Cindy Sherman de Collectif

Cindy Sherman de Collectif

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Photographie

Critiqué par JPGP, le 24 août 2023 (Inscrit le 10 décembre 2022, 77 ans)
La note : 8 étoiles
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Cindy Sherman : féminisme et féminin

Cindy Sherman : féminisme et féminin

La photographie n’est pas le royaume de la facilité et sa prétendue liberté ne se laisse pas aisément conquérir. Certes aujourd’hui bon nombre de ses possibilités techniques laissent penser certains pseudo photographes qu’ils peuvent s’y  « exprimer » plus librement  qu’au moyen d’autres médiums. Néanmoins cette facilité libère souvent plus de tics qu’elle n’incarne des élands profonds. Cindy Sherman le sait depuis longtemps. Pour éviter les facticités et les facilités elle affectionne tout particulièrement des compositions incongrues et ambiguës à travers ses nombreuses séries d'images (le plus souvent des autoportraits). Elle y soulève – comme Orlan - d'importantes questions sur le rôle et la représentation de la femme dans la société et sur l’identité.

Comme le prouve cet ouvrage, la stratégie des narrations et des dramaturgies de Cindy Sherman éloigne de tout artifice par l’artifice lui-même. Il sert à faire émerger du quotidien un ailleurs. Qui n’est en rien une promesse de Paradis terrestre. La femme n’est plus seulement une image, la photographie non plus. Le corps présenté n’est plus celui qu’un voyeur peut pénétrer. Au mieux il rebondit dessus. Bref l'activité mimétique de la photographie capote.

De la même manière que dans le " Portrait ovale " de Poe, si la vie passe intégralement de la réalité à l'art, du modèle à la photographie. Mais contrairement à Poe avec Cindy Sherman ni l’une ni l’autre sont, à la fin, laissées pour « mortes ». Certes lorsque la photographe « arme » son appareil et qu’une femme modèle se trouve étendue sur un lit cela ramène ironiquement des scènes de meurtre façon des revues américaines et européennes du type « Détective » que l’artiste affectionne (elle n’a cessé de jouer avec). Mais avec elle le meurtre restera métaphorique.

L’Américaine n'a donc pas besoin d'aller jusqu'au bout de la logique que souligna Pierre Molinier : " lorsque l'artiste est incapable d'assumer son rôle et que son œuvre barre la route à cet autre qui n'est que lui-même l'alternative reste le meurtre-suicide ". Cindy Sherman ne barre pas la route : elle l’ouvre en soulignant l’équivoque que porte en lui le couple artiste et modèle (criminel et victime) : l'une est le produit de l'autre et vice versa. Plus que "meurtrière" de son modèle, l'artiste en demeure aussi l'esclave consentante. Au crime fait place un voyage initiatique. Il permet non seulement de prendre le bas pour le haut, l'obscurité pour la lumière mais offre la possibilité de reconsidérer les rapports humains et ceux que les spectateurs entretiennent avec leurs « chères » images.

Jean-Paul Gavard-Perret

Message de la modération : 2012 article sur des expos https://huffingtonpost.fr/actualites/article/…

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