Nickel Boys de Colson Whitehead

Nickel Boys de Colson Whitehead
(The Nickel Boys)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Alma, le 5 octobre 2020 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (39 911ème position).
Visites : 2 563 

Un innocent dans un enfer

Lire Nickel Boys, c'est plonger dans l'enfer vécu par un innocent .
L'enfer, c'est un centre de redressement pour délinquants dans l'état du Sud ségrégationniste de Floride dans les années 60. L'innocent, c'est Elwood Curtis, jeune noir victime d'une erreur judiciaire et interné dans ce pénitencier juste au moment où il devait entrer à l'Université .
Elevé par sa grand-mère de manière rigoureuse, bon élève au Lycée, parfois moqué par ses copains pour son sérieux, nourri des discours de Martin Luther King dont il s'attache à suivre les principes, il aime à se répéter la phrase « Nous devons croire que nous sommes quelqu'un, que nous ne sommes pas rien, que nous valons quelque chose et nous devons arpenter chaque jour les avenues de la vie avec dignité , en gardant à l'esprit que nous sommes quelqu'un »

Comment rester quelqu'un dans un univers où tout est fait pour briser, humilier, soumettre à force de brimades et de coups ceux qui y sont internés, quand les affrontements sont fréquents entre les prisonniers - qui ne sont pas des anges- et quand le personnel peut en toute impunité y « casser du Noir ».
Témoin un jour d'une bagarre entre détenus, Elwood prend parti courageusement pour le plus faible, il est envoyé dans le lieu désigné par antiphrase « La Maison Blanche », sorte de mitard à l'écart des autres bâtiments où le personnel est autorisé , voire invité, à tabasser méthodiquement les prisonniers et à les torturer. Elwood en ressortira profondément blessé dans sa chair, d'autres n'en ressortiront jamais. J'arrête ici ma présentation , mais l'histoire est loin d'être terminée et réserve des surprises de taille .

Si, bien sûr, le lecteur souffre pour et avec Elwood, le ton du roman n'est pas mélodramatique, c'est plutôt celui du constat, de l'information . Sa lecture m'a paru éprouvante, glaçante et impose d'être attentif en raison du grand nombre de personnages .
Colson Whitehead revient en dernière page sur ce qui a donné naissance à ce roman, qui est en fait un docufiction . S'il a créé les personnages, il les a placés dans un cadre réel, ce pénitencier détruit à présent et sur le site duquel, avant de bâtir une université , on a découvert des ossements et des squelettes non identifiés. S'appuyant sur les résultats de l'enquête qui a suivi et dont il donne les références, il a fait revivre ce sinistre lieu en le peuplant de personnages de fiction.

Barack Obama a salué la publication de ce livre en 2019 en le qualifiant de « roman nécessaire ». Violent réquisitoire contre les effets du racisme, il prend toute son actualité en cette année 2020 avec les manifestations qui ont suivi mort de George Floyd et avec le mouvement Black lives matter, ce qui prouve que le poison de la discrimination raciale continue à poursuivre ses ravages et que la lutte pour l'égalité des droits civiques aux Etats Unis est loin d'être terminée

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A la recherche d'une émotion...

3 étoiles

Critique de Jordanévie (, Inscrite le 27 septembre 2022, 48 ans) - 13 mai 2024

Au risque de décevoir beaucoup de gens, je n'ai pas ressenti l'émotion escomptée par de nombreuses personnes en ce qui concerne ce livre.
Je l'ai trouvé par moment même ennuyeux. Je ne comprends pas si c'est le style ou autre qui m'a laissée indifférente.
C'est bien dommage car le livre a reçu un grand nombre de critiques positives.
L'histoire est pourtant intéressante. Elle parle de la ségrégation, sujet grave et important.

Maison de redressement ?

8 étoiles

Critique de Ardeo (Flémalle, Inscrit le 29 juin 2012, 76 ans) - 4 mars 2024

De Colson Whitehead, j’avais lu son « Underground Railroad » et j’avais apprécié son engagement, son humanité en faveur des plus démunis et surtout de ses concitoyens américains de race noire. Dans ce roman-ci, également récompensé par un Pulitzer, il nous fait nous attacher à un personnage dans le chef d’un gamin de 14-15 ans injustement condamné à passer plusieurs années dans une maison de redressement comme il devait y en avoir beaucoup dans la deuxième partie du siècle dernier en Amérique. L’établissement est régi par des règles destinés à « casser » les caractères des jeunes réfractaires à la normalité de cette époque mais surtout en ce qui concerne les noirs. Et il s’y passe des choses qui relèvent de la barbarie, d'une brutalité et d’une injustice que je pense (mais pas sûr) inconcevables aujourd’hui. Le livre est un roman mais nous savons que Whitehead s’est inspiré de plusieurs faits historiques bien documentés et que cela s’est passé réellement à travers cette Amérique.

Il est divisé en 3 parties avec dans la première, la manière dont Elwood, notre héros tombe dans les serres de la justice puis l’auteur décrit d’une manière linéaire la vie, les déboires et quelques joies que subissent les pensionnaires de l’« école » de redressement appelée Nickel avec tous les abus qu’on imagine (ou pas). Puis dans la 3e partie, l’auteur désarçonne quelque peu (en ce qui me concerne en tout cas) car il passe alternativement d’une époque contemporaine à la suite des mésaventures de Elwood et de quelques autres pensionnaires dans Nickel vers 1960. Mais la surprise est au bout de l’Epilogue bouleversant et nous fait nous attacher à repenser ce qui s’est réellement passé et à chercher à en savoir plus sur cet autre épisode scandaleux qu’ont eu à subir les jeunes américains de couleur aux Etats-Unis. Un bon « roman » !

Déçue car sans émotions

3 étoiles

Critique de Badzu (versailles, Inscrite le 6 novembre 2005, 48 ans) - 26 juin 2021

Je lis Whitehead pour la première fois, attirée par le résumé et l'aura du prix Pulitzer. Hélas, quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver face à un récit plutôt froid, avec des personnages très peu approfondis. On connaît tous les conditions détestables, pour ne pas dire effroyables, des Afro-américains dans l'Amérique ségrégationniste des années 60. Alors comment peut-on nous raconter l'histoire de ces garçons perdus dans cette horrible "école" avec si peu d'émotions, si peu de profondeur??

Je vais me tourner vers les autres romans de Colson car il me semble qu'il y en de plus réussis, je l'espère. En tout cas, le Pulitzer n'était pas du tout mérité, car Colson Whitehead n'a pas rendu hommage aux souffrances de ces garçons. Vraiment pas.

Le combat d'une vie

10 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 56 ans) - 6 avril 2021

Elwood est un jeune garçon noir de Floride intelligent et bien élevé. Ses parents l’ont abandonné à sa grand-mère et il rêve d’intégrer une université. Mais dans les années soixante, le racisme continue de faire rage et son venin envahit les mentalités du sud. A la suite d'une erreur judiciaire, Elwood est interné dans une maison de redressement pour jeunes. Il se rend vite compte qu’il a intérêt à filer doux et à se rendre invisible. Il s’éteint donc à petit feu et tente de faire taire ses idéaux d’égalité et de justice. Il lui reste heureusement la fraternité.
Des décennies plus tard, alors que l’établissement Nickel a été fermé depuis trois ans, certains tentent de réhabiliter les dépouilles retrouvées enterrées sur le terrain désaffecté.
Magnifique roman ! Elwood est un personnage particulièrement attachant, qui rend donc cette histoire particulièrement révoltante à cause de l’injustice si flagrante. C’est en le « vivant » de l’intérieur qu’on peut mieux se rendre compte des revendications de ceux qui subissent le racisme tout au long de leur vie, et c’est ce que nous permet Colson Whitehead, bien mieux qu’un pamphlet, un procès ou une manifestation. Il nous permet de mesurer le progrès parcouru dans cette cause, mais surtout qu’il a été possible grâce à des actes de résistance, petits et grands, de la part de nombreux martyrs qui souvent s’ignoraient, des héros malgré eux qui ont tenu à leurs valeurs et à leur âme coûte-que-coûte. L’auteur nous permet aussi de constater les dégâts de cette violence qui détruit les êtres et nourrit un cercle vicieux.

Etre noir dans un monde de blancs

8 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 62 ans) - 9 décembre 2020

"Nickel Boys" de Colson Whitehead (272p)
Ed. Albin Michel

Bonjour les fous de lectures....
"Underground Railroad" m'avait bluffée, je referme ce second livre assez conquise par ma lecture.
Décidément, Colson Whitehead fait partie des jeunes écrivains américains à suivre sans aucun doute.
Ce récit s’inspire de l’histoire vraie de garçons maltraités et abusés dans une maison de redressement en Floride.
En 2014, des étudiants en archéologie de la University of South Florida ont fait une découverte surprenante. Sur un demi-hectare de mauvaises herbes se trouvait un cimetière clandestin, abritant les restes d’étudiants qui avaient péri sous la torture, le viol et la mutilation aux mains de gardiens dont la mission consistait à en faire des « hommes honnêtes et honorables ».
Pendant plus d’un siècle, des milliers d’adolescents — pour la plupart afro-américains — ont vu ce qui leur restait d’enfance et d’espoir être dérobé par la cruauté et l’intolérance des hommes.
Recueillis par des associations et des journalistes, les témoignages des anciens pensionnaires laissent imaginer le pire. Mauvais traitements, torture, viols… Les pires sévices ont été endurés par plusieurs générations de garçons.
Cette histoire est ici racontée et romancée par Colson Whitehead.
Années 60.
Adolescent brillant bercé par les discours de Martin Luther King, Elwood est victime d’une mauvaise rencontre et d’un policier raciste, qui le mène tout droit dans l’enfer de Nickel Academy.
Endroit maudit où il n'est pas bon être noir.
Grâce à son futur ami Turner, Elwood comprend vite les règles du lieu. Un faux pas et les garçons se retrouvent « au fond », un lieu hors de vue où ils sont attachés les bras écartés, et roués de coups. Il comprend aussi que, lorsqu’on n’a pas purgé sa peine, seules la fuite ou la mort peuvent vous faire sortir de Nickel – or les deux vont souvent de pair, les fuyards étant la plupart du temps rattrapés et abattus à la chevrotine.
Qui, d’Elwood ou de Turner, sortira de cet ­enfer?
L'auteur dépeint la réalité de façon horrifiante, sans chercher à l'atténuer, l'adoucir mais également sans tomber dans le pathos.
La lecture est assez oppressante au fur et à mesure que les pagres se tournent, pourtant, on s'accroche, on veut savoir, on espère.
Cette histoire se passait dans les années 60 ... mais est-ce que tout cela a vraiment changé ?
Il est toujours aussi dur d'être noir dans un monde de blancs !
Colson Whitehead fait partie de ces rares écrivains à avoir remporté deux fois le fameux prix Pulitzer de la fiction.
Pour ma part, je serais plus mitigée.
J'ai beaucoup aimé ce livre, mais de là à le proclamer "chef d'oeuvre " ? c'est peut-être un peu poussé.
L'auteur retrace, très bien, un fait divers.
L'écriture est addictive et le sujet sensible font que la sauce a pris sans difficulté.
Auteur à suivre.

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