L'Être à l'enfant de Sophie Brassart

L'Être à l'enfant de Sophie Brassart

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Kinbote, le 20 novembre 2022 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 63 ans)
La note : 9 étoiles
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Cette pluie barbare des pensées

Voici un poème d’une quarantaine de pages, à raison de deux strophes de quatre vers libres par page, chaque fragment étant subtilement articulé au suivant, ce qui autorise deux modes de lecture ! C’est le quatrième recueil de poésie de Sophie Brassart qui a aussi peint l’œuvre figurant en couverture du recueil.

Sophie Brassart est poète et peintre. Entre autres projets artistiques, « elle a réalisé une fresque regroupant vingt visages de poètes contemporains exposée de manière pérenne à l’Université de Caen ».

Ce texte d’un seul tenant comme écrit dans un souffle, dans l’élan d’une vision, englobe le proche et le lointain et permet les rapprochements les plus singuliers, toutes les audaces poétiques. Sophie Brassart use sans afféterie de tous les ressorts de la typographie, notamment des crochets, pour rythmer, moduler son propos au cours de cette traversée du ciel des mots en images en quête de l’enfant à re-être, vers le lieu de « l’inaltérable blessure », sur laquelle l’événement n’a pas prise ; blessure fétiche qui marque notre appartenance à l’espèce humaine en même temps qu’elle nous en démarque.

Les yeux sont ouverts sur ce qu’il y a à voir derrière la vue commune, alors que les gestes sont retenus, comme immobilisés, à l’affût du neuf, « avec pour seul miroir / ton cœur délivré de la posture ».

Le poème débute durant une nuit « où se résolvent les contraires », à la faveur de la lune qui permet de voir loin dans l’espace comme dans le passé.

" L’ombre

parcourt la vie de son labyrinthe muet

Pourquoi s’inquiéter

de cette longue étreinte "

Il s’agira d’étudier, entre rêve et éveil, sensoriellement, une Géométrie du soir, une géométrie du voir, entre les lignes desquelles « tout ce qui peut être ressenti / rejaillit en toi ».

" Est-on cette pluie barbare des pensées

qui écarte de l’espace où

se lit nue

la ligne des flammes ? "

Le poème se fait l’interprète du voyage que la poète a entrepris dans sa nuit – dans sa vie ?

" Le monde est entré en moi

Je l’aime tendrement

Sans avoir à le cueillir

Ni engendrer de nouvelles formes "

Ce beau texte propose ainsi dans le courant forcément tourmenté de ses vers des reflets à nos propres affects et le souhait en écho de retrouver la source, l’aube de notre ouverture au monde, où l’on n’est plus qu’être à soi, « clarté qui bourgeonne / par la fenêtre ».

" [C’est brisure d’avril
– ce long fusain de la pluie
salué par la fureur du merle –
C’est brisure spontanée

où les yeux ouverts
sur l’éclat du lierre
& le seuil
désignent le soir intime

Tes deux mains
retenues par l’ombre
cherchent un ciel nouveau
Quand les fleurs des pruniers tombent] "

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