Mises à nu de Carine-Laure Desguin

Mises à nu de Carine-Laure Desguin

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre , Littérature => Francophone

Critiqué par Nathafi, le 28 septembre 2022 (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 55 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (22 864ème position).
Visites : 325 

Crêpage de chignon

Madame Libert a droit à sa dernière injection intramusculaire afin d'apaiser ses lombalgies, qui s'avèrent être imaginaires, fait qu'elle avoue à Marielle, l'infirmière à domicile à qui elle a fait appel. S'entame une discussion, au cours de laquelle la fausse malade suspecte Marielle d'avoir un secret... Qui n'en a pas ?
Et une question surgit soudain, qui va provoquer la colère des deux femmes.

Variant les genres, Carine-Laure Desguin nous présente à nouveau une pièce de théâtre menée tambour battant, les échanges vifs et le ton des protagonistes promettent au lecteur/spectateur une scène animée, pleine de révélations. Les personnalités de Madame Libert et de Marielle sont décryptées de manière chirurgicale, tout les oppose.On ressent le plaisir de l'auteure à ficeler ces échanges, à montrer les bons et mauvais côtés de chacune, à appuyer là où ça fait mal, à faire sortir de leurs gonds les deux femmes.
C'est à qui mieux mieux dans ce ballet d'arguments et de preuves, au point que Madame Libert regretterait presque d'avoir posé LA question qui fâche...
La curiosité serait-elle un vilain défaut ?

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Autopsie d'un adultère

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans) - 24 octobre 2022

Carine-Laure est un peu comme le couteau suisse des lettres, elle est capable d’écrire sur de très nombreux sujets et dans toutes les formes littéraires, ou presque, j’ai déjà lu de nombreux textes de sa plume dans des genres très divers. En la circonstance, elle aborde le dialogue, un genre littéraire qu’elle a déjà testé en écrivant une pièce de théâtre : « Le Transfert ». « Mises à nu » pourrait donc être mis en scène et présenté sur scène. Ce texte est un dialogue, dans un huis clos, entre deux personnages seuls : une veuve et l’ex maîtresse de son feu mari.

Marielle, l’infirmière qui prodiguait des soins à Monsieur Libert avant qu’il décède, rencontre encore son épouse à laquelle elle doit faire des piqûres pour soigner une névralgie, pseudo-névralgie apparemment, et le jour où elle pratique l’ultime injection de ce traitement, Madame Libert souhaite avoir une discussion sérieuse avec son infirmière . Elle lui demande, de but en blanc, si elle a eu une liaison amoureuse avec son mari. Marielle tente d’esquiver la question mais elle doit reconnaître que cette relation a bien existé, elle ne souhaite faire aucun mal à la veuve en s’étendant sur les détails de cette aventure. Mais, la veuve, femme très possessive, très matérialiste, très imbue de sa personne et surtout très fière d’avoir décroché la gros lot en épousant son patron, ne l’entend pas de cette oreille, elle veut tout savoir. C’est elle la veuve, l’épouse légitime, l’héritière, elle doit tout savoir quitte à en crever !

Le dialogue s’éternise, les détails deviennent de plus en plus cruels, de plus en plus sordides, de plus en plus humiliants, … , mais la veuve, dans une sorte de délire masochiste, veut en savoir toujours plus sur sa mésaventure et le batifolage des deux tourtereaux.

Ce texte est une véritable autopsie d’une tromperie parfaitement maitrisée par les deux amoureux au grand dam de l’épouse légitime restée dans la totale ignorance de sa mésaventure. Carine-Laure expose avec une grande précision la mécanique de l’adultère : comment naît une aventure illégitime, comment les deux amoureux restent bien cachés, comment les deux amants s’attachent l’un à l’autre et comment la pauvre cocue se pavane devant ses amies sans savoir qu’elle porte une belle paire de cornes.

Ce texte est aussi une réflexion sur le couple, il n’est nullement une institution figée mais une union vivante, il évolue en fonction des époques de la vie, des activités professionnelles, des rencontres et de bien d’autres paramètres encore, il est donc nécessaire de veiller à sa bonne évolution et de faire en sorte qu’il s’adapte aux conditions de vie des deux époux. Et peut-être, au moins pour certains, que le couple n’est destiné pas à subsister jusqu’à ce l’un des deux conjoints décède. Ce n’est peut-être qu’une tranche de vie, aussi belle soit-elle, … ?

Et, attention quand la maîtresse devient légitime, elle devient souvent la nouvelle cocue sous le regard narquois d’une nouvelle maîtresse.

Mise en pièce(s)

8 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 63 ans) - 20 octobre 2022

C'est la dernière injection intramusculaire que Marielle, une infirmière à domicile, administre à madame Libert. À cette occasion, celle-ci lui demande si elle a entretenu une liaison avec son mari, qu’elle soignait aussi et qui est décédé deux ans plus tôt. Elle ne se dérobe pas à la question et s’ensuivra un échange verbal forcément tendu où l’infirmière répondra à toutes les questions de sa patiente.

Sous le flot des révélations qui tombent à propos d’une liaison vieille de dix ans, madame Libert accuse les coups, un peu groggy comme un adversaire de lutte dans les cordes, auxquelles, non préparée à cette révélation qu’elle devinait sans y croire, elle réplique difficilement. Les mots lui manquent et Marielle connaît les points faibles de madame Libert, elle les lui révèle l'un après l’autre, même si, par moments, elle cherche à ménager la femme de son amant (la mise en pièces n’est pas sans quartier) et n’est pas tout à fait dupe d’une situation qui aurait pu être la sienne si elle avait accepté de vivre au quotidien avec cet homme.

Il apparaît que le Valmont (Etienne) de cette liaison a pu dissimuler pendant tout ce temps ses écarts à son épouse, jouant, un peu comme le personnage de Choderlos de Laclos, dans le jeu de la séduction, d’un côté, le patient qui révèlera à son infirmière d’insoupçonnés ressorts de bonne santé en lui donnant maints motifs de re-jouissance comme, des années plus tôt, le même homme avait su jouer de son statut de directeur d’une entreprise pour faire valoir des qualités extraprofessionnelles à sa secrétaire et future épouse…

À l’instar d’un crime parfait, une liaison idéale ne peut pas toujours le rester. Celle ou celui qui l’a réussie, en vivant une part de sa « vie fantôme » (comme le titre du roman de Danièle Sallenave), ressent le besoin de se libérer d’un secret trop longuement gardé en l’exposant au su et au vu de tous. De même qu’en la circonstance, la femme de l’ombre éprouve le besoin de révéler la part cachée d’un homme à l’épouse légitime. Il s’agit aussi de refaire circuler de l’affect, de parler de cet homme autrement que comme un patient, de faire savoir, haut et fort, qu’on a été aimé de lui et de façon sans pareille.

Mises à nu, c’est un dialogue de Carine-Laure Desguin, mené tambour battant, sans temps mort, où les coups sont donnés, reçus, rendus et, au terme duquel, deux femmes en souffrance en viennent aux mots pour finir par admettre, au cours d’une sorte trêve et presque, dès lors, sur un mode complice, qu’elles ont aimé deux faces d’un même homme.

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