Diadorim de João Guimarães Rosa

Diadorim de João Guimarães Rosa

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par SpaceCadet, le 7 septembre 2021 (Ici ou Là, Inscrit(e) le 16 novembre 2008, - ans)
La note : 10 étoiles
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De l’arrière-pays du Nordeste brésilien à la littérature, une épopée.

Chef-d’œuvre de la littérature brésilienne, l’unique roman publié par João Guimarães Rosa aura été pour moi une découverte aussi inattendue qu’extraordinaire.

De prime abord déconcerté tant par le contexte où se déroule le récit que par la singularité du verbe, j’ai hésité un moment mais prenant le temps de m’acclimater à cet univers étranger, sans vraiment m’en rendre compte, je me suis laissé entraîner, envelopper et emporter par l’espèce de courant à la fois doux et puissant qui anime et propulse ce récit en avant.

L’histoire commence de but en blanc au milieu d’un monologue tenu par un individu s’adressant à un auditeur qui ne se manifestera jamais au cours du récit. Répondant sans doute à quelques interrogations émises par ce dernier, Riobaldo raconte sa vie et ses aventures, confie ses doutes et ses interrogations à cet homme, un médecin de passage dont nous ne savons rien mais qui, on le devine, pourrait bien être l’alter ego de l’auteur (1).

Autrefois jagunço (2), aux côtés de son fidèle ami Diadorim, Riobaldo alias Tatarana alias Crotale Blanc aura parcouru, tantôt à pied, tantôt à cheval, tantôt sous la commande d’un chef, tantôt à la tête d’une armée de fidèles combattants, tous les chemins traversant le vaste territoire du Grand Sertão (3), pour s’y livrer, au nom d’une paix illusoire, à une forme de justice telle qu’elle fut pratiquée dans ces régions sur la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Vivant à la belle étoile et au petit bonheur la chance, Riobaldo raconte les affrontements et dépeint une existence d’hommes où la camaraderie, le courage et l’honneur sont des valeurs essentielles, une existence menée au rythme d’une nature fascinante, sauvage, contrariante et surtout imposante, ainsi qu’au gré d’un destin sur lequel dieu, ou le diable ou que sais-je, semble ou ne semble pas veiller.

‘On se recroquevillait dans le froid, on entendait la rosée, le bois plein de senteurs, le crépitement des étoiles, la présence des grillons et le poids des cavaliers. L’aube pointait, cette entre-lueur de l’aurore, quand le ciel blanchit. Et à mesure que l’air devenait gris, les contours des cavaliers, ce flou, se précisaient.’ (p.135)

Roman d’aventure rappelant les grandes épopées du Far West, c’est aussi un roman sur l’amitié et l’amour, sur les chemins qu’on emprunte au long d’une vie, sur le bien le mal et la conscience, et plus encore.

Raconté avec le recul des années, sous une perspective unique et suivant un fil ininterrompu, servi par une langue que l’on peut dire ‘réinventée pour mieux répondre à la volonté et à la vision de l’auteur’, (le tout minutieusement traduit par M. Lapouge-Pettorelli), ce récit, malgré son envergure, évolue avec un tel souffle, qu’il semble avoir été écrit d’un seul trait.

A l’égale de l’effort requis pour entrer dans l’univers de João Guimarães Rosa, une fois la lecture terminée, j’ai eu du mal à m’en extirper, à m’en détacher et j’ai dû prendre le temps de me désacclimater pour arriver à enchaîner sur une autre lecture.

C’est dire le pouvoir des mots de J.G. Rosa, c’est dire l’exceptionnelle qualité de cette œuvre.


Notes :

1.João Guimarães Rosa a lui-même pratiqué la médecine de campagne dans l’état du Minas Gerais (Nord-est du Brésil), région où se déroule l’action du roman. Il serait inspiré de ce qu’il observa et nota alors pour composer une œuvre constituée de nouvelles et de cet unique roman.

2.Jagunço ou homme de main: sorte de justiciers engagés/commandités par les fazendeiros (grands propriétaires terriens) ou les politiciens afin d’assurer leur protection. Si certains d’entre eux ont brillé par leur code d’honneur, d’autres se sont avérés n’être que de véritables brigands.

3.Grand Sertão : arrière pays situé dans une zone semi-aride du Nordeste brésilien.

4.Antérieure à celle-ci, une traduction réalisée par Jean-Jacques Villard a été proposée aux lecteurs francophones dès 1965.

5.Soulignons que le roman a fait l’objet d’une adaptation télévisée en 25 épisodes, réalisée et diffusée en 1985 par la chaîne brésilienne Rede Globo.

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