ARDS de Jean-Louis Vanherweghem

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 27 décembre 2021 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 755ème position).
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La lutte finale

L’ARDS est l’acronyme anglo-saxon équivalent en français de SRAS qui signifie : syndrome respiratoire aigu sévère. Jean-Louis Vanherweghem, spécialiste en médecine interne et néphrologie, professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles, ex-doyen de la Faculté et recteur de l’Université toujours à Bruxelles a écrit ce court récit pour raconter les dix-sept jours passés par Michèle, l’épouse du narrateur, dans les services de soins intensifs de l’Hôpital universitaire de cette même ville. Je ne sais pas si l’auteur et le narrateur sont confondus dans le même personnage, le texte ne permet pas d’en juger.

Affectée depuis un certain temps par des douleurs d’origine apparemment liées au nerf sciatique, Michèle souffre terriblement, elle doit prendre régulièrement des médicaments de plus en plus forts : corticoïdes, dérivés de la morphine, etc… Lors d’une dernière crise son mari, le narrateur, décide d’augmenter encore la dose et d’emmener son épouse dans le sud de la France, à Fontvieille, pour changer d’air, se reposer et se détendre en essayant d’oublier la douleur sous l’effet de l’augmentation des doses médicamenteuses. Mais, une nuit après une belle soirée passée au restaurant sous un ciel étoilé, Michèle est prise de violentes douleurs à l’abdomen.

De retour en Belgique, un matin son mari ne peut la réveiller, elle est dans le coma, elle est hospitalisée et soignée par les meilleurs praticiens de la ville qui diagnostiquent un choc septique des suites d’une occlusion du colon qu’elle a trop long. Les antidouleurs ont occulté les douleurs abdominales qui auraient dû alerter la patiente et son entourage. Dès lors la course est engagée entre l’infection qui détruit ses poumons et les soins que lui prodiguent les médecins. Son mari est là tous les jours à son chevet, il dialogue avec les soignants, les guide, les stimule, les écoute et parfois refuse de les entendre.

Cette lutte dure dix-sept jours, pendant lesquels le trio patient, soignants, conjoint se soutiennent, se confrontent, s’affrontent dans un combat mortifère tout en sachant que le conjoint est, par sa formation et les relations qu’il entretient avec le corps médical, en même temps soignant et conjoint. Ce court récit expose avec précision et empathie les soins que doivent subir les patients atteints du SRAS, ils sont les mêmes que ceux reçus par les malades atteints d’une forme grave de la covid 19. Il montre également comment la tragédie se noue très rapidement autour d’un malade souffrant de cette affection.

Dans ce texte l’auteur met aussi en évidence un sujet qu’il a déjà exploré dans d’autres ouvrages : la confrontation du point de vue de la personne qui cherche à oublier sa douleur et de son entourage avec celui de la médecine qui cherche plutôt à éradiquer les origines du mal pour le vaincre définitivement. Une mécompréhension qui peut entraver des traitements nécessaires et même indispensables à la guérison du patient, une incompréhension qui démontre la nécessité d’un meilleur dialogue malade soignant.

Ce petit livre très documenté et très précis peut apporter à chacun un éclairage à méditer au moment où la pandémie sévit violemment sur nos territoires.

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Un médecin face à la maladie de sa femme

8 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 63 ans) - 15 février 2022

Le 9 août 2018 au matin, Jean-Louis Vanherweghem découvre sa femme inconsciente à côté de lui, « sa respiration profonde encombrée de râles humides ». Il appelle l’aide médicale urgente.

Le narrateur de ce poignant récit, qui se déroule sur dix-huit jours, n’est pas que le mari d’une patiente atteinte d’un ARDS – syndrome de détresse respiratoire (dont quelques mois plus tard de nombreux patients seront atteints pendant l’épidémie de Covid) -, il est, entre autres, médecin spécialiste et professeur de néphrologie à la retraite. Il a aussi été doyen de la faculté de médecine de l’ULB.

Tout au long de la chronique de l’évolution de la maladie de son épouse, jusqu’à l’issue fatale, il sera tiraillé entre sa raison de médecin et ses craintes et attentes de mari, au bord du désespoir à l’idée que la science médicale, dont il a suivi les progrès durant les cinquante dernières années, ne peut pas sauver sa femme. Le conflit intérieur opposera « le médecin, qui ne peut pas ignorer et le mari qui préférerait ne pas savoir ».

Durant ses relations avec le personnel médical ou soignant, qui plus est dans l’hôpital universitaire où il a exercé des fonctions importantes et où l’épouse sera transférée, il se demande s’il doit faire jouer ses relations, faire valoir son ancienne autorité et son passé d’homme influent pour obtenir des traitements de faveur, ce à quoi son éthique personnelle ne lui a jamais permis..

Quand il se résout à le faire, pour le bien, il va sans dire, de son épouse, il faut constater que cela n’apporte pas de plus car le personnel médical est de toute façon animé d’une volonté de soigner dans l’intérêt du patient. Tout au plus se rassure-t-il sur les diagnostics établis et les traitements suivis.

Au fil des jours, entre statu quo, régression ou progression de l’état de santé de la malade, le narrateur rend compte en termes techniques, expliqués en notes de bas de page bienvenues, des pathologies que le corps atteint accumule. Pour les profanes, le compte rendu journalier permet de se faire une bonne idée du fonctionnement du corps humain où une défaillance dans le mécanisme peut entraîner très vite le dérèglement en cascade des parties de l’ensemble, et cela n’est pas l’aspect le moins édifiant du livre.

Ce récit dessine aussi le portrait d’une femme rencontrée cinquante-cinq ans plus tôt par le narrateur dans le milieu universitaire, éprise de théâtre, mais aussi de littérature et de cinéma, passionnée et cocasse, qui sera animée sa vie durant d’une joie de vivre communicative.

La relation, écrite durant le confinement, fait aussi écho à la souffrance des patients mis sous respirateur artificiel pendant la pandémie et à l’impossibilité pour les proches d’apporter un soutien affectifs aux malades en fin de vie et, surtout « au courage de tous les professionnel des unités de soins intensifs pour leur compétence, leur courage et leur dévouement ».

Ce livre qui répond à la nécessité pour un homme de témoigner d’un épisode dramatique de son existence avec son regard de médecin se révèle riche d’humanité et d’enseignements.

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