Shim Chong, fille vendue de Hwang Sok-Yong

Shim Chong, fille vendue de Hwang Sok-Yong
(Shim Chong, yongkoteu kil)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique , Littérature => Romans historiques

Critiqué par CC.RIDER, le 18 août 2011 (Inscrit le 31 octobre 2005, 66 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 998ème position).
Visites : 5 366 

La traite des femmes

Au XIXème siècle, en Corée, la jeune et jolie Shim Chong, orpheline de mère est vendue par son père, un mendiant aveugle à des marchands chinois qui l'emmènent sur le continent. Après une pénible traversée, elle sera d'abord achetée par un richissime vieillard chinois impuissant de Nankin qui décèdera dans ses bras avant d'être engagée dans une première maison de plaisir où elle apprendra son métier de prostituée puis d'être enlevée par des trafiquants de chair humaine à Sushou et finalement d'être exploitée dans les bouges répugnants de Formose. Son sort commencera à s'améliorer quand elle sera achetée par un riche anglais, vice-directeur de la compagnie des Indes, puis quand elle se mariera avec un prince libéral du Kyushyu. Mais ses aventures ne s'en arrêteront pas là car des bouleversements politiques feront à nouveau basculer son destin.
Quelle épopée que la vie de cette femme, figure mythique de l'imaginaire coréen ! Le lecteur a l'impression qu'elle a vécu plusieurs vies à la fois. Avec elle, il parcourt l'Asie mystérieuse et exotique, de la Chine au Japon en passant par la Corée et Formose, avec pour toile de fond des évènements aussi extraordinaires que la guerre de l'Opium, la révolte des Taiping, les interventions occidentales pour forcer l'Orient à s'ouvrir au commerce, l'impérialisme japonais naissant et la guerre sino-japonaise à la fin du siècle. Les coutumes et les moeurs de chacun de ces pays sont finement analysées de telle sorte que ce roman, à la fois historique et social, est absolument passionnant. En dépit de sa longueur (550 pages), il peut se lire presque d'une traite tant son style est enlevé. Un livre majeur, très documenté, à conseiller aux amateurs d'histoire et d'anthropologie (traite des femmes sur près d'un siècle), que l'éditeur élève (à juste titre me semble-t-il) au niveau des plus grands, Zola, Dos Passos et Soljénitsyne. En effet, Chong est bien la petite soeur lointaine, souffrante et fière d'une certaine « Nana »...

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un superbe roman à base d'une légende

9 étoiles

Critique de Joanna80 (Amiens, Inscrite le 19 décembre 2011, 68 ans) - 13 octobre 2012

Je n'ai pas grand chose à rajouter aux critiques déjà écrites. Je veux juste vous dire que le roman est basé sur une légende coréenne et que Hwang Sok-yong s'engage tellement que ça lui a valu l'exil et la prison.
Admirable aussi sa façon d'écrire certains scènes , pourtant dures , avec des mots tellement bien choisis, qu'on n'est pas troublé, mais il faut le lire pour pouvoir décrire le sentiment qu'on éprouve. Très, très beau.

L'Asie du XIX° siècle comme si vous y étiez

10 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 84 ans) - 12 septembre 2012

Délaissant la veine politique contemporaine qui lui a suggéré plusieurs grands livres, pas de côté qui constitue une preuve de grande maîtrise littéraire, Hwang Sok-yong conduit ses lecteurs dans l'Asie du XIX° siècle sur les traces de la courtisane Shim Chong. Entre la Corée, la Chine et le Japon, il les entraîne dans un formidable voyage pendant lequel chacun devient le témoin de la vie quotidienne des personnages rencontrés. Cultures et moeurs sont décrits avec une extraordinaire présence. On se plonge dans ce roman comme dans un film en couleurs avec les parfums et les odeurs en prime.
De plus le parcours chaotique de Shim Chong suscite un intérêt tel que l'on ne lâche pas le livre avant de connaître l'épisode suivant, et donc la fin.
Les remarquables critiques de CCRIDER et de Myrco, que j'évite de paraphraser, décrivent très bien la trame du roman. Je les trouve cependant bien timides dans leurs appréciations. Le style de Hwang Sok-yong est fait de précision, de distance et de pudeur. J'ai presque envie de dire qu'il s'apparente à celui d'un entomologiste, mais cela serait inexact tant il sait également restituer la vie. Il confère à certaines scènes (violence, sexe) une atmosphère étrange à la fois prenante et rassurante, et à d'autres une véritable tendresse et une grande poésie.
CCRIDER reprend la comparaison de l'éditeur français avec Zola, et, naturellement compte tenu du sujet, avec "Nana". A mon sens l'ouvrage de Hwang Sok-yong est très supérieur à celui de Zola, beaucoup plus convenu et prévisible.
Je me répète: Hwang Sok-yong est un écrivain majeur. J'ai lu quelque part qu'il figurait ou avait figuré sur les listes du Prix Nobel. Il le mérite bien plus que bien des auteurs déjà primés.

Captivant...

8 étoiles

Critique de Myrco (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 74 ans) - 31 mai 2012

HWANG Sok-Yong , l'un des écrivains -semble-t-il- les plus en vue de la littérature coréenne contemporaine, revisite là, à travers son héroïne, la légende de Shim Chong qui appartient à l'imaginaire taoïste et nous est explicitée à la fin de l'ouvrage.

La critique principale rend tout à fait compte de la teneur du roman; je me bornerai donc à mettre en lumière quelques-unes de ses facettes.

S'il n'y avait cette double dimension historique et étude de moeurs qui situent ce roman bien au-delà du simple roman d'aventures, je dirais qu'il n'est toutefois pas étranger à cette catégorie tant les multiples péripéties de la vie de Chong, qui la propulsent dans toute une partie du vaste continent asiatique, distillent un parfum d'aventures exotiques qui n'est pas l'un des moindres attraits du livre.

Je n'ai pas non plus été insensible au choix de l'écrivain de ne jamais se laisser entraîner dans le pathos que le sujet aurait pu engendrer. Chong saura toujours tirer son épingle du jeu; victime objective du commerce sexuel, elle ne se laissera jamais atteindre, encore moins détruire dans son être profond.

Certains traits saillants me sont particulièrement restés en mémoire (je livre en effet cette "critique" avec environ deux ans de décalage par rapport à la lecture):
-la qualité littéraire de l'évocation du simulacre de rituel ancien -l'offrande des marins aux dieux de la mer en échange de leur protection- au début du livre;
-la dimension érotique de certaines scènes, notamment celles dans lesquelles Chong, à peine pubère, connait l'éveil de sa sensualité, sous les caresses d'un vieillard impuissant qui la transforme en objet-source de ce qu'il croit pouvoir être son élixir de jeunesse.

En conclusion, je ne dirais pas qu'il s'agit là d'une oeuvre majeure, mais captivante, dépaysante et instructive, elle l'est sans conteste.

Je ne suis pas sûre non plus qu'elle soit la plus représentative de l'oeuvre de Hwang Sok-Yong, écrivain politiquement très engagé.

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