La France contre les robots de Georges Bernanos

La France contre les robots de Georges Bernanos

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités , Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Radetsky, le 29 octobre 2015 (Massieu, Inscrit le 13 août 2009, 79 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 638ème position).
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Nous y sommes

Ce livre, achevé pour sa partie principale en janvier 1945, est complété par une série de textes inédits lors de sa première parution (en 1970) rassemblant entretiens, conférences, articles, écrits en exil entre 1939 et février 1945. Outre la préface de Jacques Julliard (1995), on y trouvera une présentation des écrits inédits de G. Bernanos par son fils Jean-Loup.

En 1945, parler de "robots" faisait allusion plus à un état d'esprit qu'à une réalité physique ; or, il se trouve que de nos jours la réalité rejoint la fiction et est à la veille de la dépasser.
On n'a jamais aimé les Cassandre, les imprécateurs, ceux qui crient dans le désert des esprits et des âmes.
Ce sixième livre polémique et accusateur de Bernanos ne faillit pas à la règle qu'il a toujours suivi : ouvrir les yeux et accorder à la réalité des temps son regard acéré et sans complaisance.
Il y en aura pour tout le monde, inutile de se bousculer...: croyants (les catholiques ont droit aux morceaux de choix) ou non, bourgeois, prolétaires, dominants de toute sorte, techniciens et savants, ignares ou prix Nobel, l'assemblée des aveugles reçoit sa part de fustigations ; et avec quel talent !

Les "robots" de Bernanos, dont on a dit plus haut qu'ils devenaient une partie de la réalité, pouvaient, de son temps, symboliser quelques notions générales et monstrueuses dont il voyait s'étendre l'ombre sur toute l'humanité : la civilisation des Machines (au sens universel, dont l'informatique, les media et internet sont devenus la matérialisation, sans oublier l'industrie nucléaire), machines dont l'être humain allait bientôt se réduire à n'en constituer qu'un modeste rouage, puis l'esprit de lucre ou encore l'universel pouvoir de l'Argent avec tout ce qui l'accompagne d'abaissement, d'amoralisme, enfin l'esprit de soumission à un système traduisant le degré d'anesthésie des consciences répugnant à faire usage de leur liberté (c'est difficile et dangereux parfois...), toutes ces choses se concentrant au milieu des années quarante dans deux entités également mortifères : L'Amérique capitaliste et l'URSS stalinienne, faux "ennemis" fonctionnant selon une logique comparable (l'essence d'un côté, le diesel de l'autre, mais le moteur va dans le même sens...).
L'homme enfin, devenant individuellement et collectivement un robot à son tour, conséquence inéluctable de la massification propre à la modernité.

Parlons de "l'esprit d'entreprise" ou de "l'esprit de parti", c'est la même chose...

Bernanos revient sans cesse à la fois sur un passé qu'il revoit et révise avec bonne foi, sur un présent qu'il sait sur le bout des doigts et sur un avenir devant lequel il ne peut que se cabrer, en faisant son possible pour nous faire partager l'angoisse qui l'étreint. La presse, les groupements politiques, le personnel dirigeant, quiconque bénéficie d'une audience ou d'un pouvoir, "M. Tout-le-monde" enfin, toutes catégories où triomphe un type humain qu'il a peut-être été le seul à qualifier avec justesse : l'imbécile.
L'imbécile béat et optimiste devant le désastre général, l'imbécile de droite et celui de gauche, l'imbécile chrétien, musulman, athée ou écologiste, l'imbécile technicien, l'imbécile commercial, tous ahuris et heureux d'être remarqués, loués (je devrais dire "achetés"), adoubés par les pouvoirs quels qu'ils soient auxquels ils se voueront sans broncher...

Ils ont été plusieurs à avoir vu, avec quelle acuité, et dans une perspective comparable, ce qui nous pendait au bout du nez en ces lendemains de guerre mondiale, par exemple deux individus en apparence si éloignés que Georges Bernanos et Günther Anders.
Un catholique ancien monarchiste d'un côté, un juif marxiste de l'autre. Il n'y a que les imbéciles qui s'étonneront du rapprochement.

Alors, aucun espoir...? Si : la France, cette France rêvée dont Bernanos entrevoit encore le "clair visage" au travers de ses héros et de ses saints, les laïcs comme les autres...
Mais il est tard, très tard.

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Prémonitoire

9 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 64 ans) - 22 janvier 2023

De 1938 à 1945, Georges Bernanos, pressentant la catastrophe qui allait s’abattre sur la France, s’est exilé volontairement au Brésil avec toute sa famille. Il tentera sans grand succès de s’y reconvertir en éleveur, publiera de nombreux articles dans des journaux brésiliens et se rapprochera des cercles gaullistes de Français de l’étranger. Farouchement opposé à la politique de collaboration de Pétain, il renvoie dos à dos communisme et libéralisme, considérant que c’est bonnet blanc et blanc bonnet, un socialisme d’Etat pouvant très bien être le fait d’oligarques capitalistes. Il rejette toute « espèce de socialisme d’Etat, forme démocratique de la dictature. » Pour lui, la valeur suprême reste sans aucun conteste celle de la Liberté pleine et entière. Mais, dit-il « un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté ». Il se montre visionnaire quand il imagine les dérives que nous constatons aujourd’hui avec les QRCodes, les pass sanitaires et vaccinaux en attendant les pass « Carbone » et autres puçages sous la peau. « Et lorsque l’Etat jugera plus pratique, afin d’épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser marquer au fer ou à la fesse comme le bétail. » Il démontre également l’impossibilité d’une coexistence entre Liberté et Egalité, cette dernière ne s’établissant qu’au détriment de la première. Sans oublier, les guerres de plus en plus techniques et meurtrières qui ne sont que les conséquences voulues et organisées du machinisme totalitaire. « Vos machines à fabriquer deviendront des machines à tuer », écrit-il.
« La France contre les robots » est un recueil de textes divers et variés tous sur le thème de la défense et illustration de la liberté. En plus du texte éponyme, le lecteur pourra découvrir diverses conférences et interviews donnés au Brésil, 16 lettres à des amis et un attirail de notes et variantes. Tout est limpide, prémonitoire et encore plus vrai aujourd’hui dans ces écrits datant de plus de trois quarts de siècle. Notre liberté chérie était menacée depuis longtemps. Bernanos en note les débuts avec la conscription obligatoire de la Convention, forçant tout Français à laisser l’Etat disposer de sa personne et de sa vie, ce qu’aucun roi ne se serait permis. Il regrette le temps où l’on pouvait quasiment faire le tour du monde sans le moindre passeport et pratiquement sans contrôle policier. (Seule la Russie et la Turquie l’exigeaient alors). Partout ailleurs, montrer une simple carte de visite suffisait à justifier de son identité. À l’époque de sa jeunesse, le relevé d’empreintes digitale n’était infligé qu’aux voyous et jamais aux honnêtes citoyens. Sans parler de l’impôt sur le revenu institué au début de l’autre siècle. Ainsi constate-t-il déjà qu’une à une, toutes nos libertés étaient grignotées au fur et à mesure que la Machine prenait de l’importance. Que ne dirait-il pas aujourd’hui ? Des textes fondamentaux que tous les amis de la liberté devraient lire ne seraient-ce que pour prendre la mesure de notre dégringolade !

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