Nos soifs de Severine Rieme

Nos soifs de Severine Rieme

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie , Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 23 mars 2024 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 76 ans)
La note : 8 étoiles
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Soif de sensualité

Dans la nouvelle collection Lune de Poche des Carnets du dessert de lune, j’ai découvert cette auteure que je n’avais jamais rencontrée lors de mes recherches littéraires. Elle vient du monde du spectacle où elle exerce ses multiples talents notamment celui de chorégraphe. Talent qu’elle transpose avec beaucoup d’aisance sur la feuille où elle fait danser ses mots comme elle fait danser les petits rats sur la scène. Dans ce recueil de courts poèmes aux vers très libres, se mêlent quelques poésies en prose.

Séverine déambule dans son monde, dans le pays plat qui est le sien, « … je vais à travers ce plat pays où la mélancolie affleure champs, prés, routes, barques », ce pays qui est son royaume, son champ linguistique, son inspiration, c’est le monde, l’univers, le ciel , l’eau, la nuit, les étoiles, le jour, l’or du soleil, ,… Elle capte tout ce qui constitue ce monde, toutes les sensations qu’elle ressent : le temps qu’il fait, les conditions météorologiques, l’ambiance, l’atmosphère, …, tout ce qui constitue les impressions qu’elle transmet à travers ses mots. « sous le masque de la pluie / l’œil pâle / suit les pieds dans la boue / la peau glaise / l’œil glisse / dans une raie fine / le jardin d’éden se dévoile / face nue, bouche rose, courbes et déliés ». Dans la nature qui l’entoure, elle trouve des sensations, une certaine sensualité, qui évoquent le jeu des corps dans celui de l’amour : « ta voix mes doigts /les langues en joie / goûtent aux jeux infini / un tel mélange nous délie ».

Ses mots dansent et se lovent sur la page comme un fœtus dans la douceur de son berceau amniotique, le monde aquatique l’inspire particulièrement et semble l’attirer : « rivière de boue, mer cristalline, torrent glacé / je vous lape / je vous ai déchiquetés pour me fondre / et vous boire sous ma langue / me noyer pleine et diluée / je ressors la peau gorgée de lumière / moite et salée ».

Et pour faire mieux danser encore ses mots au creux de ses vers et des oreilles des lecteurs, elle joue habilement de l’assonance et de l’altération : « Vient la nuit sous effluve grise / un chant chaud gonfle la peau / c’est la danse-fougue-rouge / des membres épars / lèvres ouvertes / d’air / d’eau /dormantes ».

A travers ses vers qui semblent danser une chorégraphie qu’elle aurait écrite rien que pour eux, elle semble vouloir transcender les misères de notre époque en les surpassant à travers sa quête de l’esthétisme suprême et de la sensualité infinie qu’elle donne à ses poèmes.

« ici / on verse l’heure / on verse l’air / on verse l’or / on verse lentement au comptoir / on verse le temps / on verse le vin / vient l’ivresse » et on oublie les arias et malheurs qui encombrent notre univers.

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