La Maison de Claudine de Colette

La Maison de Claudine de Colette

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Frunny, le 7 décembre 2010 (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 58 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 121ème position).
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Une vie d'Enfance !

Une des plus belles oeuvres de Colette, qui fait revivre les souvenirs de son enfance heureuse à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Village de Bourgogne) dans les années 1870.
Mais avant tout, son immense amour pour sa mère - Sido - et les chats qui ne cesseront de l'entourer, source d'émerveillement et d'inspiration.

35 courts chapitres d'une sensible et fine observation de la Nature (Hommes, animaux et plantes) qui font de ce roman un sublime moment de poésie.

Sido, diminutif de Sidonie, est plus qu'une mère....... c'est une louve qui veille sur sa progéniture sans partage. Elle saura transmettre Amour et éducation en harmonie avec la nature.

Colette-enfant sera surnommée Minet-Chéri. Elle voudra devenir " marin pour être garçon et porter culotte et béret bleus ".

Le chapitre " Ma mère et les livres " est pur nectar :

" une pièce maçonnée de livres "
" des romans bourraient les coussins, enflaient les corbeilles à ouvrage, fondaient au jardin, oubliés sous la pluie "
" quand elle lit, elle revient, toute égarée et le feu aux joues, de l'île au coffre plein de pierreries du noir château "

Son premier appartement parisien : " une maison sans bêtes "

Les rapports de sa mère avec la religion et la Morale :

" assurer la bienséance mais ne pas trop en faire "
" faites court M le curé, pas plus de 10mn "

L'hommage d'une fille (Colette) à sa mère disparue, résume à lui seul les rapports filiaux :

" Elle vécut balayée d'ombre et de lumière, courbée sous des tourmentes, résignée, changeante et généreuse, parée d'enfants, de fleurs et d'animaux comme un domaine nourricier "

Il y a du Pagnol (" La Gloire de mon père ") dans cet ouvrage.
Les petits travers de nos comportements, la beauté simple et majestueuse de la Nature via les fulgurantes descriptions du jardin familial....... MA-GNI-Fi-QUE !

Je connaissais mal cet écrivain classique ; je viens de combler (partiellement) un grand vide, m'invitant à découvrir le reste de son oeuvre.

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Une merveille !

10 étoiles

Critique de JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 56 ans) - 22 mars 2015

Un recueil de 35 nouvelles qui sont autant de joyaux décrivant l'enfance de Colette avec ses parents, ses frères et sa sœur, à la campagne avec leur jardin et leurs animaux domestiques. L'on passe insensiblement de l'enfance à l'adolescence, l'âge adulte (avec la mort des parents) et à la parentalité (dans des scènes où Colette essaie de faire revivre à sa fille ses propres souvenirs d'enfance... sans trop de succès d’ailleurs).
Le tout est empreint de poésie, de soif d'indépendance et d'une certaine dose d'insolence et d'humour.
Colette manie merveilleusement la langue française et arrive à exprimer avec une grande finesse en peu de mots sa vision poétique et libre du monde.
L'ensemble mélange avec bonheur tous les sentiments de la vie (depuis la liberté et l'insouciance de l'enfance, jusqu'au interrogations métaphysiques de la maturité en passant par la vieillesse et la mort des parents).
Un vrai bijou bien représentatif du génie de Colette.

Un joyau

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 13 juin 2014

On connaît le fabuleux roman de Colette : « Claudine à l’école «. Ici, la grande romancière raconte également son enfance : sa mère Sido, son père, sa sœur aînée, son frère, leur maison, les chats et les chiens. Trente-cinq textes qui font partie des plus belles pages jamais écrites dans la littérature française du début du vingtième. Charme, élégance, poésie, humour, émotions, ravissements, … quelques mots qui habillent si bien à cette grande dame. Voici quelques joyaux :

Extraits :


- Une belle araignée des jardins, ma foi, le ventre en gousse d'ail, barré d'une croix historiée. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile tendue au plafond de la chambre à coucher. La nuit, vers trois heures, au moment où l'insomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre au chevet de ma mère, la grosse araignée s'éveillait aussi, prenait ses mesures d'arpenteur et quittait le plafond au bout d'un fil, droit au-dessus de la veilleuse à huile où tiédissait, toute la nuit, un bol de chocolat. Elle descendait, lente, balancée mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait tête première, et buvait jusqu'à satiété. Puis, elle remontait, lourde de chocolat crémeux, avec les haltes, les méditations qu'imposent un ventre trop chargé, et reprenait sa place au centre de son gréement de soie...
( in « Ma mère et les bêtes « )

- J'avais douze ans, le langage et les manières d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était point garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout de deux longues tresses, sifflantes comme des fouets autour de moi. Elles me servaient de cordes à passer dans l'anse du panier à goûter, de pinceaux à tremper dans l'encre ou la couleur, de lanières à corriger le chien, de ruban à faire jouer le chat.
(…)
Nattée à l'alsacienne, deux petits rubans voletant au bout de mes deux tresses, la raie au milieu de la tête, bien enlaidie avec mes tempes découvertes et mes oreilles trop loin du nez, je montais parfois chez ma sœur aux longs cheveux. À midi, elle lisait déjà, le grand déjeuner finissant à onze heures. Le matin, couchée, elle lisait encore. Elle détournait à peine, au bruit de la porte, ses yeux noirs mongols, distraits, voilés de roman tendre ou de sanglante aventure.
( In « Ma sœurs aux longs cheveux « )

- Elle eut dix-sept ans, dix-huit ans, un teint comme un fruit abrité du vent, des yeux qui faisaient baisser les regards, une démarche apprise on ne sait où. Elle se mit à fréquenter les «parquets» aux foires et aux fêtes, à danser furieusement, à se promener très tard, dans le chemin de ronde, un bras d'homme autour de la taille. Toujours méchante, mais rieuse, et poussant à la hardiesse ceux qui se seraient contentés de l'aimer.

( In « La petite Bouilloux « )

- Nous avions treize, quatorze ans, l'âge du chignon prématuré, de la ceinture de cuir bouclée au dernier cran, du soulier qui blesse, des cheveux à la chien qu'on a coupés -- «tant pis! maman dira ce qu'elle voudra!» -- à l'école, pendant la leçon de couture, d'un coup de ciseaux à broder. Nous étions minces, hâlées, maniérées et brutales, maladroites comme des garçons, impudentes, empourprées de timidité au son seul de notre voix, aigres, pleines de grâce, insupportables...
( In « Ybanez est mort « )

Fantastique

10 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 53 ans) - 8 décembre 2010

Personne ne sait raconter comme elle la langueur du temps qui passe, les bonheurs simples mais tellement forts, (sans que jamais ça ne soit mièvre et surfait), peu savent observer et décrire aussi bien qu'elle la nature, décrire la Bourgogne, les animaux et les gens.

Beaucoup de plénitude dans ce livre, qui apaise tout autant qu'il ravit.
A lire, et relire.

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