Les sables de l'empereur de Mia Couto

Les sables de l'empereur de Mia Couto
(As areias do imperador)

Catégorie(s) : Littérature => Africaine

Critiqué par SpaceCadet, le 31 octobre 2021 (Ici ou Là, Inscrit(e) le 16 novembre 2008, - ans)
La note : 5 étoiles
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Méditations sur et autour d’un chapitre d’histoire

On ne présente désormais plus l’écrivain mozambicain Mia Couto dont le travail a été largement honoré et couronné, notamment par les prestigieux prix Camões (2013) et Neustadt (2014). Ajoutons que depuis 1998 Mia Couto est membre de l’Académie Brésilienne des lettres.

Couronnant un nombre substantiel de publications dont l’essentiel est constitué de romans et de nouvelles, la trilogie ayant pour titre ‘Les sables de l’empereur’, originalement publiée en trois volumes (1), a été réunie, pour le lectorat francophone, en un seul livre.

L’intrigue va comme suit : arrêté puis jugé pour avoir pris part à une insurrection dirigée contre la monarchie (Porto, 1891), le soldat Germano de Melo, un personnage fictif, est extradé en Afrique de l’est (où se trouve l’actuel Mozambique) pour y diriger un poste militaire. Débarquant à Nkokolani, un village fictif sis entre le Royaume de Gaza au sud et le territoire contrôlé par les portugais au nord, il est vite confronté à l’état déplorable dans lequel se trouve ce poste. En même temps il découvre les conditions de vie la culture locale, prenant ainsi la mesure de la complexité humaine impliquée et/ou engendrant les guerres et conflits ayant cours dans la région. Bref, tandis que son arrivée dans cette ‘prison à ciel ouvert’ tourne peu à peu à la déconvenue, le jeune homme (âgé de 23-24 ans) tombe amoureux d’Imani (15 ans), la jeune africaine qui lui sert d’interprète.

Principale narratrice du roman, Imani, une jeune femme polyglotte, rompue à la culture portugaise et exhibant une intelligence et une maturité hors du commun, relate non sans faire référence aux us et coutumes des siens, les événements dont elle est témoin. En alternance avec Imani, le point de vue de Germano s’exprime à travers des lettres qu’il adresse à ses supérieurs et dans lesquelles il fait état de ses observations ainsi que de ses expériences. D’autres voix apparaîtront éventuellement au cours du récit et s’exprimeront également sous une forme épistolaire. Entre ces voix, le récit va et vient, visité par divers personnages, certains réels, d’autres fictifs, et se dévoile ainsi en un long fil plus ou moins discontinu.

Intégrant une trame fictive dans un cadre historique, ce roman, dont la plus grande partie se déroule aux alentours des années 1895-96, nous introduit donc au contexte social, à la culture, ainsi qu’à un chapitre de l’histoire mozambicaine. Puis c’est essentiellement sous l’angle de l’incompréhension et de la peur de l’autre, que le roman met en relief entre autres thèmes ceux du colonialisme et du racisme, tout en portant une attention particulière au sort fait aux femmes sous de telles conditions.
Après avoir lu, il y a quelques années, un recueil de nouvelles écrites par le même auteur (2) et dont le langage imagé, la mise en relief de la spécificité linguistique du Mozambique, ainsi que l’écriture souvent parabolique, m’avait plutôt plu, j’avais envie d’y revenir, ne serait-ce que par le biais de ce seul roman.

Sans aucune connaissance de l’histoire du Mozambique et n’ayant jamais entendu parler de ce Ngungunyane ou du Royaume de Gaza dont il est ici question, j’anticipais devoir me documenter un peu et je concevais donc cette lecture comme une bonne occasion d’aborder ces sujets. Or, bien que la documentation trouvée en ligne ait rencontré mes attentes, il s’est avéré que malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à extirper d’entre les épaisses couches d’images, de proverbes, de rêves et de légendes enveloppant le récit, suffisamment de repères ou d’éléments qui me permettent de comprendre au long de ma lecture, de quoi il était précisément question.

Si dès les premières pages, la forme narrative adoptée m’a semblé intéressante, peinant à rentrer dans l’histoire, -était-ce moi, ou bien la traduction, ou bien était-ce dû à cette écriture par trop parabolique, à la faiblesse des voix, ou au mode narratif qui n’est peut-être pas compatible avec le type de récit, ou au manque de consistance des personnages, ou à autre chose ?-, peu à peu l’ennui s’est si bien installé que j’ai dû fournir des efforts pour parvenir à la fin du premier volet. Par la suite, relevant diverses incohérences, ne parvenant pas à m’intéresser à l’intrigue, ni au sort des personnages qui du reste m’apparaissaient n’être ni plus ni moins que des marionnettes obéissant aux décisions/impulsions de l’auteur, le second volet aura suscité d’autres questions, celles-ci si peu édifiantes pour un écrivain de cette stature que je préfère ne pas faire état dans cette chronique. Parvenu au troisième volet, c’est dans l’impatience de voir le point final apparaître sous mes yeux que j’ai complété cette longue, trop longue épopée.

Bref, bien qu'à la base ce projet littéraire ait possédé tous les ingrédients pour susciter mon intérêt, la forme qu’il aura finalement épousé une fois réalisé, a échoué à gagner mon adhésion ; je suis passé à côté.


Notes:
1.Ces livres ont pour titre respectif : Femmes de cendre, L’épée et la sagaie, Le buveur d’horizons.
2.The Blind Fisherman
3. Soulignons que ‘Les sables de l’empereur’ s’est vu décerner le Prix jan Michalski en 2020.

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Les éditions

  • Les sables de l'empereur [Texte imprimé] Mia Couto traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues
    de Couto, Mia Monteiro Rodrigues, Elisabeth (Traducteur)
    Métailié / Bibliothèque portugaise (Paris)
    ISBN : 9791022609876 ; 25,00 € ; 09/01/2020 ; 672 p. ; Broché
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