Le jardin de Hye-young Pyun

Le jardin de Hye-young Pyun
(The Hole)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Septularisen, le 2 mars 2021 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 56 ans)
La note : 6 étoiles
Visites : 2 229 

HUIS-CLOS PSYCHOLOGIQUE.

Au début de l’histoire, nous sommes en Corée du Sud, et nous faisons la connaissance d’un couple sans enfants. Ogui est un homme d’une quarantaine d’années, maître de conférences à l’université travailleur et obstiné, et sa femme, - dont nous ne connaîtrons jamais le nom -, «rêveuse», femme au foyer et qui n’a qu’une seule grande passion dans la vie, cultiver son jardin.

Suite à un terrible accident de voiture, qui va malheureusement causer la mort de sa femme, Ogui va rester lourdement handicapé. Quasiment paralysé et partiellement défiguré, il ne peut quasiment plus bouger. Après une hospitalisation de huit mois, il peut enfin retourner vivre chez lui, bien qu’obligé de rester alité en permanence. Comme les parents d’Ogui sont décédés, il n’a pas de famille pouvant s’occuper de lui, il se retrouve donc sous la tutelle de la seule famille qui lui reste : Sa belle-mère.

Celle-ci va donc venir s'installer dans la maison qu’il occupait avec sa défunte femme. Commence alors pour Ogui une lente plongée dans l’horreur, puisque prisonnier de son propre corps, celui-ci est impuissant et complètement à la merci de sa belle-mère. Or le comportement de celle-ci devient de plus en plus mystérieux, de plus en plus étrange. A commencer par l’immense trou qu’elle s’obstine à creuser jour après jours, dans le jardin autrefois si bien entretenu par sa fille…

Précisons tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’un «Thriller» au sens classique du terme. Il n’y a pas de sang, pas de meurtre, pas de violence. Tout est dans le huis-clos psychologique, dans le glauque, dans le terrifiant, dans l’angoissant et c’est d’ailleurs ça le plus intéressant. Cela ressemble, de près ou de loin d’ailleurs, à «Misery» de Stephen KING (ici sur CL : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/5527).

L’écriture est simple, classique, très fluide, le livre se lit vite et bien, les pages se tournent sans que l’on s’en aperçoive vraiment et quelques heures de lecture suffisent pour arriver à la fin. Par contre, la mise en place est longue, très longue même devrais-je dire. C’est simple, il ne se passe rien, mais alors vraiment rien avant une très grande moitié du roman. C’est donc monotone et je n’hésite pas à le dire, parfois à la limite de l’ennuyeux. Ce n’est que par la suite que l’histoire du livre se développe enfin.

La suite est plus intéressante avec la montée de tension et le côté angoissant qui se développe, et avec le comportement toujours plus bizarre et mystérieux de la belle-mère. Par contre le tout est trop linéaire, trop attendu, trop prévisible, trop téléphoné. Et la fin, - qui n’est pas du tout celle à laquelle on s’attendait -, est expédiée en quelques pages, trop précipitée, trop rapide. En un mot, je dirais bâclée! Elle frise d’ailleurs un peu le ridicule, si la situation ne ressortait pas du tragique…

L’enfermement, la sensation d’enfermement, d’oppression, d’angoisse, d’être à la merci d’une personne malfaisante est par contre très bien restituée au lecteur. Mais, malheureusement, l’auteur n’arrive pas à nous rendre le personnage d'Ogui sympathique, - notamment quand on apprend par ses récits le comportement qu’il a eu envers sa femme, avant que celle-ci ne disparaisse tragiquement -, pour que l’on puisse éprouver une quelconque empathie pour lui. On a donc l’impression que l’auteure est passée un peu à côté de son sujet.

Je finis donc plutôt déçu, c’est un bon livre, sans aucun doute, surtout dans l’atmosphère très «glauque», que l’autrice arrive à créer, et côté psychologique qui en est développé. Mais, c’est loin, très loin, du chef d’œuvre que toutes les critiques que j’ai lues, - ici ou là sur le net -, au sujet de ce livre ont pu me vendre! Donc, dans le même style je préconiserais plutôt: «Mort d’une tueuse», de Rupert THOMSON, ici sur CL : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/37516

P.S. : «Le jardin» de Hye-Young PYUN (*1972), a reçu le prix «Shirley Jackson» en 2017 aux États-Unis, et figurait parmi les dix meilleurs thrillers de l’été selon «Time Magazine».

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Les éditions

  • Le jardin [Texte imprimé] Pyun Hye-young traduit du coréen par Lim Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde
    de Pyun, Hye-young Yeong-Hee, Lim (Traducteur)
    Payot & Rivages / Rivages noir
    ISBN : 9782743648725 ; 19,00 € ; 02/10/2019 ; 157 p. ; Broché
  • Le jardin [Texte imprimé] Hye-young Pyun traduit du coréen par Lim Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde
    de Pyun, Hye-young Yeong-Hee, Lim (Traducteur)
    Payot & Rivages / Rivages noir
    ISBN : 9782743652159 ; 7,90 € ; 03/02/2021 ; 232 p. ; Poche
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