Un monde vacillant de Cynthia Ozick

Un monde vacillant de Cynthia Ozick
( Heir to the glimmering world)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par THYSBE, le 18 octobre 2005 (Inscrite le 10 avril 2004, 67 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 18 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (565ème position).
Visites : 6 250  (depuis Novembre 2007)

Au delà des frontières.

Il n’est pas très aisé de faire une critique d’un tel roman. Après 12 ans d’absence, Cynthia Ozick revient avec « un monde vacillant » d’une telle densité qu’il ne peut être pleinement saisi qu’avec un lecteur averti. On palpe l’admiration à Henry James dans cette construction littéraire.
Cynthia Ozick met en scène les Mitwisser, famille juive berlinoise, qui ont fuit leur pays pour échapper à la montée du nazisme. Ils s’installent dans le Bronx complètement démunis en tout point. Ils vivent cette situation comme une totale rupture qui sera à l’origine de la scission de cette famille de cinq enfants. Chacun s’accrochera comme il le peut à ce séisme psychologique.
Tout d’abord la mère, Elsa, qui renonce à un raisonnement logique qui était sa pensée en tant que chimiste reconnue à l’Institut Kaiser de Berlin. D’ailleurs, on se demande par moment, si ce n’est pas un moyen de camouflage.
Le père, Rudolph, homme de lettre, s’attachera à étudier les Karaïtes, branche du judaïsme qui s'oppose à la validité du Talmud et à l'école rabbinique, afin de s’enfermer dans une langue et un passé révolu, une façon de refuser son nouveau monde.
L’aînée, Anneliese, qui s’octroie des rôles d’adultes sous couvert de l’adolescence.
La petite dernière qui se repliera dans des jeux enfantins afin d’occulter la réalité et les trois garçons qui se faufileront dans les fissures qui se présentent à eux.
Tout ceci est narré dans un premier temps par Rose Meadows qui est rentrée au service des Mitwisser à la suite d’une annonce, sans précision claire de cette nature de l’aide requise.
D’ailleurs, Rose n’a pas trop le choix, elle doit trouver à la fois un travail et un toit. Son personnage portera toute la compréhension et l’évolution de cette famille en pleine mutation. Elle-même a du affronter des évènements déstabilisants par la mort de sa mère dans sa prime enfance qui a généré une mythomanie chez son père. Devenue orpheline, son cousin Bertram, qu’elle aime platoniquement, ne pourra pas la garder trop longtemps chez lui, car sa bien-aimée,Ninel, militante et admiratrice de Lenine, ne lui permettra pas.
Un autre niveau de narration, nous parle de l’histoire du Bear Boy, qui d’ailleurs sera le titre retenu dans la version Anglaise de la publication de ce roman. Titre, qui s’éloigne de ce que souhaitait Cynthia Ozick. Ce deuxième témoignage arrive avec l’introduction de James, personnage emblématique du roman.
Tout ce petit monde élabore une intrication psychique qui fera basculer le sens de l’histoire et la force des personnages.
Beaucoup de thèmes sont développés dans ce grand roman. Celui de l’identification à la langue, de la représentation, de l’héritage, de l’abandon suivi du deuil, et bien sur l’exil.
Cynthia Ozick introduit nombre de références littéraires et culturel.
Toute cette profusion d’idées et ce style pour les aborder, peut, par moment nous paraître confus et ennuyant. C’est ce que j’ai ressenti à peu près au milieu du livre, ce qui explique ma note qui ne dépasse pas les quatre étoiles. Je n’ai pas eu de grandes émotions malgré cette profondeur littéraire.
Mais, je le répète, ce livre demande beaucoup. Aussi, ne vous aventurez pas à le lire à la plage ou dans les transports urbains.

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Erudits déchus

9 étoiles

Critique de Mieke Maaike (Bruxelles, Inscrite le 26 juillet 2005, 51 ans) - 31 décembre 2009

Ce qui frappe d'abord, c'est le gâchis humain. Ce couple d'érudits allemands dont on devine peu à peu la renommée avant l'exil, est réduit du jour au lendemain à une vie misérable matériellement, mais surtout intellectuellement. Le Docteur Mitwisser, professeur émérite et spécialiste des karaïtes dont plus personne ne comprend l'intérêt, doit jusqu'à son salut et celui de sa famille à une erreur de l'association bienfaitrice américaine ayant confondu les karaïtes et les charismistes. Sa femme, Elsa, une sommité respectée dans le monde académique et flirtant avec le prix Nobel, s'enfonce dans une déchéance physique et morale que son intelligence et sa pensée de scientifique rendent d'autant plus flagrante. Et puis, il y a la jeune Rose, posant sa valise pleine de blessures au milieu de cette famille déchue.

Pourtant, dans ce roman, point de lamentation. Il y a une force dans l'écriture qui communique aux personnages une étonnante énergie. L'auteure manie les mots avec un plaisir certain, ce qui a nécessité un travail de traduction remarquable. Elle nous entraîne par moment dans des listes méticuleuses du docteur aspirant à renouer avec ses recherches, puis virevolte dans des effets de style en jouant sur des termes mathématiques, évoque soudain une rage de l'héroïne découvrant un larcin, puis s'enfonce en toute désinvolture dans des échanges épistolaires à partir d'une machine à écrire dont une lettre est défaillante. Les courts chapitres, rédigés avec une cohérence et une unité internes, vacillent d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre, et lèvent par à-coup le voile sur les éléments dispersés au compte-goute. Ozick parvient, par cette écriture alliant poésie et chaos, à transformer cet oppressant huis-clos en une surprenante marmite à pression.

Un roman magistral!

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 82 ans) - 20 septembre 2009

Je viens à peine de terminer la lecture de ce roman magistral, hier pour ainsi dire, et je sais pertinemment que le souvenir de cette lecture ne me quittera jamais. Pourtant, comme les commentaires précédents en témoignent, nous sommes loin de ces histoires légères, attachantes et qui font du bien!
«À mesure que ce monde vacille, le lecteur, lui, chavire.» Lire, septembre 2005.
Voilà qui résume le mieux, les émotions que j'ai ressenties tout au long de cette lecture inoubliable. Un huis clos qui permet un regard perçant sur des personnages dont l'épaisseur de chacun est celle d'un héros de tragédie. Un huis clos, situé au coeur d'un Bronx qui n'est alors qu'une vaste étendue sauvage aux confins de la grande ville, dans l'Amérique de la Dépression.
Un regard perçant sur des anti-héros qui ne sont pas seulement des expatriés mais des réfugiés. Ce n'est pas la même chose. Tout est là, dans l'affirmation de cette différence: contrairement à d'autres qui décrivent la fusion des émigrés dans le Nouveau Monde, Cynthia Ozick raconte l'impossibilité de se fondre dans une société qui fonctionne pourtant comme une gigantesque machine à avaler "l'autre", littéralement!
L'ombre et la lumière alternent en permanence. L'auteure éclaire un monde à la fois surnaturel et déchiré. Ce déchirement de l'exil est admirablement dépeint, sous les différentes nuances dépendant du caractère de chacun des personnages. La lisière ténue entre folie et normalité, notamment concernant le personnage d'Elsa, la mère, est d'une finesse infinie. L'intrigue est menée habilement, jusqu'à un dénouement à la fois tragique et terriblement "moderne". L'écriture est sublime, puissante, très dense, mais jamais obscure, jamais ennuyeuse.
À la lecture de ce roman magistral, j'ai fait la connaissance, à mon humble avis, de l'une des meilleures romancières américaines.
Cette lecture m'a fait plus que du bien, elle me laisse ébahie!

Entre acteurs

6 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 50 ans) - 4 août 2008

En refermant ce roman, je me suis sentie partagée. D'abord parce que j'avais hésité à l'ouvrir, associant souvent les histoires de déracinement et de familles juives à Isaac Bashevis Singer. Je savais que je ne retrouverais pas ici la plume grinçante et drôle d'un de mes auteurs favoris, que la comparaison jouait un rôle à priori délicat pour Cynthia Ozick et c'est vrai que ça n'a pas joué en sa faveur, il m'a manqué quelque chose.
J'ai toutefois tenté de surmonter cet écueil en me plongeant dans l'enfer passionné de cette famille exilée dans le Bronx; des personnages hauts en couleur et intéressants, qui sont les marionnettes d'un auteur qui tire les ficelles comme bon lui semble, parfois maladroitement, parfois subtilement. La qualité du livre me paraît inégale, il y a des longueurs, des sentiments de pesanteur et puis par moments l'impression, pas forcément agréable, que l'héroïne principale prend trop de place ou plutôt qu'elle se cherche une place au milieu de tout ce beau monde sans réellement y parvenir, alors elle occupe le terrain. Cet effet a tendance, de ci de là, à diminuer l'impact d'autres personnages et de certaines tranches du livre. Heureusement, le tout parvient à dépasser tout cela et donne au final une fresque sensible et touchante, même si pas exceptionnelle à mes yeux. Avis perso bien sûr!

accepter sans broncher

5 étoiles

Critique de Bertrand-môgendre (ici et là, Inscrit le 9 mars 2006, 69 ans) - 10 mai 2008

Sous forme de chroniques, Ozick raconte la vie de réfugiés juifs sur le continent américain.
À la manière d'Imre Kertèsz, sa forme d'écriture donne aux parenthèses, le souci du perpétuel retour en arrière, pour tenter de ne rien oublier dans les souvenirs parfois confus qui comblent sa mémoire, de peur qu'ils ne s'éteignent à jamais. Elle témoigne de son temps, elle transmet sa vie étonnante.
Cette façon d'écrire rend ennuyeux le récit constitué d'une suite de faits rébarbatifs qui ont tendance à m'éloigner de ce monde poussiéreux.
Par exemple, la perte d'une enveloppe bleue contenant l'argent gagné par le personnage principal, donne lieu à un chapitre sans intérêt.
Des longueurs, de la monotonie dans le ton définissent sûrement cette vie éprouvante en pays étranger. Un témoignage de plus, permettant de ne pas oublier la folie des hommes.(bertrand-môgendre)

Une famille comme un bateau ivre

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 77 ans) - 9 mai 2008

J’ai surnagé dans le flot verbeux de ce gros roman typique de la littérature juive qui inonde les pages de son vocabulaire savant, un peu trop parfois, mais qui ne bouillonne pas comme chez de nombreux autres auteurs. Ce flot stagne et croupit dans un huis clos familial où la famille Mitiwisser qui a échoué en Amérique pour échapper à la vindicte nazie, totalement déracinée, a perdu tous ses repères et sombre progressivement qui dans la folie, qui dans la fossilisation, qui dans le néant, qui dans la fuite, chacun à sa manière selon son tempérament. « Nous mangions et dormions sur une île, nous étions des naufragés ».

C’est un livre sur le déracinement qui engendre la perte de la raison d’être où seule la peau qu’on a sauvée subsiste. C’est aussi la perte de l’identité et l’altération de la personnalité. La mère brillante physicienne qui tutoie les prix Nobel de l’époque, chassée de son laboratoire « expulsée de l’histoire de l’électron » n’est plus rien, le père exégète reconnu se fige dans son passé pour échapper à la réalité, un fils vit une vie qui n’est pas celle qu’il croit être, la fille qui soutient toute la famille, s’évade vers un avenir inconnu et l’ami, mécène de la famille, fuit le personnage qu’il est et que son père a transformé en héros de livre pour enfants. Et, au milieu de tout ça, Rose vit une vie d’éternelle refoulée qui cherche un peu d’affection et un sens à donner à son avenir.

J’ai eu du mal à rentrer dans ce livre qu’on ne peut qualifier de baroque car il est carrément rococo tant il est surchargé d’éléments pas forcément nécessaires au bon déroulement du récit. Par ailleurs les personnages sont tout de même peu probables et le scénario guère plus crédible, certaines incohérences m’ont même un peu agacé. Et puis, pourquoi faire 400 pages pour arriver à un dénouement très prévisible qu’on voit venir depuis un bon moment. Mais, j’ai un petit faible pour ses grandes histoires juives empreintes d’une grande culture et nourries au sein de l’histoire.

Nous sommes bien peu de choses…

8 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 56 ans) - 8 avril 2008

Ozick fait se côtoyer des personnages bien typés dans ce « monde vacillant ». J’ai tenté, dans cette critique éclair, de les analyser mais ce faisant, je divulgue de nombreux détails dont certains n’apparaissent qu’à la fin du livre. Si vous ne l’avez pas encore lu, passez outre cette critique…

Mitwisser, le « patriarche » se perd dans ses recherches philosophiques ; pour le ramener à la réalité quotidienne, il n’y aura que la fugue de sa fille. Mais ce retour à la « vraie vie » le laissera k.o., tout renfrogné qu’il est dans sa non acceptation de ce qu’est devenue sa fille.

Sa fille, Anneliese, dont la jeunesse de l’âge ne correspond en rien à son comportement, passe, à seize ans, du statut de maîtresse de maison à celui de maîtresse tout court, puis de mère, puis d’épouse, et cela en quelques mois. Cette façon de faire les choses à l’envers avec aisance, en retombant toujours sur ses pattes a de quoi épater. De là à être plausible…

Madame Mitwisser me semble le personnage le moins crédible. Le traumatisme de l’exil et de la perte subséquente de son ancien statut social ne suffit pas à expliquer son attitude incohérente et déséquilibrée. Comment comprendre que la présence de Bertram et de ses petits plats lui apporte un tel réconfort qu’elle en redevient presque « normale » ? Doué, le Bertram…

Ben oui, s’il y a bien quelque chose qui ressort du livre, c’est qu’il est diablement doué, ce Bertram qui aime le luxe plus qu’il ne le prétend au début. Il tire merveilleusement son épingle du jeu ! On dirait presque qu’en épousant Anneliese et en lui faisant ce nouvel enfant, il investit dans son avenir financier et social ! Qu’Anneliese se laisse prendre à ce jeu me semble un peu gros, mais soit.

Que dire de la Narratrice, Rose ? Elle observe les phénomènes qui composent cette famille atypique, silencieuse, ne sortant de sa réserve qu’à de rares occasions, toujours pour rétorquer fort à propos. Elle-même finit par s’assimiler à la famille Mitwisser, mais à la fin, elle part de son côté. Un peu comme l’huile et le vinaigre qui, tant qu’on les bat, forment une belle émulsion, mais qui se séparent lorsqu’on les laisse en paix. En effet, c’est au moment où une relative sérénité (pécuniaire en tout cas) s’installe, lorsque les âmes connaissent un certain repos, que Rose choisit de s’en aller.

J’avoue bien aimer James, l’enfant sacrifié à une œuvre artistique, l’adulte aux multiples caprices qui ne trouve sa place nulle part et qui finit par en tirer les conséquences. Son suicide annoncé et le testament rédigé juste avant son geste rappellent que c’est Mitwisser qui le passionnait, plus qu’Anneliese.

Les multiples flash-backs sont captivants et denses pour la plupart, mais l’écriture s’y égare parfois dans des épisodes non nécessaires qui alourdissent le récit.

Un presque coup de coeur

8 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 45 ans) - 5 avril 2008

Je n'ai que survolé les critiques précédentes pour ne pas être (trop) influencée par l'avis des autres Cliens.

Et dire que j’ai longuement hésité avant de lire ce livre ! J’avais d’abord été tentée par l’article paru dans le magazine « Lire ». Mais dans cette même revue, ils avaient publié le premier chapitre et l’écriture de la romancière m’avait parue sombre et l’histoire telle qu’elle se présentait dans cet extrait ne m’emballait pas. J’étais donc mitigée. Chaque fois que j’allais dans une librairie, je le prenais en mains et je finissais par le reposer dans le rayonnage. J’avoue aussi que la couverture de l’édition de poche me plaisait beaucoup. Je la trouve particulièrement belle et esthétique ! A quoi tiennent nos attirances de lecteurs parfois … Donc, voilà, finalement, il aura fallu la sélection de critiques libres pour me décider ! Et tant mieux, car ce livre a été un presque coup de cœur ! Oui presque, car il y a quand même quelques détails qui ont fait que, bien que cette lecture m’ait vraiment plu, elle n’ait pas été un vrai coup de cœur !

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Cynthia Ozick et la façon dont elle déroule son histoire, découvrant progressivement les secrets des uns et des autres, assemblant les pièces du puzzle. « Un monde vacillant » est un de ces livres auquel on pense souvent, qu’on a envie de sortir de son sac pour lire dès qu’on a une minute de libre. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants et pourtant, on est curieux de savoir ce qui va leur arriver. Tout au long de ma lecture, j’ai été interpellée par le fait qu’on ne connaît aucun vrai état d’âme des personnages. A part la mère qui réagit de manière très émotionnelle aux événements qui lui arrivent, on a l’impression qu’aucun des personnages ne ressent d’émotion. Même Rose, qui est pourtant la plupart du temps la narratrice, ne semble avoir de ressenti : ni colère, ni tristesse, ni chagrin. Et ce, que ce soit en pensant au décès de ses parents, ou quand son cousin Bertram lui demande de partir ou quand Ninel vient lui réclamer l’argent que Bertram lui avait donné. Elle traverse les épreuves de manière froide et insensible.

Cynthia Ozick met en scène dans ce roman des exilés, des déracinés. Non seulement les Mitwisser, des intellectuels chassés de leur pays, l’Allemagne, qui n’arrivent pas à faire leur place à New-York. Alors qu’ils étaient adulés, admirés, que tous reconnaissaient leur intelligence et leur talent, le nazisme les a chassés. Et à New-York, ils sont anonymes. Mais la romancière montre que ce ne sont pas les seuls à être des déracinés. Rose, orpheline, sans emploi, est assimilée à ces réfugiés. De même que James, le bienfaiteur, qui essaie d’exister par lui-même pour faire oublier le succès de son illustre père.

J’ai malgré tout un point négatif à soulever. La fin m’a un peu déçue, du moins par certains événements qui m’ont semblé incohérents, un peu « venus de nulle part ». Alors que l’ensemble du roman est parfaitement cohérent, la conclusion ne l’est, selon moi, qu’à 50%. Un événement me semble facile et complètement ridicule et m’a gâché mon plaisir. Cela restera quand même un très bon souvenir de lecture mais qui se termine malheureusement sur une mauvaise note.

Déracinement

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 58 ans) - 30 mars 2008

Le monde "vacillant" que décrit Ozick dans ce roman est un monde assez déprimant qui confine à la folie: tout les membres de cette famille de juifs exilés dans le Bronx sont traumatisés par leur exil. Certains sombrent dans la folie, une folie sympathique dans le cas du père mais pathétique dans le cas de la mère. La fille ainée, un personnage de roman très fort (Anneliese), est vaguement inquiétante. Le personnage de James encore plus, il est même sinistre. Quant au gentil cousin du début il devient franchement antipathique.

Il y a une difficulté supplémentaire à s'immerger dans cette histoire, car (comme déjà dit autre part), ce petit monde (à l'exception de la narratrice) est nimbé d'irréalité ce qui les rend peu perceptibles. Seule la narratrice, Rose, jette un pont vers la normalité comme le dit Ludmilla. C'est en fait le seul personnage attachant du roman et c'est elle qui maintient l'intérêt du récit je trouve.

Rose l’oubliée

9 étoiles

Critique de Ludmilla (Chaville, Inscrite le 21 octobre 2007, 68 ans) - 26 mars 2008

La plupart des critiques précédentes centrent le livre sur la famille Mitwisser. Plusieurs histoires s’entrecroisent et après avoir refermé ce livre, c’est finalement plus l’histoire de la narratrice principale, Rose Meadows, que celle des Mitwisser qui me restera.

Jlc, dans une des critiques précédentes, faisait «le constat qu'on n'est nulle part à sa place ». Je trouve cette phrase encore plus exacte pour Rose que pour la famille Mitwisser, chacun des membres de la famille, père, mère, enfants, ayant une place dans la famille. Même s’ils sont exilés, ils sont ensemble. Rose, par contre, se retrouve seule à la fin du livre, comme au début. Elle a perdu sa mère très jeune. Elle est utilisée, puis rejetée, successivement par son père, son cousin Bertram et finalement la famille Mitwisser.
Famille dans laquelle elle croit avoir trouvé une place, au point d’y recueillir son cousin Bertram qui n’a plus rien. Mais celui-ci s’installe et peu à peu envahit la place qu’elle occupait auprès de la mère et des enfants.
Et finalement, Rose s’en va, toujours solitaire.

Monotone

6 étoiles

Critique de Sentinelle (Bruxelles, Inscrite le 6 juillet 2007, 54 ans) - 23 mars 2008

Je n'ai pas apprécié ce roman pour la simple raison que je me suis ennuyée de bout en bout.
Il y a bien quelques thèmes récurrents que nous retrouvons au fil des pages mais ceux-ci sont abordés inlassablement avec une telle monotonie page après page que cela en devenait soporifique.
Habituellement, j'aime beaucoup les romans touchant au thème de l'exil mais le fait que l'auteur traite les difficultés du déracinement par l'intermédiaire de personnages aussi torturés et atypiques que Rudolph Mitwisser, Elsa et leur cinq enfants a desservi en ce qui me concerne le propos du roman.

Excentrique

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 55 ans) - 14 mars 2008

C’est avec regret que j’ai laissé cette famille derrière moi. Rapidement, suite à l’arrivée de Rose en son sein, j’avais l’impression de les connaître. Leurs manies et leurs particularités étant évoquée avec un aplomb criant d’authenticité. Malgré cette proximité, un voile mystérieux entoure chaque figure, les rendant d’autant plus fascinant. Je n’irais pas dans le détail de la galerie de personnages singuliers et délicieux car les autres ont fait du bon boulot.

Alors, seulement quelques mots pour dire à quel point brillante est cette tapisserie tissée de fils subtils. Une œuvre intellectuelle sans le caractère intimidant du qualificatif, et selon moins plus divertissante que « Le tour d’écrou » de Henry James – souvent utilisé pour comparer. Un univers séduisant et presque magique dans sa manière de nous aspirer.

Aux confins de la raison

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 67 ans) - 10 mars 2008

Etrange livre que ce « Monde vacillant ». Nous sommes à l’aube de la seconde guerre mondiale et Rudolph et Elsa Mitwisser sont des sommités reconnues dans leur pays ; l’Allemagne. Particularité : ils sont juifs, et parviennent à fuir le pays avant que l’irréparable se produise. Ils parviennent aux Etats-Unis, en exil. Saufs ? De corps oui. Mais leur âme n’a pas été sauvée entièrement, voire même pas du tout pour Elsa. Elsa qui était une physicienne de pointe, travaillant ni plus ni moins avec Schrödinger, et mettant la main à la pâte des fameuses équations du même Schrödinger, régresse du jour au lendemain, jusqu’à l’abandon total de soi, ne supportant pas de devoir son salut quotidien aux dons d’un étrange A’Bair, James.
Rudolph, perd son statut de sommité lui aussi et s’enferme dans des considérations monomaniaques qui n’intéressent guère que lui sur une secte juive disparue du IX ème siècle. Pour tout dire, ils dépendent entièrement de James, de l’argent de James, des soins de James …
Ils ont cinq enfants. Trois garçons joueront un rôle mineur dans le roman, et deux filles ; l’aînée, Anneliese, quasi personnage principal a seize ans et Waltraut, la petite dernière, délaissée par Elsa en un moment crucial de son développement et qui vire vers l’autisme.
C’est le début du roman. La famille Mitwiser vient d’arriver dans une petite ville de l’Est américain, comme un corps étranger dans la coquille de l’huître. En sortira-t-il une perle ou simplement des irritations, de la douleur et de la souffrance ?
C’est Rose, jeune femme démunie, qui vient rejoindre la famille suite à une annonce, comme … babysitter de Waltraut ? secrétaire de Rudolph ? confidente d’Elsa ? … qui va nous disséquer tout ceci à travers le filtre de sa propre histoire déja compliquée.
Et je ne vous parle pas davantage de James A’Bair car pour le coup, c’est à la nef des fous que crierez !
Une espèce d’Ovni qui aborde une foultitude de thèmes, entremêlés, dans une histoire forte et sans trop de sens, peut-être comme dans la vie finalement : l’exil, l’abandon, l’estime de soi, ...
Un monde vacillant, ça oui. Rose doit avoir le pied sacrément marin pour garder un cap dans cette « dinguerie » généralisée !

Un beau conte

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 68 ans) - 8 mars 2008

Difficile de critiquer un tel livre. L'histoire de la famille Mitwisser est très prenante et on s'attache très vite à tous ses membres : Rudi, le père, perdu dans des recherches sur les karaïtes et qui ne voit rien de ce qui l'entoure, Elsa la mère qui se réfugie dans la folie pour échapper à ce monde nouveau qu'elle ne comprend pas, Anneliese l'aînée des enfants, obligée de reprendre les tâches de sa mère malgré son jeune âge, et les garçons turbulents ainsi que Waltraut, la petite dernière, au caractère mélancolique et distant.

Et puis, il y a Rose qui arrive dans cette famille d'une façon bizarre et y joue un rôle ambivalent. James bien sûr, le mystérieux, l'énigmatique, le paumé, plein de fric qui prendra la famille sous son aile et jettera son dévolu sur Anneliese... N'oublions pas Bertram, le gentil pharmacien et Ninel, la bouillante révolutionnaire dont l'idéalisme et la témérité causeront sa perte.

J'ai vraiment apprécié le talent de l'auteure mais parfois, j'avais l'impression que l'histoire tournait en rond et certains passages reprenaient des détails déjà écrits ou revenaient constamment sur les mêmes descriptions du comportement des personnages.

Enfin, j'ai eu du mal à croire à cette histoire et à ses protagonistes. J'avais parfois l'impression de lire un conte. Et puis, quelques coïncidences m'ont semblé bien grosses comme Rose qui hérite de son père d'un livre du Bear Boy gagné aux cartes en jouant justement avec ce dernier. Mais malgré toutes ces invraisemblances, c'est un très beau livre que j'ai lu avec un plaisir sans mélange.

Une histoire étrange

10 étoiles

Critique de Aria (Paris, Inscrite le 20 juin 2005, - ans) - 21 avril 2006

Exil et égarement sont parfois proches. C’est le message que C. Ozick nous transmet à travers l’histoire de cette étrange famille de juifs berlinois réfugiés aux Etat-Unis dans les années 30, les Mitwisser.
Etrange également, cette rencontre entre une jeune orpheline américaine sans ressources, Rose Meadows, et la famille Mitwisser qui l’engage à son service sans lui préciser vraiment ce que l’on attend d’elle. Rose est, en quelque sorte, un pont vers la normalité. Elle participe aux travaux ménagers, elle s’occupe de Mme Mitwisser qui a quasiment perdu la raison, puis elle tape à la machine les travaux étranges que le Professeur Mitwisser mène depuis des années sur une secte juive dissidente du IXème siècle.
Cynthia Ozick raconte avec une minutie presqu’ insupportable l’ambiance pesante qui règne dans la famille, la détresse de la mère qui vit cloîtrée dans sa chambre, l’apparent détachement du père des contingences matérielles. La douleur traverse tout ce récit, les seuls personnages insouciants étant les trois jeunes fils de la famille qui se sont vite intégrés à la vie américaine.
Voici un roman parfois effrayant, bouleversant et merveilleusement écrit. J’ai été frappée par la force et la violence toute intérieure du récit ainsi que par le style unique de Cynthia Ozick.
A lire absolument.
« Willi fila. Comme les autres, il n’était qu’obéissance. Et Waltraut, à quatre pattes, comme un chiot fuyant un coup, continua à détaler vers la silhouette qui s’agitait sur le lit à l’autre bout de la chambre, la lune soucieuse de son petit visage implorant un reflet du soleil maternel. Il n’y en eut pas. Le regard furtif de Mme Mitwisser préféra suivre les fentes qui sillonnaient le plafond. Elle n’était plus qu’un tas de bannières agrippées – ses mains en sueur tout emmêlées de lambeaux de tissu. Elle semblait mastiquer l’air ; arrachant de sa bouche ces déchirantes sonorités allemandes en une longue lamentation. »

ROMAN DIFFICILE ET PASSIONNANT

9 étoiles

Critique de Mary.nana (, Inscrite le 24 mars 2005, 74 ans) - 18 décembre 2005

Comme le dit très bien Thysbe, ce livre n'est pas facile à analyser, et nécessite une certaine concentration pour sa lecture. Mais c'est un vrai bonheur , les personnages, tous perdus dans leur exil, sont attachants, avec leur folie, leur façon à eux de se retirer du monde, et de vivre en vase clos, puisque les seuls personnages du roman sont la famille Mitwisser, Rose, leur jeune employée , et James, cet électron libre dont l'histoire est dévoilée peu à peu comme on soulève le coin d'un voile...La littérature est présente dans cette vie d'exil, mais je trouve qu'elle n'apporte pas le bonheur de la lecture, on a le sentiment que dans ce roman, tout est douloureux, rien ne parvient à mettre une touche d'optimisme, et ce jusqu'à la fin.

Dépossession et déchirement

8 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 80 ans) - 3 décembre 2005

Cynthia Ozick a écrit un livre sur le desordre comme règle de vie. Dans ce livre magnifique, qui a déjà fait l'objet de deux excellentes critiques qui disent l'essentiel, dur car sans compassion, tragique car révélateur de désastre, effrayant car sans espoir, elle évoque aussi et peut-être surtout (et c'est ce que je voudrais souligner) le déchirement et la dépossession.

Dépossession de soi comme celle de James, extérieur à lui même du fait d'un père génial et manipulateur, ou celle d'Elsa Mitwisser égarée dans un monde qui n'est pas le sien, dépossession de ce à quoi on a cru comme celle de Rudolf Mitwisser et de ses études inutiles sur les karaïtes, dépossession encore comme celle de ces enfants qui changent de nom pour s'américaniser (ce qui d'ailleurs peut-être les sauvera).

Déchirement aussi, celui de l'exil (extérieur pour la famille Mitwisser ou intérieur pour l'héroïne Rose) qui n'est pas un refuge pour fuir la peste brune ou effacer une enfance affreuse mais le constat qu'on n'est nulle part à sa place.
"Ce n'était pas le confort perdu, mais la dignité qui lui manquait."

Un livre sans "happy end", contrairement à ce que certains lecteurs américains ont pu penser, remarquablement écrit et traduit, un livre parfois déroutant mais certainement important.

Enfin c'est seulement mon avis.

Jeux de rôles

10 étoiles

Critique de Channe01 (, Inscrite le 21 juin 2005, 70 ans) - 1 novembre 2005

L’atmosphère créée dans ce roman de Cynthia Ozick, c’est comme un immense jeu de rôle où chacun peut se croire tour à tour le maître du jeu. Mais en jouant pour gagner, tout le monde perd quelque chose. L’équilibre n’est jamais rétabli. L’état de l’avant ne peut être rattrapé. Pour cette famille juive exilée par force de l’Allemagne nazie, avant, c’était déjà quelque chose qui relevait plus de l’apparence que de la sincérité. Mais les apparences servaient de ciment pour tenir la famille.
Après le voyage en Amérique, ce ciment superficiel semble se déliter. Tout s’en va. Tout prend l’eau. Le maître de maison s’enferme dans ses études sur une secte juive qui n’intéresse personne. La mère se replie dans une folie douce amère, parfois violente. Les enfants font ce qu’ils peuvent.
Et voilà qu’arrivent deux éléments extérieurs dans cette famille, une jeune fille qui répond à une offre d’emploi sans jamais savoir exactement quel va être celui-ci. Son rôle est complexe. Elle doit s’adapter sans cesse aux circonstances. Et pourtant, son histoire personnelle n’est déjà pas facile à assumer.
Et puis vient l’homme étrange avec des billets de banque plein les poches, héritage encombrant dont il tient à se débarrasser tout comme il veut se débarrasser de son enfance. Et voilà, chacun entame sa partie du jeu de rôle, tente de manipuler les autres, de se sauvegarder lui-même, de gagner un supplément d’existence sans trop perdre de ses utopies. Mais la partie finit mal pour certains.
La montée du nazisme a déchiré la toile des apparences et les cicatrices resteront présentes à travers les obsessions que cultivent chaque membre de la famille.

Le lecteur est spectateur d’un théâtre de marionnettes où certains des personnages refusent de jouer le jeu qui est écrit pour eux. C’est un grand plaisir de lecture. Cela se savoure. C’est un livre sur la lecture, les mots, l’écriture, la mémoire et l’enfance qu’on s’est reconstituée par bribes de souvenirs. Une enfance qu’on aurait voulue autre mais on doit faire avec celle qu’on a ou renoncer à vivre.
C’est un livre sur les séquelles du déracinement quand il est contraint par l’oppression.





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