Les jours fragiles de Philippe Besson

Les jours fragiles de Philippe Besson

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Clarabel, le 13 septembre 2004 (Inscrite le 25 février 2004, 46 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 939ème position).
Visites : 8 782  (depuis Novembre 2007)

Un roman magnifique, mais lugubre

Dans "Les jours fragiles", Philippe Besson se glisse dans la peau d'une femme : Isabelle Rimbaud, la soeur du poète. Ce dernier est rapatrié d'Afrique, à Marseille, où il est gravement malade et subit une amputation de la jambe. L'enfant du pays va rentrer sur ses terres des Ardennes, dans ce pays qu'il n'a jamais aimé et a toujours rejeté, comme ses origines, d'être un enfant de "gens de peu". Arthur est souffrant, convalescent dans la ferme familiale où vit encore sa mère, muette de réprobation et d'aversion, et sa soeur Isabelle, compatissante, frustrée et partagée entre son amour pour son frère et sa colère après lui. Lui à qui elle reproche, dans son journal, seulement par écrit, car il y a beaucoup de choses qui ne se disent pas de vive voix dans cette famille. Elle lui reproche donc d'avoir brûlé sa vie, d'avoir été au-devant de ses malheurs et des souffrances actuelles, se punissant lui-même mais aussi sa famille. Elle lui en veut mais sa foi chrétienne l'excuse et la rend sourde et aveugle, amnésique également. Pourtant Arthur, lui, brûle de retourner en Afrique, de retrouver un grand et dernier amour perdu, de se délivrer de ses démons et d'avouer des confessions choquantes aux oreilles de sa soeur restée vieille fille. En somme, ce roman est un étrange déballage de bons et mauvais sentiments entre un frère, une soeur et en filigrane une mère. Un portrait sans ambages d'un poète qui a perdu de sa superbe, d'une soeur qui tente d'analyser la vie des siens, le gâchis, les silences et la mort qui approche. Rimbaud est condamné et Isabelle écrit dans son journal ses derniers jours, ces "jours fragiles".
C'est beaucoup d'amour dans ce roman, mais c'est poignant, fataliste et implacable. On s'y trouve dans ces Ardennes grises et lugubres, durant cet été 1891, où les jours vont s'écouler comme des grains dans un sablier du temps. Fatalement beau mais sinistre.

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La discrète et le génie scandaleux

9 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 60 ans) - 2 mai 2020

" Les jours fragiles" de Philippe Besson (198p)
Ed. Julliard

Bonjour les fous de lectures ....

C'est toujours un réel plaisir de se plonger dans les romans de Philippe Besson.

L'auteur imagine les derniers jours de la vie d'Arthur Rimbaud racontés par la soeur de celui-ci, Isabelle.
L'exilé africain, le surdoué scandaleux rentre malade en France. Ses jours sont comptés.
A peine débarqué à Marseille, il subit une amputation de la jambe.
Sa mère, une femme aigrie qui ne lui pardonnera jamais ses incartades, le ramène à la maison.
C'est sa soeur Isabelle qui va s'occuper de lui avec dévotion et qui l'accompagnera dans ses derniers instants.
Isabelle, la discrète, la dévouée, aimera ce frère avec abnégation.

On sait peu de chose sur Isabelle.
Jeune fille fragile, dévouée. Elle est élevée par une mère dévote et acariâtre.
Vouée à rester vieille fille, elle se mariera cependant sur le tard (pour l'époque) et consacrera sa vie à la mémoire de ce frère adoré et trop tôt disparu dont elle sera l'exécuteur littéraire.
Sa seule obsession étant que son frère entre dans l'Histoire sans taches.

C'est un joli portrait de femme que nous brosse l'auteur.
Mais il aborde aussi ces relations familiales qui tournent à l'aigre jusqu'à l'agonie.

J'aime l'écriture simple et directe de Philippe Besson.
C'est à la fois terrible et émouvant.
On y retrouve l'amour, la douleur , le désarroi .. thèmes de prédilection de l'auteur
Tous ces sentiments et émotions étant parfaitement décrits avec peu de mots sobriété.

Décidément, cet auteur ne cesse de me surprendre.

Chant funèbre pour «son frère»

7 étoiles

Critique de Isis (Chaville, Inscrite le 7 novembre 2010, 77 ans) - 29 décembre 2012

Renouant ici, sur la forme, avec le genre épistolaire de ses débuts et, sur le fond, avec le thème de la perte du frère, («son frère») Philippe Besson imagine, à partir des écrits laissés par Arthur et Isabelle Rimbaud et de l’étude publiée en 2001 par Jean-Jacques Lefrère (sic !) le journal que celle-ci aurait pu rédiger au fil des six mois qui ont précédé la mort d’Arthur.
En cela, il s’agit donc bien d’un roman et non d’une biographie classique.
L’image du célèbre poète esquissée à travers quelques rares références («le bateau ivre» ou «le cœur supplicié») n’apparaît ici qu’en filigrane, éclipsée par celle de l’enfant dont on disait qu’il «finirait mal», de l’adolescent violenté ou de l’adulte débauché ; enfin, et surtout, par celle de l’agonisant dévoré par un cancer généralisé, sur son lit de souffrance et confessant à sa sœur, sa seule confidente et la seule femme de sa vie, les derniers secrets de son passé trouble.
Ce journal, écrit Philippe Besson, «ne sert qu’à cela : conserver la trace de ce qu’il fut au moment de quitter ce monde».
Une démarche littéraire que l’on pourrait éventuellement rapprocher de celle de Laurent Seksik dans «les derniers jours de Stefan Zweig».
Le sort s’est en tout cas acharné sur Arthur Rimbaud, l’éternel exilé, en lui envoyant la pire punition qui soit, la perte de l’usage de ses jambes «pour l’obliger enfin à mettre un terme à cette fuite éperdue» qui l’avait éloigné de son pays d’origine, pendant des décennies.
De son côté, la mère d’Arthur reste totalement insensible à cette mort imminente, qu’elle considère comme le juste châtiment divin des fautes passées de ce fils, à jamais perdu pour elle et dont elle n’annoncera d'ailleurs le décès à personne.
Isabelle, la pieuse, pour sa part partagée entre la pitié, les regrets et la colère et dépourvue de toute autre attache masculine, accompagnera ce frère tant aimé jusqu’au bout avec la consolation de le voir se réconcilier avec Dieu, avant de rendre le dernier soupir.
Malgré cette toute petite lueur rédemptrice à la fin de ce récit très bien écrit au demeurant, l’ensemble «brille» par une profonde noirceur, assez désespérante. Ames trop sensibles ou mélancoliques, s’abstenir !

"Attente et déception"

5 étoiles

Critique de BONNEAU Brice (Paris, Inscrit le 21 mars 2006, 37 ans) - 2 novembre 2009

J’ai retrouvé ce Philippe Besson dans le lot que j’avais acheté à l’époque où j’avais découvert cet auteur, à l’occasion d’une réorganisation de ma bibliothèque. Il ne me reste plus que deux romans, de mémoire, pour avoir lu l’essentiel de ses publications. Trois, peut-être. Pourtant, Les jours fragiles n’avaient jamais été prioritaires, et en lisant le quatrième de couverture, je perdais un peu de l’excitation que j’avais eue à l’idée de lire un Philippe Besson. Remotivé par la finesse de l’ouvrage, je me suis finalement plongé dans Les jours fragiles.

Je crois que, pour être honnête, c’est un bon bouquin, un travail difficile, mais qui pourtant m’a déçu. Tout est probablement question d’attente et de déception ( »attente et déception » ça sonnerait presque comme un titre d’Amélie Nothomb ou de Michel Houellebecq) avec ce bouquin. J’avais les attentes d’un pédé romantique qui aime découvrir cette plume sensible au fil des pages, je voulais une belle histoire d’amour qui m’arracherait une larme, me plongerait dans une mélancolie romantique que j’affectionne tant, et me pousserait à écrire une critique enjouée, et à conseiller le titre à qui voulait l’entendre.

Ce que j’ai lu, en lieu et place, c’est une partie de l’histoire d’Arthur Rimbaud, racontée par sa soeur Isabelle. C’est un travail délicat, mais pour autant, qui n’a pas su me passionner. A partir d’une biographie de Rimbaud de Jacques Lefrère, qui l’a inspiré, Philippe Besson décide de romancer les derniers jours de Rimbaud, quand la maladie le fait rentrer d’Afrique afin qu’on le soigne à Marseille, pour finalement l’amputer. Isabelle, sa soeur, y raconte dans son journal intime le retour de son frère à la maison familiale, avec cette mère froide qui ne lui adresse que le minimum d’empathie. Elle y couche son désarroi pour ce frère qu’elle n’a jamais compris, dont les emportements, le besoin de partir et les amours clandestines l’ont éloigné de la maison à jamais. On y suit, pas à pas, le parcours d’un homme qui se meurt, qui plonge dans la folie sirupeuse de la morphine, dans cette attente de la mort, où tout se mélange, espoirs et souvenirs, pour ne plus former qu’un être effrayant.

Je est un autre

9 étoiles

Critique de DomPerro (, Inscrit le 4 juillet 2006, - ans) - 25 mars 2009

Merveilleux roman, solide, entier, basé sur la relation d'aide d'Isabelle à son frère, Arthur Rimbaud.

L'écriture soignée de P.Besson respecte parfaitement l'esprit et le ton des extraits authentiques d'extraits de lettres d'Isabelle Rimbaud. Un excellent travail de ce point de vue de l'écriture.

Ce roman n'est rien d'autre qu'une fabulation. Jamais il n'a eu la prétention d'être présenté comme une biographie. Erreur de lecture de le lire sous cet angle-là. C'est le gaspiller de le lire comme une biographie.

J'ai trouvé un air de famille avec Tous les matins du monde, de P.Quignard, qui propose une réflexion sur la musique et le silence. Le roman Les jours fragiles propose, lui, ce même ton de recueillement pastoral, mais sur l'art littéraire, la poésie fulgurante de Rimbaud, et le silence de sa soeur; sur l'aventure, la liberté, l'absolu, et le travail las de la terre, le pesant poids de la vie de paysan; sur la liberté de brûler ses papiers de poésie d'Arthur et celui de consigner par écrit, de garder une tracer pour la postérité, comme tente de faire ce journal fictif d'Isabelle Rimbaud.

Roman original, qui se lit avec intensité avec des merveilleuses phrases comme celle-ci: ''L'eau de rose ne se conserve pas: on ne se souvient que du sang.''

Ce roman donne a sentir la présence d'Arthur Rimbaud, à en ressentir comme un picotement, comme un membre amputé, une présence fantôme, une absence qui nous hante, à travers le point de vue de sa soeur, Isabelle, qui démontre que Je est un autre.

L'agonie d'Arthur Rimbaud vue par sa soeur Isabelle

9 étoiles

Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 80 ans) - 18 février 2007

Les jours ont leur importance puisque le lecteur ouvre le journal intime d’Isabelle, la sœur d’Arthur Rimbaud. Jours fragiles puisqu’il s’agit des six derniers mois d’Arthur, sa lente agonie, un véritable dépérissement physique qui ronge aussi le cœur de sa sœur Isabelle. Sans jamais donner dans le mélo, l’auteur s’applique à intérioriser ses personnages, il nous livre ce que ressent chacun des intervenants.
Isabelle nous présente dans son journal la lente agonie de son frère Arthur Rimbaud. Elle souffre énormément et ses tourments dépeignent bien son état d’âme. Elle se sent très proche de son frère auquel elle voue un attachement teinté de compassion au sens étymologique du terme. Mais sa personnalité est toute différente : une dame restée demoiselle, au service de sa mère dont elle supporte mal la tyrannie. Sa morale très stricte, ses convictions religieuses sont toujours en porte-à-faux avec l’athéisme et les principes de vie dissolue de son frère.
L’auteur a bien fait ressortir la personnalité d’Arthur Rimbaud à la fin de sa vie. Il nous livre un homme d’affaires qui n’a plus rien du poète, mais qui rêve de l’Abyssinie qu’il a dû quitter suite à sa blessure à la jambe. Le caractère acerbe d’Arthur n’a rien perdu de sa hargne et éclate à maintes reprises contre le personnel hospitalier, sa mère et aussi contre sa sœur même s’il regrette parfois ses emportements vis-à-vis d’Isabelle.
L’idée du journal intime permet à l’auteur de laisser s’exprimer Isabelle qui livre ainsi ses sentiments, ses angoisses, son désespoir, ses conflits de conscience. Que de belles pages touchantes aux phrases bien balancées. Il y a des figures de style qui méritent une étude de phraséologie comme l’interrogation sur l’homme du jeudi 17 septembre. Et ce plaisir du « bien écrit » se retrouve tout au long du livre.

Mi -journal Mi- biographie

5 étoiles

Critique de ADE (MARSEILLE, Inscrite le 10 octobre 2005, 43 ans) - 31 octobre 2005

Ce livre nous apprend la vie d'Arthur RIMBAUD, ce qui est m'a paru intéressant car cela a enrichie ma culture littéraire.
Toutefois, je suis assez mitigée car ce "journal intime" est bien écrit, triste c' est sûr(...), mais est ce vraiment ce que pensait Isabelle RIMBAUD?
Cette facon qu'à l'auteur de s'identifier à elle me gêne car on n'est sûr de rien : cela me fait penser un peu à ma gêne ressentie à la lecture de DA VINCI CODE!.

Rimbaud par Isabelle

9 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 48 ans) - 29 juin 2005

Y a-t-il réellement déballage entre Arthur et Isabelle? Je ne le pense pas. Il y a surtout des non-dits, des histoires qu'on s'invente, des faits que l'on devine. Ces deux-là vivent dans la religion de la pudeur. De temps en temps quelques mots fusent, cruels et douloureux mais pour l'essentiel, ils se taisent et savent. Cela donne une relation forte qui est également très ambigüe. Isabelle est jalouse et possessive, elle en veut à ce frère de l'avoir abandonnée et de préféré l'Afrique à sa famille. Elle lui en veut de ne pas lui témoignager davantage de respect et de reconnaissance.
Elle s'en veut à elle aussi, se reproche son immobilisme, sa peur du monde et cet enfermement dans lequel la tient prisonnière une mère insensible et dure. Une mère à laquelle elle voudrait clamer son chagrin et ses rancoeurs mais à quoi bon, celle-ci ne pense qu'à elle.
Etrange relation entre un frère et une soeur que Philippe Besson invente avec tendresse et talent. Son écriture légère et élégante donne beaucoup de poids à ce faux journal intime, le lecteur pense lire une réelle biographie, un véritable carnet personnel. Beaucoup ont reproché à Isabelle Rimbaud d'avoir travesti l'image de son frère et d'avoir tu d'ignobles vérités. On peut se demander lesquelles, lorsqu'on a lu une biographie de Rimbaud. Tout semble avoir été dit, du pire au meilleur. Est-ce réellement la vie de Rimbaud qu'elle a voulu maquiller? Ne serait-ce pas plutôt ses propres turpitudes? Il me semble que oui et c'est cette voie que Philippe Besson privilégie, en lui donnant le rôle de gardienne de la mémoire dans son texte, une femme qui recueille les souffrances en demeurant muette et qui sait que "ce qui l'attend désormais, ce n'est rien d'autre qu'une existence d'éclopée, de convalescente irréparable" (page 158)
Magnifique récit qui raconte les non-dits et offre au lecteur le parcours d'une femme déchirée par la vie.

Une biographie

2 étoiles

Critique de Xavier le lecteur (Arlon, Inscrit le 29 mai 2005, 34 ans) - 29 mai 2005

Ce livre est une biographie et rien de plus, je me suis même ennuyé à le lire pendant certains passages. Il a tout de même le mérite de nous retracer la vie de Rimbaud. Mais de ce fait, il n'y a aucun rebondissement à l'histoire qui nous dresse le portrait de Rimbaud, sa soeur et sa mère. De plus, l'ambiance sinistre du livre n'est pas en faveur de ce livre.

Bonjour tristesse

6 étoiles

Critique de Nounours (FLEVILLE DVT NANCY, Inscrite le 27 janvier 2005, 56 ans) - 28 mai 2005

Il s'agit indéniablement de ce que l'on peut appeler "un beau livre", mais c'est d'une tristesse... Chaque page est lourde de non-dits, de ressentiments, de rancunes... Le dévouement et l'abnégation de soi dont fait preuve Isabelle, la soeur du poète Arthur Rimbaud, alourdit un peu plus chaque page de son journal. En plus, il n'y a même pas un rayon de soleil pour illuminer la triste vie qui nous est contée : même la région, le paysage, la météo ont revêtu leurs masques de grisaille... Bref, l'ambiance du livre, vous l'aurez compris, est sinistre !

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