Failles ordinaires de Géraldine Lay

Failles ordinaires de Géraldine Lay

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Photographie

Critiqué par JPGP, le 28 décembre 2023 (Inscrit le 10 décembre 2022, 78 ans)
La note : 9 étoiles
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Géraldine Lay et les féeries glacées

Dans la préface (« Les pannes du mouvement ») au livre de Géraldine Lay, Jacques Damez montre comment par les photographies le regardeur est jeté dans « l’insécurité » : l’artiste « glace » le réel afin de faire surgir des doutes. Et ce au milieu des secrets les plus intimes. Les siens ou ceux des autres. Pour en suivre les traces elle sait se faire plus petite en sa traversée du réel. Les « failles ordinaires » font suite aux « histoires vraies » ( Galerie Le Réverbère, Lyon, 2011). Elles sont saisies à travers objets et corps où souvent navigue un érotisme à peine esquissé. Il existe toutefois et paradoxalement une sorte de "pornographie" si on entend par là qu'elle donne à voir de la façon la plus crue ce qui échappe à la vue.

Tout reste à la fois offert mais distancié. Car si la photographe n'a cesse d'entrer dans l’intime de l’autre ce n'est pas pour le hanter mais afin de rêver l'altérité. Fantôme ou réalité, l'autre sert donc d'appât ou d’abri à une identité supposée. Celle-ci ne se définit que par les dépôts à travers lesquels la photographe crée ses dépositions, ses procès figuratifs. A l’aide d’indices chaque photographie aborde les problèmes de la perception visuelle et la découverte du réel même si l’histoire qui se découvre reste opaque puisque Géraldine Lay se refuse à raconter quoi que ce soit qui ressemblerait à une confidence.

L’œuvre reste complexe car elle est explicite autant parce ce qu’elle montre que par ce qu’elle suggère. Restent des bribes, des reflets, des troubles qui renvoi implicitement à un hors-champ significatif. Tout demeure, comme l’écrivait Mallarmé, « à l’état de lueur et seulement, le temps d’en montrer la défaite ». Pour rester avec Mallarmé, « rien n’aura lieu que le lieu » mais il faut le comprendre tel un écrin labyrinthique.

D’un spectacle presque vide surgit l’appel à une supposée diégèse. Elle impose le questionnement du visible. Avec Géraldine Lay l’usage de l'intime n'est en rien un prétexte à des visions romantiques ou fantasmatiques. Pas plus à une atmosphère néo-réalisme. Chaque photographie reste une fête décalée capable de prendre le voyeur à son propre jeu. Les images errent entre vapeurs et couleurs plombées si bien que celui-là peut être roulé dans la blancheur de farine.

Jean-Pau Gavard-Perret

Message de la modération : Texte repris d'articles de JPGP de 2017-2018 principalement sur D. Menachem Lardet, « Elles deux » http://salon-litteraire.linternaute.com

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Les éditions

  • Failles ordinaires [Texte imprimé] [photographies de] Géraldine Lay [préface de Jacques Damez] [traduit par Jonathan Sly]
    de Lay, Géraldine Damez, Jacques (Préfacier)
    Actes Sud
    ISBN : 9782330009878 ; 25,00 € ; 30/06/2012 ; 140 p. Relié
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