Shelton
avatar 05/07/2024 @ 09:23:04
L’été c’est fait pour lire et à défaut de nous aider à prévoir le futur cela peut nous aider à comprendre le présent et à mesurer les qualités de certains acteurs passés ou présents de la politique française… A force d’entendre – même quand on est dur d’oreilles comme moi on ne peut pas échapper à certaines paroles – tout et son contraire depuis le 9 juin, date de la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, j’ai voulu retourner en « voyage » au moment de la fin de « règne » de Charles de Gaulle… Pour cela, j’ai choisi « Histoire de la République Gaullienne » de Pierre Viansson-Ponté.

J’avoue que dans ma famille de Gaulle n’était pas tant apprécié que cela mais le personnage ne manquait pas d’une certaine grandeur. Quand la France bascule dans Mai 68, crise qu’il n’a pas vue venir et qu’il ne comprend absolument pas, il donne le sentiment d’être dépassé, bousculé, désespéré. Il lui faudra plusieurs jours pour se reprendre (dont son départ en Allemagne). Il hésite encore entre accepter certaines demandes des manifestants, organiser un referendum ou dissoudre l’Assemblée nationale comme le demande Georges Pompidou. Ce sera la dissolution puis une nouvelle majorité (la plus grosse majorité de notre vie républicaine !), un nouveau premier ministre, un répit aussi pour le président…

Un an plus tard, ce sera le fameux référendum sur la régionalisation (en fait, pour ou contre de Gaulle !). Le Grand Charles se bat jusqu’à la fin pour obtenir le « oui » mais il est d’une grande lucidité avec ses proches : « Nous sommes battus, cessez de me raconter des histoires et de vous en raconter à vous-mêmes. »

Remarquez qu’aujourd’hui – je ne parle pas des discours politiques dans les meetings et à la télévision – un grand nombre d’acteurs politiques se « racontent des histoires » toutes plus fantastiques les unes que les autres… Les journalistes reprennent alors des scenarii étonnants, des plans B, C ou même D… Certains vont même jusqu’à croire que les « consignes de vote » pourraient avoir un impact et une efficacité sur les résultats… Mais, les temps ont changé et l’électeur n’est pas seulement alimenté par la télévision d’Etat et la grande presse nationale. Il y a les réseaux sociaux, les communautés diverses, l’individualisme absolu, l’absence de réflexion à long terme, le sentiment d’angoisse écologique, économique, politique, sociale… et vous pouvez classer le tout dans votre ordre, cela ne change pas beaucoup au résultat final… En 1969, de Gaulle a démissionné et il est définitivement parti… La République a survécu…

Après la relecture de cette somme de Pierre Viansson-Ponté, j’ai envie de vous dire de ne pas avoir peur… Votez en conscience, sans fléchir, la République française en a vu d’autres et elle finira bien par survivre en prenant la bonne direction même si cela prend un peu de temps, exige quelques périodes difficiles, des choix cruciaux à prendre, des actes courageux à vivre… En attendant, n’hésitez pas à lire sans répit et ne croyez surtout pas que tout était si beau et si facile autrefois !

Shelton
avatar 06/07/2024 @ 08:00:49
L’été c’est fait pour lire et, parfois, les évènements me poussent à changer mon plan de lecture, l’agenda de mes chroniques… Ce n’est pas de l’hésitation mais de la réaction à des évènements. Je ne pouvais pas anticiper la dissolution de la chambre, la poussée du Rassemblement National, la constitution expresse du Nouveau Front Populaire, le décès d’Ismail Kadaré… Il me faut donc réagir vite pour m’adapter à ces évènements. Pour les premiers, j’ai déjà proposé (et ce n’est pas terminé !) quelques lectures, pour la disparition de Kadaré ce sera aujourd’hui…

Jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, je ne connaissais que très peu Kadaré. En octobre 1990, il obtient l’asile politique en France et c’est probablement entre 1992 et 1996, que je vais avoir l’occasion de le rencontrer quelques fois et de l’interviewer trois fois si je me souviens bien. Cela s’est fait un peu par hasard grâce à son attachée de presse que je connaissais…

Il a donc fallu que je commence par le lire. Je ne vous dis pas que j’ai tout lu (il a beaucoup écrit cet albanais !) mais j’ai tenté de lire plusieurs ouvrages, d’époque différentes pour tenter de percevoir un peu mieux qui il était. J’ai tout de suite été fasciné par son écriture (la traduction de Jusuf Vrioni est excellente !), sa façon de raconter, sa capacité à parler de son pays tout en étant universel… Bref, je pense que nous avons là un grand écrivain. J’ai d’ailleurs toujours espéré qu’il recevrait le Prix Nobel de littérature mais ce ne sera pas le cas… Encore un qui vient sur la liste ouverte par Tolstoï des grands de la littérature qui seront passés à côté du Nobel…

Mais, revenons à Kadaré. Il a vécu longtemps en Albanie, une Albanie où sévissait la dictature d’Enver Hoxha. Kadaré saura écrire des ouvrages qui parleront de la dictature mais sans systématiquement s’attirer les foudres du régime. Un mélange harmonieux d’autocensure et de ruse lui permet de passer à travers les mailles du filet bien que le régime soit très dur ! En 1967, l’Albanie fait sa Révolution culturelle et elle envoie les intellectuels à la campagne, Kadaré vivra ainsi deux ans dans la montagne (en Albanie, il y a surtout de la montagne !). Il n’arrêtera pas d’écrire pour autant…

S’il fallait choisir un ou deux livres de Kadaré pour entrer au contact de son œuvre, je pourrais citer en premier « Le général de l’armée morte » ou « Le pont aux trois arches », deux ouvrages que j’apprécie beaucoup… Mais, je vais vous inviter à découvrir un texte très touchant, « La poupée ». En effet, c’est un texte de 2013, écrit en hommage à sa maman, accessible à tous les lecteurs. C’est à la fois un livre qui parle des traditions albanaises et un ouvrage qui est à portée universelle car très axé sur le moment où une femme quitte sa famille pour intégrer celle de son mari… Le patriarcat n’est pas l’apanage de nos sociétés occidentales…

Voilà, la disparition de Kadaré me touche beaucoup car c’est un homme de lettres que je connaissais, appréciais, lisais et relisais… Et, comme l’été c’est fait pour lire, il me reste ses ouvrages dans ma bibliothèque et c’est déjà beaucoup !

Shelton
avatar 10/07/2024 @ 08:05:53
Oui, je suis un peu en retard... Faute avouée, à moitié pardonnée... Non ?

Shelton
avatar 10/07/2024 @ 08:06:06
L’été c’est fait pour lire et ne croyez pas que j’oublie ma chronique… Mais, parfois, entre la campagne électorale et les évènements familiaux, le temps manque pour retranscrire par écrit ce que je dis à la radio. C’est ainsi mais on va tenter de rattraper le temps perdu même si pour la partie politique les affaires françaises sont loin d’être réglées…

Je vais commencer par revenir sur une célébration importante, celle du massacre d’Oradour-sur-Glane. N’étant né que plus tard, j’avoue que ce crime du 10 juin 1944 n’était qu’une date dans ma mémoire jusqu’au moment où je suis entré dans une famille dont une partie non négligeable – les grands-parents de mon épouse – vivait à Limoges. C’était d’autant plus important que l’autre moitié de la famille de mon épouse venait d’Alsace. Oradour ne pouvait que toucher cette famille et c’est le grand-père de Limoges qui m’a fait visiter les lieux il y a quelques années maintenant…

Je pense qu’il est inutile de résumer les faits et d’insister lourdement sur le drame en lui-même. 643 victimes de ce village moururent ce 10 juin 1944 par la barbarie de la division blindée SS Das Reich. Le village de la Haute-Vienne fut détruit et c’est par le feu que périrent presque tous ses habitants…

Pendant longtemps, les quelques survivants ne purent pas dirent grand-chose, écrasés par des faits tellement hors normes que les mots ne trouvaient pas leur place dans un discours cohérent. Il y eut un procès dont nous reparlerons pour quelques-uns des SS de cette division, des « malgré nous » alsaciens en particulier, et la décision de justice fit couler beaucoup d’encre dans les années cinquante…

Jamais les survivants et les familles n’avaient accepté que cet épisode soit repris dans une fiction, bande dessinée ou cinéma, et il faudra attendre ce quatre-vingtième anniversaire pour voir une bande dessinée sortir, « Oradour, L’innocence assassinée », de Jean-François Miniac pour le scénario et Bruno Marivain pour le dessin, aux éditions Anspach. La particularité de cette bande dessinée réside en quelques points…

D’une part, l’un des survivants, Robert Hébras, va accompagner le projet du début jusqu’à sa mort en février 2023, garantissant l’exactitude des propos de l’ouvrage. On suit cette journée du 10 juin 1944 avec son « personnage » si on peut dire. D’autre part, la contextualisation du drame est très précise pour permettre au lecteur de comprendre les différentes étapes et responsabilités de ce crime odieux, sans pour autant tomber dans un moralisme mièvre…

Mais, chose très importante aussi pour ne pas dire essentielle, nous avons là une véritable bande dessinée qui nous raconte cette journée de façon passionnante, haletante et dramatique. C’est à la fois mémoriel, narratif, humain, historique, prenant et vous pouvez mettre les adjectifs dans l’ordre qui vous convient…

Donc, puisque l’été c’est fait pour lire, n’hésitez pas à lire ce très bel album et, surtout, offrez le à tous ceux qui ont besoin de savoir jusqu’où la bêtise et l’autoritarisme peuvent conduire l’être humain…

Shelton
avatar 11/07/2024 @ 07:56:59
L’été c’est fait pour lire et je me permets de revenir sur ce sujet douloureux d’Oradour-sur-Glane car il y a au aussi dans les parutions liées à cet anniversaire des 80 ans de ce crime, un album très différent mais complémentaire de celui que je vous avais proposé hier. En effet, « Oradour-sur-Glane, 10 juin 1944 » est un documentaire BD et non une bande dessinée. On ne suit pas un ou plusieurs personnages mais on va s’intéresser à cette journée de façon didactique et pédagogique avec des textes et des parties bédé…

Treize chapitres vont structurer cet ouvrage accessible à un très large public (pas seulement les adolescents !!!). Chaque chapitre est comme une petite bande dessinée sur le thème et il est suivi de deux pages de documentaire très bien construites. On commence par le village, puis la division Das Reich, puis l’arrivée des Allemands… Je ne vais pas vous les citer tous mais c’est cohérent, progressif et on peut pour les plus jeunes lire cela en plusieurs fois…

Ayant parlé hier d’Oradour, je ne vais m’arrêter que sur certains éléments qui complètent et enrichissent la bande dessinée d’hier. Tout d’abord, la présentation de plusieurs survivants : Robert Hébras que nous avions déjà croisé mais aussi Marguerite Rouffanche et Camille Senon. Chacun est devenu un témoin, un militant et un acteur pour que nous n’oublions jamais ce village, cette population sacrifiée et ce crime dont la facture est horrible : 643 victimes, un village martyr !

Autre point important, la présentation du procès de 1953. 21 soldats de la Das Reich, dont 13 Alsaciens « malgré nous », sont jugés à Bordeaux. On commence à comprendre qu’il y a plusieurs niveaux dans l’acte de justice : la culpabilité (individuelle), la responsabilité (le procès de 1983 du criminel de guerre Heinz Barth est de cet ordre-là), la conciliation nationale (comment pardonner à des « malgré nous » sans heurter les familles des victimes ?), enfin, comment faire un tel procès au moment où l’on commence à vouloir réconcilier Français et Allemands ?

Cinq présidents de la République française viendront se recueillir à Oradour-sur-Glane, preuve de l’importance de ce lieu dans notre mémoire collective. La journée du 4 septembre 2013 marquera durablement les esprits avec la présence du président de la République française, François Hollande, et du président de l’Allemagne fédérale, Joachim Gauck. Cela restera comme une de ces images capitales que la France et l’Allemagne ont construite pour réaliser une union durable dans le temps, nonobstant les difficultés économiques, financières ou politiques qui régulièrement viennent brouiller la ligne Berlin-Paris…

Un très bon ouvrage signé Philippe Tomblaine (scénario et aspect documentaire) et Richier, Cerisier et Jouffroy pour les dessins. Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
avatar 12/07/2024 @ 08:27:10
L’été c’est fait pour lire et, comme je le dis souvent, j’aime me laisser porter par les rencontres improbables avec les livres… Durant la dernière campagne législative, certains se sont entredéchirés de façons sauvage et fraternelle autour de cette ville de Nice que je ne connais que fort peu… Or, durant cette même période, j’ai trouvé chez un bouquiniste « Quand les grands ducs valsaient à Nice » de Paul Augier. Je ne connaissais pas l’auteur, je ne savais pas que de si grands ducs avaient dansé à Nice, bref, il fallait que je parte immédiatement pour cette ville du Sud-Est, au moins de façon livresque…

L’auteur n’est pas un historien ou un romancier. C’est un Niçois passionné. Ayant épousé la fille de Jean-Baptiste Mesnage qui vient de racheter le Negresco et qui le confie à sa fille Jeanne pour le gérer, Paul Augier va vivre avec cet hôtel dans sa vie… Je ne détaillerai pas tous les éléments de la vie de cet homme d’affaires, juriste, acteur politique et résistant, mais nous garderons en mémoire sa passion pour Nice ! Il est donc normal de le voir nous raconter cela, surtout à partir du moment, au XIX° siècle, où la ville va devenir un lieu de villégiature de luxe…

On parle souvent des étrangers qui viennent prendre le soleil sur la Côte d’Azur mais les plus nombreux furent avant tout des Français, étrangers aussi car Nice n’a été rattachée à la France que le 14 juin 1860, sous Napoléon III. Après, il y eut bien les Anglais (il faut dire que la pluie londonienne peut lasser les plus courageux) et c’est aux Russes que Paul Augier va consacrer la plus grande partie de son ouvrage…

Alors, comment raconter un de peu de cette russification de Nice sans déflorer tout le livre ? Tout d’abord, les Russes se sont intéressés à Nice bien avant l’arrivée des oligarques poutiniens… Nice mais aussi Villefranche-sur-Mer et c’est ce que j’ai trouvé passionnant ! Je vous la fait brève : Les Russes ont toujours eu besoin d’un port dans une mer chaude surtout lors de leurs conflits réguliers avec les Turcs. Le port de Villefranche est devenu dès le XVIII° siècle, une escale de mouillage presque permanente. A partir de 1856 (fin de la guerre de Crimée), le duc de Savoie cède cette rade aux Russes. La noblesse russe découvre le bonheur de la villégiature au soleil… L’annexion de Nice à la France ne change que peu les habitudes russes… On pourra donc bien valser à Nice !

Cet ouvrage n’est pas que l’occasion de nous parler des Russes puis des Russes émigrés chassés par la Révolution… En fait, Paul Augier nous parle de sa ville et de la naissance du grand tourisme, des grands hôtels, de ce qui fera la richesse et la renommée de Nice durant le vingtième siècle… Mon seul problème personnel fut de ne pas pouvoir mettre d’images sur les lieux dont il parle… Peut-être, un jour, irai-je arpenter la promenade des Anglais, qui sait ?

En attendant, j’aurai découvert, par le livre puisque l’été c’est fait pour lire, la présence russe à Nice ! Bonne lecture !

Shelton
avatar 13/07/2024 @ 08:55:14
L’été c’est fait pour lire et je vous ai longuement raconté la naissance de la série Tanguy et Laverdure dans le journal Pilote sans vous parler trop du contenu. Il est donc temps d’ouvrir les albums de cette série…

Tout d’abord, intégrons bien le fait que Jean-Michel Charlier, en 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avait créé avec Victor Hubinon, une série dont les héros étaient des pilotes américains de l’aéronavale. A cette époque, il était de bon ton de rendre hommage aux militaires qui avaient lutté vaillamment contre les nazis et les Japonais.

En 1959, au moment de la création de Tanguy et Laverdure dans le journal Pilote, Jean-Michel Charlier souhaite rester dans le champ aéronautique mais avec des Français et probablement un humour plus marqué, du moins au départ. C’est ainsi que naissent nous deux héros, Michel et Ernest.

C’est avant tout une très belle histoire d’amitié entre Michel et Ernest, une amitié totale et sans faille, même quand Ernest se met dans des situations délicates, ce qui ne manque pas… Ce sont deux pilotes de chasse et on va les suivre quasiment du début de la formation jusqu’à la fin de la carrière. Enfin, disons qu’on les verra quitter l’armée dans certaines circonstances mais avec les reprises la carrière va durer plus longtemps que prévu. L’ancienneté, les grades, les bases… tout évoluera même le type d’avions !

Dans certains épisodes on en apprendra plus sur eux comme quand on découvrira le père de Michel car chez eux, dans cette famille, on est presque pilote de père en fils.

« Mon Grand-Père a été pilote de chasse de 1916 à 1918… Mon Père l’a été en 1940, il a fait toute la dernière guerre, deux blessures en service aérien commandé. Croix de guerre quatre palmes. »

Quant aux relations avec la maman, elles arriveront à leur moment, dixit papa, encore en activité : « Ta Mère est folle de peur ! ». Cela paraît normal, en ayant un mari et un fils pilotes dans l’armée française…

Michel est très sérieux, ne construit pas de famille même s’il lui arrive de temps en temps d’être amoureux. Ernest est très souvent amoureux, fiancé et presque marié… même si tout cela ne finit jamais très bien. Il aime aussi beaucoup les voitures, la belle vie, la prise de risque sans trop réfléchir et Michel le sort régulièrement du pétrin !

Mais je n’en dirais pas plus car cette série d’aventures est avant tout à lire, à découvrir sans trop se prendre la tête… Peut-être marquée par le temps qui passe, il n’en demeure pas moins qu’elle a encore ses lecteurs fidèles et que son lectorat s’est renouvelé. Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, pourquoi pas essayer ?

Shelton
avatar 14/07/2024 @ 08:37:30
L’été c’est fait pour lire et avant-dernière escale en compagnie de Patrick Modiano, lauréat du Nobel de littérature en 2014. Nous avons déjà feuilleté quelques livres et en voici un autre mais, rassurez-vous, on ne passera pas tout l’été avec lui et ses textes même si, à mon avis, ce serait un très bel été… Enfin, on parlera encore de deux ou trois livres de Modiano…

Aujourd’hui, je voulais vous présenter le romans « Une jeunesse ». Ce texte a été publié en 1981 et a été adapté au cinéma dès 1983 par Moshé Mizrahi, avec Ariane Lartéguy, Patrick Norbert, Jacques Dutronc, Charles Aznavour, Michael Lonsdale, Henri Tisot…

Cette histoire se déroule en 1965 à Paris. D’ailleurs, constatons que très souvent Paris est un personnage des romans de Modiano, un Paris nocturne, glauque, mal fréquenté mais un Paris incontournable pour lui de toute évidence… Nous sommes en compagnie d’un couple, Odile et Louis. Ils sont insouciants, vont se rencontrer, prendre la même trajectoire, vivre ensemble… A aucun moment du roman Patrick Modiano ne parle d’amour comme si ce sentiment était secondaire et pas indispensable pour vivre ensemble… A moins qu’il pose comme postulat, mais sans l’expliciter, que l’amour entre deux jeunes perdus dans Paris est évident et qu’il est même la seule planche de salut pour survivre !

Odile veut devenir chanteuse (mais on ne mesure pas une passion démentielle chez elle !) et elle a un protecteur qui peut l’aider… Louis, de son côté, cherche un travail et on lui en offre un particulier, bon salaire mais il ne comprend pas exactement quelle est sa mission… A moins que… Allez savoir…

Bien sûr, tout cela ne peut pas se terminer bien, on est quand même chez Modiano, sans pour autant finir en drame puisque l’on est chez Modiano… Bien sûr ! C’est là le paradoxe des personnages de Modiano qui subissent beaucoup sans pour autant sombrer totalement… Même si dans ce cas précis, dans « Une jeunesse », un personnage, Georges Bellune, finit par se suicider !

J’aime beaucoup les romans de Patrick Modiano, je pense que vous l’avez compris, et « Une jeunesse » est un livre que j’ai été très heureux de relire à l’occasion de la préparation de cette chronique estivale. D’ailleurs, chaque année, je relis au moins deux de ses romans pour ne pas oublier le talent de ce romancier. Et j’avoue que le jour où j’ai appris qu’il avait été distingué par le prix Nobel de littérature, ce fut un pur bonheur !

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, tentez « Une jeunesse » et n’hésitez pas à voir ou revoir le film éponyme… Bonne lecture et à demain !

Shelton
avatar 15/07/2024 @ 17:46:48
L’été c’est fait pour lire et je vous avais bien promis de parler régulièrement des lauréats français du prix Nobel de littérature car la France a bien été souvent mise à l’honneur dans ce domaine… Parlons donc de Sully Prudhomme (1839-1907) puisqu’il a eu le mérite, la chance ou l’opportunité d’être le premier à décrocher cette haute distinction… Et pourtant… on ne le connait plus trop aujourd’hui, on ne le lit plus et ceux qui le connaissent le critiquent beaucoup !

C’est un poète, spécialité aujourd’hui très peu mise en valeur, un Parnassien, mot ayant perdu son sens en dehors du club très fermé des experts de la poésie du dix-neuvième siècle et pour avoir pris le temps de relire certains de ses poèmes, j’avoue avoir souvent souffert sans éprouver d’émotions particulières, fortes encore moins…

Certains, de son vivant l’ont défini comme un romantique sage, un idéaliste inquiet, un spiritualiste sans la foi, un amoureux des mots même quand le sens disparaissait… Pour être parfaitement honnête, j’avoue connaitre une ou deux personnes qui l’aiment et le lisent avec plaisir. Mais les goûts et les couleurs…

A 42 ans, il est reçu à l’Académie française mais on sait bien que bon nombre d’académiciens tout en étant immortels sont totalement oubliés du grand public !

Alors, me direz-vous, pourquoi a-t-il été élu par l’académie suédoise alors qu’il était en course face à Tolstoï, Zola et Mistral ? En fait, les académiciens ont reproché à Zola et Tolstoï d’être trop sombres, trop engagés et pas assez idéalistes. Exit Tolstoï et Zola qui seront les premiers de la liste de ceux qui n’ont pas eu le Nobel alors que… Quant à Frédéric Mistral, ce ne sera que partie remise et en 1904, ce sera à son tour !

Sully Prudhomme utilisera son prix pour créer un prix pour les poètes lors de leur première édition ce qui permettra à son nom de rester dans les mémoires car pour le reste l’oubli est profond. Pas une plaque sur sa maison au 60 avenue Jean Jaurès à Chatenay-Malabry en Haut de Seine. On peut trouver sa tombe au Père Lachaise mais ne vous attendez pas à un super balisage !

Reste sa place en librairie où sortie de quelques ouvrages collectifs et anthologies, vous ne trouverez pas grand-chose. Personnellement, c’est dans le marché d’occasion que j’ai pu trouver quelques ouvrages comme « Les solitudes » ou « Stances et poèmes »… Mais tout cela ne m’a pas convaincu !

Comme l’été c’est fait pour lire, je vous conseille donc de vous plonger dans une belle anthologie de la poésie et une fois découvert le talent de Sully Prudhomme, vous aurez tout le plaisir de vous baigner abondement dans la poésie…

Bonne lecture !

Shelton
avatar 17/07/2024 @ 20:18:22
L’été c’est fait pour lire ! D’accord, diront certains, mais lisons en été des livres d’été ! Précisons qu’un roman d’été n’est pas toujours une romance mièvre et sans saveur… La preuve ? Ouvrez le dernier roman de Laurie Heyme et vous allez comprendre… Le titre porte déjà en lui une certaine saveur particulière, « La douceur du piment rouge ». Attention, on n’a pas dit « poivron rouge » mais bien « piment rouge » ! Oui, ce roman est le roman des contraires et des incompatibles… Pourtant, c’est le roman de l’amitié, du respect de l’autre, de la parole donnée qui est tenue… En même temps, entre nous, pour être amis, il ne faut pas être identiques ! Il faut au moins une certaine complémentarité, une alliance des différences, une forte attraction magnétique pôle positif/pôle négatif… Et c’est bien ce que va illustrer Laurie Heyme dans son histoire avec l’amitié entre Lorène et Giulia.

Parfois, on pourrait croire que la romancière force la dose… Pensez donc, Lorène perd ses parents dans un accident de voiture, elle se retrouve chez sa tante pour qui elle n’éprouve pas grand-chose et est incapable de verser une larme à l’enterrement de ces parents qu’elle n’appréciait guère… D’ailleurs, elle s’interroge sur elle-même et sa capacité à ressentir… Surtout que côté cœur elle n’est pas trop submergée ! Cette adolescente est donc un peu atypique et son seul point fort semble être une réelle passion pour l’art… Elle veut en faire son métier, sa vie !

Quant à Giulia, elle est plutôt ouverte à l’amour, au voyage, au tourisme, curieuse de tout ou presque. D’ailleurs, elle veut travailler dans le tourisme !

Ces deux jeunes femmes vont passer le bac, le réussir, et commencer, chacune de son côté, leurs vies d’adultes. Mais elles vont rester amies ou, plus exactement, le devenir de plus en plus. L’amitié n’est pas un arbre mort planté au fond du jardin, c’est une plante vivante, qui grandit, forcit, s’étend et devient invulnérable. C’est ce que l’on voit au fil du roman, une amitié si forte qu’elle résiste aux éloignements de la vie, aux expériences diverses, à la maladie, même à la mort…

Ce roman est touchant car il est écrit en donnant l’illusion de la superficialité tout en plongeant le lecteur (enfin, la lectrice aussi, je suppose !) dans la réalité profonde de l’humanité ! Et si, finalement, l’amitié était le sentiment fort sans lequel la vie serait d’une fadeur sans pareil ! Je crois que ce roman est avant tout un hymne à la vie, à l’amour, au soleil, à l’amitié et, ce, même quand il parle de la mort, du deuil, de la tristesse, du doute, de l’absence…

Un excellent roman estival (mais pas seulement !) qui fait réfléchir sans plomber nos vies, qui donne de l’espérance, qui réconforte, qui montre qu’autour du piquant du piment rouge, il y a toujours de la place pour la douceur de l’amitié !

Très bonne lecture à toutes et à tous !

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