Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bluewitch, le 16 décembre 2023 (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 44 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 574ème position).
Visites : 435 

Tramontane, Sirocco, Libeccio, Ponant et Mistral

Comme le dit son auteur, dont le bagage littéraire est rempli des épices scénaristiques du cinéma : un roman, c'est avant tout une histoire. Une histoire qui souffle comme un vent voyageant par monts et par vaux, campagnes et villes, s'agrémentant au passage d'effluves vivantes, contrastées, subtiles ou chargées. Un vent qui aurait son propre nom.

Avant tout une histoire, donc. Mais si Jean-Baptiste Andrea s'en contentait, l'aventure de Mimo et Viola ne déposerait pas son parfum de façon durable sur mon chemin de lectrice...

Dans un monastère isolé, en 1986, un homme s'éteint. Sa mémoire se retourne sur le chemin parcouru. Il n'est pas moine, mais il vit là, "veillant sur elle", depuis plus de 40 ans.

1916. Michelangelo Vitaliani, alias Mimo, orphelin de père à douze ans, souffrant d'achondroplasie, a des rêves évidemment bien plus grands que lui pour compenser sa petite taille. Sa mère, qui l'appelle toujours "mon grand", désargentée, l'envoie chez un "oncle" à Pietra d'Alba en Italie pour lui permettre de retrouver ses racines et un travail d'apprenti sculpteur. L'accueil y est brusque et violent. Commence alors un parcours chaotique, où son talent extraordinaire cherchera à tout prix les moyens de s'exprimer. Et puis il y a la rencontre avec Viola, sa jumelle cosmique, enfant d'une intelligence exceptionnelle, fille de la riche famille Orsini, indomptable et flamboyante. Se tisse entre eux une amitié improbable et secrète, nourrie de leurs singularités et de leur incessant combat pour exister au-delà des limites que la société leur impose.

Traversant les époques, les bouleversements connus par l'Italie durant deux guerres, chacun fera de son mieux pour déployer ses ailes, connaissant de fulgurantes ascensions et de terribles chutes. Mais toujours, leur amour comme un aimant aux polarités variables, sera la structure de ce récit poétique, passionnant, riche, aux mille nuances d'ombres et de lumières.

J'ai aimé l'éclosion de cette histoire qui s'est ensuite développée comme un végétal luxuriant et impossible à contrôler mais dont toutes les tiges et branches trouvent leur parfaite place. Les personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires, ont peut-être tout ce qu'il y a potentiellement de convenu sur le plan romanesque (l'oncle malveillant et violent, l'ami fidèle et son frère simplet, les alliés de passage parfois roublards, parfois influents et manipulateurs, etc.) mais se rencontrent parfaitement pour faire vivre ce roman d'une belle ampleur. Un roman ouvrant la voie aux questionnements philosophiques, politiques, émotionnels d'une façon qui n'est jamais tranchée ou manichéenne, mais bien l'écho de nos petites et grandes contradictions. La relation de Mimo et Viola offre une incarnation à ces liens presque mythiques, romantiquement bancals, impossibles, terriblement touchants. Il est inévitable de s'attacher à leur intensité, leur obstination, leurs orgueils, leurs fragilités.

Le style de Jean-Baptiste Andrea porte ce récit comme une mise en lumière, comme un faisceau nocturne révélant l'intensité et les contrastes. Un style précis comme un couteau et en même temps généreux. Avec humour, sagacité, richesse de références artistiques et socio-politiques, et puis, implacablement, tendresse et poésie, il nous emporte comme un vent (mais quel vent?) chaud et sec avant de nous déposer dans le lit moelleux d'une douce mélancolie.

L'art littéraire, comme l'art de la sculpture, c'est voir à travers les mots, comme on voit à travers la pierre le visage d'une Pietà, l'histoire de vivants qui n'existent pas mais qui portent en eux l'éclat de notre propre reflet.

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Un miroir moderne de l'illustre Michel-Ange

8 étoiles

Critique de Ori (Kraainem, Inscrit le 27 décembre 2004, 88 ans) - 4 février 2024

L’auteur a la bonne idée de faire sortir de l’ombre Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, né en France au début du 20è S et qui, porté par la magie de son prénom, jouira du même destin de sculpteur génial que le Michel-Ange Buonarroti du 15è S. en sculptant notamment une Pieta.

Malgré un manque d’émotion, ce roman est bien écrit, tout en souffrant de longueurs évitables. Il démarre autour de 1918, et nous fait vivre la mutation politique italienne avec notamment l’unification du pays, la montée de Mussolini, et la nomination de Mgr Roncalli au titre de pape Pie XII.

Un ouvrage lauréat d’un Goncourt (celui-ci de 2023) et qui ne soit pas un navet, cela mérite d’être souligné !

Créer malgré le fascisme

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 46 ans) - 14 janvier 2024

Le don de la sculpture permet au protagoniste, fort intuitivement dénommé Michelangelo, de surmonter les difficultés amoureuses, familiales, physiques, de richesse, politiques et sociales, pour établir des productions d'un intérêt fort particulier. Tout semble s'acharner sur ce personnage principal, alors que le sort finit par le préserver et le mettre en valeur.
Ce roman est beau, bien soutenu par une narration riche en rebondissement, un style simple mais assez beau. Il présente beaucoup d'attraits, à mes yeux. Il s'en émane une forme d'optimisme.

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