Une sortie honorable de Éric Vuillard

Une sortie honorable de Éric Vuillard

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par TRIEB, le 20 janvier 2022 (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 70 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (45 381ème position).
Visites : 532 

LE DESASTRE INDOCHINOIS

Voilà un récit qui ne laissera pas indifférent. Qu’on en juge : Éric Vuillard, dans Une sortie honorable passe en revue les causes immédiates de la défaite française en Indochine en 1954, concrétisée par la chute de Diên Biên Phu au printemps de cette même année. Et ce récit commence par l’évocation du débat tenu à la Chambre des députés le 19 octobre 1950. PMF, Pierre Mendès-France ainsi qu’il sera nommé plus tard, rappelle les députés à la plus cruelle des réalités : la France n’a plus les moyens de financer cette guerre perdue d’avance pour cette raison et bien d’autres …Éric Vuillard dépeint à cette occasion des parlementaires connus à cette époque : Edouard Frédéric-Dupont, surnommé par ses pairs Dupont des loges en raison de l’utilisation des concierges et autres gardiens d’immeubles pour le recueil de renseignements. Un autre député, Max Brusset, se distingue par un propos qu’il veut ironique : « Monsieur le président, vous avez plus d’égards pour M. Tillon que pour M. Capitant. » Autre point fort du récit : le ridicule des chefs militaires, tels qu’Henri Navarre, prestigieux saint-cyrien qui se pose des questions sur son choix d’avoir installé le camp retranché de Diên Biên Phu dans une cuvette …Et sur la prestation du général de Lattre de Tassigny à la télévision américaine lors de la célèbre émission meet the press, guidé par Henry Cabot Lodge dans l’élaboration de son interview.

Si les milieux politiques et les chefs militaires ne furent pas vraiment à la hauteur, qu’en fut-il des milieux économiques ? La Banque de l’Indochine s’enrichit pendant le conflit, alors que sa direction avait massivement désinvesti de l’Indochine depuis 1947. La sortie honorable , ce fut pour la France les accords de Genève, et bien plus tard la chute de Saïgon en avril 1975. Éric Vuillard, dans ce texte apparenté à un réquisitoire implacable car très documenté sur les institutions et le personnel politique de l’époque , nous rappelle à la fin de son récit le terrible bilan de cette guerre multi-décennale :quatre cent mille morts pour la France et les Etats-Unis ; du côté vietnamien , le nombre de morts est estimé à trois millions six cent mille morts, soit dix fois plus , autant que de Français et d’Allemands durant la Première Guerre mondiale . Tout est dit …

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Ah, que la guerre était jolie !

6 étoiles

Critique de Bernard2 (DAX, Inscrit le 13 mai 2004, 73 ans) - 16 février 2022

Dans un style romancé, et particulièrement caustique, l’auteur nous raconte cette guerre interminable, très coûteuse, tant en vies humaines qu’en argent gaspillé, et que l’on savait perdue d’avance. L’incompétence des dirigeants, militaires ou politiques, atteint des niveaux qu’on a du mal à concevoir, et que l’on masque par des éloges ou des remises de médaille. Mais la Banque d’Indochine tirera de cette hécatombe de juteux profits. La guerre n’aura donc pas été perdue pour tout le monde…
Si l’on connaît assez bien l’histoire de cette guerre, le livre a l’intérêt de donner un éclairage original, mais très orienté, partial à l’excès. Dans le cas contraire il n’apportera pas grand-chose.

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