De cendre et de songe de Isabelle Bielecki

De cendre et de songe de Isabelle Bielecki

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 20 janvier 2026 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 78 ans)
La note : 8 étoiles
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Réminiscences douloureuses

Dans ce recueil de courtes poésies, Isabelle Bielecki, en cette période de troubles et d’angoisse généralisée, a laissé ressurgir les traumatises qu’elle avait récupérés de ses parents victimes de la guerre. Des troubles post-traumatiques qu’elle avait fort mal vécus avant de les évacuer dans sa trilogie familiale et qu’elle évoque en introduction à ce nouveau recueil : « Chaque jour dès que pointe la plus petite lueur d’espoir provoquée par run mot, une image ou une accalmie, j’espère que la paix m’attendra là…. sur le bord du chemin. Mais chaque jour cette paix recule entraînant derrière elle l’espoir que je puisse la voir de mon vivant ». Ainsi, elle évoque sur les pages paires de son recueil les angoisses qu’elle éprouve à nouveau et sur les pages paires « la seule échappatoire à ce qui ronge et obsède : le refuge de la nature, des oiseaux, des fleurs, des nuages et des étoiles… ».

Isabelle conjugue son passé personnel douloureux avec un présent porteur d’un avenir angoissant comme le montre ces deux strophes l’une sur la page paire : « Marche dans ta tête / en silence / Sur la pointe des pieds / Pour ne pas réveiller / Ta peur » l’autre sur la page impaire en regard : « Cueille / Le perce-neige / Sous sa pelisse / Hivernale / Sa blancheur prête / A éblouit le soleil ». La peur pourrait être ainsi éteinte par la lumière de la fleur sous le soleil. Mais, une certaine forme de désespoir souffle sur ce recueil : « Ne prie plus / Tu y passerais la vie / Tes mots / Traversent les plaies / Ils tombent comme des cendres / Sur terre brûlée ». Un désespoir qui pourrait être gommé par ces autres vers : « Protège / Le bourgeon / Né trop tôt / Fantassin téméraire / Sur la branche / Givrée ». Toujours chercher dans la nature, la sérénité qui pourrait vaincre l’angoisse.

La violence des hommes, c’est aussi la violence faite à la nature, à la mer : « Vois / Toutes les larmes de la mer / Dans ton œil / Et dans la mer / Toutes les colères / De ton exil ». Blessures que les beautés de la nature semblent impuissantes à réparer même si elles évoquent les forces naturelles en plein combat : « Admire / La danse des oyats / Leur duel / Contre le vent / Lames dressées / A défendre / Le silence ».

Qui n’a pas lu les romans autobiographiques d’Isabelle ne saurait ressentir toutes les forces émotionnelles qu’elle doit affronter quand on évoque la possibilité de nouveaux combats dévastateurs et cruels, qu’elle masque mal dans ses poèmes même en appelant les beautés naturelles à la rescousse. L’espoir semble l’avoir abandonné, « N’écris plus / Le vent radote / Des histoires / Des feuilles vives / Il arrachera tout / Au premier grondement / Du monde ». Mais qui émettra ce premier grondement ?

Ce recueil est très mince, fait de tout petits poèmes construits avec de tout petits vers mais il ne s’en dégage pas moins une puissance émotionnelle très vive , une force anxiogène violente, un désespoir létal : « N’ouvre pas les yeux / Garde ta nuit / Au chaud du rêve / Dehors t’attend/ la misère du monde / … ». Seules quelques notes de musique éparses peuvent faire vibrer encore l’âme de l’humanité, « Vibre sous les doigts gelés / D’un accordéoniste / Seul / Sur son archipel / De notes ».

« Seul », encore plus seul s’il s’agissait d’un être humain face à la puissance des massacreurs, les mots d’Isabelle, si parcimonieux mais si forts, pourraient nous emporter dans son désespoir.

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