La découverte du ciel de Harry Mulisch

La découverte du ciel de Harry Mulisch
( De ontdekking van de hemel)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Manu_C, le 31 août 2005 (Inscrit le 19 août 2004, 52 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 465ème position).
Visites : 6 759  (depuis Novembre 2007)

Manipulation divine

« À travers les aventures de deux Néerlandais qui se rencontrent le 13 février 1967 près d'Amsterdam et tombent amoureux de la même femme, Harry Mulisch creuse la question du libre arbitre, qui hante toute son œuvre »

Cette description est empruntée au site de la Fnac, il n’est pas question de vous le résumer plus, car la découverte de l’histoire, sa structure, ses intervenants et son développement consituent l’intérêt de l’ouvrage…au final assez déroutant

Sa lecture est très agréable, style et rythme y contribuent beaucoup si le lecteur ne se laisse pas rebuter par de longs passages d’une érudition manifeste; on peut facilement se laisser captiver par des acteurs attachants aux relations surprenantes.

Cependant, la pirouette finale laisse un goût amer : fallait-il 1200 pages pour manipuler le lecteur entre libre arbitre et fatalisme et l’amener à réfléchir sur le sujet ? C’est tout le paradoxe de ce livre que les amateurs de Mulisch apprécieront mais qui pourra laisser frustrés bon nombre d’autres qui attendaient plus après un développement d’une telle ampleur. Cela dit, maintenant que vous êtes prévenus, vous privilégier le contenu à l’intrigue.

Très recommandable !

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

  • La découverte du ciel [Texte imprimé] Harry Mulisch trad. du néerlandais par Isabelle Rosselin, avec la participation de Philippe Noble
    de Mulisch, Harry Rosselin, Isabelle (Traducteur)
    Gallimard / Collection Folio.
    ISBN : 9782070418879 ; 15,00 € ; 31/01/2002 ; 1143 p. ; Poche
  • La découverte du ciel [Texte imprimé], roman Harry Mulisch trad. du néerlandais par Isabelle Rosselin, avec la participation de Philippe Noble
    de Mulisch, Harry Rosselin, Isabelle (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris)
    ISBN : 9782070733958 ; 15,99 € ; 10/11/1999 ; 688 p. ; Broché
»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Mission accomplie?

10 étoiles

Critique de Paofaia (Moorea, Inscrite le 14 mai 2010, - ans) - 19 janvier 2014

Ce gros roman sommeillait sur une de mes étagères depuis un bon nombre d'années.. Une lecture commune l'en a sorti, merci Pucksimberg!
Il est très difficile à commenter tant, c'est vrai, il est foisonnant et on sent que Mulisch a voulu y mettre tout ce qui lui tenait à coeur. En particulier, ce n'est qu'un petit aspect mais il m'a frappée, un règlement de comptes à sa manière avec son histoire familiale personnelle.

Alors.. Le Prologue est un dialogue entre deux personnages, et, quand on le relit , on s'aperçoit que déjà beaucoup de choses sont dites. Et que le chemin est tracé. Sauf qu'il y aura des détours, et beaucoup.

Le Chef n'est pas content, le Chef en a marre et il veut rompre l'alliance qu'il a conclue avec ses créatures, les hommes, devenus incontrôlables, ce qu'il n'avait pas prévu. Donc ce Chef charge ses sbires d'une mission . Ils sont deux, donc, celui qui transmet les ordres, et celui qui est chargé de les mener à bien et qui raconte comment il a procédé, c'était loin d'être facile. Ces deux personnages reviennent à des intervalles réguliers dans le roman, nous donner quelques éléments supplémentaires de compréhension.

Cette mission sur terre ne pouvait être accomplie que par un humain , mais pas n'importe lequel. Cet humain, il va falloir le créer et assez rapidement, tout doit être réglé avant le passage en l'an 2000 .
Efficacité, car les premiers ordres datent d'avril 1914, ce qui aurait nécessité quatre générations ne va finalement en prendre que trois, grâce au grand ménage humain de la guerre de 14-18. Il faut ce qu'il faut.
Et après, il faudra une rencontre, essentielle.Programmée. Celle de deux Prométhées modernes, un spécialiste des langues anciennes cherchant à comprendre les origines de la civilisation, et un astronome génial qui recherche, lui, le secret de la naissance de l'univers.

Et c'est parti pour l'aventure! Car c'est un roman d'aventure , mais quelle aventure, dans le temps, l'espace, les sciences, la philosophie et surtout l'Histoire.

J'ai trouvé ce roman très bien construit, avec certes quelques longueurs, passionnant et.. très drôle. Enfin, drôle.. Sarcastique.
Tout y passe, c'est très ironique, et rien n'est épargné. L'amitié, la famille, l'Homme bien sûr ( mais les femmes n'ont pas un beau rôle non plus , loin de là), les religions et ce personnage du Chef. Le mot de la fin est d'ailleurs un formidable pied de nez final , très amusante conclusion!
Et la politique.. alors là!
La politique est l'affaire de gangsters sublimés..
La politique serait absolument impossible sans la mauvaise mémoire de l'humanité
etc..:)

L'écriture est limpide, on ne se perd jamais, on ne s'ennuie jamais.
C'est en fait une réflexion brillante, noire mais pleine d'humour, dont le thème me semble être finalement: : Foi et connaissances sont-elles compatibles?
Vaste sujet.. auquel Harry Mulisch ne répond pas bien sûr, écrivant: La tâche première des écrivains , c'est de défendre une forme, pas de donner des réponses ni même d'exprimer des sentiments. Après, c'est au lecteur de jouer.

Un extrait:

.. la politique, ça ne signifie rien. Il y a toujours eu des naissances et des déclins d'empires mondiaux. La politique, c'est la ride sur les vagues dans la tempête, laquelle n'a aucune influence sur les vagues, car elles sont dues à tout autre chose-elles sont dues à la lune. Indépendamment des catastrophes anciennes surgissent désormais les raz-de-marée dévastateurs de la modernité: en contrôlant la nature de façon toute baconienne, les hommes vont finie par se consumer dans une explosion nucléaire, par brûler sous le trou qu'ils auront fait dans la couche d'ozone, par se dissoudre dans les pluies acides, par rôtir sous l'effet de serre, par étouffer sous leur propre nombre, se pendre à la double hélice de l'ADN, s'asphyxier dans leurs propres déchets: dans la merde de Satan , car ce n'est par amour de l'humanité que ce salaud a conclu son pacte avec elle, mais par pure haine de nous. L'enfer se déchaînera sur terre et les hommes se rappelleront parfois le bon vieux temps où ils nous écoutaient encore-mais plus probablement, ils l'auront oublié aussi. Ce ne sera même plus tragique, seulement misérable. C'est sans espoir. Laisse tomber.

Epopée des temps modernes

10 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 42 ans) - 6 janvier 2014

Le roman s'ouvre sur un dialogue entre deux êtres célestes qui ont une mission. Pour la réaliser, ils vont provoquer des rencontres et des associations pour mener leur quête. C'est ainsi qu'Onno Quist, spécialiste des langues anciennes, rencontre Max Delius, un astronome qui accumule les conquêtes féminines. Naitra une forte amitié entre ces deux hommes que tout oppose, à la fois sur le plan comportemental et sur leurs origines. Cette rencontre, tel le Big Bang, va modifier l'ordre des choses ...

Quel roman foisonnant ! On traverse le 20ème siècle bouillonnant avec ces personnages passionnés, curieux et cultivés. Il sera question de renvois à la seconde guerre mondiale, de la déportation des Juifs, du communisme, de certains dictateurs ... Cette traversée n'est que spatiale, elle est aussi temporelle. On se retrouve à Cuba en train de discuter de révolutions, en Italie au milieu de splendeurs du passé, en Israël, aux Pays-Bas ... Le lecteur plonge aussi dans des considérations plus savantes : architecture, peinture, astronomie, politique, religions ... "La découverte du ciel" est en quelque sorte un livre total qui évoque le monde, les hommes, l'univers. Il pose même des questions métaphysiques et la plupart des réflexions sont franchement intéressantes, avec une pointe de provocation.

Le roman est captivant et alterne des passages narratifs, des séquences descriptives, des dialogues dans lesquels le lecteur ressent le plaisir de ces personnages qui débattent et parlent de tout, des scènes d'amour, tout ceci avec de l'humour et un sens de la répartie. Et que de personnages marquants ! Cette belle au bois dormant ! Ce garçon à la mèche blanche qui fascine tout le monde ! Cette Sophia si froide le jour, si sensuelle la nuit ...

C'est un roman que l'on ne peut pas résumer. Il est à la fois trop riche et à la fois tellement singulier qu'il ne faudrait pas gâcher le plaisir de futurs lecteurs ... C'est un roman où tout devient possible. Harry Mulisch a de l'audace, il ose aborder des domaines très variés, dose avec finesse les diverses composantes de son roman. L'impossible ne l'est jamais pour cet auteur qui semble hanté par la seconde guerre mondiale et qui cherche à donner un sens au monde moderne dans lequel nous vivons.

A découvrir !

8 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 48 ans) - 29 août 2008

Un pavé philosophico-mythologique de plus de mille pages pour voyager à travers la vie, en quelques dizaines d’années. La vie d’Onno Quist et Max Delius en première partie, puis celle de « leur » fils Quinten.
Une structure en quatre parties entrecoupées de curieux échanges, disons pour simplifier entre Dieu et un archange aux tendances prométhéennes qui tire les ficelles de l’intrigue, à la poursuite d’un objectif qui n’apparaîtra qu’à la fin. Le « Prologue » n’est pas sans évoquer le début du Faust de Goethe entre Dieu et Méphistophélès.

J’ai eu le sentiment de lire deux moitiés de livre très différentes. La première (parties un et deux) est ma préférée, avec l'amitié improbable entre ces deux hommes. La seconde moitié (parties trois et quatre) en forme de roman d’initiation est centrée sur Quinten, sa naissance, son éducation, puis sa quête. Je ne dirai rien de cette quête, seulement que j’ai trouvé que sa clôture faisait trop deus ex machina (à tous les sens du terme…) et que la fin, si elle est symboliquement forte, véhicule un message qui fait un peu lieu commun. Au passif, on peut aussi noter les parties de jambe en l’air de Max qui finissent par être lassantes.
A l’actif, il y a la culture encyclopédique (musicale, littéraire, scientifique…) de l’auteur, des passages bouleversants (comme la visite de Max à Auschwitz ou la mort d’Helga), des analyses et réflexions profondes (sur l’amitié, la vie, l’amour, l’Holocauste, la paternité, le libre-arbitre), l’ironie (le voyage à Cuba ou la mort de Max) et les dialogues scintillants d’humour et d’intelligence entre Onno et Max, discours qui disparaissent malheureusement dans la seconde partie.

Bref, un excellent roman dense, inventif, dont on ne peut que regretter qu’Harry Mulisch n’ait pas complètement réussi à le maîtriser.

Note : avant d’entamer la lecture, il est recommandé de se documenter un minimum sur Francis Bacon (le philosophe, pas le peintre).

la découverte du ciel

10 étoiles

Critique de Annapurna (, Inscrite le 7 septembre 2005, 46 ans) - 7 septembre 2005

Découvert totalement au hasard, "la découverte du ciel " est une belle surprise!!

Tout y est : un style littéraire propre, une histoire surprenante, de nombreux sujets philosophiques, théologiques, artistiques : l'architecture, la musique, la linguistique, Dieu, la politique.. et puis plus sensibles : l'amitié, l'amour, la trahison, la paternité, l'éducation...

L'auteur nous surprend mais il nous dérange aussi car il ne laisse aucune chance à l'Homme.
mais ça réveille!!
un vrai bonheur : enfin un livre écrit d'une belle plume et qui vous sort de votre fauteuil.

Forums: La découverte du ciel

Il n'y a pas encore de discussion autour de "La découverte du ciel".