Du malheur d'avoir de l'esprit de Aleksandr Sergeevič Griboedov

Du malheur d'avoir de l'esprit de Aleksandr Sergeevič Griboedov
(Goré ot uma)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Théâtre et Poésie => Théâtre

Critiqué par Perlimplim, le 14 juin 2011 (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 46 ans)
La note : 9 étoiles
Visites : 3 649 

Brillant

Les lecteurs français ne connaissent souvent de Griboïedov que son nom, ce dernier étant cité dans le "Maître et Marguerite" de Boulgakov. Et pourtant, cet auteur mériterait mieux que cette indifférence polie, et son unique pièce de théâtre "Du malheur d'avoir de l'esprit" est véritablement un chef d'oeuvre. En Russie, l'oeuvre écrite en 1825 et diffusée d'abord sous le manteau en raison de la censure, acquit une notoriété jamais démentie. De nombreuses répliques sont même passées en proverbes dans la langue russe. La pièce figure, depuis sa création scénique dans les années 1860, parmi les piliers du répertoire dramatique russe, et sa seule lecture dans sa version française permet d'en saisir toute la force.
Oeuvre romantique par excellence, "Du malheur d'avoir de l'esprit" est construit autour de la figure de "l'homme étrange", également présente dans "Eugène Onéguine" de Pouchkine, "Le Bal masqué" et "L'homme étrange" de Lermontov, puis reprise par Dostoïevski ("Les Carnets du sous-sol") et Tchékov ("Platonov"). Tchatski revient à Moscou après une longue période d'absence, et espère y retrouver Sofia, son premier amour. Mais l'éloignement l'a changé, ou du moins lui a appris à poser un regard plus critique sur la société. Il comprend que Sofia ne l'aime plus, et qu'elle lui préfère Moltchaline, archétype même de l'homme qui se tait, et qui s'aplatit devant plus grand que lui pour mieux réussir. Tchatski, au contraire, dit haut et fort ce qu'il pense, sans craindre de choquer ceux qui l'écoutent, et qu'il remet en cause. Ses tirades sont souvent violentes, acerbes et sans concession. Le personnage se condamne lui-même par ses paroles, car la société à laquelle il s'adresse est incapable de l'entendre, encore moins de le comprendre, et ne peut voir en Tchatski qu'un original, voire un fou. De cette confrontation, qui aboutit à l'échec de Tchatski, nait souvent le rire ou le sourire du spectateur.
Si les deux premiers actes restent relativement classiques dans leur construction, ce sont les deux derniers actes qui donnent à "Du malheur d'avoir de l'esprit" une ampleur exceptionnelle. C'est au cours du troisième acte que les événements se précipitent. Lors du bal, les invités se répètent à l'envie la rumeur (fausse) selon laquelle Tchatski serait fou. Le spectateur voit cette rumeur enfler au point où tous la tiendront pour vraie. L'acte se termine de façon spectaculaire, au moment où plus personne n'accepte de parler à Tchatski, et où tous les invités se lancent dans une valse quasi-fantomatique en guise de réponse. L'acte quatre se situe dans l'escalier, alors que les invités quittent le bal. Apparaît alors le personnage haut-en-couleur de Répétilov, qui rejoue sur un mode burlesque la figure des "Innocents" propre à la littérature russe.
"Du malheur d'avoir de l'esprit" est une oeuvre trop peu connue en France, eu égard à ses nombreuses qualités, et à la place justifiée qu'elle occupe dans la littérature russe.

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