Enfant de salaud de Sorj Chalandon

Enfant de salaud de Sorj Chalandon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CHALOT, le 6 avril 2022 (Vaux le Pénil, Inscrit le 5 novembre 2009, 76 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 654ème position).
Visites : 1 747 

roman passionnant et émouvant

« Enfant de salaud »
Roman de Sorj Chalandon
330 pages
Novembre 2021
Editions Grasset

« Ton père était un salaud », il était du mauvais côté….
Ce sont les paroles d’un grand-père à son petit-fils.
Voici une assertion qui ne peut que troubler un enfant et plus tard l’adulte qu’il est devenu, surtout quand son père lui explique qu’il a combattu dans la division Charlemagne des Waffen SS.
Le livre commence par une visite du fils, devenu journaliste dans le lieu où étaient hébergés les enfants d’Izieu. Ces 44 enfants juifs qui, étant en pleine nature, vont être déportés puis assassinés par les nazis.
Le roman raconte cette quête de vérité sur le passé de ce père qui n’a rien dit à son fils.
Que cache- t-il ?
A-t-il été ce monstre qu’il reconnaît avoir été ?
Comme le dit le fils complètement déboussolé :
« Mon père avait ses fables, et moi, enfant de salaud, j’entrais dans la vie sans trace, sans legs, sans aucun héritage ; Ne restaient en moi que son silence et mon désarroi ? »
Le narrateur découvre les différentes facettes de son père qui, à 22 ans est passé d’un camp à l’autre pour finir par être jugé puis condamné à quelques mois de prison à la Libération !
Ce livre est passionnant et inoubliable, il nous questionne, nous interpelle et en plus nous plonge dans le procès de Klaus Barbie, en mai 1987.
Le narrateur, journaliste, assiste au procès et met en parallèle deux affaires, celle du monstre nazi Barbie et celle de son père.
C’est un roman qui laisse des traces.

Jean François Chalot

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Juste la vérité

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 65 ans) - 17 août 2022

Sorj Chalandon, chroniqueur judiciaire, va assister au procès de Klaus Barbie.
Avant le début de ce procès, il se rend à Izieu où une colonie d’enfants juifs avait été dénoncée. Tous les enfants et leurs encadrants, déportés, exterminés. La visite de cette maison le bouleverse.

Son père aurait-il pu commettre ce genre de trahison, de crime ?
Car ce père qui soir après soir, pendant toute son enfance lui a raconté son incroyable passé militaire héroïque, avait été certes soldat mais aussi légionnaire, nazi, résistant : "déserteur, collabo, déserteur, résistant, déserteur, bien décidé chaque fois à sauver chèrement ta peau."

Sorj Chalandon se retrouve face à Klaus Barbie ou plutôt face aux victimes de celui-ci, mais aussi face à son père qui, du fond de la salle, écoute impassible les témoignages dramatiques des survivants des tortures, qu’il appelle des "pleurnicheries".

Arrivera-t-il alors qu’il a maintenant 35 ans, à obtenir la vérité, alors même qu’il a entre les mains les preuves des mensonges éhontés de son père qui en a 65 ?
Et que cette phrase entendue alors qu’il avait 10 ans le hante : "Ton père était du  mauvais coté".

Ce double face à face, un bourreau face à ses victimes, un père face à son fils est un récit poignant.
Dans le même esprit que Profession du Père qui m’avait beaucoup marquée.
Face à ce père incapable d’assumer le "costume de père"; cet homme menteur, lâche qui s’accroche à ses mensonges, la révolte du fils qui voudrait comprendre, prêt à pardonner pour une confession, une vérité due.

"J’ai besoin de savoir qui tu es pour savoir d’où je viens".
Est-ce que la façon dont est morte son père aura aidé l’auteur à le comprendre, à lui pardonner ?
Une autofiction bouleversante d’un homme à la recherche d’un père. Et une confirmation du talent de l’écrivain.

À la recherche de la vérité

7 étoiles

Critique de Bernard2 (DAX, Inscrit le 13 mai 2004, 75 ans) - 28 avril 2022

Dans « Profession du père », l’auteur, alors enfant, croyait naïvement en tout ce que son père, lui disait. On a ici un second roman – fiction, en ce sens que les personnages ne sont pas les mêmes – où l’enfant, devenu adulte, cherche à connaître la vérité, à démêler le vrai du faux. Deux époques, deux procès, sont mis en parallèle. Celui du père de l’auteur, vers la fin de la deuxième guerre mondiale, et celui de Klaus Barbie, en 1987.
L’incroyable délire de ce père schizophrène (terme jamais utilisé) a réussi à tromper tout le monde, et en particulier les jurés. Engagé dans cinq armées différentes, et cinq fois déserteur… Héros national ? Traître à sa patrie ? Le doute subsiste.
De nombreux passages sont difficiles à lire, douloureux. Le procès Barbie, l’attitude insolente de son avocat, Jacques Vergès, donnent la nausée.

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