Contes à rebours de Jean-Loup Nollomont

Contes à rebours de Jean-Loup Nollomont

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 25 août 2022 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans)
La note : 8 étoiles
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Entre l'aphorisme et la micronouvelle

Jen-Loup n’est pas un inconnu pour moi, j’ai déjà et lu et commenté deux de ses recueils, l’un d’aphorismes, « Pensées nyctalopes », et l’autre de micro-textes, « Cécité interdite », édités tous les deux chez le même éditeur que le présent recueil mais dans la désormais célèbre collection « Les P’tits cactus ». Comme le laisse supposer ces deux titres, Jean-Loup est affecté d’un problème visuel qui, s’il altère sa vue, n’entache en rien son acuité intellectuelle, sa finesse d’esprit, son autodérision et la qualité de son écriture. Dans son anthologie des aphorismes belges, Michel Delhalle le présente comme un individu n’ayant fait que des études relativement banales, « tout à fait secondaire… », ce qui ne l’empêche pas d’avoir une très fine perception des femmes et des hommes et de leur comportement en privé ou en société.

Dans ce recueil, édité dans la dernière-née des collections de Cactus inébranlable éditions, Microcactus, Jean-Loup Nollomont propose trois-cent-trente-quatre micro-textes numérotés, à rebours, de 333 à 0, des histoires courtes, voire très courtes, des micro-contes, des fabulettes. Des textes qu’on pourrait situer entre la micronouvelle et l’aphorisme, comme une idée que l’auteur n’aurait pas pu réduire suffisamment pour en faire un aphorisme, ni développer suffisamment pour en faire une micronouvelle, tout en en gardant la saveur fondamentale.

« Il revenait d’avoir été se faire foutre. Il n’y retournerait plus. » Celle-ci, elle est particulièrement courte mais elle aussi tellement savoureuse que j’ai eu envie de la partager avec vous. J’en ai noté quelques autres que je tiens aussi à vous rapporter. Notamment celle-ci qui montre bien la grande dérision et la résilience dont sait faire preuve Jean-Loup : « Lorsqu’elle reçut de son fiancé une lettre écrite en braille, elle se cacha le visage dans les mains et comprit que l’amour l’avait rendue aveugle ». J’ai bien aimé aussi les petites histoires absurdes, comme celle-ci : « Le sommet de l’échelle reposait à même le sol. Il était très facile d’y grimper pour aller cueillir au pied de l’arbre les pommes tombées au ras des pâquerettes », ou incongrues, comme cette autre : « Tous deux prenaient de la drogue. Lui en cachet. Elle en cachette ».

Jean-Loup a aussi l’art de dépouiller une idée au maximum sans en retirer une once de sens, d’humour, de drôlerie, … : « Il s’était offert de la raccompagner. Et il l’avait raccompagnée. Et elle s’était offerte ». Certains romans d’amour comportent moins de romantisme que ces quelques mots. Et certains livres dits un peu osés suggèrent beaucoup moins d’érotisme que cette toute petite histoire : « Je suis certain qu’elle ne porte pas de culotte. Je le tiens de mon petit doigt ». Les petits doigts ça sait tout, c’est bien connu, celui de Jean-Loup est particulièrement bien informé et très coquin !

Les Microcactus sont les livres idéals à lire pour patienter dans une salle d’attente ou voyager dans les transports en commun, on peut interrompre leur lecture à tout moment, n’importe où, et la reprendre sans jamais avoir perdu le fil de l’histoire, elles sont tellement courtes et ses succèdent sans aucun lien entre elles. Alors, un Microcactus aussi drôle que celui de Jean-Loup et vous pouvez faire un grand voyage comportant de nombreuses escales ou patienter dans une salle d’attente en étant sans cesse interrompu par u voisin trop bavard.

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