Le désespoir, avec modération de Paul Lambda

Le désespoir, avec modération de Paul Lambda

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 27 novembre 2021 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 74 ans)
La note : 8 étoiles
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D'aphorismes en zeugmes

Paul est toujours aussi lambda qu’il prétend l’être et que son éditeur le pense lui aussi, il l’inscrit dans sa biographie de l’auteur comme il l’inscrivait déjà dans celle qui figurait dans le précédent P’tit Cactus de Paul : « ni Belge ni surréaliste ». Et pourtant, il manie le court avec dextérité presque aussi bien que ses grands devanciers auxquels il a rendu un vibrant hommage dans son monumental Cabinet lambda. « Il écrit des miettes et, les jours heureux, des confettis… ». Dans ce nouveau recueil, il mêle les réflexions les plus fulgurantes, deux ou trois mots pas plus, aux novelettes de plusieurs lignes, comme le montre les deux notes ci-dessous :

« Quelle ne fut pas la surprise des deux employés du cimetière quand ils aperçurent la mention Ne pas déranger écrite avec de la terre encore humide sur la stèle de Monsieur B., enterré depuis vingt ans, que sa veuve venait de rejoindre l’avant -veille ».

« Demain rétrécissait ».

Son éditeur précise que : « Chaque note contient de l’humour, de la poésie, du second degré, des images, des micro-histoires, des paysages, de la métaphysique et des poils de taupe dans une proportion variable ». Moi à l’occasion de ma chronique de son premier P’tit Cactus, j’avais écrit : « … les traits d’esprits s‘enchaînent ainsi de ligne en ligne, de page en page, parce que chez Lambda l’aphorisme est avant tout un trait d’esprit, un trait d’esprit d’une grand finesse qui souvent tutoie l’absurdité sur fond de poésie avec un zeste de sensibilité… ». Manifestement nos opinions se rapprochent et je ne changerai d’avis à la lecture de ce présent recueil, pour moi, le trait d’esprit est toujours la marque de fabrique de Paul. Ses aphorisme ne sont jamais au ras de la moquette, il faut souvent monter une marche supplémentaire, parfois même deux ou trois, pour atteindre le niveau de compréhension de son aphorisme. Paul est un intellectuel de l’aphorisme même s‘il en reste un artisan. Je vous en livre quelques exemples pour vous en convaincre :

L’apocalypse est l’une de ses préoccupations récurrentes : « Hélas, un peu d’apocalypse chaque jour n’immunise pas contre la fin du monde ».
Encore la fin du monde : « Le monde s’arrêta de tourner et les hommes filèrent droit ».
Peut-être encore la mort mais avec beaucoup de poésie : « On l’a retrouvé noyé dans ses pensées, parmi les nénuphars ».
Il craint la civilisation de la machine qui détruira l’humanité : « Elle a souri à la machine qui ne l’a pas reconnue ».

Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de citer ce clin d’œil à Modiano et à son incomparable capacité de ne jamais terminer son propos : « Les soirs de brouillards, dans certaines rues parisiennes, flottent des bouts de phrases que Modiano n’a pas finies ». J’y aouterai ce doubles zeugmes dévoilés avant que d’être écrits : « J’ai un petit faible pour les zeugmas et les yeux clairs, dit-il en prenant son temps et une deuxième part de tarte aux fraises ». Je vous avais prévenus, avec Paul, il faut parfois grimper une rampe complète pour accéder au plaisir suprême de sa lecture.

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