Fanou03
avatar 08/05/2015 @ 15:49:59
J'avais (vainement) essayé il y a quelques années de lire en anglais ce beau texte de Stevenson. La traduction du terme "links" présent dans le titre original (The pavilion on the links) m'avait posé difficulté à l'époque. Dans l'édition critiquée par Pucksimberg, ce titre est traduit par "Le Pavillon dans les dunes". Je remarque que dans le tome 1 de l'intégrale des nouvelles de Stevenson, publié par Phébus / Libretto (http://editionslibretto.fr/integrale-des-nouvelles…), la nouvelle est intitulé "Le Pavillon sur la Lande".

Dans l'édition Libretto, la traductrice Isabelle Py Balibar introduit justement la nouvelle par une très intéressant note sur le terme "links" que je me permets de retranscrire ici. Remarquez que la traductrice n'évoque pas le terme "dune" dans les possibilités de traduction du terme "links", même si je trouve personnellement que "dune" et une traduction qui se justifie aussi, vu la localisation "littorale" de ce récit.

Le terme écossais links désigne un terrain moelleux et tourbeux, d'origine marécageuse (ce qui explique la présence des quicksands (= sables mouvants) dans le récit) et recouvert d'herbe rase. Stevenson n'hésite pas à en donner sa propre définition dans le cours même du récit, tant le mot est spécifique: "links being a Scottish name for sand which has ceased drifiting and become more or less solidly covered with turf".

Il est d'ailleurs passé tel quel en français. Cet usage particulier rendait impossible le maintien du mots links dans ce récit, et nous lui avons préféré le terme "lande", peut-être more or less satisfaisant (plutôt more que less) sur le plan de la stricte traduction ("lande" = moor), mais beaucoup plus évocateur et plus à même de rendre compte d'un état de paysage (comme on parle d'état d'âme) que tout autre mot tournant autour de l'idée de marais, de marécage, voire de tourbière.

L'emploi de ces derniers termes, eux-mêmes approximatifs, aurait transformé le terrain légèrement spongieux (
"more or less solidly") choisi par Stevenson pour cet épisode en un paysage "gorgé d'eau". C'est tout l’imaginaire du lecteur qui en aurait été changé, et les trahisons d'imaginaire sont les plus traitres de toutes, dit le traditore. Stevenson lui-même n'a-t-il pas baptisé le maître des lieux Northmour, "lande du Nord" ? En somme, la traduction a ses quicksands et son drifting que le puriste ne connaît pas: c'est une épreuve, mais de ces sables mouvants-là, on ne meurt pas.

A noter aussi que Wikipédia donne comme définition pour le terme links, en parlant du golf:

"Le terme links (en) est utilisé pour nommer les parcours de golf se trouvant généralement en bordure de mer ou en zone dunaire et qui ont la particularité d'être plus ensablés et plus venteux. Cela leur confère souvent une difficulté supplémentaire, car l'herbe est souvent moins dense et moins touffue sur les fairways. Un parcours célèbre est celui du Royal and Ancient de Saint-Andrews en Écosse. Par extension, on nomme plus généralement links les parcours qui répondent à de telles caractéristiques."

SpaceCadet
avatar 08/05/2015 @ 16:50:30
Dans une édition illustrée publiée en 1913 (voir le lien ci-après et cliquer sur les pages pour aller plus loin et ainsi visionner les diverses illustrations), il semble en effet que l'action se situe en région côtière. Dune ou lande?

https://archive.org/stream/…

Sinon il est mentionné sur la page Wiki en anglais qui est dédiée à l'Ecosse que les 'links' appartiennent à la côte est de l'Ecosse.

Quant au terme 'links', il serait d'origine écossaise mais proviendrait de l'ancien anglais.

Fanou03
avatar 08/05/2015 @ 20:42:56
Merci pour le lien SpaceCadet, elle est sympa cette édition ! Pour ça ressemble quand même plus à de la dune !

Page 1 de 1
 
Vous devez être connecté pour poster des messages : S'identifier ou Devenir membre

Vous devez être membre pour poster des messages Devenir membre ou S'identifier