Mesopotamia de Olivier Guez

Mesopotamia de Olivier Guez

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par TRIEB, le 10 février 2025 (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 73 ans)
La note : 10 étoiles
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LAWRENCE D'ARABIE AU FEMININ

Certains personnages sont victimes d’une éclipse, d’une substitution, d’un effacement … C’est le cas de Gertrude Bell, anthropologue de formation, espionne par recrutement des services de la Couronne impériale Britannique, et diplomate par la force des circonstances. Dans son roman, Mesopotamia, Olivier Guez nous restitue avec brio et précision le portrait de Gertrude Bell. Très tôt dans son existence, elle acquiert des certitudes : sur sa destinée, les orientations qui vont imprimer un cours décisif à sa vie : « Elle avait douze ans. Elle espérait depuis sans bien comprendre quels seraient les signaux annonciateurs de l’épiphanie. Sa vie : elle parcourrait le monde, elle voyagerait. Elle leva les bras au ciel, triomphante. »
À propos de ses opinions politiques, Olivier Guez situe Gertrude Bell dans la droite ligne d’un impérialisme colonial des plus répandus à cette époque sur le continent européen, au dix-neuvième siècle et dans la première moitié du vingtième siècle : « À Cette époque- le milieu des années 1890- Gertrude était depuis longtemps une impérialiste convaincue. Elle compulsait le Times, champion de l’expansion, et la Pall Mall Gazette, chantre de l’impérialisme de responsabilité » Pourtant, le personnage de Gertrude Bell est ambigu : cette femme très cultivée et très lettrée, est amoureuse de l’Antiquité, du Moyen-Orient. Elle apprend le persan, l’arabe et rêve de jouer un rôle, comme femme, comme érudite, dans l’élaboration d’une nouvelle carte politique du Moyen-Orient, juste après la première Guerre mondiale. Autre contradiction de sa personnalité : elle n’est pas féministe et s’oppose au combat des suffragettes britanniques. Elle parvient, très partiellement, très imparfaitement à jouer un rôle diplomatique et politique au Moyen-Orient : ses avis et recommandations auprès du nouveau roi de l’Irak Fayçal, ne sont pas suivis d’effet ; Ce dernier la néglige. Elle n’est pas légitime, non plus, aux yeux de la classe dirigeante britannique, peu perméable aux innovations sociétales. Le parallèle avec Lawrence d’Arabie est évident. Olivier Guez évoque aussi les relations et échanges produits par ces deux personnages hors du commun et rendus à la vie civile, après avoir tenté d’influer sur le sort du monde. Mesopotamia est un roman riche en informations historiques, politiques, littéraires. Tout lecteur désireux d’y trouver des éclairages sur le temps présent le lira avec grand profit.

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