La femme qui en savait trop de Marie Benedict

La femme qui en savait trop de Marie Benedict
(The only woman in the room)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par EXTRALIVRES, le 12 octobre 2020 (Inscrit le 12 octobre 2020, 34 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 418ème position).
Visites : 1 439 

LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP

Dans ce récit à la première personne, Marie Benedict redonne vie à une femme hors du commun, dont le plus grand rôle fut oublié, voire ignoré, durant des décennies...Vienne, 1933, à un peu moins de vingt ans, Hedy Kiesler, séduisante actrice d'origine juive, épouse Friedrich Mandl, un riche marchand d'armes. Conscients de la menace qui vient d’Allemagne, ses parents cherchent, par ce mariage, à la protéger. Malheureusement, Mandl s’avère être un homme possessif et opportuniste, qui fraye bientôt avec les nazis. Horrifiée, Hedy parvient à s’enfuir et s'installe aux États-Unis, où elle devient Hedy Lamarr, superstar hollywoodienne.
La jeune femme ne peut cependant oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l'effort de guerre. Celle qui est aussi une scientifique de talent met alors au point un système de codage des transmissions révolutionnaire, utilisé de nos jours pour la téléphonie mobile ou le Wifi.

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Une femme d'exception

8 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 66 ans) - 29 juillet 2022

Un excellent documentaire (Hedy Lamarr : From Extase to Wifi), sorti sur les écrans en 2018, m’avait fait découvrir l’histoire étonnante de cette star d’Hollywood des années 1940 et 1950 qui, lorsqu’elle avait du temps libre, le consacrait à des recherches scientifiques qui se soldèrent par de grandes inventions, tout particulièrement, pendant la deuxième guerre mondiale, celle d’un système de téléguidage des torpilles par saut de fréquences, système qui fut à l’origine de l’invention, bien des années plus tard, de la wifi.
Une telle histoire méritait amplement de faire le sujet d’un livre, ce à quoi s’est attelée l’écrivaine Marie Benedict qui l’a façonnée en forme de biographie romancée écrite à la première personne du singulier, comme si c’était Hedy Lamarr en personne qui se confiait au lecteur. Ce procédé est parfaitement admissible, d’autant plus qu’en l’occurrence il donne lieu à un ouvrage à la fois bien documenté et aussi captivant que le meilleur des romans d’aventures.
L’intérêt de ce livre provient aussi de son intéressante structure en deux parties, la première se situant en Autriche durant les années 30, très exactement jusqu’en 1937, et la deuxième en Amérique, particulièrement à Hollywood. Marie Benedict consacre, en effet, un grand nombre de pages à la vie de celle qui s’appelait Hedwig Kiesler (Hedy Lamarr fut le pseudonyme qui lui fut imposé, plus tard, à Hollywood), jeune femme juive, d’une famille bien intégrée à la société autrichienne, n’ayant d’ailleurs quasiment aucune pratique religieuse. Or, à l’âge de dix-neuf ans, alors qu’elle avait joué un rôle qui fit sensation dans le film Extase en 1933, elle épousa un riche industriel du nom de Friedrich Mandl, espérant ainsi pouvoir au mieux protéger ses parents, l’antisémitisme se manifestant de plus en plus ouvertement non seulement en Allemagne mais aussi dans la société autrichienne. En l’épousant, son mari tyrannique, ayant lui-même quelques ascendances juives, se targuait de l’exhiber à son bras ni plus ni moins que comme un bel objet. Humiliée et toujours plus désireuse, au fil du temps, de prendre ses distances d’avec un mari jaloux et possessif dont elle n’était nullement éprise, elle n’en écouta pas moins attentivement les discussions de ce dernier avec les dignitaires qu’il recevait chez lui, discussions dont le sujet principal était celui de l’armement, Friedrich Mandl étant lui-même un marchand d’armes proche de la mouvance d’extrême-droite. Hedwig en apprit beaucoup sur ce qui se tramait à l’époque, aussi bien du côté autrichien que du côté de l’Allemagne nazie.
En 1937, ayant réussi à fausser compagnie à son mari et, au bout du compte, à parvenir à entrer en Amérique, elle ne tarda pas à trouver sa place à Hollywood, grâce à l’appui de Louis B. Mayer, le puissant vice-président de la MGM, qui lui fit signer un contrat. Elle déchanta rapidement en constatant qu’on ne s’intéressait nullement à ses supposés talents d’actrice, mais bien plutôt à son physique avantageux qu’elle devait se contenter d’exhiber. En somme, elle avait fui un mari oppressif qui la traitait comme une potiche pour intégrer l’industrie américaine du cinéma qui ne la considérait pas sous un angle différent. Or, si sa beauté était certes impressionnante et si Hedy Lamarr passa, dès lors, volontiers d’un mari à un autre, derrière l’apparence, se cachait une femme de génie, qui se rongeait de culpabilité parce qu’elle estimait n’en avoir pas fait suffisamment pour alerter la communauté internationale sur les visées d’Hitler, elle qui, en Autriche, avait entendu nombre de conversations qui ne laissaient planer aucun doute sur ce que fomentait celui-ci. D’une certaine façon, comme le souligne Marie Benedict, c’est autant pour essayer de se racheter que par passion des sciences que l’actrice, aidée par le musicien-compositeur George Antheil, réussit à mettre au point ce système de radio-téléguidage des torpilles qui fut l’ancêtre de notre wifi.
Le plus effarant, c’est que cette découverte exceptionnelle ne fut pas exploitée, pendant la guerre, par l’armée américaine, peu encline à mettre en service l’invention d’une femme, qui plus est d’une actrice d’Hollywood. Ce n’est que plus tard qu’on s’avisera enfin de la qualité du travail accompli par la star. Malheureusement, comme le fait remarquer Marie Benedict dans sa postface, les préjugés concernant les femmes restent tenaces, si tenaces qu’ils font commettre d’incroyables impairs. Quoi qu’il en soit, fort heureusement, le livre de Marie Benedict rend pleinement justice à la femme remarquable que fut Hedy Lamarr.

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