Sidérations de Richard Powers

Sidérations de Richard Powers
(Bewilderment)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Poet75, le 9 décembre 2021 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 68 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (25 449ème position).
Visites : 1 702 

Etonnante thérapie

Dans son précédent roman, L’Arbre-Monde, paru en 2018, le romancier américain Richard Powers s’attachait, au moyen de son style très métaphorique, à dépeindre les parcours de neuf personnages se rejoignant autour d’un même combat pour la cause environnementale. Avec Sidérations, sa nouvelle fiction, c’est la même veine qu’il se fait fort d’explorer, mais non sans se renouveler au moyen d’une histoire ne manquant pas d’originalité.
Pour ce faire, c’est à deux personnages que s’attache le romancier : Theo Byrne, un astrobiologiste, et son fils de neuf ans Robin, volontiers surnommé Robbie. Leur histoire, à tous deux, se déroule dans un contexte qui prend en compte de nombreuses réalités d’aujourd’hui tout en se projetant dans un futur proche. Disons que l’auteur imagine son pays, les États-Unis, tel qu’il pourrait être dans quelques années, ayant une sorte d’épigone de Donald Trump à sa tête et sombrant dans la dictature. En vérité, l’auteur ne consacre que peu de pages à ces réalités politiques. Néanmoins, on les perçoit, tout au long du récit, en toile de fond, comme une menace qui peut à tout instant s’abattre sur les deux personnages.
Quelqu’un d’autre traverse tout le roman de sa présence/absence : c’est Aly, la compagne de Theo et mère de Robin, décédée depuis plusieurs années, souvent évoquée par l’un et par l’autre. Avocate plaidant pour la cause des animaux, elle manque énormément à Robin qui a épousé les combats de sa mère, ainsi qu’à Theo, qui aurait bien besoin d’elle pour savoir comment se débrouiller avec son fils. Ce dernier, en effet, souffre de troubles du comportement tels qu’il est nécessaire d’envisager une thérapie pour le secourir. Or, face à la souffrance extrême du jeune garçon ne supportant pas les ravages exercés par l’homme sur la nature en général et les animaux en particulier, Theo, résolu à ne pas s’engager sur le chemin risqué d’un traitement à base de « médicaments », sur la suggestion d’un neurobiologiste, préfère adopter, pour son garçon, une thérapie comportementale, imaginant, par exemple, de faire voyager le garçon par l’imagination dans les confins de l’univers, vers d’autres planètes. Dans les billions de galaxies de l’univers, n’y a-t-il pas moyen de dénicher nombre de planètes habitables, d’autres Terres où la vie aurait évolué autrement, peut-être beaucoup plus harmonieusement que chez nous ? Cela peut-il suffire, cependant, à « guérir » le jeune Robin ?
Voilà, résumé brièvement, le propos d’un roman qui prend habilement en compte à la fois les désastres écologiques qui détruisent notre planète, l’incapacité des gouvernants à prendre les mesures qui, seules, pourraient infléchir leurs cours, ainsi que les découvertes les plus récentes des astrophysiciens. Il y a de quoi être sidérés, en effet, même si le plus important, et c’est ce que souligne Richard Powers, c’est encore ce lien qui unit un père et son fils.

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Un père et son fils de 9 ans, entre terre et ciel

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 44 ans) - 29 juin 2024

Theo Byrne élève seul son fils de 9 ans, Robin, depuis que son épouse est décédée. Ce jeune garçon est autiste, passionné par la nature et engagé dans sa protection. Il est hypersensible et peut céder à des grosses colères que Théo apaise difficilement. Ce dernier est un père dévoué qui semble transmettre une éducation humaniste à son fils. Ils partent souvent en pleine nature pour camper, se baignent dans des fleuves malgré les courants, observent le ciel, les plantes, les oiseaux ... Par son expérience Robin se forge un savoir très précis et juste sur le monde dans lequel il vit. Souvent, le soir, Theo qui est astrobiologiste imagine des planètes avec son propre écosystème, son climat et ses habitants et voilà le père et le fils qui explorent ensemble mentalement ces nouveaux lieux. Le père et le fils se retrouvent dans des lieux imaginaires et explorent ces territoires inconnus. Theo, c'est Theos, "Dieu" en grec", il crée des mondes comme les dieux que nous connaissons. L'école n'accepte pas facilement les multiples absences de Robin. Il faut donc agir au plus vite et Theo fera appel à un neurologue qui développe une nouvelle thérapie qui lui a permis d'enregistrer le fonctionnement des émotions à partir d'êtres humains. La mère de Robin a été l'une des personnes qui a autorisé ce neurologue, qui est aussi son ex, à enregistrer ces mécanismes émotionnels ... Des enregistrements qui pourraient rééduquer des individus ...

Ce roman est une véritable célébration de la nature. En effet, Richard Powers nous fait voir d'un oeil sensible le monde qui nous entoure, qu'il soit végétal ou animal; Les diverses explorations du père et du fils nous rappellent ce qui est essentiel dans un monde qui se décentre du nécessaire. Comme Theo est astrophysicien, l'univers devient vraiment fascinant avec toutes sortes d'hypothèses sur une forme de vie ailleurs. Les planètes et les étoiles deviennent objets de fascination et détentrices de secrets qui nous dépassent. Les descriptions ne sont pas trop longues mais suffisantes pour que le lecteur imagine les scènes, voire même imagine le bruit des remous des fleuves ou les couleurs d'oiseaux. La nature est à la fois maternelle et échappatoire.

Dans ce roman, les personnages sont constamment en pleine exploration. On se balade en pleine nature, on observe le ciel, on visite ensemble des mondes imaginaires, on voyage dans le mental de personnages par le biais de la thérapie innovante ... Robin aussi semble une planète à lui seul qu'il faut explorer afin d'en comprendre la logique et la sensibilité. En fait, chaque personnage pourrait être une planète qui a ses propres règles et son propre fonctionnement. A certains égards, nos personnages sont en marge de la société, ils sont en dehors des conventions sociales. Certains choix du père pourront peut-être interroger le lecteur car ils n'adoptent pas toujours les réactions les plus attendues. Cette relation père-fils est belle et touchante. Le roman ne bascule pas dans le pathétique, les personnages trouvent toujours la force de dépasser les obstacles. Le lecteur ne sera pas pour autant insensible à certains passages.

Dans le roman, des clins d'oeil à "Des fleurs pour Algernon" sont faits à juste titre, mais je ne vais pas les expliciter pour ne rien divulguer sur le roman. Le roman m'a aussi fait penser à "La Belle aux oranges" de Jostein Gaarder" pour la relation père-fils et les révélations ...
Ce roman est beau et écrit avec une langue à la fois travaillée et simple. Les chapitres sont courts et s'enchainent rapidement. La peinture de la nature nous reconnecte à ce qui est essentiel. Richard Powers maitrise son récit et nous réserve aussi de belles surprises. Il n'est pas facile de quitter ces personnages.

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