Déserter de Mathias Énard

Déserter de Mathias Énard

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Pucksimberg, le 6 décembre 2023 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 44 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (49 975ème position).
Visites : 460 

Deux univers si différents et pourtant proches ...

Le dernier roman de Mathias Enard tisse deux trames qui semblent très éloignées au départ et qui s’éclairent par la suite. Dans un premier temps, le lecteur suit un déserteur dans un maquis d’un pays méditerranéen. Il se réfugie dans une masure liée à son enfance. Il y croise une femme accompagnée d’un âne. Dans un second temps, sur un paquebot non loin de Berlin, un hommage est rendu à Paul Heudeber, grand mathématicien, rescapé de Buchenwald. Il a toujours voulu vivre en RDA, fidèle aux idées communistes, ce qui ne l’a pas empêché d’entretenir une relation amoureuse avec Maja, la mère d’Irina qui relate ce colloque. Cet hommage se déroule en 2001, à la veille d’un épisode qui va faire chavirer la planète…

Ce roman peut désarçonner au départ avec ces deux histoires qui s’entremêlent et qui ne semblent pas avoir de points de communs flagrants. Le lecteur s’interroge et cherche des indices qui pourront raccorder les deux histoires. Ces dernières sont bien différentes : l’une nous fait découvrir la fugue de ce militaire dans des paysages du sud. Il ne se passe pas une multitude d’épisodes, pourtant le charme opère. L’autre nous fait voyager dans l’Histoire avec Berlin séparée par le mur, avec le passé de ce mathématicien durant la guerre, avec les mathématiques et la vision quasiment poétique qu’en avait Paul Heudeber. L’atmosphère décrite est plaisante et repose sur de nombreux personnages qui ont gravité autour de cet homme.

Ce n’est pas le meilleur roman de Mathias Enard à mes yeux mais il possède des qualités littéraires et sa construction est intelligente. L’Histoire traverse ce roman et la triste thématique de la guerre semble un fil conducteur. Le drame des tours jumelles semble rappeler que les conflits irriguent notre histoire. Est-il possible de déserter aujourd’hui ces événements quand la guerre est à nos portes ? Mais le roman ne fait pas sombrer le lecteur. L’amour occupe une place non négligeable avec Paul et Maja, cet amour entre la RDA et la RFA. Même après la chute du mur, Paul ne quittera pas cette zone …

Ce roman est intéressant, il mêle des univers qui paraissent bien différents et interroge son lecteur. J’ai aimé déambuler dans ce roman et ai particulièrement apprécié de suivre ce déserteur dont les sens sont accrus. L'écriture est travaillée et certaines pages sont belles, surtout celles où le narrateur ne met pas de majuscules au début de ces phrases. Elles ont un rythme particulier qui rappelle celui de la poésie.

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La mayonnaise n'a pas pris pour moi

5 étoiles

Critique de Nav33 (, Inscrit le 17 octobre 2009, 76 ans) - 7 février 2024

Le roman est constitué de deux histoires entremêlées , avec un découpage en chapitres distincts pour l'une et pour l'autre . Elles sont censées se faire écho. Cependant , elles sont très différentes , tant dans dans leurs univers que dans le style de la narration. Autant j'ai été subjugué par le parcours du déserteur (ex criminel de guerre ordinaire) , autant je n'ai pas réussi à m'intéresser à l'évocation du mathématicien rescapé de Buchenwald , ni de sa relation avec Maja , ni du récit qu'en fait Irina , fille de Maja et historienne des sciences mathématiques. Je n'ai pas eu la patience de persister au delà de quatre ou cinq chapitres consacrés à cette partie du roman et j'ai enjambé les chapitres suivants pour suivre la fuite , l'errance et le retour à la vie du déserteur au contact de la nature et du pays natal , alors que la guerre continue à menacer autour de lui. Comment va-t-il se comporter quand son refuge est découvert par une femme également en fuite avec son âne …
Cette partie du roman est très poétique , visuelle , pleine de senteurs de couleurs , de fulgurances. L'autre récit , pour la partie que j'ai lue, est terne , alambiquée , et pour moi d'un ennui absolu.
Peut-être suis-je passé à côté de quelque chose ?

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