Splendeurs et Misères des courtisanes de Honoré de Balzac

Splendeurs et Misères des courtisanes de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Ferragus, le 11 mai 2001 (Strasbourg, Inscrit le 8 mai 2001, 59 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (907ème position).
Visites : 13 426  (depuis Novembre 2007)

Le retour de Vautrin

Lucien de Rubempré qui était prêt à se suicider à la fin des "Illusions Perdues", est "sauvé" par l'abbé Herrera, homme d'église espagnol au physique aussi ingrat qu'inquiétant.
Le roman débute alors que se déroule le bal annuel de l'opéra de Paris, fête masquée prestigieuse. Rubempré qui avait quitté Paris déchu et ruiné, revient plus arrogant que jamais au bras d'Esther dite "La Torpille", jeune courtisane ensorceleuse. Il est suivi comme son ombre par l'abbé Herrera dont on découvre vite qu'il n'est autre que Vautrin, l'âme damnée de la Comédie Humaine. Un pacte quasi sanguin lie les 2 hommes dont l'objet sera de franchir une à une toutes les marches qui feront de Rubempré, l'un des éminents représentants de cette société parisienne clinquante et vaniteuse. A cet effet, Vautrin élabore un plan diabolique dont le but ultime sera que Lucien épouse Clotilde de Grandlieu, fille d'une de ces dix familles qui seules comptent. Avant il aura fallu extorquer à Nucingen les millions nécessaires pour qu'enfin une terre fonde dignement le nom des Rubempré. Il s'en faudra de peu que Lucien ne réussisse. Mais les menées tortueuses de Corentin et Peyrade, policiers vicieusement intègres, la réputation sulfureuse de Rubempré, ses faiblesses morales auront raison du bel échafaudage. Lucien et Esther suicidés, Vautrin trouvera encore la force de s'en sortir avec les honneurs après qu'un duel homérique l'ait opposé au juge Camusot. Les duchesses de Maufrigneuse et de Serizy, anciennes maîtresses de Lucien, sauveront l'ex-bagnard pour en faire finalement un chef de la sûreté…
Sommet de l'art balzacien parce qu'il en est la quintessence, ce roman fouillé, complexe, destiné aux initiés de la Comédie humaine, suscite pourtant, de bout en bout, l'avidité du lecteur par la richesse de son intrigue. Après un début étincelant (les quinze premières pages où se jouent le retour de Lucien à l'occasion du bal de l'opéra sont tout simplement époustouflantes), le récit semble s'assoupir puis reprend peu à peu du souffle pour ne plus jamais s'apaiser. Suspendu au destin de Rubempré, nous haletons aux différentes péripéties qui rythment son ascension et c'est avec dépit que nous voyons lui échapper les fils d'une destinée promise brillante.
Mais plus que tout, et comme à l'habitude chez Balzac, ce sont les destins croisés de personnages moult fois rencontrés, leurs ressorts, leurs faiblesses, leurs élans vitaux qui font ce roman, sa force. Les combats incessants, dantesques que mène Vautrin, contre ses ennemis, contre Lucien, contre une société dont il a décidé d'user jusqu'à terme toutes les lois non écrites; la folie aphrodisiaque de la duchesse de Serizy, la folie amoureuse de Nucingen, l'imperturbable banquier, le dévouement surnaturel d'Europe, les froids calculs de Madame Camusot, les haines viscérales de Corentin et de Peyrade; tout cela combiné donne corps, matière, âme et provoque l'envoûtement. Il faut se laisser porter, s'abandonner à ce torrent qui bouleverse, malmène parce que phrase après phrase nous pénétrons toujours un peu plus dans les tréfonds de la nature humaine. Nous participons ainsi à une comédie qui n'a jamais cessé depuis 150 ans et dont Balzac est l'illustre révélateur.

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Lucien, le fade !

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 62 ans) - 1 février 2021

Les éditions modernes de Splendeurs et misères des courtisanes présentent ce texte comme un ensemble suivi et homogène, et c'est certainement un des plus saisissants tours de force de Balzac que d'être parvenu à faire, d'un roman rédigé sur neuf ans (1838-1847), publié sous toutes les formes de support disponibles à l'époque (feuilletons, volume séparé, œuvres complètes), et soumis à tant de réécritures, de corrections et de rectifications, l'assise centrale cohérente du monde fictionnel de La Comédie humaine.

L'auteur a souvent décrit une société masculine. Cette fois il parle de la femme. Quelle est la définition du terme COURTISANE. Non la courtisane n'est pas une dame de la cour royale qui cueille les fleurs pour en faire de jolis bouquets. Le mot de l'époque était plutôt le moins discourtois pour dire "prostituée". Je pense que l'idée de Balzac est plus sympathique : la courtisane serait la jeune femme seule, c'est à dire « courtisable ». Elles sont lingères, domestiques, danseuses, se livrant à une prostitution légère afin de survivre et de pouvoir avoir des contacts sociaux. Elles sortent ainsi de leur misère en attendant.... ? Entretenue, en passe de l'être ou rejetée, la courtisane sait calculer et surtout sait demander.

Nous retrouvons donc Lucien de RUBEMPRÉ, celui là-même qui avait ruiné sa sœur et son meilleur ami d'Angoulême, en signant de faux billets à ordre pour payer ses dettes de jeu et de sa vie parisienne. Recueilli au bord du suicide dans ILLUSIONS PERDUES par un mystérieux prêtre espagnol.
Ce Lucien nouvelle mouture est plus assuré et semble entouré d'appuis mystérieux et de ressources sûre. Mais un chat reste un chat ; sa lâcheté et son égoïsme font de lui un être fade,
Elle, la courtisane, c'est Esther alias LA TORPILLE. D'une beauté à couper le souffle elle développe un amour sans faille à Lucien. Mais elle sait où est sa place. Lucien doit faire un grand mariage avec une fille de la noblesse pour dorer sa toute neuve particule d'un titre et elle l'aidera, la mort dans l'âme, déchirée entre l'amour inconditionnel qu'elle lui voue et le désir de son bonheur.

Les grandes tragédies de Balzac ont une recette immuable : l'amour, la vilenie, l'argent, le pouvoir, la haine et la mort. SPLENDEUR ET MISERES est un des exemples les plus touffus de ce mélange. Publié en primeur dans un journal en épisodes, il a fait un monument du suspense dont tout le monde parlait. On s'arrachait Balzac et il alimentait toutes les tables en entrée comme au dessert.

Le texte se relit avec bonheur à condition de se plonger dans l'ambiance de l'époque. Les longues descriptions insérées sont judicieuses mais parfois pesantes. N'oublions pas que le grand homme était payé au mot et la multiplication des pages était tout bénéfice pour ce pondeur invétéré.

A ce stade de la lecture de la comédie humaine, les personnages deviennent familiers et il devient plus facile de se localiser dans les intrigues


PERSONNAGES

Dans un roman comme Splendeurs et misères des courtisanes, le nombre des acteurs n'est pas sans incidence sur le statut du personnage romanesque. Car, au-delà des quatre principaux héros, Vautrin, Lucien, Esther, Nucingen, il faut compter avec le cercle de leurs proches, comme Asie, ou de leurs antagonistes, comme Corentin ou Peyrade.

– ASIE : voir Collin, Jacqueline.

– William BARKER : voir Collin, Jacques.

– BIBI-LUPIN : chef de la police de Sûreté depuis 1820 ; a participé à l'arrestation de Vautrin dans Le Père Goriot.

– CAMUSOT DE MARVILLE (M. Camusot, dit) : magistrat ; fils de « papa Camusot », le protecteur de Coralie dans Illusions perdues ; successivement juge à Alençon, à Mantes et à Paris, puis président de Chambre à la Cour royale. Pour ses débuts voir Le Cabinet des Antiques, où il « a le nez de son nom ». C'est Amélie, son épouse qui a fait sa carrière.

– Jacques COLLIN : ancien forçat ; a pris les noms de Vautrin, Trompe-la-Mort, M. de Saint-Estève, Carlos Herrera, William Barker ; est le maître d'oeuvre de la destinée parisienne de Lucien de Rubempré ; voir Le Père Goriot, Illusions perdues.

– Jacqueline COLLIN : tante du précédent ; sa complice, connue sous les désignatifs d'Asie, de Mme de Saint-Estève ou de Mme Nourrisson.

– CONTENSON (baron Bryon des Tours-Minières, dit) : ancien espion, membre de la police politique. Pour son passé voir L'Envers de l'histoire contemporaine. Mais il y a évidemment des zones d'ombre dans sa carrière.

– CORENTIN : policier, principal adversaire de Vautrin, l'un et l'autre étant « d'atroces canailles » ; use parfois de fausses identités, se faisant appler M. de Saint-Estève ou M. de Saint-Denis. Pour ses origines et ses premières activités voir Les Chouans.

– EUROPE : voir Servien, Prudence.

– Esther Van GOBSECK (Fanny Vermeil, lors de la toute première mention, en 1835, du projet qui deviendra La Torpille) : ancienne prostituée, dite « la Torpille », maîtresse de Lucien de Rubempré ; chargée par Vautrin de séduire Nucingen ; ne reparaît pas directement dans La Comédie humaine mais est fréquemment mentionnée, dans La Maison Nucingen, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Les Comédiens sans le savoir, La Cousine Bette, Le Cousin Pons. Voir aussi Gobseck. Elle est la petite nièce du génial usurier.

– Clotilde de GRANDLIEU : fille du duc et de la duchesse de Grandlieu (Béatrix, Le Cabinet des Antiques) ; sa main est l'objet des ambitions de Lucien de Rubempré.

– Comte de GRANVILLE : magistrat respecté ; son mariage est un échec (Une double famille).

– Carlos HERRERA : voir Collin, Jacques.

– Mme NOURRISSON : voir Collin, Jacqueline.

– Baron de NUCINGEN : banquier, l'homme fort de la vie financière à Paris.

– PEYRADE : policier formé par Corentin, expert en déguisement. Sa fille Lydie Peyrade est l'innocente victime de la vengeance de Vautrin.

– Lucien de RUBEMPRÉ : né Chardon ; poète de province qui, par son alliance mystérieuse avec Vautrin, a réussi un moment à s'imposer dans la vie parisienne ; son histoire est le sujet d'Illusions perdues et du présent roman.

– M. de SAINT-DENIS : voir Corentin.

– M. de SAINT-ESTÈVE : voir Corentin.

– Mme de SAINT-ESTÈVE : voir Collin, Jacqueline.

– Comtesse Hugret de SÉRIZY : née Clara-Léontine de Ronquerolles ; maîtresse passionnée de Lucien de Rubempré. On la rencontre d'un bout à l'autre de La Comédie humaine, où elle compte divers amants. (Ferragus, Un début dans la vie, Le Cabinet des Antiques, Ursule Mirouët)

– Prudence SERVIEN : femme de chambre d'Esther, créature de Vautrin.

– TROMPE-LA-MORT : voir Collin, Jacques.

– VAUTRIN : voir Collin, Jacques.

Les rudes aléas de la haute société parisienne

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 44 ans) - 9 mai 2020

Rubempré reste jusqu'au bout victime de ses relations. Elles l'avaient mené à la ruine et aux portes du suicide dans les Illusions perdues, dont le sauve l'abbé Herrera, et le voici réapparaissant fringant au bras d'Esther, la reine des courtisanes intrigantes, dans les bals du tout-Paris, là où Lucien a multiplié les conquêtes chez les femmes de l'aristocratie qui ne voient pas cette apparition du meilleur oeil. Aussi Vautrin essaie-t-il de lui arranger un mariage avec une jeune noble, en extorquant d'importants fonds à Nucingen, qui a longtemps entretenu Esther. Aussi Vautrin continue-t-il l'escroquerie, à l'aide des anciennes maîtresses aristocrates de Rubempré, ces dernières arrivant à le promouvoir au sein de la police.

Les rebondissements fleurissent comme jamais, au point de rendre la trame narrative assez complexe, le ton est empreint de la verve habituelle de l'auteur, au service de l'analyse des recoins les plus obscurs de la haute société parisienne qui tient toujours à garder bonne figure, malgré ses méfaits et mésalliances. C'est assez jouissif, mais il faut rester attentif, afin d'arriver à suivre, et cela vaut bien la peine. Ce n'est pas un grand classique pour rien.

Quelle modernité !

10 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 48 ans) - 11 mars 2016

Un roman digne des meilleurs page-turners américains, une série de complots montée par le génie de Vautrin, tel un comte de Monte Cristo ou un Arsène Lupin maléfique. Instrument et victime de ces machinations, la belle Esther qui avait cru pouvoir échapper à sa condition de courtisane avant d’y être replongée par l’arrivisme lâche de Lucien de Rubempré. Mais ce roman n’est pas que celui des courtisanes, c’est celui aussi de toutes ces femmes mariées, certaines entichées de Lucien, qui manœuvrent elles aussi dans l’ombre pour sauver leur amant ou favoriser l’avancement de leur mari (elles nous rappellent utilement que, avant que l’esprit petit bourgeois ne triomphe avec la 3ème République, les femmes avaient toute leur place dans la société française et la marche du monde). C’est aussi le roman du crime, le crime violent des forçats et des bas-fonds et les crimes feutrés des manipulations financières et des calomnies.
C’est l’apothéose de la Comédie humaine, le monument vers lequel convergent les héros du Père Goriot, des Illusions perdues, de Gobseck, de La maison Nucingen...
Où est le Balzac qui écrira sur notre société moderne ?

Sublime

10 étoiles

Critique de Bérénice (Paris, Inscrite le 18 mai 2004, 36 ans) - 26 mai 2004

Je copie-colle ce que j'ai écrit dans ma critique d'Illusions Perdues...

" moi aussi je préfère Splendeur et misères. C'est moins entrainant, c'est moins impressionnant qu'Illusions Perdues, ou en tout cas moins constamment, c'est plus bancal, des hauts et des bas. Mais il y a Vautrin, le plus poignant, le plus fort des personnages de Balzac (oui oui, le Vautrin du Père Goriot) ; il y a sa bestialité, et il y a son amour pour Lucien ; il y a la belle Esther; et Lucien se fait plus discret, ce qui n'est pas désagréable (son caractère me mettait dans des rages parfois...). C'est très beau, c'est très sombre, j'ai eu des heures de colle à cause de ce bouquin, à force de le lire en classe, calé entre mes genoux, au nez et à la barbe de mes professeurs, incapable que j'étais de décrocher.

spoiler
Et pour justifier mon titre, je vous parlerai d'Oscar Wilde qui a dit un jour qu'il ne connaissait rien de plus navrant, de scène plus déchirante que le suicide de Lucien à la fin de Splendeur... il en a pleuré des heures entières !"

PS : c'est une phrase de Splendeurs et Misères qui a inspiré le titre 'les fleurs du Mal" à Baudelaire... je ne parviens pas à m'en souvenir, mais il s'agit d'une fleur cruauté, "la beauté dans le mal"...

Faust

10 étoiles

Critique de Alcofribas nasier (, Inscrit le 27 février 2004, 51 ans) - 3 avril 2004

Le personnage de Carlos Herrera, alias Jacques Colin, alias Trompe-la-Mort, alias Vautrin est sublime.
Les chapitres où abattu après la mort de son ami (et même un peu plus) il ne lutte plus sont très forts.
Un sacré roman qui ne doit pas effrayer par son épaisseur

superbe

5 étoiles

Critique de Pétoman (Tournai, Inscrit le 12 mars 2001, 46 ans) - 17 mai 2001

et sublime, Lucien de Rubempré en deviendrait presque attachant, le parvenu amoureux qui tombe dans la déchéance...mmm...j'ai adoré.

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