Le voyant d'Étampes de Abel Quentin

Le voyant d'Étampes de Abel Quentin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Pucksimberg, le 16 mars 2022 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 42 ans)
La note : 9 étoiles
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Jean Roscoff, antihéros des temps modernes

Jean Roscoff est un universitaire qui a écrit un essai sur Robert Willow un poète américain venu en France dans les années 60 et qui a connu de grandes figures de la littérature comme Sartre ou James Baldwin. Ce poète est mort accidentellement en voiture. Jean Roscoff souhaite donc faire découvrir cet artiste méconnu injustement. Cet acte louable n’est pas vu comme tel ! Il a osé parler d’un homme noir sans mettre en avant la couleur de peau de ce poète. Les polémiques s’enchaînent : on lui reproche d’avoir eu l’attitude d’un homme blanc incapable de penser comme un homme noir. Cet engrenage est très bien dépeint par Abel Quentin qui explore ces groupes d’opposition et défense d’idées, ces personnes conscientisées que sont les wokes. Jean Roscoff est divorcé, alcoolique, a une fille en couple avec une femme militante intransigeante, très engagée pour protéger ses valeurs mais qui possède une grille de lecture du monde quelque peu rigide bien que ses idées soient audibles et valides. Notre antihéros est en prise avec toutes ses réactions soudaines et incontrôlables qui circulent vite avec les réseaux d’aujourd’hui. Il faut dire qu’il joue avec la malchance car son précédent livre sur les époux Rosenberg avait aussi rencontré quelques difficultés.

Ce roman est jubilatoire, intelligent et souvent amusant. Abel Quentin nous plonge dans le monde d’aujourd’hui et du débat d’idées et ose questionner sur cette génération engagée et parfois aveuglée par la cause unique qui fait sens dans leur existence. Certaines scènes sont vraiment truculentes et ce pauvre personnage, antihéros tragique des temps modernes, est en prise avec des jugements et des interprétations qui le mettent en difficulté. L’écrivain soulève le fait qu’il y a des sujets sur lesquels on ne peut plus débattre parce qu’il faut avoir une réflexion consensuelle. Pire encore : nous ne sommes pas tous habilités à parler de certains sujets selon notre couleur de peau, notre genre, nos idées politiques … Sartre déjà débattait de ce sujet quand on lui reprochait de défendre des causes populaires alors qu’il venait d’un milieu bourgeois.

L’écriture est vive et les chapitres brefs permettent de dynamiser le récit. Les dialogues aussi occupent une grande place dans ce roman réussi. Il y a les multiples scènes où Jean Roscoff est avec sa fille et sa copine, celles où il dialogue avec son éditeur tantôt soutien tantôt fébrile, les discussions avec son ex-femme … Ce roman est aussi une photographie du monde d’aujourd’hui, d’une génération qui a connu les débuts de SOS Racisme dans les années 80, du monde universitaire et de ses travers, du monde de l’édition mais aussi des prises de position sans appel de la jeune génération. Abel Quentin ne juge pas et entend tous ces points de vue différents, mais fait surgir intelligemment certaines dérives et certaines limites.

Un des meilleurs romans français du XXIème siècle à ce jour.

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