Un été avec Colette de Antoine Compagnon

Un été avec Colette de Antoine Compagnon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Sciences humaines et exactes => Critiques et histoire littéraire

Critiqué par Poet75, le 18 juin 2022 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 66 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 524ème position).
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Une femme libre

« Colette, c’est la vie, estimait J. M. G. Le Clézio, selon une citation rapportée par Antoine Compagnon à la fin de cet ouvrage. Qui l’a rencontrée (…) quand il commençait à lire par plaisir et non plus par obligation scolaire (…), il ne peut plus l’oublier. » Cette rencontre, pour ce qui me concerne, n’a pas eu lieu, ou quasiment pas. Dans le cahier où je prends scrupuleusement note de toutes mes lectures depuis janvier 1975, il n’est fait mention de Colette (1873-1954) qu’une seule fois, précisément en octobre de cette année-là où j’ai lu Dialogues de Bêtes, le charmant ouvrage dans lequel l’écrivaine fait parler les animaux. Depuis, plus rien, mais, si j’ai bonne mémoire, j’ai dû lire Claudine à l’école en 1973 ou 74.
Je suis donc passé, presque complètement, à côté de Colette, non pas par manque d’intérêt, mais parce qu’on ne peut pas tout lire et que j’ai préféré consacrer mon temps à d’autres auteurs, qu’il me semblait plus urgent de découvrir. Je n’en ai pas moins été curieux de lire le livre d’Antoine Compagnon, nouvelle parution de l’excellente collection « Un été avec… », curieux et, très rapidement, au fil des pages, séduit par les nombreuses facettes d’un personnage, somme toute, incontournable de la littérature française et qu’il n’est pas impossible que je mette à lire désormais…
En février 1953, Jean Cocteau notait ceci à propos de notre écrivaine : « Vie de Colette. Scandale sur scandale. Puis tout bascule et elle passe au rang d’idole. » Voilà très succinctement résumée l’étonnante destinée d’une femme de lettres presque malgré elle, qui se considérait plutôt comme une journaliste et qui détestait plus que tout le mot « littérature ». Après la guerre, les dernières années de sa vie furent celles d’une écrivaine reconnue, fêtée, consacrée, élue au jury Goncourt dont elle devint même la présidente.
Mais il est beaucoup plus intéressant de découvrir ou redécouvrir la Colette des débuts, puis celle de la maturité, plutôt que celle des années de vieillesse. C’est la Colette qui créa des mythes littéraires, ceux de Claudine, de Sido, de Gigi, celle que Francis Jammes qualifiait, dès 1904, de « légende parisienne », celle qui, dès son premier livre, Claudine à l’école, coécrit avec Willy, son mari de l’époque, bousculait les convenances au moyen d’un pamphlet teinté d’érotisme sur l’école laïque, c’est elle qui suscite un irrésistible attrait. Bien avant tous les autres, elle osa traiter sans détours de questions de genre, de l’homosexualité féminine et du travestissement. Elle fut une femme libre, et c’est la seule étiquette qui lui convient, celle de « féministe » n’étant pas totalement adaptée à son personnage.
En vérité, elle fut une personnalité complexe, qu’il est impossible de résumer au moyen de formules lapidaires. Durant quelques années, au temps de sa jeunesse, elle se produisit au music-hall en tant que mime et danseuse. Son génie d’écrivaine, elle le découvrit grâce à la collaboration de son premier mari, Willy, ce qui ne l’empêcha pas, plus tard, quand elle fut divorcée de lui, de le poursuivre de sa haine. Un traitement du même genre fut d’ailleurs réservé à un autre de ses maris, Henry de Jouvenel.
Dans ses livres, elle prit soin de dépeindre des « vies minuscules », celles des « petites gens », plutôt que celles des importants (ou qui se croient tels). Elle se passionna aussi, non seulement pour les bêtes, mais pour la botanique. Elle perçut aussi, très tôt, l’importance du cinéma naissant et se passionna également pour la musique, au point d’écrire le livret de L’Enfant et les Sortilèges, dont la musique fut confiée à Ravel. Et, parmi les écrivains, elle en révéra particulièrement deux : Balzac et Proust. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne se trompait pas dans ses goûts.

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colette, cette inconnue…

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 74 ans) - 13 septembre 2022

Mais qui était vraiment Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette ? La pure, ou l’impure ? L’amoureuse solitaire des chats, des plantes et des multiples senteurs de la nature ? Ou la citadine familière des lieux où l’on se doit de paraître ? La femme émancipée, disposant de son corps en toute liberté, ou la moralisatrice arc-boutée sur la tradition ? Elle était bel et bien tout cela, comme le montre cet essai regroupant avec bonheur une série d’émissions radiophoniques sur un des fleurons de nos lettres françaises. Antoine Compagnon, académicien, rend ainsi un honneur mérité à celle que l’Académie Française aura boudé tout au long de sa vie, celle qui fut pourtant admirée par les plus grands, André Gide, Jean Cocteau, et jusqu’à notre Marcel national. Éclairant la vie par l’œuvre et l’œuvre par la vie, l’auteur nous dévoile des pans peu ou mal connus de sa personnalité. Celle qui a rempli de son écriture ronde les milliers et milliers de feuillets de son fameux papier bleu, écrivaine à succès dès la fin de son adolescence, avouait ne pas aimer écrire, tant l’effort était grand. Certains y ont vu une coquetterie (de plus), et pourtant n’est-ce pas là un exemple de sa touchante sincérité, contrairement à ceux et celles, les vrais coquets, qui prétendent écrire par plaisir. Colette, cette terre de contrastes à la vie et l’œuvre inextricablement mêlées, est ici admirablement mise en valeur, dans une langue qui lui fait honneur. La moindre des choses…

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