Notre-Dame de Tortose de Pierre Benoit

Notre-Dame de Tortose de Pierre Benoit

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Antinea, le 12 août 2007 (anefera@laposte.net, Inscrite le 27 août 2005, 43 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (21 410ème position).
Visites : 5 850  (depuis Novembre 2007)

Harem

Antioche, Constantinople, Tartous … C’est en Turquie et en Syrie que Pierre Benoît situe l’action de son roman. 1923, l’Empire ottoman a déjà éclaté. Roche, jeune Capitaine de l’armée française, quitte subitement Antioche pour Tartous. Il y est appelé d’urgence par Armène Hadjilar, veuve du riche Elias Hadjilar, préposé à la cassette impériale ottomane, homme rusé qui a su se défaire des anciens maîtres du pays, et faire preuve de discrétion face aux nouveaux, afin de conserver une fortune spoliée. Accompagné du Père Englebert, tout entier absorbé par un projet fou - célébrer la Pâques en l’église de Notre-Dame de Tortose, depuis longtemps désertée par ses fidèles –, Roche s’élance vers Tartous, l’ancienne Tortose d’un antique empire, à la rescousse de la belle Armène. Il faut dire que cet appel ravive un feu que le militaire ne peut éteindre : voilà quelques mois déjà qu’Armène, sa maîtresse, s’est éprise du lieutenant Ménétrier, qu’elle veut épouser. Même évincé, le pauvre Roche en pince toujours pour elle. Mais, lorsque, dans la pénombre de la demeure Hadjilar, Armène – plus belle et désirable que jamais, c’est bien sa chance ! – lui demande de l’aider à ce que ce mariage ait lieu, Roche déchante. Au fond de la pièce, baignée par la lumière blafarde d’une veilleuse, une statue de la vierge les regarde. Armène avoue l’existence d’une terrible menace dont elle est la cible, un chantage immonde qui a pour but de salir sa réputation et d’anéantir son projet de mariage. Et l’homme qui ourdit le complot est un ancien employé de confiance de feu son mari, un acteur et un témoin de sa vie passée qu’il menace de révéler au fiancé ignorant. Armène raconte alors au Capitaine l’histoire de son enfance et de sa vie, une histoire faite de massacres, de fastes et d’infamie, sous le regard de la statue à laquelle s'est liée son existence. Des montagnes au Bosphore, du couvent au harem le destin d’une femme-esclave s’écrit dans la langue envoûtante de l’auteur, riche et suave.
Le combat des femmes et les atrocités commises par les hommes, thèmes chers à l’auteur, sont ici dépeints de façon grandiose, s’octroyant même le cadre somptueux du Harem du Sultan Abdul-Hamid. Rien n’échappe à la plume de Pierre Benoît, ni les aurores sur le détroit du Bosphore ou les montagnes sèches de l’Anatolie, ni les fastes du palais impérial, microsociété où le destin des femmes, conditionné par leur beauté et leur fécondité, n’admettait aucune faiblesse, favorisait la compétition acharnée.
Si cette vision majestueuse revêt parfois un côté un peu granguignolesque qui pourra faire sourire le lecteur, qu’on ne relègue pas ce livre au rang d’un mélo exotique animé par une quelconque Marquise des Anges : « Notre Dame de Tortose » est une féerie de paysages, de situations, d’aventures et de mots, mais aussi, à sa manière un peu emphatique, un plaidoyer contre l’esclavage sexuel des femmes, crime malheureusement encore d’actualité.

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Un bon roman !!!

9 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 66 ans) - 27 avril 2012

Ce roman est paru en 1939, période qui va venir troubler de façon terrible Pierre Benoît. Il écrit une grande partie de ce roman à Saint-Céré où son éditeur Albin Michel lui demande de rester pour éviter les risques inutiles de la guerre potentielle. Gérard de Cortanze nous précise dans sa biographie que pour ce roman Pierre Benoît a demandé des éléments historiques et religieux sur la basilique de Tartous qui tient un rôle important dans le roman comme le lecteur pourra le mesurer…

L’écriture de ce roman correspond aussi à la rencontre avec Marcelle et le début d’une idylle merveilleuse qui durera jusqu’à la mort des protagonistes, au-delà même pour ceux qui y croient… C’est peut-être pour cela que les mots de ce roman sont encore plus fins et féminins que d’habitude chez ce romancier qui aime tant les femmes et qui vient d’en trouver une à la hauteur de son amour… Armène préfigurerait Marcelle, celle que l’on ne peut qu’aimer que de façon absolue et totale, celle que l’on respecte telle qu’elle est… et la comparaison s’arrêtera-là car il s’agit avant toute chose d’un roman et non d’une autobiographie…

Vous avez bien repéré le prénom de l’héroïne ? Oui, je ne vous ferai donc pas chercher trop longtemps où est la femme avec un prénom commençant par un A, A comme Amour, bien sûr ! Armène est donc une belle femme qui a un passé et c’est son histoire qui va être au cœur du roman. Pour nous plonger dans ce destin, Pierre Benoît met au point une stratégie terrible : une femme, Armène, appelle à son secours un homme, le capitaine Roche, pour la protéger d’un danger diffus qui l’empêche de convoler en bonnes noces avec le lieutenant Ménétrier. Le capitaine Roche va devoir lutter de toutes ses forces pour aider son rival dans le cœur d’Armène… mais si je vous dis cela ce n’est pas pour vous gâcher votre lecture car le plus important n’est pas là mais plutôt dans la nature de la menace qui plane au-dessus d’Armène.

C’est le passé d’Armène qui est en jeu mais je ne peux pas vous en donner toutes les clefs. Je vais donc me limiter à quelques éléments comme par exemple le fait que cette histoire va nous plonger au cœur de l’Empire ottoman. Souvent on parle d’exotisme chez Pierre Benoît, c’est bien souvent vrai, mais cette fois le cadre du roman ne constitue pas cet exotisme romanesque. Le Liban ou la Syrie à l’époque des grands mandats internationaux ne sont pas un cadre exotique, ce n’est que la normalité. Par contre, la vie à la cour du Sultan, au sein du sein de l’Empire, là, pour le coup, c’est l’exotisme total. Au-delà des détails et anecdotes nécessaire à l’intrigue, on y apprend beaucoup sur la vie au quotidien de cette cour et de son apparat, de ses traditions, de son mode d’organisation, de la succession des sultans… On apprend beaucoup sur cette femme et sa vie, sur ceux qu’elle a rencontrés et sur ce qu’elle est en train de vivre…

On comprend assez vite que cette histoire ne trouvera pas un happy end à l’eau de rose. C’est impossible. Par contre jusqu’aux dernières pages plusieurs issues sont envisageables et c’est ce qui fait le plaisir du lecteur…

J’ai pris un grand plaisir à relire ce roman que j’avais acheté en livre de poche au tout début des années soixante-dix. Après avoir lu le roman je l’avais gardé et c’est cet exemplaire que j’ai ressorti et lu pour en faire la critique à l’occasion de cette année anniversaire de la mort de l’auteur… J’espère que vous aurez envie de lire à votre tour ce roman qui vaut beaucoup plus que l’oubli dans lequel il était tombé… allez savoir pourquoi !

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