Une saison d'été de Elizabeth Taylor

Une saison d'été de Elizabeth Taylor
( In a summer season)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Dirlandaise, le 14 juillet 2007 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 67 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (21 746ème position).
Visites : 4 511  (depuis Novembre 2007)

Un été dramatique

Je résume l'histoire: Kate habite un village situé en banlieue, à environ une heure de route de Londres. Son premier mari, Alan, est mort et elle a épousé Dermot, un homme instable, sans travail et désoeuvré. Mais heureusement, Kate est riche et n'est pas trop affectée par l'oisiveté de Dermot. De son premier mariage, Kate a eu deux enfants : Tom qui travaille à l'usine de son grand-père Sir Joseph et Louisa, une jeune collégienne amoureuse du père Blizzard, jeune vicaire de la paroisse. D'autres personnages viennent se greffer à ce petit noyau : la tante Ethel, sœur de Kate et vieille fille de son état habitant avec sa sœur et se sentant toujours de trop, Charles, voisin et mari de la meilleure amie de Kate, Dorothea, décédée, Araminta, jeune mannequin et fille de Charles et Dorothea et dont Tom est follement amoureux, la cuisinière Mrs Meacock qui ambitionne d'écrire un livre et qui adore la cuisine d'influence américaine depuis qu'elle a servi chez des Américains.

Le récit s'étend sur une saison d'été où des drames surviendront, mettant fin à l'espoir de certains et causant des dégâts irrémédiables dans la vie des autres. Un très bon roman d'Elizabeth Taylor qui met en scène des personnages aux prises avec les difficultés de la vie, l'incompréhension, le manque de communication, le désenchantement et la solitude. L'écriture s'attarde sur les petits détails en apparence insignifiants, les dialogues creux, les mensonges et dissimulations des uns et des autres, les sentiments passionnés de la jeune génération. Tout est en demi-teinte et d'une fine subtilité que je retrouve toujours avec bonheur chez cette auteure talentueuse que je n'ai pas encore entièrement réussie à cerner. Certains thèmes m'ont fait songer à Barbara Pym, notamment les ennuis du jeune vicaire, le père Blizzard, en butte à l'hostilité de ses paroissiens et les problèmes domestiques de la cuisinière, Mrs Meacock, un personnage très amusant.

" Quelqu'un d'autre parlait dans une langue étrangère, et Mrs Meacock retourna à la cuisine. J'aurais dû y mettre du curry, songea-t-elle, pressant les mains contre ses joues en un geste théâtral. " Plus jamais ", dit-elle tout haut, à plusieurs reprises. Puis elle se ressaisit et recompta les assiettes à dessert. La charlotte russe était parfaitement réussie et il y avait aussi un plat du Buckinghamshire baptisé crème glacée. Si elle repartait un jour en voyage, elle avait l'intention de prendre la recette avec elle, pour l'échanger avec d'autres dans des régions plus exotiques. Sa simplicité, espérait-elle, exercerait un certain charme. Je devrais écrire un livre de cuisine, pensa-t-elle - Le Tour d'Europe d'une cuisinière. Elle cherchait continuellement des idées pour s'évader de sa prison. Mais le titre lui était venu trop facilement à l'esprit ; il paraissait si familier qu'il avait déjà dû être écrit par quelqu'un d'autre, supposait-elle. Quelquefois, elle envisageait de composer un roman ; car si la nature humaine, comme elle l'avait souvent lu, est le matériau brut du romancier, elle était convaincue d'en savoir autant que n'importe qui sur ce sujet, et d'avoir découvert un filon intéressant dans cette maison. Il est temps de prendre un nouveau départ, se dit-elle debout au milieu de la cuisine, devant les assiettes étincelantes et les desserts bien alignés. Enfin la cloche retentit et, lisant son tablier amidonné, elle se dirigea courageusement vers la porte. "

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Sensuelle Elisabeth...

9 étoiles

Critique de Malic (, Inscrit le 9 décembre 2005, 81 ans) - 23 juillet 2007

On trouve dans ce roman les qualités habituelles d’Elisabeth Taylor : attention portée aux êtres, à leurs bonheurs et plus souvent encore à leurs désenchantements, ironie discrète, finesse psychologique. Mais ce qui frappe avant tout dans cette «saison d’été », c’est sa sensualité. D’abord, une sensualité diffuse, liée à la langueur et à la splendeur de l’été, à l’exubérance de la végétation, des couleurs, des senteurs. Mais plus précisément, c’est une atmosphère de sexualité qui imprègne ce roman.

On imagine souvent que les romancières anglaises, jusqu’aux années 60, tout comme Jane Austen dont elles sont les héritières, parlent beaucoup d’amour mais ignorent le sexe. (On pense au titre impertinent de ce film anglais : « No sex for us, please, we’re english ! ») Or le sexe est rarement absent des romans de Barbara Pym, Anita Brookner ou Elisabeth Taylor, même s’il est le plus souvent simplement sous-entendu.

Dans « Une saison d’été », il est omniprésent. La relation de Kate et Dermot est torride, et Tom fait l’amour avec ses petites amies sur le siège de la voiture. Quand aux deux inénarrables vieille filles ( Ethel, la tante de kate et son amie Gertrude), ce sont de véritables obsédées, qui passent leur temps en spéculations sur la vie amoureuse de Kate.

« Une saison d’été » est un très beau roman, à coup sûr le plus sensuel qu’ait écrit Elisabeth Taylor. Certes, il ne faut pas s’attendre à y trouver des descriptions « hard », mais c’est tellement plus troublant. La nature, l’amour, la vie, y sont à leur point le plus ardent mais pendant tout le roman, on pressent combien tout cela est menacé : bientôt la morte saison et la tragédie…

Deux extraits :

« Il ramena ses épaules contre lui et glissa les mains à l’intérieur de son chemisier fin. Elle lâcha ce qu’elle cousait sur ses genoux et ferma les yeux, brusquement envahie par une sensation de vertige, par le désir. Une seconde, pressant la tête contre lui, elle eut envie qu’il la prenne ici, en ce moment même – en vue de la maison, avec Ethel qui regardait peut-être par une fenêtre d’en haut, Mrs Meacock qui sortait pour cueillir un peu de menthe, ou le jardinier revenant chercher quelque chose qu’il avait oublié ; mais la sensation extrême, après l’avoir entraînée dans les airs à un rythme vertigineux, l’abandonna de nouveau. Elle se sentait faible, vide comme une noix creuse, et il sentit que son pouls redevenait peu à peu normal. Il retira ses mains de son corsage et lui caressa les cheveux.
« Tu me prends trop par surprise, dit-elle.
– j’en suis heureux. » Il s’assit près d’elle et elle se remit à coudre.
« C’est une journée de surprises » dit Kate. »

« Je donne au maximum cinq ans à ce mariage, avait-elle écrit à son amie Gertrude. Sans vouloir être trop brutal, on doit admettre qu’elle s’est acheté un nouveau mari avec l’argent laissé par Alan, et qu’un jour Dermot finira par se lasser d’être sa propriété. Alors, quand l’aspect physique perdra de son importance, elle pensera qu’elle n’en a pas eu pour son argent. »
Quand Ethel et Gertrude se retrouvaient, elles parlaient souvent avec franchise de « l’aspect physique ». Ni l’une ni l’autre n’en avaient la moindre expérience, mais elles avaient beaucoup lu sur la question – même des manuels sur les techniques du sexe, selon leurs propres termes. Dépourvus de photographies, ces ouvrages étaient souvent déconcertants, et Ethel était tentée d’imaginer Dermot et sa nièce accomplissant d’incroyables exercices d’acrobatie. Néanmoins, aussi illimitée que pût être la variété de ses expressions, le sexe finissait par s’user – et Gertrude le pensait aussi. De par sa nature même, soutenaient-elles. »

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