John Barleycorn: Le cabaret de la dernière chance de Jack London

John Barleycorn: Le cabaret de la dernière chance de Jack London
(John Barleycorn)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Déhellair, le 8 juin 2005 (Inscrit le 13 novembre 2004, 38 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 728ème position).
Visites : 9 719  (depuis Novembre 2007)

Dernier combat de London

London a écrit ce livre dans l'espoir qu'il viendrait définitivement sceller la prohibition, en l'inscrivant dans les lois de son pays. On pourrait qualifier ce récit autobiographique d'essai car il examine une partie de la société américaine du début du siècle dernier, explique comment elle ne peut éluder les sentiers détrempés d'alcool.
London a par deux fois, dans son enfance, bien malgré lui, goûté à l'alcool, en résulta deux cuites fameuses mais surtout un dégoût prononcé pour ces liqueurs qui lui restera ancré longtemps encore dans la vie.
Cet alcool, il le nomme John Barleycorn, marque de Whisky, bien connue aux Etats-Unis.
London devient par la suite, vers ses 14-15 ans un marin. Il fait désormais partie d'un monde où il est strictement impossible d'échapper à l'alcool, car tout rapport social, tout contact avec l'autre est bien souvent permis par l'alcool. La caramaderie consiste à répondre à la tournée que l'ami nous a offerte. Et s'ils sont six alors les tournées s'empilent. Ce n'est pas par ivrognerie que London boit, il n'aime pas la saveur de l'alcool, non, il s'agit de l'entregent, de la facilité de lier les contacts avec le premier venu lorsque l'alcool opère.
Et ses premières connaissances dans le milieu, London les a faites au Cabaret de la dernière chance.
L'auteur se remémore alors que le seul endroit public qui lui ait été ouvert n'est autre qu'un saloon, le reste des édifices publics demeure clos pour lui, l'inculte devenu "le prince des pilleurs d'huître".
Pas de considération de la part des institutions pour cette partie de la population.
London s'est noyé dans l'alcool durant son long séjour au milieu de ses marins, il ne doit son existence qu'à sa constitution exceptionnelle selon lui.
Des jours entiers parfois des semaines à rester grisé. En effet nous le savons l'alcool donne cette impression de romanesque, le monde est à nous quand nous sommes ivres, l'amitié croît en ces heures d'illusion. Mais ces instants que l'on oublie pas et qui nous marquent se paient s'ils se multiplient excessivement.
London n'est pas resté marin toute sa vie, il a ensuite tenté de travailler comme manoeuvre, mais l'exploitation là-aussi l'a poussé vers l'alcool, solvant du désespoir, facteur d'oubli de la débilité harassante de sa tâche.
Il s'est instruit car il comprit que seule la connaissance lui permettrait de gagner sa vie. Il délaissera l'alcool pendant des années car il le répète sans cesse il est nullement dépendant de l'alcool, en compagnie de ses amies il feint de boire car décidemment il déteste ce goût. Il devient l'écrivain que l'on connaît en trois années acharnées de travail, de sacrifice, de privations.
Il ne cessera dès lors plus d'écrire, de connaître les succès mais sera victime de mélancolie, les mondains, la célébrité l'ont terriblement déçu, tout cela l'ennuie, et pour égayer son existence, il va boire dans ce seul but mais il y prendra goût, fatale accoutumance.
Un ultime sursaut lui fit quitter cette dépendance, le socialisme dans lequel il s'est vivement engagé, la cause du peuple, cela l'amène, un temps à renoncer à boire mais London ne veut pas s'arrêter de boire cela lui apporte trop, dit-il, croyant avoir vaincu définitivement ce démon de John Barleycorn

London écrit toujours aussi nettement, limpide, persuasif, authentique. Il réussira son pari en 1919 la prohibition est votée mais lui, mort trois ans auparavant, ne verra pas les fruits de cet essai autobiographique quelque peu romancé.

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Les éditions

  • John Barleycorn [Texte imprimé], le cabaret de la dernière chance Jack London traduit de l'anglais (États-Unis) par Louis Postif préface de Jeanne Campbell Reesman
    de London, Jack Reesman, Jeanne Campbell (Préfacier) Postif, Louis (Traducteur)
    Phébus / Libretto (Paris. 1998)
    ISBN : 9782369145165 ; 9,10 € ; 26/09/2018 ; 272 p. ; Poche
  • Le cabaret de la dernière chance de Jack London
    de London, Jack
    10-18 / Collection 10/18
    ISBN : 9782264004314 ; 7,99 € ; 01/03/1974 ; 313 p. ; Broché
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Mémoires alcooliques

9 étoiles

Critique de Pierrequiroule (Paris, Inscrite le 13 avril 2006, 43 ans) - 4 août 2021

"John Barleycorn" (ou "Le cabaret de la Dernière Chance") est une autobiographie de Jack London sur le thème de l'alcoolisme, publiée en 1913, trois ans avant sa mort.

De cet immense écrivain vous connaissez sans doute les récits du Grand Nord ou du Pacifique. London a eu une existence bien remplie, d'autodidacte et d'aventurier. C'était un personnage d'une énergie peu commune. Malheureusement il est mort à 40 ans rongé par son addiction à l'alcool. Dans ces mémoires d'alcoolique, il raconte les différentes étapes de sa vie: son enfance pauvre à Oakland, son activité clandestine de pêcheur d'huîtres, ses errances avec les vagabonds du rail, ses périples au Klondike et dans les mers du Sud, son amour de l'étude, puis sa vie d'écrivain populaire dans le ranch de la Vallée de la Lune... Mais à chaque phase de son parcours, John Barleycorn, personnification américaine de l'alcool, tenait compagnie à London. L'auteur explique ainsi comment - après sa première cuite à l'âge de 5 ans -, il est devenu progressivement grand buveur, puis alcoolique dépendant, en proie à la dépression. Pour lui la société est la cause de cette déchéance, car à l'époque toutes les relations sociales entre hommes impliquent l'alcool - de la camaraderie de matelots aux dîners chics des gens de lettres. Pour attirer plus de buveurs dans ses filets, John Barleycorn se donne une image attrayante, celle de la chaleur du cabaret, celle de la convivialité et même de l'aventure. Le livre se termine sur un réquisitoire contre l'alcoolisme en tant qu'institution sociale. London souhaite d'ailleurs la mise en place de la prohibition - et son livre sera utilisé plus tard en faveur de cette mesure. Il croit fermement en des temps futurs, plus radieux, plus civilisés, où le cabaret sera banni et les jeunes gens plus sains. Il serait peut-être déçu de visiter notre époque...

Ayant récemment lu "Martin Eden", un roman fortement autobiographique, j'ai trouvé très intéressant de comparer les deux livres. D'autre part, ces confessions d'alcoolique, entreprises à la demande de sa femme, sont très touchantes car elles nous livrent avec sincérité ses rêves et ses angoisses existentielles. On en apprend aussi beaucoup sur son travail d'écrivain. Mais ce livre est avant tout une étude sur les effets cliniques et psychologiques de l'alcool, à travers de nombreuses anecdotes servies par la plume captivante de London. Je vous recommande fortement cette lecture pour entrer dans l'intimité d'un génie américain.

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