Le petit goût sucré du pire de Adrienne Dizier

Le petit goût sucré du pire de Adrienne Dizier

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Kinbote, le 1 mai 2023 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 65 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (25 408ème position).
Visites : 887 

Un délicieux recueil d'aphorismes

Avec "Le petit goût sucré du pire", Adrienne Dizier donne son premier livre, un recueil d’aphorismes qui fait joliment signe vers la poésie du quotidien, en disant le doux-amer d’une existence un rien désoeuvrée (« Je ne sais pas quoi faire de ma vie quand je ne suis pas chez le psy ou sur mon tapis de yoga. ») d’une trentenaire qui « flotte dans [sa] vie comme dans un pantalon trop grand », en partageant son espace tendre avec un chat qui lui « ramène plus d’aphorismes que de rongeurs ».

D’emblée, pour installer l’hôte lecteur dans sa bulle élective, elle cite au gré d’un phrase Doris Day, Francis Cabrel, Françoise Hardy, Marina Abramovic.

Les coups du sort, les affections qui sont le lot de chacun de nos jours comme des siens sont comme amortis par les notations qu’elle en tire avec une discrétion qui vire à l’élégance. Elles sont autant de messages personnels (« Si tu crois un jour que tu m’aimes »), sur un ton désinvolte qui n’exclut pas la gravité de l’existence.

"Vivre d’espoir me désespère", écrit-elle justement.

Ou bien : "Triompher de sa journée, miracle quotidien."

Et : "Je rêve d’une vie de mère au foyer dont mes enfants seraient mes livres."

Mais aussi : "Mes mots me ressemblent, avec leurs petites têtes d’anges déçus."

Dans ces pages, il y a beaucoup de marques de tendresse mais aussi quelques échappées plus fiévreuses dans le registre de l’intime.

Et des amorces d’intrigue comme celle-ci : "Je me pensais célibataire avant de tomber sur cette brosse à dents inconnue."

Adrienne Dizier parle d’un nez enrhumé comme d’"un petit avion / dont les ailes sont amochées". Une fête d’anniversaire est pour elle l’occasion d’"avoir une bougie de plus pour éclairer le chemin".

Elle écrit : "C’est seulement quand j’ai levé les miens que j’ai vu que le ciel me mangeait des yeux."
Il faut croire que le ciel a bon goût, le petit goût sacré du meilleur ?

Ce délicieux recueil d’aphorismes est le centième publié par les Cactus Inébranlable Editions en douze années d’activité, et c’est bien qu’il soit le fait d’une jeune femme qui débute dans la littérature sous les meilleurs auspices.

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Aphorismes au féminin

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 77 ans) - 26 mai 2023

Pour le centième numéro de sa célèbre collection « Les P’tits cactus », Cactus inébranlable éditions à eu le bon goût et l’élégance de le confier à une femme, elles sont pourtant bien rares à s’exercer à ce genre littéraire, quelques-unes seulement parmi la centaine d’auteurs publiée dans cette collection. L’éditeur la présente comme « Casanière, artiste dans l’âme et saltimbanque occasionnelle, assurément peter panesque , elle écrit des aphorismes entre deux paréidolies et trois cuberdons ». L’éditeur, toujours lui, révèle que son œuvre est : pensées, visions fugaces, ruminations, mélancolie, irrévérence, un peu, ... J’ai trouvé aussi de belles formules poétiques comme celle-ci : « Ce ne sont pas des fleurs que je jette à tes pieds, juste des pétales de mon cœur ». N’est-ce pas joli ?

Cette jeune auteure apporte un peu de fraîcheur dans cette collection, elle aborde des thèmes nouveaux ou peu souvent évoqués que certains marqueurs contemporains datent bien : « Erreur d’envoi de mail // Electrooniquée », « … On se croirait dans un épisode des Télétubbies ». Comme j’ai des petits enfants je connais ce dessin animé sinon, je passerais à côté de cette citation. Ainsi, Adrienne contribue à l’élargissement du lectorat de cette collection. Cent opus, c’est le bon moment pour changer, pour s’ouvrir vers d’autres mondes…

Dans ces aphorismes, on la devine un peu : « Elle mettait de l’huile partout pour glisser sur la vie », « Je suis une enfant perdue et ce n’est pas la vieillesse qui va me faire grandir », « Je suis un être binaire ; quand je ne pleure pas, j’invective », « Je crois que je tiens plus de l’épave émotionnelle que de l’éponge ». Mais, elle ne parle pas que d’elle, elle évoque aussi son désabusement : « Faire les choses à moitié et boire une bière sans alcool » et son désespoir « Une fois de plus, mes larmes on ajouté leur grain de sel ».

On sent bien la fille désabusée, en manque de confiance en elle, mal aimée, mal préparée pour la vie mais pleine d’esprit, de finesse et d’empathie mal récompensée. L’amour n’est pas son domaine de réussite : « Un seul ex vous manque // et tout est exterminé ». Cet aphorisme que j’utilise comme conclusion me semble bien la résumer : « La vraie indépendance : chaque jour se sauver la vie soi-même ». Courage Adrienne, la vie est belle quand les mots chantent et tu as le talent nécessaire et la voie adéquate pour les faire pousser la ritournelle de la vie !

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