La Dérive des sentiments de Bernard Caprasse

La Dérive des sentiments de Bernard Caprasse

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Saigneur de Guerre, le 11 juin 2022 (Inscrit le 11 juin 2022, 64 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 105 

Une saga familiale riche en sentiments et en coups de théâtre

Belgique. Printemps 1919.

Il était une fois un gentleman-farmer de la noblesse belge qui, du fond de ses Ardennes, prenait plaisir à voir ses arbres pousser. Un jour, il fut amené à se rendre à Bruxelles, dans un hôtel particulier dessiné par Horta, en vue d’acheter à des nouveaux-riches un petit lopin de terre dont ceux-ci tenaient à se débarrasser car ils n’avaient guère envie d’attendre vingt ans pour le voir leur rapporter quelque menue monnaie.
Dans leur immense bonté, ce couple de grands bourgeois, à la fortune exagérément importante mais à l’éducation restreinte, avait pris à son service, en qualité de domestique, la comtesse Valensky qui avait fui les bolchéviques. Aussitôt qu’il la vit, le chevalier Jean de Sterpigny en fut bouleversé tant elle irradiait d’une classe, écrasant, et de loin, le peu de prestance de ses patrons. Jean en tomba immédiatement amoureux. Il se donna les moyens de croiser sa route et de lier connaissance. La comtesse en exil eut pour le chevalier les mêmes sentiments amoureux pleinement partagés. Un mariage s’en suivit. Sur les terres du chevalier, et notamment dans le village de Sterpigny, la comtesse sut immédiatement se faire apprécier par les habitants de la contrée. Elle convainquit son époux, notamment, de financer la construction d’une salle capable d’accueillir les fêtes de village. Ce ne fut point là chose aisée car son époux avait un côté très économe qu’on aurait pu qualifier de pingre…

Octobre 1921.

La comtesse était enceinte et le chevalier se réjouissait de voir ainsi sa famille adorée bientôt s’agrandir. Hélas, l’accouchement se passa fort mal et l’ami médecin appelé à la rescousse ne put arrêter l’hémorragie qui fit passer la belle et généreuse dame de vie à trépas. L’enfant put être sauvé. C’était une petite fille… malformée ! Elle avait un pied bot !

Critique :

J’avais adoré « Le cahier orange » de Bernard Caprasse et j’attendais avec impatience un nouvel opus. Le voici donc. Cette fois, les événements ne se déroulent pas pendant la guerre mais au sortir de celle-ci. La Grande Guerre en l’occurrence. Mais le récit se poursuivra bien au-delà sur quatre générations.

L’histoire de cette enfant, « cause » de la mort de sa mère, handicapée et rejetée par son père est bouleversante, mais pas larmoyante. La petite fut confiée à une fermière, madame Lescrenier, qui allait l’élever aux côtés de sa propre fille. Le chevalier dédommageait largement le couple de fermiers et verserait l’argent nécessaire à l’éducation de sa fille, mais ne chercherait jamais à la voir et lorsqu’il croisait la paysanne avec le landau contenant son enfant, il détournait la tête avec dégout.
Un an après le décès de la comtesse, la généreuse paysanne jugea que ce cirque avait assez duré et se présenta chez le chevalier avec l’enfant pour qu’il la reprenne. Jean de Sterpigny était perdu qu’allait-il faire de cette enfant ? Un accord fut conclu. Chaque semaine, madame Lescrenier se présenterait au château avec Héloïse et promit au seigneur du lieu que sa fille l’aimerait…
Ce n’est là que le début d’une saga familiale qui connaîtra d’autres protagonistes, d’autres mésaventures… Et une fin… Très intéressante…
Je m’en voudrais de divulgâcher la suite de ce récit très riche en péripéties où l’auteur dévoile le contenu des âmes humaines dans ce qu’elles ont de plus noble mais aussi de plus laid. Pourtant, je crève d’envie de vous raconter cette histoire qu’il vaut mieux commencer à lire au petit matin dans un endroit tranquille car, être interrompu, cela pourrait vous mettre de fort méchante humeur tant le récit concocté par monsieur Caprasse est addictif et riche en sentiments. Je l’ai lue d’une seule traite, en m’accordant une vingtaine d’heures de réflexion avant de rédiger mon petit laïus pour tenter de vous convaincre de lire cette histoire. Cela fait un petit temps que je n’avais pas lu sans discontinuer un roman de plusieurs centaines de pages.

Que ceux qui pensent que l’on a là un roman régionaliste parce qu’il se passe, en grande partie mais pas que, à la campagne dans un des coins les plus reculés et les moins peuplés de Belgique sachent qu’ils s’enfoncent le doigt dans l’œil jusqu’au gros orteil ! Oui, ce roman est situé dans un contexte géographique belge et, non pas dans une, mais dans des époques, il n’en reste pas moins universel. Monsieur Bernard Caprasse prouve qu’il est un très grand auteur.

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Forums: La Dérive des sentiments

Il n'y a pas encore de discussion autour de "La Dérive des sentiments".