac. J’ai beaucoup aimé ce disque qui est sorti en même temps que le fameux Quelqu’un m’a dit de Carla Bruni, lui aussi réalisé par Bertignac. Mais Corine passera inaperçue ou presque dans l’actualité car la bassiste de Téléphone est déjà oubliée de tous… Enfin, pas tout à fait quand même… Dure limite de la médiatisation des artistes de la chanson…

Si vous voulez revivre cette épopée surprenante et musicale, choisissez un bon siège, mettez un disque de Téléphone, si vous en avez encore un, ainsi que l’appareil pour l’écouter, et comme l’été c’est fait pour lire, Téléphone, ça c’est vraiment eux, de Pierre Terrasson et Pierre Mikaïloff aux éditions Hugo & Cie.

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture et à demain !

Shelton
avatar 15/08/2023 @ 08:53:53
Mercredi 9 août 2023

L’été c’est fait pour lire et en lisant le document préparatoire au synode voulu par le Pape François, je mesure la situation de l’Eglise aujourd’hui et les risques qu’elle va affronter dans quelques années, peut-être même encore plus rapidement, dès demain… Le Pape veut réformer vite et en profondeur cette institution et il ne fait pas semblant…

Bon, je sais bien que pour beaucoup c’est un non sujet, l’Eglise n’ayant finalement jamais su se réformer. Pour d’autres, les crimes pédophiles lui ont enlevé toute légitimité. Et je n’oublie pas ceux qui, de l’extérieur, passent leur chemin sans même regarder dans sa direction… Pourtant, il existe bien ceux qui voudraient la voir prendre un autre chemin, le chemin du message évangélique de ce Jésus qui aimait, qui ne rejetait pas, qui était ouvert et qui aurait beaucoup à nous dire au moment de cette crise climatique avec ses conséquences humaines, migratoires, écologiques…

Je pense à ces théologiens de la Libération qui avaient en Amérique du Sud proposé des chemins pour une autre Eglise, une autre vision de la religion, une autre conception du monde…

Est-il possible, aujourd’hui, de porter la question théologique en dehors du club restreint des théologiens ? La question peut vous sembler surprenante, mais si on prend le temps de se poser un instant, ne serait-ce que sur un banc public protégé du vent, c’est à dire de ce flux de l’immédiateté que notre société contemporaine nous impose, force est de constater que certaines questions fondamentales demeurent bien persistantes, prenantes, angoissantes… Qu’est-ce qu’un homme ? Comment est-il arrivé sur cette terre ? Qui l’a créé et dans quel but ? Dieu existe-t-il ? S’il existe, quels sont les attributs de ce dieu ? Enfin, si dieu il y a, l’homme a-t-il la moindre chance d’entrer en contact avec lui ? Et, pourquoi devrait-il le faire ?

Trouver un ouvrage qui répondrait à toutes ces questions me semble impossible. Certains pourraient supposer que la Bible, ensemble d’un grand nombre de livres, répondrait sans problème à ce questionnement existentiel, mais je préfère chercher plusieurs ouvrages qui donneraient des éléments de réponse. Après tout, les lectures et les rencontres sont faites pour accumuler les indices et construire notre corpus de réflexion qui nous amènera à des convictions, nos convictions, celles qui nous porteront jusqu’au bout de notre vie…

Je vous propose, pour commencer, un ouvrage signé d’un théologien dit de la libération, Gustavo Gutiérrez, Le Dieu de la vie. En effet, au moment où des chrétiens se sentent si mal, il est bon de comprendre qui est ce Dieu qui veut venir sur terre au contact de ses créatures. Vous remarquerez, que pour ce livre, je fais comme si c’était évident que Dieu existait mais nous allons voir que pour ce théologien les choses sont un peu plus compliquées que cela…

La première pensée de Gutiérrez est de rappeler à tous ceux qui se reconnaissent chrétiens, après tout on a le choix de le faire, que parler de Dieu ou du Christ ne peut pas se faire sans lien. Le Christ et Dieu sont profondément liés : Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, Celui qui me voit connaît le Père. Oui, aucun doute, le Fils est bien le révélateur du Père. Les théologies ne doivent donc pas s’écarter des textes évangéliques, ceux qui donnent une certaine image de Jésus, un être profondément humain et aimant. La théologie de la libération de Gutiérrez prend donc ces sources dans cet homme au cœur débordant d’amour, un amour qui n’exclut pas, un amour qui soigne, qui écoute, qui souffre quand l’homme souffre…

Ce préambule n’est pas limitatif et Gutiérrez continue en énonçant que Dieu ne se comprend pas, il se médite, il se vit, il se respire, il se pratique… Oui, Jésus affirme que ce n’est pas l’intelligence qui permet d’aller vers Dieu mais seulement le cœur des simples, des justes, des aimants… Dieu est d’abord Père tout simplement parce que le chrétien reconnaît en lui l’origine de tout, y compris l’origine de l’homme. Ce Dieu des origines est un libérateur. Il libère les opprimés, les esclaves. Il est le Dieu d’un peuple qui souffre et il est là pour ouvrir son horizon. Comme Dieu déploie une pédagogie, il montre cette libération par le peuple qu’il sort d’Égypte, qu’il sort du désert, qu’il ramène d’exil vers sa terre…

Seulement, voilà, il y a un petit hic. La libération totale est annoncée pour les temps de son royaume. Mais c’est quoi ce royaume ? Où est-il ? Gutiérrez nous montre que Dieu ne peut pas se faire saisir, il ne peut pas se faire enfermer dans une institution, ni même dans une église terrestre. Dieu de Jésus est un Dieu caché, un Dieu secret, un Dieu qui fuit les mondanités, le pouvoir, la force…

Alors que faire ? Où chercher Dieu ? Le théologien est simple, il reprend les paroles de l’Evangile : « Chercher le royaume et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît ». Cela signifie pour l’un des créateurs de la théologie de la libération que « l’universalité de l’amour de Dieu est lié de manière inséparable au choix préférentiel en faveur du pauvre ».

Il s’est donc donné comme but dans la vie de « parler de Dieu à partir de la souffrance et des espérances des pauvres ». Je le trouve très convaincant, très précis dans sa théologie, une méthode biblique irréprochable s’appuyant sur de très nombreux textes dont le livre de Job qui est très beau et très humain.

Si un tel homme avait vécu dans les palais romains et dans l’opulence nous pourrions avoir des doutes dans la mise en application mais comme il s’agit d’un prêtre qui a décidé de vivre son Evangile et son Dieu de libération au mépris de sa sécurité, du quand dira-t-on, de sa réputation, au cœur du Pérou, en n’hésitant jamais à travailler avec tous ceux qui voulaient, eux-aussi, libérer les plus pauvres… j’ai plutôt tendance à le saluer et estimer qu’il fait partie de ceux qui nous aident à trouver des réponses à nos questions initiales… Et si le Dieu créateur était un Dieu de libération prêt à mouiller sa chemise pour les plus pauvres et non les tenants du pouvoir ? Et je crois que c’est aussi d’une certaine façon ce que porte le Pape François…

Ce livre, Le Dieu de la vie, de Gustavo Gutiérrez, est d’une lecture assez simple, il est imagé et je crois qu’il peut plaire à tous les lecteurs de bonne foi, même ceux qui se sentent éloignés des religions…

Alors comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
avatar 17/08/2023 @ 18:17:15
Jeudi 10 août 2023

L’été c’est fait pour lire et quand on rentre d’une semaine avec des garçons encore accompagnés de leurs doudous, il est bon de trouver un album jeunesse portant ce nom : Le doudou du capitaine !

Mais, dans un premier temps, j’avoue avoir été surpris des discussions entre les trois garçons de 4,5 et 6 ans autour de leurs doudous. Combien tu en as ? Là, c’est simple, 2 pour 2 d’entre eux et 3 pour le dernier. Certains étaient contre les échanges, d’autres si mais avec quelques limites… Il ne faut pas exagérer quand même… Il y en a même un qui se couchant souvent avant les autres tentait chaque soir de « piquer » un des doudous de son cousin et le cachait dans son duvet. Du coup, chaque fois, le cousin était obligé de récupérer le doudou délicatement sans le réveiller…

Voilà, j’étais donc prêt à embarquer sur le bateau du capitaine. Vous allez me dire qu’a priori les liens entre un capitaine, un bateau de pirates ou une collection de doudous ne semblent pas aller de soit… En fait, le lien est bien là !

Longue-Barbe est à la tête d’une troupe terrifiante de pirates de bas étages prêts à tuer, piller, massacrer sans aucune limite. Mais, Longue-Barbe a aussi un secret, un secret très bien caché… Il a sur lui un doudou, un doudou de sa jeunesse qui lui porte chance dans les combats et dans les difficultés de la vie…L’équipage n’en sait rien jusqu’au jour où Longue-Barbe perd son doudou…

Grandir, finalement, est-ce perdre son doudou ou reconnaitre devant les autres que l’on a encore un doudou dans ses affaires ? Garder un doudou comme grigri ou porte bonheur, est-ce refuser de grandir ou trouver une solution pour garder son âme d’enfant tout en devenant progressivement adulte ? Bon, attention, il ne s’agit pas avec cet album, Le doudou du capitaine, d’un ouvrage de psychologie. Cela reste un album jeunesse et l’histoire du capitaine est savoureuse, indépendamment des questionnements de l’enfant qui sent qu’il va devoir grandir…

Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas vocation à mettre en avant de façon commerciale un produit en vente dans de grandes surfaces, chacun son métier. Mais, quand un distributeur s’investit, certes pas de façon totalement désintéressée, je le sais bien, pour une cause nationale, la lutte contre l’illettrisme, j’ai tendance à venir regarder de plus près… Quand cette opération est menée avec « Rue des écoles », une maison d’éditions qui propose des ouvrages parascolaires pour tous les âges et dont la fibre pédagogique n’est plus à prouver, j’avoue ne pas avoir hésité et être allé acheter certains de ces ouvrages mis en avant pour ce projet d’autant plus que les livres sont vendus à 1 euro pièce ce qui pour un album jeunesse est très accessible ! Cet album, Le doudou du capitaine, de Stéphanie Clo et Adeline Ruel appartient à cette sélection mise en place par Carrefour et il a été édité auparavant par les éditions Circonflexe. Il est de bonne qualité et mes petits enfants l’ont adoré… Et comme parfois, il faut savoir se séparer (ou pas) de son doudou…

Bonne lecture !

Shelton
avatar 18/08/2023 @ 09:38:48
Vendredi 11 août 2023

L’été c’est fait pour lire et donc occasion de me mettre à jour dans certaines séries policières que j’aime et suis avec assiduité comme Ingrid et Lola, Loveday et Ryder, Bretzel & beurre salé, Hamish Macbeth, Mary Lester et Les trois Brestoises… Aujourd’hui, nous parlerons donc du quatrième volume de la série Bretzel & Beurre salé, Loin des yeux, loin du cœur, de Margot et Jean Le Moal (mars 2023).
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Pour ceux qui ne connaissent pas encore (il doit en rester quelques-uns) cette série, précisons que le cadre général est assez simple : une Alsacienne, Cathie Wald, est venu s’installer dans une petite bourgade bretonne, Locmaria. Elle y a installé un restaurant de spécialités alsaciennes, Bretzel & Beurre salé. On découvrira plus tard pourquoi, avec quel argent… Mais c’est une autre histoire ! Elle a une petite cinquantaine, elle a deux enfants et un ex que l’on croisera dans l’un des volumes précédent… En cours de route, l’Alsacienne va rencontrer un Breton et là encore, c’est une autre histoire…

Rien ne prédisposait Cathie à mener des enquêtes policières et il faudra qu’elle se retrouve quasiment en position de suspecte pour qu’elle devienne actrice de la résolution d’une affaire criminelle. Quant au village breton, reconnaissons qu’elle ne fait pas encore l’unanimité et que dans la population, il y a quelques belles langues de vipères !

Pour clore cette mise en ambiance générale, on pourrait dire aussi que c’est bien écrit, avec légèreté et humour, respect pour l’Alsace et la Bretagne (Margot représentant l’Alsace dans les auteurs et Jean la Bretagne, un couple mixte dans le travail comme dans la vie familiale) et que malgré l’aspect cosy mystery l’intrigue est toujours solide et crédible…

Venons-en à ce quatrième volume, Loin des yeux, loin du cœur, qui est pour moi, indiscutablement, le plus abouti et réussi, car je trouve qu’il y a indiscutablement une évolution dans l’écriture et la conception de l’intrigue… Pour l’écriture, je vais mettre cela sur l’expérience acquise en cours de route, sur les personnages mieux maitrisés, sur l’ambiance générale devenue évidente qui libère les deux auteurs au moment d’écrire…

Pour ce qui est de l’intrigue, au sens strictement policier, je trouve que l’évolution qualitative est bien au rendez-vous. Ici, l’histoire se déroule sur deux époques donnée, certes peu espacées, juste avant Noël et en février suivant. On est aussi sur plusieurs lieux, Locmaria en Bretagne, Kintzheim en Alsace, quartier Montparnasse à Paris…

Bon, il va bien avoir un meurtre, l’assassinat de Cléopâtre (rien à voir avec la chérie de César ou Marc-Antoine), charmante guide et organisatrice du séjour en Alsace des habitants de Locmaria…Mais cette pauvre femme vient trouver la mort en Bretagne, à Locmaria…

L’enquête est très bien construite avec des fausses pistes mais pas trop, avec des pièges pour les enquêteurs mais pas trop gros et une résolution très claire qui donne une explication cohérente pour tous les faits et entre-faits…

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, j’adore l’évolution des personnages, y compris celle des moins sympathiques, et j’adore la vie de ce village Locmaria où je pense finalement réserver un logement pour l’été prochain (euh, Margot et Jean ne me laissez pas tomber !).

Enfin, précisons bien pour ceux qui ne sont pas entièrement rassurés que « cosy mystery » ne signifie pas roman à l’eau de rose, mièvrerie sans fin ou comédie romantique… Ici, on est bien dans un roman policier comme nous le fûmes jadis avec de très beaux et très bons romans de Charles Exbrayat…

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, vous pouvez selon le cas lire la série entière, Bretzel & Beurre salé, quatre romans parus, ou vous plonger sans aucune hésitation dans le dernier sorti, Loin des yeux, loin du cœur !

Très bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 19/08/2023 @ 14:38:18
Samedi 12 août 2023

L’été c’est fait pour lire et rien de tel qu’un peu d’histoire pour appréhender de façon plus sûre le présent. Alors, me direz-vous, est-il utile, une fois encore, de revenir sur la collaboration en France durant le second conflit mondial ? J’ai le sentiment, après avoir entendu certaines déclarations cette dernière année, que ce n’est pas inutile… Enfin, c’est mon avis !

A cela, je vois plusieurs raisons qui méritent d’ailleurs d’être rappelées pour permettre à tout un chacun de rafraichir sa propre mémoire… Tout d’abord, qu’on le veuille ou non, collaborer ne fut pas « simplement » une affaire d’idées politiques puisque certains actes de collaboration entrainèrent la mort de Juifs, Résistants et autres personnes déportées, discriminées, abattues, emprisonnées… On ne peut pas limiter cela à un simple choix politique, il s’agissait bien souvent d’oublier sa propre humanité avec toutes les conséquences que cela pouvaient avoir sur les « autres »…

Deuxième point, important lui aussi, la collaboration a touché tous les milieux politiques, religieux, financiers, régionaux… C’est très important de comprendre que des gens de gauche, de droite, des catholiques, des communistes, des Juifs même… se sont bien retrouvés dans la cohorte des collaborateurs. Ce fut une vague transverse qui emporta beaucoup sur son passage avec une multitude de drames individuels et collectifs qui en découlèrent…

On peut aussi dire que la collaboration intellectuelle, la collaboration politique, la collaboration diplomatique, la collaboration militaire, la collaboration criminelle… ne sont que des variantes d’une même collaboration celle d’une alliance contre nature entre des citoyens d’une démocratie avec un système dictatorial, criminel et inhumain… Il faut avoir cela en tête si on veut parler de la collaboration de façon exhaustive, historique et réaliste !

Alors, pour commencer l’exploration de ce monde de la collaboration, vous pourriez commencer par cet ouvrage de synthèse accessible à tous (mais quand même assez volumineux), Histoire de la collaboration, 1940-1945, de François Broche et Jean-François Muracciole. Je pense que c’est un livre référent que l’on peut garder chez soi et qui permet très rapidement de retrouver des éléments de base sur un homme, un mouvement, une période… Attention, il ne s’agit aucunement de retrouver ceux qui ont eu une activité politique ou industrielle durant le Cinquième République, et il y en eut plus d’un…

Enfin, cet ouvrage permet de comprendre le fonctionnement d’intellectuels comme Céline, Rebatet ou Brasillach, des écrivains qu’il ne faut pas exclure de la liste des collaborateurs, des hommes qui ont eu des responsabilités fortes dans l’animation de la collaboration. Par contre, qu’il me soit permis de rappeler une fois encore, que les deux terribles pamphlets de Céline, Bagatelles pour un massacre et L’école des cadavres datent de 1937 et 1938… Mais c’est une autre histoire !

Dès demain, nous reviendrons sur un autre aspect de la collaboration avec un livre beaucoup plus récent…

Très bonne lecture !

Shelton
avatar 19/08/2023 @ 14:39:08
Dimanche 13 août 2023

L’été c’est fait pour lire et nous allons continuer notre petit voyage dans la collaboration française durant le second conflit mondial avec « L’exil des collabos, 1944-1989 » d’Yves Pourcher. Cet ouvrage de 2023 m’a semblé très pertinent et très utile à lire aujourd’hui. Car finalement, avec le temps qui passe, on pourrait tomber dans une banalisation de cette collaboration en faisant croire que ce n’était qu’une question d’opinion…

Ici, dans cet ouvrage, Yves Pourcher va se pencher sur l’exil d’un certain nombre de collabos, de Max Knipping à Roger Blondel en passant par Lisette de Brinon et la famille Luchaire. Certains sont très connus, d’autres beaucoup moins.

Ce qui est bien dans cette synthèse thématique, l’exil des collabos, c’est que pour chaque personnage concerné, l’auteur prend le temps de dire de qui il s’agit, de résumer succinctement les actions personnelles menées dans la collaboration mais pas que, puis de décrire l’exil vécu (quand, comment, où, dans quelles conditions personnelles, et avec quelle issue). Parfois, on est dans le pathétique, dans le juridique, dans le glauque, dans l’historique brut, dans l’anecdotique… On apprend beaucoup dans cet ouvrage surtout si on n’est pas expert de la question mais cela reste un texte accessible à tous…

Certes, beaucoup d’entre nous savent qu’il y eut des phases d’exil plus ou moins longues pour de très nombreux collabos mais parfois on sera surpris de ceux que l’on va croiser à Sigmaringen ou ailleurs tandis que l’on sera révolté de savoir ceux qui ont échappé à l’exil, à la prison, à la justice…

Enfin, sans tout vous dire, il me semble que le cas de Lisette de Brinon devrait en surprendre plus d’un… Comment une juive se retrouve prise au piège de la collaboration, maitresse d’un grand collaborateur qui sera jugé en France, condamné à mort, fusillé en 1947… Et, surtout, comment après avoir été lavée de tout soupçon de collaboration elle va trouver le moyen de vivre avec un autre collaborateur épargné par la justice…

Donc, un bon livre estival car sérieux mais pas assommant comme peuvent l’être certains documents historiques, un livre agréable à lire, une histoire à connaitre peut-être pour permettre à la France de choisir d’autres politiques, qui sait ?

Bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 20/08/2023 @ 18:16:13
Lundi 14 août 2023

L’été c’est fait pour lire et j’aime profiter de l’été pour lire les parutions nouvelles des séries que j’aime. C’est le cas de cette série de Dominique Sylvain, autrice de polars de qualité, Ingrid et Lola enquêtent… Je ne suis d’ailleurs pas certains que Dominique Sylvain ait eu en tête dès le premier roman de ce cycle, Passage du désir, d’en faire une série (comme on dit aujourd’hui)…

De mon côté, je lis des romans policiers depuis longtemps et avec les lectures mes goûts se sont précisés. Il est important de le dire car, bien sûr, cela explique après quelques remarques faites sur un roman ou un autre. Je suis donc amateur, pour ne pas dire grand amateur devant l’Eternel, des romans noirs, des romans à énigme(s) et des romans d’ambiance. Les thrillers, les polars sociaux et les romans policiers historiques sont moins mon genre même si j’en consomme quand même quelques-uns chaque année…

Une personne me demandait ce que j’aimais dans ces romans alors que souvent ils étaient peuplés de maniaques, d’assassins, de psychopathes et autres tordus… Question diablement pertinente ! Y a-t-il d’ailleurs une réponse absolue à cette interrogation ? J’ai le sentiment de lire des livres et que chacun m’apporte, à un moment donné, des satisfactions. Parfois c’est d’ordre intellectuel, en particulier avec ces romans à énigmes qui me poussent à réfléchir en même temps que l’enquêteur (ou enquêtrice !). Mais l’apport ou le bien être transmis par le roman peut-être aussi poétique, spirituel, social, politique, humain, religieux… et c’est sans limite !

Quand j’ai reçu ce roman, Panique en Armorique, j’ai d’abord été heureux de retrouver Ingrid et Lola ! J’ai même relu immédiatement le premier roman, Passage du désir.

Je replante un peu le cadre pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore… Le sentiment de pénétrer dans un petit restaurant populaire, Aux belles de jour comme de nuit, chez Maxime Duchamp, de s’y asseoir et de se faire servir un bon verre de Sancerre en attendant l’andouillette AAAAA du chef… Ce n’est pas rien quand même ! Alors, du coup, après, qu’importe si le scénario n’est pas parfait, tant pis si certains personnages ne sont pas assez crédibles, il ne me restait plus qu’à attendre le dessert mais seul cette fois-ci car Lola, elle, n’aime pas le sucré…

Mais j’oubliais, vous ne connaissez pas la fameuse Lola… pourtant incarnée dans deux téléfilms par Muriel Robin. Faisons donc les présentations. Lola est en fait l’ex-commissaire Jost, jeune retraitée de la police. Les raisons exactes de son départ de la police arriveront au fur et à mesure et seront largement précisées le moment venu, donc ne spoilons pas ! Elle habite à Paris, non loin de ce petit restaurant dont je vous parlais… Une de ses voisines ou presque est Ingrid Diesel, masseuse, attention ne le criez pas sur les toits car elle n’est pas réellement déclarée… Ingrid a une autre activité que vous découvrirez en cours de roman donc motus et bouche cousue !

Le quartier est bien sympathique et sans être une description exacte de Paris, vous allez pouvoir reconnaître certains lieux. Quant au voisinage, plutôt bien décrit, vivant et réaliste, il sera un des attraits de cette série policière… Le psy et son chien Sigmund est à noter car le dalmatien est souvent pris en charge par Ingrid ou Lola. J’ai oublié de préciser qu’Ingrid est jeune et américaine ce qui provoquera de nombreux jeux avec les mots, les sonorités, les expressions françaises ou américaines…

Puis les enquêtent se sont additionnées, le duo est toujours efficace et sympathique mais elles semblaient avoir disparu des radars… « Ombres et soleil » datait de 2014 et il a fallu attendre janvier 2023 pour avoir « Panique en Armorique » !

Un petit héritage en Bretagne, les deux copines prennent la route, un crime bizarre et les voilà qui tente de s’incruster dans l’enquête, l’air de rien… Bon, d’accord, il y a des enquêteurs qui sont plus agréables que d’autres à regarder, pour ne pas dire à draguer !

J’ai retrouvé avec plaisir cette ambiance, adoré la façon dont la romancière joue avec nos sens car elle suscite chez le lecteur tous les sens, y compris le toucher. Ingrid n’est-elle pas masseuse (et plus même !) ? Une belle écriture au service d’un duo d’enquêtrice atypique que j’aime beaucoup ! Un roman policier classique, certes, que je me refuse à vouloir classer dans un genre spécifique tant cette série est atypique…

Mais j’avoue avoir été sensible au fait que cette fois-ci l’histoire se déroule en Bretagne… Il fallait bien que je l’avoue ! An tous cas, j’aime et j’espère ne pas avoir à attendre trop longtemps pour le prochain titre !

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, n’hésitez pas à aller à la rencontre d’Ingrid et Lola… Moi, j’aime !

Shelton
avatar 31/08/2023 @ 11:45:49
Mardi 15 août 2023

L’été c’est fait pour lire et bien sûr grâce à une bande dessinée, me revoici en compagnie d’un certain Arsène Lupin, un vieil ami…

Ce roman de Maurice Leblanc, La comtesse de Cagliostro, est surprenant mais pas tant à cause de l’histoire elle-même – et nous prendrons le temps d’y revenir - qu’à cause de son positionnement dans la série. En effet, en terme chronologique, c’est celui qui ouvre la saga lupinesque, celui qu’il faut lire en premier – on dirait aujourd’hui qu’il s’agit de « Lupin Origines » – alors que dans l’ordre d’écriture par Maurice Leblanc il s’agit du douzième (1924).Pour l’adaptation en bande dessinée de Eho et Minerbe, par choix des auteurs ou de l’éditeur, on annonce clairement la couleur : « La jeunesse d’Arsène Lupin, Cagliostro », d’après l’œuvre de Maurice Leblanc (et nous prendrons le temps de revenir sur cette dernière précision d’importance…)

Maurice Leblanc ne pouvait pas savoir qu’en inventant le personnage d’Arsène Lupin il en prenait pour tout le reste de sa vie. Il a bien fallu qu’il étoffe son personnage et c’est venu au fur et à mesure, à travers des bribes distillées dans un roman ou un autre à travers une discussion secondaire, une lettre retrouvée, un témoignage surprenant… Avec ce roman, « La Comtesse de Cagliostro », nous allons trouver un jeune homme encore vierge de toute aventure, enfin, presque… N’exagérons quand même pas !

Je ne veux pas non plus tout vous révéler ici, juste vous donner envie de découvrir ce personnage emblématique de la littérature policière française. Tout d’abord, il s’agit d’un héros au sens le plus noble du terme. Certes, il est voleur – on ne peut pas le nier et vous allez découvrir qu’il n’a pas attendu trop longtemps pour faire son coup d’essai dans ce domaine – mais il ne tue jamais, il n’a pas confiance dans les armes à feu, il craint les alliances avec les mauvais truands et les gangsters de bas-chemins… Il est « classe », il se tient bien en société, il s’adapte à toutes les situations. Il peut, d’ailleurs, tenir le rang du plus grand prince d’Europe comme il peut casser une croûte avec un ouvrier de la voirie sur un coin de comptoir dans un bistro malfamé… Les jeunes d’aujourd’hui diraient qu’il est « trop », tout simplement !

Mais est-ce bien là de la littérature policière ? Pour moi, oui, c’est le cas sans aucun doute. En effet, la littérature policière est une sorte de jeu, une murder party, c'est-à-dire que l’on est face à un cadavre et on doit trouver qui a tué, comment et pourquoi ! Avec Lupin, on a souvent une énigme, un trésor à découvrir, un traitre à démasquer, un honneur à rétablir, un innocent à sauver, une belle à secourir… et il nous faut réaliser cette mission avant Lupin qui peut être considéré, sous l’angle du roman policier, comme l’enquêteur.

Il y a aussi, dans ces romans de Maurice Leblanc, un aspect politique. En effet, Lupin se bat contre un ordre moral établi, contre un système qui exploite trop les pauvres gens. Arsène Lupin a un petit côté nihiliste, même s’il ne faut pas transformer ces romans populaires – parus à l’époque en feuilletons – en ouvrages politico-philosophiques !

Quant à Maurice Leblanc, ne sous-estimons surtout pas sa prose, il a commencé par des textes assez littéraires, reconnus par la critique et certains de ses contemporains, et dans ses romans policiers il a toujours écrit avec talent, avec originalité et ce n’est pas étonnant de voir certains jeunes lecteurs échouer dans leurs tentatives de lecture : vocabulaire trop riche !

Alors, revenons à ce roman et cette bande dessinée « La comtesse de Cagliostro ». Nous entrons dans le cœur lupinesque des aventures historiques. En effet, le but ultime d’Arsène Lupin est de s’approprier le trésor laissé par les rois et autres tenants de l’ancien régime. Pour cela il faut résoudre des énigmes, celle que Cagliostro prétendait pouvoir résoudre lui-aussi, à savoir :

In robore fortuna
La dalle des rois de Bohème
La fortune des rois de France
Le chandelier à sept branches

Un quatrain pour une fortune incommensurable et rien que cela fait rêver sans fin le jeune Raoul d’Andrésy… Oui, j’ai oublié de vous dire que ce personnage d’Arsène Lupin change très souvent de nom voire d’aspect physique…

Mais ce roman est aussi celui où Lupin va fréquenter une certaine jeune fille, la belle et douce Clarisse… Première belle histoire d’amour qui ne sera pas sans conséquences dans sa longue vie, mais c’est une toute autre histoire que vous découvrirez en temps voulu…

Reste à découvrir cette fascinante jeune femme qui porte le nom de comtesse de Cagliostro. Serait-elle la fille du fameux Cagliostro… mais, alors, quel âge aurait-elle vraiment ? Serait-elle en possession de la potion de la jeunesse éternelle ? Une sorcière incroyable se retrouverait-elle sur le chemin de Lupin ? Et si nous avons là une sorcière, qui va oser la brûler ? Lupin ?

Bien sûr, tout cela va être complexe à souhait avec de très nombreux personnages, des rebondissements incroyables et imprévisibles… J’avoue que j’aime beaucoup ce roman, que je viens de prendre encore beaucoup de plaisir à le relire et que je ne me lasse pas de ces romans d’aventures de Maurice Leblanc que l’on dit être le père français du roman policier d’aventures… ce qui est toujours un peu excessif et catégorique…

Seulement, voilà que deux auteurs de bande dessinée se mettent dans la tête d’adapter ce roman très complexe en bande dessinée, en un seul album de 56 planches ! Impossible diront les puristes de l’œuvre de Maurice Leblanc ! En fait, si, c’est très possible à condition de manier avec attention, précaution et intelligence, les armes absolues de l’adaptation : l’appropriation, l’ellipse, la simplification… Et nos deux fous de génie ont réussi le travail. Si vous lisez le roman, vous allez mesurer sans aucun doute les écarts avec la bédé mais, car il y a un mais, réaliser aussi que tout est là pour que le récit soit crédible, solide, agréable à lire…

La narration graphique de cette bande dessinée, sur un scénario de Jérôme Eho, un dessin de Michaël Minerbe et des couleurs magnifiquement posées par Massimo Malosso, est totalement adaptée à cette histoire et facilite la rencontre avec les personnages principaux, le Cagliostro, Arsène Lupin, Clarisse… Une excellente adaptation d’un roman complexe…

On peut tout à fait commencer la découverte d’Arsène Lupin par ce roman et/ou cette bande dessinée et on pourra poursuivre par l’Aiguille creuse qui s’intéresse de près à une autre partie du quatrain de la richesse absolue. Tout se tient !

Quant à ceux qui n’aiment pas Arsène Lupin, ne vous inquiétez pas, on peut aussi vivre sans… mais la vie est quand même beaucoup moins drôle !

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à toutes et à tous… Et je suis désolé d’être si en retard dans mes publications !

Shelton
avatar 31/08/2023 @ 11:51:15
Mercredi 16 août 2023

L’été c’est fait pour lire et quand tu décides d’aller passer une demie journée sur les chemins du parc naturel de Camargue pour observer les oiseaux, les flamands roses en particulier, il est bon de s’équiper un tant soi peu : chapeau, gourde d’eau, jumelles, téléobjectif et… oui, vous l’avez deviné, un bon guide avec illustrations pour ne pas trop confondre les oiseaux entre eux… C’est ainsi que j’ai acheté (enfin, pour être précis, que mon épouse a acheté ce « Guide illustré des oiseaux de Camargue, de Crau et du littoral méditerranéen » de Cyril Girard.

Cyril Girard est un illustrateur naturaliste, passionné par la nature et sa protection, militant pédagogique, impliqué dans la connaissance du grand public. Ce dernier ne peut participer à la protection que de ce qu’il connait. Il faut donc lui apprendre, lui transmettre et Cyril Girard, par son expérience, sa pratique et son dessin est un excellent vulgarisateur scientifique. Immédiatement son guide retient notre attention, nous fascine et nous pousse à rencontrer l’oiseau que l’on n’a pas encore vu… celui qui manque à notre regard…

Ainsi équipé et préparé, je vais pouvoir en quelques heures observer une vingtaine d’oiseaux différents sans compter les flamands roses qui sont très nombreux en Camargue en cette fin du mois d’août… Ma surprise ne vient d’ailleurs pas du nombre de flamands roses observés mais plutôt du fait de voir dans le même environnement deux autres grands échassiers : le héron cendré et la cigogne blanche. Je ne suis pas expert mais j’ai bien compris que ces trois gros oiseaux n’ont pas du tout le même régime alimentaire et donc ne sont pas en concurrence sur le territoire. Le héron mange du poisson, la cigogne des petits mammifères et le flamand rose de petits invertébrés qui vivent dans la vase ainsi de que très petits végétaux… Il en faut pour tous les gouts et ils peuvent ainsi vivre dans une certaine proximité sans se prendre la tête…

La deuxième surprise viendra du son émis par les flamands roses qui, avouons-le, est plutôt désagréable à entendre, d’autant plus que parfois, quand ils se prennent la tête de façon assez violente, devient très désagréable !

Je ne peux donc que vous conseiller de lire les guides de Cyril Girard, d’aller sur son site (https://www.cyrilgirard.fr/) ou de le suivre sur Facebook… Enfin, j’oubliais le plus important, allez visiter les parcs naturels, prenez le temps d’observer la nature, les oiseaux en particulier, c’est très apaisant…

Et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
avatar 03/09/2023 @ 11:48:44
Jeudi 17 août 2023

L’été c’est fait pour lire et après avoir pris beaucoup de temps pour m’occuper de mes petits enfants il est grand temps de présenter un livre jeunesse en leur honneur ! Je le fais d’autant plus volontiers que l’ouvrage dont nous allons parler aujourd’hui est « Voleur d’anniversaires ! » dessiné par Frédéric Pillot, un Lorrain qu’apprécie beaucoup l’une de mes petites filles qui l’a déjà rencontré deux fois… Les scénaristes sont des frères jumeaux, Laurent et Olivier Souillé qu’elle connait aussi. Alors, même si cet album jeunesse est pour des enfants légèrement plus jeunes, je suis certain qu’elle va apprécier et l’histoire et le dessin… D’ailleurs, est-il possible de rester indifférent au dessin de Frédéric Pillot ? Objectivement, je ne pense pas…

Cette histoire est avant tout le destin d’un monstre laid et repoussant nommé Victor. En fait, même s’il ne sentait pas très bon, sa méchanceté était limitée. Il était essentiellement voleur d’anniversaires ! Imaginez un monde où Victor aurait sévi violemment, un monde où les enfants ne grandiraient plus car leur anniversaire ayant disparu, ils garderaient toujours le même âge… Oui, les plus anciens parmi nous se réjouiraient peut-être de rester jeunes plus longtemps mais si on réfléchit un peu plus on a un petit frisson dans le dos : à quoi ressemblerait un tel monde ?

Mais qui pourrait bien faire cesser ce vol organisé d’anniversaires ? Victor semble régner en maitre absolu sur les enfants jusqu’au jour où il va s’attaquer, en pleine nuit, au petit Bastien… Bastien n’a aucune envie de se faire voler son anniversaire qu’il attend avec impatience et il va entrer en dialogue avec Victor le monstre. Derrière chaque monstre, souvenez-vous en, il y a un enfant qui sommeille, un enfant innocent prêt à jouer un autre jeu mais qui a besoin qu’on lui rappelle la voie du « bon »…

Bon, je ne vous en dis pas plus car vous allez devoir lire ce très bel album à certains enfants, petits enfants, neveux ou filleuls, voisines ou autres cousines… Il faut que je vous garde un peu de suspense !

Prenez le temps d’observer chaque illustration de Frédéric Pillot et n’hésitez pas à rire de bon cœur avec vos chers petits, en particulier quand les enfants privés d’anniversaires depuis longtemps deviendront adultes directement… Les personnages sont si expressifs que l’on a le sentiment de plonger dans un film d’animation…

Pour moi, Frédéric Pillot est un des meilleurs illustrateurs contemporains et vous devriez le découvrir avec cet album (ou un autre car son Petit Poucet, son Balbuzar ou son Crabibi sont de toute beauté !).

Shelton
avatar 03/09/2023 @ 11:50:22
Vendredi 18 août 2023

L’été c’est fait pour lire et comme je suis en retard pour la publication de mes chroniques, je suis entrain de gérer entre les nouveautés qui arrivent en grand nombre (avec de la qualité au rendez-vous !) et le volume d’ouvrages lus avant l’été dont je voulais vous parler à tous prix… Quel dilemme ! Aujourd’hui, sans aucune hésitation, je prends dans les nouveautés car cet ouvrage de bande dessinée est absolument à lire maintenant, juste avant le début de la coupe du monde de rugby (qui commence, ne l’oublions pas par un France-Nouvelle Zélande, le 8 septembre prochain)… Pourtant, ici, Mademoiselle Caroline ne nous donnera pas son pronostic, n’abordera pas le rugby professionnel et nous plongera, par contre, sans aucune précaution particulière, dans le rugby au jour le jour des véritables amateurs et amatrices de ce sport atypique mais si beau…

J’ai un peu de parti pris et je ne m’en cache pas ayant joué au rugby plusieurs années, dans une terre où il ne s’agissait pas du sport le plus pratiqué et où les terrains étaient souvent gelés ou couverts de neige… Oui, Caro tu n’est pas la seule… En plus, moi aussi j’étais dans « les gros », pilier comme toi… Voilà une raison de plus d’aimer ton album mais comme je vais prendre le temps de le dire maintenant, il y a dans ton « Protocole commotion » beaucoup plus qu’un simple partage autour d’un sport…

Tout d’abord, c’est une aventure humaine incroyable, avec une jeune femme, Malou, loseuse parmi les loseuses, qui va trouver avec une équipe de rugby féminine un lieu d’épanouissement. Comme quoi, le sport peut permettre de changer sa vie, son regard sur soi, son appréhension de la vie…

C’est aussi une façon d’aborder la place des femmes dans certains sports réputés masculins. Tous ceux qui ont touché cela de près savent que ce n’est pas si simple. Ayant entrainé des jeunes filles au rugby, une de mes filles en particulier, je sais la difficulté pour obtenir les équipements minimum… Je me souviens d’une longue discussion avec un entrepreneur local qui finalement est devenu le sponsor pour maillot et lavage des maillots chaque semaine…

Enfin, c’est aussi l’histoire du machisme ambiant et quotidien autour d’une femme qui veut faire du rugby et qui est incomprise de son mec, de ses parents, de ses collègues de travail… Heureusement, il lui reste encore ses véritables amies !

Certains, ceux qui ne connaissent pas le rugby, se demandent pourquoi « Protocole commotion » ? Au rugby, parce que l’on a toujours un peu d’avance sur les autres, on a institué un protocole clair et précis (même s’il est encore un peu imparfaitement appliqué), pour permettre aux médecins (et autres) de ne pas laisser un joueur ou une joueuse revenir sur le terrain après une commotion cérébrale… Avant ce protocole, on faisait un peu n’importe quoi et c’est ainsi qu’après une « petite » perte de connaissance sur le terrain, on m’a laissé rentrer chez moi au volant de ma voiture… Mais c’était une autre époque !

Un excellent ouvrage, un roman graphique de qualité par une autrice que j’apprécie beaucoup et que j’ai hâte de retrouver lors des prochains festivals de bandes dessinées… Chambéry, Saint-Malo, Montreuil ou Angoulême… Allez savoir !

En attendant, très bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 04/09/2023 @ 11:17:43
Samedi 19 août 2023

L’été c’est fait pour lire et comme il est temps de s’attaquer à mon retard de publications et de lectures, commençons par cette bande dessinée remarquable qui me narguait de ma table de nuit depuis de nombreuses semaines… Elle était sortie en février 2023 et il a fallu attendre début septembre pour que je la dévore avec plaisir… Mais il y a, au moins, une bonne chose à cela, j’ai lu cette histoire qui se déroule dans le grand froid, dans le Montana à la fin du XIX° siècle, en plein durant un nouvel épisode de chaleur… Quand les personnages étaient saisis par le froid, je transpirais paisiblement dans mon salon…

Bon, si vous le voulez bien, il est temps d’ouvrir ensemble « La femme à l’étoile » d’Anthony Pastor. Je n’ai pas tout lu de cet auteur mais je suis tombé sous le charme de ses histoires où on retrouve une nature forte et violente et des personnages forts, parfois cruels, souvent très profondément humains. Le sentier des Reines, La vallée du diable, la série No War… autant de grands moments de lecture ! Cette fois-ci, Anthony Pastor nous entraine dans un Western, une histoire avec peu de personnages mais une histoire qui ne laissera personne indifférent !

Anthony Pastor aime bien précipiter son lecteur dans un piège, donc oubliez avant même de commencer cette étoile de la femme. Un, vous pourriez croire qu’il s’agit d’une femme chérif et deux, vous auriez l’impression qu’il s’agit-là du personnage principal de l’histoire. Vous auriez tout faux, alors gagnons un peu de temps…

Les personnages essentiels de cette histoire sont, dans l’ordre d’apparition ou presque, le froid (un froid total et pénétrant), la faim (car comme dirait un de mes petits-fils, si tu ne manges pas tu peux mourir), un petit village abandonné dans la montagne, à côté d’une mine, où plus personne ne vit, enfin, deux fugitifs qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam mais que le vent froid a poussé dans une même direction…Zachary et Perla vont donc se croiser, se rencontrer, s’apprivoiser et même s’aimer un peu par hasard…

L’adversité de la nature ne suffira pas pour animer ce western donc il y aura McCarthy et Pierce qui sont à leur poursuite pour quelques dollars, abandonnons très vite l’idée que ce puisse être par souci de justice !

Les éléments sont plantés, il ne vous reste plus qu’à vous laisser porter par le récit d’Anthony Pastor, surtout par sa narration graphique… Franchement, j’ai adoré et je ne peux que vous conseiller cette bande dessinée, puisque l’été c’est fait pour lire et que l’été n’est pas terminé…

Très bonne lecture à toutes et à tous… et si vous êtes trop allergiques au genre western – tous les goûts sont dans la nature – je ne peux que vous dire « A demain ! »

Shelton
avatar 06/09/2023 @ 21:23:24
Dimanche 20 août 2023

L’été c’est fait pour lire et donc, parfois, pour fréquenter les grands classiques même si je ne sais pas très bien ce qu’est un grand classique… On peut imaginer, pourquoi pas, que l’auteur italien, Italo Calvino, appartienne bien à cette catégorie… En plus, comme il est né en 1923, il y a un siècle, on peut s’abriter derrière cet anniversaire pour le coincer dans cette catégorie des « grands classiques » dans laquelle il aurait certainement refusé de se laisser enfermer !

Italo Calvino ? Oui, j’ai toujours beaucoup aimé cet auteur et j’ai déjà lu et relu sa trilogie mythique : Le Baron perché, Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant ! Je peux affirmer sans peine que j’aime beaucoup cet auteur dont j’ai lu presque tous les textes traduits en français. Italo Calvino est un auteur italien contemporain (1923-1985), très réaliste, spécialiste de textes courts, certains parlent même à son propos de fables ou de paraboles… La trilogie évoquée ici porte le nom de Nos ancêtres et nous allons revenir sur un titre spécifique, Le Baron perché.

Pourquoi Le baron perché ? Tout simplement parce qu’il est pour moi l’un des titres emblématiques d’Italo Calvino, un texte très voltairien dans son esprit et sa forme, et aussi parce qu’en 2012, lors du festival Chalon dans la rue, j’avais repéré un spectacle portant ce nom et j’y étais allé. Grand bien m’en a fait puisqu’il s’agissait bien d’une adaptation du roman d’italo Calvino. Le spectacle était de qualité car la compagnie avait réussi à garder la philosophie du roman, l’univers de Calvino tout en offrant au public un véritable spectacle de rue… enfin, de rue, disons plutôt un spectacle aérien ! C’était juste à côté de la Maison des vins de Chalon-sur-Saône, en plein soleil, à l’heure de la sieste… mais je m’en souviens comme si tout cela s’était passé hier… Or le public qui s’était déplacé l’avait fait essentiellement à cause du texte de Calvino ce qui démontrait sa notoriété… Alors, revenons un peu sur le texte de Calvino !

Blaise, le narrateur, nous conte la vie de son frère Côme. Nous sommes en Ligurie, en 1767. Cette date, cette époque combinée au style littéraire choisi fait que le lecteur est presque immédiatement convaincu que le texte est signé Voltaire…

Le jeune Côme va quitter sa famille car il refuse de manger des escargots. Mais il ne va pas très loin, il se contente de monter dans un arbre… Quelle fuite ! On se dit que Côme fait du boudin et que tout rentrera vite dans l’ordre, sauf que Côme va rester dans son arbre, va y construire sa vie ! Côme fait même la promesse, le serment, de ne jamais redescendre sur la terre ferme…

Notre nouveau Robinson des arbres va devoir tout réapprendre, tout découvrir et se construire une philosophie de vie cohérente, ou presque… On retrouve des thèmes chers à Rousseau sur la nature et l’humanité, des idées prérévolutionnaires et une réflexion métaphysique particulière, celle d’un certain Italo Calvino, probablement un hybride entre le Dieu de Voltaire et celui de Rousseau…

Comme dans toutes les paraboles et fables, on se retrouve face à soi, face au vingtième siècle et ses horreurs… Le texte est très agréable à lire, que dis-je, à dévorer, et le spectacle restait dans le même tempo… Que du bonheur !

L’artiste était Alex Trillaud, un circassien de formation qui n’a pas eu peur de se frotter à la philosophie comme un passeur. Le spectacle était accessible à un très large public et j’espère voir encore de très nombreux spectacles de cette trempe !!! Mais comme ce spectacle ne tourne plus, vous, vous allez devoir vous replonger, avec délectation j’espère, dans ce roman d’Italo Calvino. Puis, comme vous allez trouver cela délectable et incroyable, vous allez avoir envie de découvrir les deux autres titres de cette trilogie philosophique, « Le Vicomte pourfendu » et « Le chevalier inexistant »… Tout un programme…

Mais comme l’été c’est fait pour lire, aucune hésitation à avoir ! Très bonne lecture !

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