Ce jour-là de Willy Ronis

Ce jour-là de Willy Ronis

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Photographie , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Septularisen, le 19 décembre 2008 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 56 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (24 322ème position).
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UN «JE ME SOUVIENS»… EN PHOTO!

Willy RONIS est un photographe français né en 1910 à Paris. Dés 1926 il arpente les rues de Paris son appareil à la main, il se spécialise sur les images en noir et blanc prises sur le vif et généralement à l’insu des personnes photographiées.
Devenu reporter-photographe-illustrateur indépendant en 1937, il ne cesse de prendre des photos lors de ses «promenades». Après la Seconde Guerre mondiale il entre à l'agence Rapho et collabore Time ou Life.
Avec Robert DOISNEAU, Édouard BOUBAT, Pierre JAHAN et René-Jacques (René GITON) il est considéré comme un des plus grands photographes de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans les années 1970-1980, parallèlement à ses activités de photographe, il consacre beaucoup de temps à l'enseignement et crée même un cours d’histoire de la photographie.Il prend sa retraite en 2002.
Aujourd’hui l'œuvre de Willy Ronis est exposée dans le monde entier et ses images figurent dans les collections des plus grands musées.

Dans ce petit livre, sorte d’autobiographie (ou de testament) un autoportrait en photographies, il regroupe une cinquantaine de ses plus belles photos, des plus connues (Le petit parisien 1952…) à celles de sa collection personnelle, parfois jamais vues auparavant, (Le retour des prisonniers 1945…). Toutes les photos sont commentées d’un petit texte, («J'ai la mémoire de toutes mes photos, elles forment le tissu de ma vie et parfois, bien sûr, elles se font des signes par-delà les années. Elles se répondent, elles conversent, elles tissent des secrets.»...) qui raconte les circonstances de la prise de vue, et qui commence toujours par la phrase «ce jour là». Tout en commentant les photos il en profite pour nous raconter sa vie, ses photos, ses voyages, ses passions, ses virées dans les rues de Paris, sur les bords de la Marne…

Les photos sont, faut-il vraiment encore le dire, très belles, et malgré le passage «au format poche» restent tout à fait bien rendues, mention personnelle spéciale à «Nu dans la mansarde» 1949 et à «Les marchandes de frites» 1946, j’ai été aussi très agréablement surpris par les légendes des photos, notamment quand Willy RONIS présente sa philosophie de vie et de son art de faire des photos…
Certaines phrases méritent d’être citées : «Il y a parfois des moments qui sont si forts que j’ai peur de les tuer en faisant une photo… Quand l’image sera tirée sur le papier, est-ce que cette magie que j’ai sentie sera encore vivante , palpable ?» ou bien encore «Devant toutes ces photos, je sais que je reste dans le quotidien, dans ma réalité quotidienne, mais c’est ce que je suis. Je ne suis pas un romancier, je ne sais pas inventer, c’est ce qui est là, sous mes yeux, qui m’intéresse. Le plus difficile est d’arriver à le saisir…».

Seul point négatif que j’ai relevé, pourquoi les photos ne sont-elles pas présentées par ordre chronologique? Cela aurait apporté une dimension supplémentaire au livre…

Un merveilleux petit livre qui se lit en quelques heures, et que je conseille à tous, amateurs de photographie ou non, et qui nous fait découvrir en plus du talent de photographe, le talent de conteur de Willy RONIS…

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Les éditions

  • Ce jour-là [Texte imprimé] Willy Ronis
    de Ronis, Willy
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070358625 ; 8,10 € ; 23/10/2008 ; 191 p. ; Poche
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Fragments de vie, reflets d'un siècle

8 étoiles

Critique de Sundernono (Nice, Inscrit le 21 février 2011, 40 ans) - 14 avril 2011

Que puis-je rajouter aux 2 critiques précédentes ultra complètes? Je risque de faire dans le redondant.
Ce livre est un fragment d'une vie, celle de Willy Ronis, photographe humaniste qui par sa longévité, 99 ans tout de même, a su capturé l'essence d'un siècle.
A travers son regard sur différentes photos, choisies en fonction de leur dimension artistique, leur impact psychologique et sentimental, notamment au moment de la prise, Ronis nous reflète l'histoire et l'atmosphère d'un siècle, le XXe bien entendu, à travers son regard, celui d'un homme, d'un artiste humaniste.
Chaque photo est commentée par le photographe, on en apprend ainsi plus sur la vie de cet artiste: ses voyages, sa famille, son art. De plus le fait d'avoir parfois suivi le destin de certains de ses sujets est touchant (qu'est devenu le "petit parisien" par exemple?).
W. Ronis offre au lecteur une approche subjective de son art, par ses commentaires sur "l'instant", sur les techniques photographiques, le tout sans prétention et de manière abordable pour le grand public.
La retranscription des photographies est de très bonne qualité, surtout pour un livre en format poche, ce qui ne gâche pas notre plaisir.
On peut considérer ce livre comme une oeuvre testamentaire, celle d'un homme dont la contribution pour l'art que constitue désormais la photographie fut énorme. Un livre vraiment à recommander, seul petit bémol, ça se lit vraiment trop vite...

autoportrait

8 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 80 ans) - 4 février 2010

« Mon autoportrait, ce sont mes photographies » disait Willy Ronis, mort le 11 septembre dernier et qui fut avec Cartier-Bresson et Doisneau un des fondateurs de ce qu’on a appelé la photographie humaniste. De 1945 à 1968, elle a cherché à « privilégier la personne humaine, sa dignité et sa relation avec son milieu. Sa spontanéité était le signe de son authenticité » pour reprendre ce qu’en disait la commissaire d’une exposition organisée il y a trois ans sur ce mouvement qui n’en était pas un.

« Ce jour là » est un choix de photographies commentées par Ronis qui, pour chacune d’elles, raconte très simplement et très joliment comment il a été « amené » à prendre tel ou tel cliché. Son commentaire est donc toujours personnel et n’est technique que pour nous faire mieux comprendre ce qu’il a voulu nous faire ressentir. Ainsi de la première photo « Chez Maxe, Joinville 1947 où il capte le mouvement de trois danseurs, un homme avec deux femmes. « Il dansait comme un dieu…mais quand la musique s’est arrêtée…je me suis aperçu qu’il avait un pied bot. » Et l’histoire ne s’arrête pas là car Willy Ronis a voulu savoir ce qu’étaient devenus ces gens à qui il a donné une notoriété anonyme.

. Ce qui l’intéresse - je reprends ici ce que Septularisen, dans son excellente critique principale cite - c’est sa réalité quotidienne « mais c’est ce que je suis. Je ne suis pas romancier, je ne peux pas inventer et c’est ce qui est là qui m’intéresse. Le plus difficile est d’arriver à le saisir. » Pas romancier certes mais Ronis ne peut s’empêcher de se raconter des histoires, d’imaginer un avant et d’aimer connaître un après. Ici c’est une jeune et lumineuse tisseuse qui « essayait avec une belle délicatesse de renouer un fil qui venait de se casser » et dont le photographe découvrira plus tard par hasard le triste destin qu’il conclut ainsi : « Elle était fragile ». Là c’est un petit parisien qui porte une baguette de pain dont la photo, symbole de l’identité française de l’époque, fera le tour du monde sans que jamais, à la déception de l’auteur, le petit garçon, pourtant reconnu plus tard par sa belle-mère, ne se manifeste. Chez Ronis aucun voyeurisme et même au contraire une discrétion exquise quand il raconte avoir attendu trente ans pour publier une photo où il croyait avoir capté une « pudique et intense » complicité entre une infirmière et un soldat rentrant de captivité. Il a eu peur de trahir un secret et a attendu ce qu’il a considéré comme un temps de prescription.

Un conteur qui sait émouvoir en parlant avec beaucoup de pudeur de la femme qui a partagé quarante six ans de sa vie, Marie-Anne qui partit un jour dans le monde d’oubli et d’incohérence de la maladie d’Alzheimer. On la voit très belle en 1962 dans un paysage de pierres puis enfouie sur un banc dans les feuilles mortes d’un parc, vingt six ans plus tard. A peine quelques mots et surtout ces deux clichés poignants qui disent la déconstruction d’une vie.

Ce petit livre de poche très bien fait est une bonne introduction à l’exposition parisienne qui sera consacrée à Willy Ronis en avril prochain. Bien plus que ça, c’est la rencontre avec un humaniste dont l’autoportrait est un regard affectueux sur des êtres qu’il respecte.

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