Annapurna premier huit mille de Maurice Herzog

Annapurna premier huit mille de Maurice Herzog

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances , Littérature => Voyages et aventures

Critiqué par Tophiv, le 8 juillet 2003 (Reignier (Fr), Inscrit le 13 juillet 2001, 46 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 758ème position).
Visites : 3 560  (depuis Novembre 2007)

L'aventure à l'état pur

Juin 1950. Sur fond d'après guerre, poussée par un nationalisme exacerbé par l’humiliation de l'occupation, une expédition française part à la conquête d'un premier sommet au dessus de 8000 mètres. La concurrence est rude entre plusieurs pays (Angleterre, Allemagne, USA .) qui se disputent l’obtention des précieux visas permettant de tenter cet exploit glorifiant quelques hommes et toute une nation.
Maurice Herzog est nommé pour diriger cette équipe composée principalement d’alpinistes hauts savoyards ou rhône alpins chevronnés qui vont faire preuve de qualités morales et physiques extraordinaires. L’objectif n'est pas défini au départ, ce sera le Dhaulagiri (8167m) ou l’Annapurna (8051m) au Népal. Contraints d'explorer la région à la recherche de voies de passages et d'escalades, faute de carte existante, ils optent pour l’Annapurna.
Le 3 juin 1950, Louis Lachenal, guide de Chamonix, originaire d'Annecy, et Maurice Herzog parviennent au sommet. Mais à quel prix ! Les deux hommes ont les pieds gelés et Herzog qui a perdu ses gants voit également ses mains se noircir. Gaston Rebuffat et Lionel Terray, en soutien au camp inférieur, à 7500m, leur sauvent la vie lors de leur retour du sommet. Grâce à leurs frictions (Pendant toute une nuit à 7500m, en plein vent, en surplomb du vide .) et aux soins du chirurgien de l’équipe, les deux hommes ne perdront "que des doigts".
Herzog nous décrit le retour difficile, les multiples et douloureuses injections, les amputations et les vers s'infiltrant dans les plaies… Durant tout le chemin vers l’Inde, ils sont portés à dos de coolies (porteurs népalais) ou sur des brancards, au bord du vide, au dessus des torrents aux énormes crues du début de mousson. Herzog nous parle aussi de tous ces hommes et femmes de ces régions pauvres, de leurs croyances, leur gentillesse, leur courage.
Ce livre est issu des notes et impressions du seul Herzog. Au retour en France, il publie ce récit et récolte gloire et célébrité. Les autres avaient signé un contrat d'exclusivité, ils l’ont respecté et se sont tus. Louis Lachenal meurt en 1955, perdu dans une crevasse des Alpes. Il laisse ses "carnets du vertige" et dévoile une autre vision de cette aventure, confirmée par Rebuffat et Terray. Herzog voyait cette expédition comme une mission nationale, quasi martiale. Il était prêt à sacrifier ses mains pour la réussite.
Quand Lachenal, sentant ses pieds commencer à geler, évoque l’idée de redescendre, Herzog lui dit vouloir continuer seul. Lachenal ira jusqu'au sommet, se sacrifiant pour préserver la vie d’Herzog.
Il écrira dans ses "carnets du vertiges" :
"Si je devais y laisser mes pieds, l'Annapurna, je m'en moquais. Je ne devais pas mes pieds à la jeunesse française." "C'est pour lui et lui seul que je n'ai pas fait demi-tour. Cette marche au sommet n'était pas une affaire de prestige national. C'était une affaire de cordée."
Au delà de ces deux versions différentes de cette ascension, c'est le courage formidable de ces hommes qui transparait. La force de leur caractère et leur immense solidarité forcent l’admiration de quiconque ayant approché un minimum la montagne. Un récit d’aventures vécues, au style simple et direct. Passionnant !
L'Annapurna reste à ce jour le seul sommet pour lequel on dénombre plus de décès lors de l’ascension que d’hommes parvenus en son plus haut point !

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Un exploit !

9 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 63 ans) - 12 janvier 2022

Le 3 juin 1950, deux alpinistes français, Louis Lachenal et Maurice Herzog, parviennent au sommet de l’Annapurna, réalisant ainsi l’ascension du premier sommet de 8000 mètres. L’équipe est composée de Jean Couzy, polytechnicien, de Marcel Schatz, alpiniste, de Marcel Ichac, cinéaste, de Jacques Oudot, médecin et chirurgien, de Francis de Noyelle, officier de liaison, de trois guides réputés de Chamonix, Louis Lachenal, Lionel Terray et Gaston Rébuffat et de l’auteur, Maurice Herzog, alpiniste également. C’est une véritable expédition qui part à l’assaut de ce premier sommet mythique en emportant environ avec elle 4,5 tonnes de matériel et 1,5 tonnes de vivres avec charrettes et chevaux, sans oublier la trentaine de sherpas menés par leur chef Ang-Tarkey. Du très très lourd ! Ces sommets, considérés jusque-là comme le « domaine des dieux », avaient toujours été interdits d’accès à qui que ce soit. Les Français ont obtenu une autorisation exceptionnelle pour cette première. Ils ne disposent pas de cartes vraiment utilisables. Ils doivent donc commencer par d’interminables reconnaissances du terrain, hésitant entre le Dhaulagiri plus visible et l’Annapurna, plus en retrait. Le premier semble le plus dangereux, le second plus difficile d’accès. Ils optent pour le second, installent jusqu’à cinq camps de base et d'assaut avant que deux d’entre eux ne profitent d’une dernière fenêtre de temps acceptable avant la mousson pour atteindre, mais à quel prix, ce sommet…
« Annapurna, premier 8000 » est un récit d’expédition qui fut un énorme best seller à son époque. Il exaltait le courage, la ténacité et l’endurance d’un groupe de jeunes conquérants de l’inutile qui laissèrent pas mal d’eux-mêmes sur ces pentes verglacées et inhospitalières. Ils eurent les mains et les pieds gelés, furent frappés d’ophtalmie des neiges et durent redescendre dans des conditions dantesques, sans la moindre assistance. Jacques Oudot dut leur infliger des souffrances atroces en raison d’injections répétées d’acétylcholine pour essayer de sauver le plus possible de leurs membres avant de pratiquer les amputations nécessaires sans la moindre anesthésie. Le lecteur mesurera le chemin parcouru depuis cette époque. Pas d’hélico de secours, pas de radio, pas de repérage satellite, un matériel lourd et rudimentaire, monté à dos d’hommes et à la force des bras. Livre qui enchanta toute une jeunesse et suscita de nombreuses vocations d’alpinistes qu’on lira et relira même aujourd’hui avec un immense plaisir, ne serait-ce que pour une comparaison nostalgique avec notre époque sinistre, lâche, veule et sans idéaux…

A lire, bien entendu

7 étoiles

Critique de Gnome (Paris, Inscrit le 4 décembre 2010, 50 ans) - 5 décembre 2010

Mon avis :

Tophiv a parfaitement présenté ce livre et introduit la polémique autour des différents objectifs des membres de cette expédition.

Même s'il commence à dater un peu et que son style peut parfois faire sourire, "Annapurna 1er 8000" est à lire car il résume bien la frénésie, la démesure et la folie des grandes expéditions nationales ayant pour but de déflorer les 14 sommets de plus de 8000 mètres.

Herzog, qui eut l'exclusivité pour écrire l'histoire, voulait une victoire à tout prix. Il l'a eue. Herzog voulait du grandiose, du lyrisme et de l'exaltation, c'est ce dont il a témoigné dans ce livre. Toutefois, il ne semble pas que ses compagnons Terray, Lachenal et Rebuffat aient vécu exactement la même histoire.

Pour ceux que cela intéresse, je recommande l'excellente enquête de David Roberts "Annapurna, une affaire de cordée" qui permet d'en savoir plus sur cette épopée.

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