Ma philosophie de Stéphane Hessel, Edgar Morin, Nicolas Truong

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Philosophie

Critiqué par FROISSART, le 24 juin 2022 (St Paul, Inscrit le 20 février 2006, 75 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 303 

La critique de Patryck Froissart

Titre: Ma philosophie, et dialogues avec Edgar Morin
Auteurs: Stéphane Hessel, Nicolas Truong, Edgar Morin
Editeur: Editions de l'Aube, 2013
Collection: Monde en cours
ISBN: 978-2-8159-0828-3
76 pages
Prix en France: 7€

Après le succès phénoménal de son vigoureux manifeste « Indignez-vous! » publié en 2010, on ne présente plus le regretté Stéphane Hessel, décédé à 93 ans en février 2013.

Ce riche petit volume est fait de deux parties.

La première, sous le titre « L'espèce humaine n'a pas dit son dernier mot », est un dialogue entre le journaliste Nicolas Truong et le dynamique nonagénaire.

Edgar Morin se joint à Truong et à Hessel pour la seconde, intitulée « Réinventer la politique ».

Le premier titre exprime a priori la confiance indéfectible de Stéphane Hessel en l'homme, et sa certitude que l'espèce finira par s'ébrouer de ses travers tragiques, de ses élans de barbarie, de la haine qu'elle semble éprouver envers elle-même, de sa tendance maladive à l'auto-destruction.
Loin d'avoir perdu foi en ses semblables pour avoir connu les camps d'extermination nazis où a été sauvagement assassinée une partie de sa famille et de sa communauté, Stéphane Hessel tire de cette période tragique de sa vie une part essentielle de sa force de résistance:

« Cette expérience m'a indéniablement ouvert politiquement. Nous étions là, solidaires, à partager un douloureux quotidien entre des milliers d'Européens. Il y avait là un brassage, une génération qui a inventé un monde nouveau dans son opposition au nazisme... »

Le deuxième titre annonce une réflexion, menée conjointement avec Edgar Morin, sur le moyen d'y parvenir, par un militantisme imaginatif, par un changement créatif dans la façon de conduire les affaires de la cité, devenue aujourd'hui village mondial.
Car Stéphane Hessel, éminemment lucide, voit mieux que personne les cieux s'assombrir depuis quelques années sous les nuées noires des néo-nationalismes, en particulier en Europe, et plus encore en France où les idées nauséabondes de l'extrême-droite semblent dépasser les limites du lepénisme.

« Face à la crise économique... il convient de revenir aux valeurs démocratiques et de faire face au souvenir de Vichy, du dreyfusisme... à cette France réactionnaire qui ressurgit au gré des crises.La situation actuelle n'est certes pas aussi tragique que dans les années 1930, mais le poids qui pèse sur la France n'est pas moins lourd... »

Edgar Morin, dans cette introspection à deux voix, livre le secret de leur commune eau de jouvence protestataire, de cette longévité militante qui les anime encore tous deux en 2013:

« Nous avons su garder nos aspirations d'adolescents... Nous sommes animés par le souci permanent du destin de l'humanité... »

Le regard qu'ils portent sur la France contemporaine est sans concession, mais pour les deux camarades rien n'est irrémédiable, et le fatalisme est totalement absent des gènes d'un Stéphane Hessel. Tout problème de société a sa solution. Toute déviance hors des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité peut recevoir le traitement qui permet à la démocratie de retrouver force, vigueur et beauté.

« La métamorphose … est à la portée de toute société, à condition qu'elle développe une immunologie à l'égard de ce qui l'entoure: au lieu de mettre les Roms à la porte, qu'on les aide à trouver leur place... Au lieu d'enlever la nationalité à celui qui est né à l'étranger, qu'on l'accueille pour lui donner la possibilité d'être un Français même encore plus dynamique que ses camarades... »

Ressort clairement de l'ensemble de ces échanges le fondement philosophique de l'espérance que nous devons garder envers et contre tout. En toute grande crise de société résident deux solutions possibles:

« Quand un système n'est pas capable de résoudre les problèmes qui le menacent, soit … il s'enfonce dans la barbarie, soit il parvient à opérer une métamorphose... »

Est-il nécessaire de préciser ici que pour Stéphane Hessel, notre société en déconfiture parviendra à se métamorphoser ?

Foi en l'homme, fidélité aux valeurs de la gauche, vision positive du sens de l'Histoire, affirmation du pouvoir de l'art, y compris et surtout de la poésie: le message de Stéphane Hessel ne peut que rafraîchir le lecteur, l'aider à retrouver la force de contestation et la générosité qui sont le propre de l'homme libre.

En somme, une fois de plus, la lecture de la pensée de cet homme est régénératrice.

Patryck Froissart
Flic en Flac
Le 14 juin 2014



Les auteurs:

Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort le 27 février 2013, est un diplomate, ambassadeur, résistant, écrivain et militant politique français.
Né allemand, Stéphane Hessel arrive en France à l’âge de 8 ans. Naturalisé français en 1937, normalien, il rejoint les forces françaises libres en 1941 à Londres. Résistant, il est arrêté et déporté à Buchenwald puis à Dora et ne doit la vie qu’à une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus et à son évasion.

Il entre au Quai d’Orsay en 1945 et fait une partie de sa carrière diplomatique auprès des Nations Unies, où il assiste comme témoin privilégié à la constitution de la charte des droits de l’homme et du citoyen. Homme de gauche et européen convaincu, il est ami de Pierre Mendès France.

Stéphane Hessel est connu du grand public pour ses prises de position concernant les droits de l’homme, le problème des « sans-papiers » et le conflit israélo-palestinien, ainsi que pour son manifeste Indignez-vous ! paru en 2010, au succès international.

Edgar Morin est né à Paris en 1921.
En 1938, il rejoint le mouvement des Etudiants Frontistes, socialiste, qui s'oppose aux Nazis, et l'année suivante il entre dans la Résistance sous le nom de "Morin". A partir de 1958, il entre au Parti Communiste français, où il rencontre François Mitterrand. Etudiant infatigable, il entreprend un cursus de sociologie et devient professeur. Entre 1977 et 1991, il élabore une "méthode". Chercheur émérite au sein du Centre National de la Recherche Scientifique, Edgar Morin cultive la pluridisciplinarité et s'applique à analyser la société d'un œil malicieux.

Nicolas Truong
Né en 1967 à Paris, Nicolas Truong est journaliste au Monde de l'éducation, conseiller de la rédaction de Philosophie magazine pour lequel il a notamment coréalisé l'entretien entre Michel Onfray et Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne pour l'élection présidentielle. Fondateur de la revue Lettre (19989-1993), responsable du Théâtre des idées au festival d'Avignon depuis 2004, il a mis en scène La vie sur Terre, adaptation théâtrale de textes issues de la pensée critique, comme les Lettres, articles et essais de George Orwell. Il a déjà publié, avec Jacques Le Goff, Une histoire du corps au Moyen Âge (Liana Lévi, 2006).

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Forums: Ma philosophie

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Ma philosophie".