Honoré et moi de Titiou Lecoq

Honoré et moi de Titiou Lecoq

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Pierrequiroule, le 19 août 2021 (Paris, Inscrite le 13 avril 2006, 40 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 894ème position).
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Génie et loser

Honoré et moi sommes partis en vacances ensemble grâce à la biographie de Titiou Lecoq. Bien que familière de l'oeuvre de Balzac, je ne connaissais pas grand chose de sa vie, à part quelques clichés très célèbres: le dandy à la canne précieuse, le bourreau de travail accro au café noir...

Titiou Lecoq tente de dépoussiérer ce génie de la littérature grâce à une approche moderne et pleine d'humour. Tout en présentant le parcours de Balzac dans son ensemble, elle insiste sur son côté écrivain-entrepreneur (raté) et sur son rapport à l'argent (désastreux). Balzac n'est pas un adepte de l'art pour l'art; il écrit pour devenir riche et célèbre, et le revendique ouvertement. Dans sa vie, comme dans son oeuvre, l'argent occupe une place centrale. Tour à tour clerc de notaire, imprimeur, rédacteur en chef et libraire, Balzac envisage même d'ouvrir une épicerie avec des amis écrivains - projet heureusement avorté. Toute son existence est hantée par l'amour du luxe et la peur des créanciers. Ses écrits, pleins d'avares, de prodigues et d'arrivistes, dépeignent une société nouvelle où noblesse et honneur cèdent la place à l'esprit mercantile. La création de Balzac semble d'ailleurs fortement conditionnée par sa situation matérielle. Ses déboires amoureux, ses conflits avec sa mère, ses problèmes financiers, son souci du paraître et ses achats compulsifs font d'Honoré un personnage très humain en qui le lecteur contemporain pourrait se reconnaître. Son physique ingrat, sa montagne de dettes et ses entreprises douteuses lui donnent un côté loser. Mais si Honoré a une sérieuse tendance à rater sa vie, il a su transposer ses ambitions dans "La comédie humaine", oeuvre gigantesque qui porte un regard aiguisé sur son époque. Ainsi il serait l'un des premiers écrivains français à s'intéresser de près aux femmes, à leurs aspirations, à leur condition de jeune fille et d'épouse.

Cette biographie décapante m'a beaucoup fait sourire. Elle nous invite dans l'intimité d'un géant des lettres. On y apprend que les fleurs préférées d'Honoré étaient les pensées, qu'il avait une prédilection pour le violet, qu'il utilisait des mots de passe pour tromper ses créanciers et que son amour épistolaire avec Mme Hanska n'a jamais abouti à une vie conjugale épanouie. Sur un ton simple et enjoué, Titiou Lecoq parvient à nous transmettre toute l'admiration affectueuse qu'elle éprouve pour Balzac. Une admiration partagée à l'époque, puisque dès les années 1840 "La Comédie humaine" était connue dans toute l'Europe. Lors des funérailles du grand homme, en août 1850, Hugo et Dumas ont porté ensemble son cercueil.

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Balzac, l'argent, les femmes.

8 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 65 ans) - 14 septembre 2021

Plutôt que de proposer une nouvelle biographie de Balzac en bonne et due forme, après celles de Stefan Zweig et d’André Maurois, c’est une toute autre approche que propose Titiou Lecoq, sans se soucier d’exhaustivité ni d’objectivité. D’ailleurs, le titre de l’ouvrage l’indique on ne peut plus clairement : l’écrivaine ne prétend nullement dresser un portrait de l’auteur de La Comédie Humaine autre que résolument subjectif. Ce qui ne signifie pas, bien évidemment, que son ouvrage soit fantaisiste, même s’il n’est pas dénué, et l’on s’en félicite en le lisant, d’une bonne dose d’humour.
Titiou Lecoq n’a pas la prétention de raconter la vie entière de Balzac, mais plutôt de l’explorer au moyen de deux angles particuliers qui se complètent d’ailleurs l’un l’autre et qui sont, tous deux, omniprésents tout au long de sa vie d’écrivain : d’une part les femmes, de l’autre l’argent (et, conjointement, le désir de gloire).
Pour ce qui concerne les femmes, il convient de parler d’abord de la mère de notre grand écrivain, une mère que les biographes (à commencer par Zweig) ont décrite comme une mégère hystérique et radine, selon les termes mêmes dont se servait Balzac à son sujet. Or Titiou Lecoq démontre que la vérité se distinguait de beaucoup de ce méchant portrait et qu’en vérité cette mère fut bien plus dévouée pour son fils qu’on le prétend, tout en étant, il est vrai, une femme frustrée et, pour de bonnes raisons, aigrie. Et puis, bien sûr, Titiou Lecoq s’attarde longuement sur les femmes qu’aima Balzac, femmes qui lui apportèrent, dans bien des cas, un précieux soutien, en particulier Laure de Berny, Zulma Carraud et, pour finir, Mme Hanska, celle après qui Balzac soupira pendant des années et qu’il finit par épouser… quatre mois avant de décéder !
Car, et c’est là le point sur lequel Titiou Lecoq insiste plus que sur tout autre, si Balzac s’illustra en tant que romancier (un romancier d’ailleurs peu apprécié, voire éreinté, par les critiques de son temps), il fut aussi le plus étonnant loser de l’histoire de la littérature. Ses rêves de gloire et de richesse, rêves qu’il ne cessa d’alimenter au long de sa vie, se fracassèrent les uns après les autres, en même temps que ses dettes s’accumulaient de manière vertigineuse. Rien ne lui servit de leçon, cependant, et Balzac ne cessa de s’illusionner en passant d’un projet catastrophique à un autre, sans s’arrêter. Si bien qu’il fut contraint de déménager, bien des fois, en s’efforçant d’échapper à ses créanciers tout en accroissant encore et encore ses dettes. Dans le livre de Titiou Lecoq, cela le rend à la fois touchant, drôle et pathétique. Le romancier français le plus génial fut un homme qui s’ingénia à rater sa propre vie ou, comme écrit Titiou Lecoq, « parce qu’il a réussi sa vie en passant son temps à la rater, Balzac est mon frère ».
« L’un de nos plus grands écrivains a eu une vie d’emmerdements assez classiques, résume Titiou Lecoq, la vie d’un homme avec ses soucis d’argent, ses rêves de devenir propriétaire, ses problèmes de travaux, son goût des fringues, ses pulsions d’achat, ses humiliations, ses espoirs que l’avenir serait meilleur, ses insomnies, ses migraines, ses brûlures d’estomac, sa mort.
Pourtant, il était bien un peu génial, Honoré ? Evidemment. Mais son génie ne reposait pas sur un pouvoir magique ou une essence supérieure. Il y a des êtres qui ont plus manifestement la capacité à penser, librement, et c’est cette liberté, hors des cadres préconçus qui laisse leur chance aux possibilités, en ouvre les champs. C’est cela, ajouté à la certitude de son propre talent, à la capacité à s’autolégitimer, et l’aide de certaines circonstances, qui amène Honoré Balssa, petit-fils de paysans du Tarn, à concevoir La comédie humaine. »

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